Kahofi SUY

Appel à la grève général : un mouvement suivi dans les transports

Rares sont les gbakas et wôrô-wôrô qui circulent à Abidjan

Il y a quelques jours Guillaume Soro, le premier ministre du gouvernement du Docteur Alassane Ouattara invitait tous les Ivoiriens à la grève générale pour ne pas dire une désobéissance civile. Si à l’origine le mouvement semblait peu suivi, ces dernières 48 heures le mouvement semble prendre de plus en plus de l’ampleur surtout dans le transport. En effet plusieurs communes d’Abidjan et de la Côte d’Ivoire tournent au ralenti à cause d’un manque important de véhicule assurant le transport inter-urbain. Yopougon, Koumassi et Abobo sont des quartiers de la capitale où l’on a noté une forte perturbation dans les transports. « Depuis ce matin nous sommes à la gare de wôrô-wôrô (taxi communaux) et après deux heures d’attente nous n’avons pas encore vu un seul taxi » s’indigne une commerçante de Yopougon qui doit rallier le marché d’Adjamé. A Bondoukou, Odienné, Bouaké, Man, San Pédro et Yamoussoukro rares sont les cars de voyage qui ont quitté la ville depuis une semaine. Les camions bourrés de vivres ne peuvent pas regagner Abidjan car personne ne veut prendre le risque de s’aventurer sur une route sans sécurité. Assiaka Koné est membre d’un syndicat de transporteur il nous donne les raisons de se débrayage. « Nous savons que sans transport il n’y a pas de vie économique dans ce pays. Nous demandons pardon aux Ivoiriens mais qu’ils fassent l’effort de nous comprendre. Lorsque vous remplissez un car, toute votre recette est utilisée pour des frais de route : l’argent est versé aux nombreux barrages et check-points. Nous ne pouvons plus continuer de travailler dans ces conditions. Nous attendons que la situation du pays s’arrange pour que nous puissions retourner travailler ». Les usagers sont gagnés par le découragement et ne cachent pas leur indignation. « Dans tout ça c’est le peuple qui souffre ! Nous sommes obligés de marcher sur des kilomètres pour faire nos courses ou même nous rendre au travail ! C’est difficile il faut que le pays retrouve sa stabilité » souligne Kouamé Oscar enseignant.

Alors que le peuple souffre des conséquences de la crise post-électorale, les positions au plan politique se durcissent. Si de son côté le gouvernement Aké N’gbo menace de renvoyer les ambassadeurs de certains pays accrédités en Côte d’Ivoire, le gouvernement Soro menace quant à lui tous les fonctionnaires qui « collabore avec le gouvernement illégitime de Laurent Gbagbo ». Les populations Ivoiriennes sont plus que jamais prises en otage. Entre le marteau et l’enclume, il est difficile pour l’Ivoirien d’échapper aux humeurs des politiciens, des opérateurs économique et même des émissaires de l’UA et de la CEDEAO. En effet depuis le départ des trois présidents ouest-africains venus pour la médiation de la dernière chance, chacun retient son souffle. L’omerta sur les clauses des entretiens avec Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara jette une grande crainte dans le cœur des Ivoiriens. Les regards sont donc tournés vers Abuja où l’avenir immédiat de la sortie de crise se joue.

Suy Kahofi


CEDEAO/Crise post-électorale Ivoirienne : la médiation de la dernière chance

Sommet extraordinaire de la CEDEAO à Abuja

Décidément les choses vont très vite dans le dossier Ivoirien. Pas plus tard que le vendredi 24 décembre, les chefs d’Etats et de gouvernement de la CEDEAO se réunissaient à Abuja au Nigéria sous la houlette du Président Goodluck Jonathan pour adopter une position commune sur la crise Ivoirienne. Au terme d’un marathon d’échange de six heures, il ressort de ce sommet extraordinaire deux principales clauses : l’envoi d’une dernière médiation à Abidjan à l’endroit de monsieur Gbagbo pour l’exhorter à quitter le pouvoir de façon pacifique et l’usage de la force légitime en cas de refus de ce dernier.

Les choses n’ont visiblement pas trainées puisse que demain mardi 28 décembre, les trois médecins commis par la CEDEAO au chevet de la Côte d’Ivoire malade arriveront sur les bords de la lagune Ebrié. Les trois chefs d’Etat en question sont le Béninois Thomas Boni Yayi, le Sierra-Léonais Ernest Baï Koroma et le Cap-Verdien Pedro Pires. Ils auront la lourde tâche de convaincre Laurent Gbagbo de céder le fauteuil présidentiel et d’inviter le Docteur Alassane Ouattara « à faire preuve de souplesse pour la paix en Côte d’Ivoire ». Le challenge est énorme puisse que Laurent Gbagbo à réaffirmé qu’il est et demeure Président de la République. Dans son premier message télévisé depuis son investiture il s’est dit ouvert au dialogue mais refuse de négocier sur tous les points que la constitution garantie.

Le message de la CEDEAO est un message de fermeté. La mission de ses émissaires est bien évidemment compliquée mais elle à pour objectif de gérer la sortie de crise sans effusion de sang. «Il est clair que la détermination de ces hommes d’Etat, pour trouver une sortie par le dialogue à la crise, est sans équivoque. Ils iront parler au président Gbagbo pour le lui faire comprendre et essayer d`obtenir de lui de partir sans attendre » a affirmé Jean Marie Ehouzou, ministre béninois des Affaires étrangères. La mission de la CEDEAO s’annonce rude car depuis la proclamation des résultats du second tour de l’élection présidentielle toutes les médiations ont été stériles ! En effet il y a quelques semaines Abidjan a vu défiler l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, et Jean Ping président de la Commission de l’UA. Thabo Mbeki considéré à juste titre comme proche du ‘’locataire’’ du palais présidentiel, est venu, au nom de l’Union africaine (UA), avec la même mission. Puis ce fut au tour de Jean Ping de faire un autre voyage à Abidjan. Les deux hommes ne sont pas parvenus à convaincre Laurent Gbagbo de partir.

L’usage de la force dans le règlement de tout conflit entraine inévitablement des dégâts collatéraux. L’espoir pour le peuple Ivoirien que la CEDEAO ne puisse pas user de cette « force légitime » réside donc dans les conclusions de cette dernière médiation.

Suy Kahofi


Abidjan : timide mais joyeuse fête de Noël !

Les chrétiens sont venus célébrer la Noël dans les différents lieux de culte

Les 24 et 25 décembre les Ivoiriens, malgré les difficultés qu’ils traversent ont observé ‘’la trêve’’ de Noël pour se réjouir en famille et dans leurs communautés religieuses respectives. Dans la matinée du 24 décembre l’heure était aux derniers achats. Sur le forum des marchés d’Adjamé, de nombreuses familles, malgré les prix élevés en ces temps de crise s’arrachaient les quelques denrées que l’on pouvait trouver ici et là. « Le kilogramme de l’ail à 800 f et 1600 f pour la tomate ! C’est un peu difficile cette année mais que faire nous avons nos familles à nourrir ! » souligne Mme Assamoi une cliente. Alors que le marché s’animait de l’arrivée des Ivoiriens qui ont pu échapper aux embouteillages, les femmes tentaient de se faire une beauté dans les salons de coiffure de la capitale. Même si plusieurs clientes attendent sur les bancs, Philomène une jeune coiffeuse nous dira que l’affluence n’est pas au rendez-vous ! « L’année dernière nous avons veillé avec nos clientes, il m’a fallu appeler 3 ou 4 coiffeuses en renfort mais cette année j’ai à peine une dizaine de têtes à finir ». Jusqu’au petit matin certains magasins et boulangeries sont restés ouverts pour ravitailler les clients dont certains revenaient de la veillée de la nativité dans les églises.

Les consommateurs ont observé une flambée des prix sur le marché

A propos de la veillée de la nativité et cela grâce à la levée du couvre-feu, les chrétiens dans la soirée du vendredi 24 se sont rendus massivement dans les lieux de culte pour célébrer la naissance de l’enfant Jésus. Dans certaines communautés, les leaders religieux ont joué la carte du regroupement en un lieu unique de célébration pour répondre aux soucis sécuritaires. Ainsi 2000 ans d’une tradition judéo-chrétienne ont été respectés par les fidèles des différentes églises. Au-delà du classique message de Noël, les prêtes et pasteurs ont insisté sur la culture de la paix et de l’amour entre frères Ivoiriens à l’occasion de cette crise que traverse la Côte d’Ivoire. Après la veillée les plus téméraires se sont aventurés dans les quelques maquis et bars des quartiers chauds de la ville. La musique bruyante distillée par les nombreux haut-parleurs semblait inviter les Ivoiriens à oublier leurs problèmes du moment et à célébrer la fête comme il se doit.

Quelques Abidjanais se sont aventurés dans les maquis et bars

La journée très calme du 25 fut consacrée au traditionnel repas de Noël. Dans les familles l’heure était au partage ! On recevait ici des frères, là des amis venus de l’autre bout de la capitale. Le menu varié des quelques domiciles que nous avons visité devait certainement satisfaire les fins gourmands attablés. Comme quoi les Ivoiriens ont retrouvé la joie de vivre à l’occasion de la Noël oubliant les quelques soucis liés à l’organisation de la fête.

Suy Kahofi


Une fête de Noël pas comme les autres

Abidjan s’apprête à vivre une Noël très timide

Quelques salaires ont été virés, d’autres banques n’ayant pas reçu de garantie ont préférées ne pas prendre le risque d’alimenter les comptes. Dans cette situation d’incertitude et surtout de prix qui ont littéralement doublé sur les marchés, les Ivoiriens s’apprêtent à vivre la Noël la plus difficile depuis 8 ans. Clients et commerçants semblent ne pas avoir le moral tant la situation est difficile. « Nous réalisons des recettes autour de 12 millions de F CFA par fête de Noël rien que pour les jouets. Or cette année je doute fort que nous puissions avoir la modique somme de 4 millions » souligne un gérant de magasin à Treichville. Les prix sont élevés et les parents qui écumaient jadis les magasins pour trouver les meilleurs cadeaux sont obligés de se rabattre sur ce qu’ils trouvent de moins cher sur les étales des vendeurs. « Cette année c’est difficile » affirme madame Kouamé une mère de famille. « On ne peut rien acheter : la nourriture, les vêtements, les cadeaux….Vraiment c’est difficile ». Elle nous présente une voiturette qui l’année dernière ne valait même pas 2000 f CFA mais qui aujourd’hui plafonne côté prix à 6000 F ! Pour Coulibaly Issiaka vendeur ambulant ce n’est pas la faute aux Ivoiriens mais plutôt celle des leaders politiques qui ont plongé le pays dans une autre crise. Il lance un appel aux Présidents Ivoiriens ! « Je demande pardon à monsieur Gbagbo et monsieur Ouattara, qu’ils regardent à la souffrance du peuple et qu’ils tentent de trouver des solutions aux problèmes du pays ».

Dans les salons de coiffure et de couture l’ambiance n’est pas à l’affluence. Tous les clients qui ont pu déposer leurs tissus et autres pagnes n’ont pas encore retiré leurs vêtements. Quelques femmes sont visibles dans les espaces de beauté mais leur présence est si timide que les tresseuses ne manquent pas de le signaler. Explication avec Bintou Traoré. « Les autres années il y a embouteillage de clientes mais cette fois ci si tu as trop eu comme clients c’est deux ou trois têtes au lieu de huit ou dix les années précédentes ».

Comme quoi, malgré la reprise du trafic routier, les magasins et grandes surfaces qui ouvrent de nouveau, un problème est bien réel celui de la cherté de la vie.

Ce soir plusieurs communautés religieuses notamment chrétiennes ont, pour certaines annuler leurs veillées de la nativité ou simplement pris le soin de les écourter. Malgré la levée du couvre-feu les Ivoiriens s’aventurent rarement hors de leurs domiciles au-delà de 23 heures. La fête sera quelque part gâchée de façon générale à cause de la situation que vit le pays.

Suy Kahofi


Laurent Gbagbo joue la carte de l’apaisement

L’étau des sanctions et de l’isolement se ressert autour du Président sortant

Après un long silence le Président sortant Ivoirien s’est prononcé hier au journal de 20 heures de la RTI sur la situation politique de la Côte d’Ivoire. Une véritable réponse du berger à la bergère ! Lundi 20 le Conseil de Sécurité défiait Laurent Gbagbo en prolongeant le mandat de l’ONUCI de 6 mois ; le mardi 21 c’est Laurent Gbagbo qui répond à la Communauté Internationale en assurant qu’à la lumière de la Constitution Ivoirienne il reste à son poste. En bon historien il a pris le soin de faire la chronologie des évènements d’après crise depuis la proclamation des résultats jusqu’à ce jour. Sa sortie est une surprise mais le discours en lui-même n’a pas fondamentalement changé. C’est le même que chante bon nombre de ses lieutenants à l’exception que Laurent Gbagbo lui évite les propos guerriers. Certainement que l’étau des sanctions et de l’isolement qui se resserre autour du Président sortant commence faire son effet. Là où l’Opération des Nations unies aurait échoué selon son camp, le Président sortant demande la création d’une Commission réunissant un nombre assez impressionnant d’organisations et de pays partant de la CEDEAO jusqu’aux USA en passant par la ligue Arabe ! Une autre Commission pour opérer quel miracle ? Comme si toutes les organisations citées étaient différentes de  l’ONU! Comme si ces organisations n’avaient pas d’observateurs qui eux aussi ont certifié les résultats. Prendre le risque de revenir en Côte d’Ivoire intervenir dans la crise Ivoirienne pour être traité demain d’organisation partisane !?!

Nouveau rebondissement donc dans la crise Ivoirienne avec la déclaration de Laurent Gbagbo que les FAFN et le Gouvernement Soro considèrent déjà comme une stratégie pour gagner du temps et ainsi jeter le trouble dans l’esprit de ceux qui le présentent comme un dictateur. Il invite « tous ceux qui se sont réfugiés à l’Hôtel du Golf à regagner leurs domiciles » car personne ne les a contraints à y être. Laurent Gbagbo ne veut plus « que le sang d’un Ivoirien coule » et pour cela il tend la main au RHDP en précisant qu’il existe une solution au problème Ivoirien par le dialogue. Il a aussi appelé la jeunesse au calme et à la retenu. Au sujet du départ de l’ONUCI il a pris le soin de souligner que la démarche de la Côte d’Ivoire s’inscrit dans une logique diplomatique et que les résultats de cette démarche s’inscriront dans le même ordre.

Le problème Ivoirien est un cas unique dans toute la diplomatie mondiale ! L’élection la plus chère financée par l’ONU non pas à la lecture de la constitution ou pour les beaux yeux des Ivoiriens. Voici la première fois également où le monde entier converge vers une position qu’un groupuscule rejette. Si le LMP analyse bien la situation actuelle c’est un remake d’une situation que la France a eu du mal gérer. Cette fois ci l’ONU et les grandes puissances sont préparées pour la guerre des tranchées diplomatiques.

Suy Kahofi