Kahofi SUY

« Je voulais tous qu’ils brûlent en enfer »

Difficile d’accepter bien souvent que l’autre soit différent de nous
Difficile d’accepter bien souvent que l’autre soit différent de nous

Avant de demander au ciel de s’abattre sur les personnes qui ont une orientation sexuelle différente de la vôtre, demandez-vous si un être cher ne se trouve pas du côté de ceux que vous appelez les pestiférés, les ratés… les suppôts de Lucifer !

J’ai été urgemment appelé par un de mes aînés, un de ceux que j’appelle affectueusement « vieux père ». De l’autre côté de la ligne, il m’a paru abattu et très préoccupé. Sans me dire pourquoi, il m’a simplement indiqué qu’il voulait partager une nouvelle assez triste. J’ai tout de suite pensé à la contamination d’un de ses parents au Mali par Ebola ou au pire des cas un décès. Lorsque je suis arrivé dans sa vaste demeure de Yopougon, sa première épouse me reçoit avec une certaine froideur et cette phrase : « Ton tonton a bu hier soir ». Khalil* a bu or depuis 5 ans il avait décidé de ne plus toucher à l’alcool pour redevenir, disait-il, « un bon musulman ». Je retrouve mon cher Khalil la tête entre les mains. Sans lever les yeux ni même répondre à mon bonjour, il me demande de m’assoir. Pendant 20 longues minutes, il revient sur les principes qui ont guidé l’éducation de ses enfants, ses origines musulmanes, son amour pour ses épouses et ses enfants…une histoire que je trouvais bizarre et qui commençait à m’agacer ! Finalement au bord des larmes il en vient au fait.

« Je ne comprends rien ! Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Ma fille a été aperçue avec une autre jeune fille en pleine journée en train de s’embrasser. Comme un homme et son épouse sauf que là c’étaient bien deux jeunes filles dont l’une était ma fille ».

Sa fille Assetou*, celle que j’avais surnommée fille-garçon à cause de sa forme et de son look de garçon manqué. Très studieuse, étudiante dans une grande école, elle était la fierté de son père. Mais l’amour qu’il lui portait semble avoir disparu.

« Ma fille…une lesbienne…e t elle a eu le courage de me le cracher sous mon propre toit alors que je la battais pour qu’elle ne féquente plus ces païennes, ces infidèles qui salissaient leur corps et qui ne suivaient pas la voie de Dieu ».

La mère de la petite qui passait par le salon avec son œil au beurre noir avait subi la colère de Khalil. En Côte d’Ivoire, lorsqu’une fille dévie ou se retrouve en difficulté pour une grossesse sur les bancs de l’école ou autre chose, c’est la mère qui est traitée de femme incapable. Je ne trouvais pas les mots pour calmer le père de famille en colère, car je connaissais sa position sur l’homosexualité. Il m’a avoué lors d’une causerie qu’il serait capable « de monter une organisation comme le Ku Klux Klan dont l’objectif serait d’éliminer physiquement les homosexuels ». Khalil n’aimait pas les homosexuels et il ne l’a jamais caché. Il réclamait la lapidation à mort pour ces hommes et femmes et ne manquait pas de s’acharner sur les travestis lorsque nous sortions prendre un pot. Il a juré de renier et de jeter à la rue le premier de ses enfants homosexuels ! Il était loin de s’imaginer que c’était sa fille qu’il aimait autant qui aurait choisi une autre orientation sexuelle.

Comme prévu, il a bien jeté sa fille dehors après l’avoir battu à sang et maudit ! Si la mère de la petite ne fait pas profil bas, elle risque de suivre… Malgré ce choix difficile, je sens bien que pour la première fois Khalil va se poser les bonnes questions sur les gays car l’une de ses phrases en disait long sur son nouvel état d’esprit.

« Je voulais tous qu’ils brûlent en enfer… et voici que ma fille est avec eux »

Que dire pour ne pas énerver encore plus cet homme que je connaissais depuis longtemps ? Mon point de vue c’est que cette histoire lui donnera l’occasion de réfléchir et de changer son regard sur sa fille et sa relation. Peut-être admettra-t-il qu’ils ne sont pas damnés ou maudits ceux qui vont la nuit avec un être de même sexe ? Je sais que le temps agira…comme il agit déjà pour toutes ses filles africaines reniées et chassées de la cour familiale pour leur choix sexuel. Mais pendant ce temps Assetou est dans la rue…

SUY Kahofi


La chasse aux margouillats est ouverte !

Les margouillats guettent en silence les fonctionnaires en difficulté
Les margouillats guettent en silence les fonctionnaires en difficulté

Ils préfèrent bronzer devant les banques et autres établissements financiers publics ou privés. Ces reptiles qui ont des connexions un peu partout contournent le système des prêts officiels pour promouvoir des prêts usuraires, véritables fausses pour les fonctionnaires ivoiriens.

Le mot margouillat au sens figuré dans le jargon ivoirien ne désigne pas le reptile mais plutôt les usuriers dont la profession première consiste à prêter de l’argent avec des taux de remboursement exorbitants. Ceux-ci varient entre 50 et 100% en fonction de son affinité avec le prêteur. Cette activité est illégale mais elle est encore courante tant les différents Gouvernements qui se sont succédés depuis les indépendances ont littéralement fermé les yeux sur la pratique. Les margouillats sont la plus part du temps originaires du Mali et dans une moindre mesure du Burkina Faso. Par abus, on les appelle maracas mais ils ne sont pas tous de cette ethnie du Mali. Leur fortune est essentiellement basée sur les prêts usuriers et ils ne le cache pas. Dans chaque petite ville ivoirienne, il y a en a un ou plusieurs qui font vivre une économie bancaire parallèle mais très prospère. La raison est toute simple : il profite des problèmes financiers pour attirer leurs victimes dans un cercle vicieux. Lorsqu’on a déjà pris de l’argent avec un margouillat, il est difficile de s’en sortir !

Clément K. est fonctionnaire et confesse que pendant plus de trois (3) ans « il était esclave des margouillats ». Ayant perdu son père une semaine après l’intervention chirurgicale de son épouse, il a emprunté 800.000 f CFA à un taux usurier pour « enterrer dignement son père ». Il lui a fallu rendre le double du montant en acceptant de remettre sa carte magnétique au margouillat.

« A la fin du mois, il retirait ce qu’il voulait et je me contentais de prendre soin de ma famille avec ce qu’il acceptait de me laisser sur mon propre salaire » témoigne Clément.

Certains fonctionnaires ont la chance de s’en sortir, d’autres meurent à la limite sans un seul sous à cause des margouillats. Ils exercent toute une vie pour s’acquitter d’une dette avec des taux d’intérêt qui fluctuent au fil des mois. En effet plus celui qui emprunte met du temps à régler le prêt, plus les intérêts du margouillat deviennent important ! Si les margouillats sont devenus si influent dans le système économique ivoirien, c’est aussi parce qu’il bénéficie de complicité au sein des régies étatiques et des banques. Assis devant les banques du matin jusqu’au soir, ils sont informés des moindres opérations et savent « comme par magie » qui a des fins de mois difficiles ou qui a échoué dans sa démarche pour un prêt. Certains banquiers très amis aux margouillats n’hésitent pas à conseiller la piste des usuriers à leurs clients.

Seuls les banques et les établissements financiers officiels ont le droit de faire des prêts aux contribuables avec des taux clairement indiqués par les autorités en charge des questions bancaires et économiques. Pour le Gouvernement il est donc inconcevable que des hommes contournent le système économique officiel pour promouvoir un système officieux ruineux à la fois pour le contribuable, les établissements financiers et l’Etat. Le Gouvernement Ivoirien a donc décidé de déclarer la guerre aux margouillats. Depuis le 30 octobre 2014, l’Assemblée Nationale a adopté à l’unanimité un projet de loi portant « répression de l’usure ». Cette loi interdit désormais la pratique de l’usure et permettra de mieux protéger les Ivoiriens trop souvent à la merci des margouillats. L’article 7 du projet de loi annonce les couleurs pour ce qui est de la répression. Des peines privatives de liberté de 2 mois à 2 ans et des amendes de 100.000 à 5.000.000 f CFA sont prévus pour toute personne qui aura consenti à autrui un prêt usuraire directement ou indirectement. En cas de récidive, la peine privative de liberté sera portée à 5 ans et l’amende pécuniaire à 15 millions.

Une chose est d’adopter un projet de loi et une autre est d’œuvrer à son application. En effet les margouillats rodent toujours autour des banques et établissements financiers jouissant toujours des mêmes soutiens. Le plus important sera donc d’assainir les milieux financiers et en punissant au même titre usuriers et facilitateurs du système mafieux des margouillats.

SUY Kahofi


Akwaba* au Africa Web Festival

Visuel de l’Africa Web Festival
Visuel de l’Africa Web Festival

La capitale économique ivoirienne abrite l’Africa Web Festival. Un rendez-vous du numérique africain de 72 heures pour parler du développement d’Internet sur le continent et comment cet outil peut aider au développement de l’Afrique.

L’Afrique est un continent à fort potentialité inexploité dans plusieurs domaines. Et le secteur des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication n’est pas en reste. Le développement des NTIC est un domaine qui attire certes des capitaux étrangers mais il est important que les africains eux-mêmes s’y investissent pour aider à la croissance du continent. Voici l’une des raisons qui sous-tend l’organisation du Africa Web Festival à Abidjan les 24, 25 et 26 novembre 2014.

Selon Mariam Sy Diawara fondatrice de l’Africa Web Festival ce rendez-vous sera celui de la réflexion autour de l’impact du web en Afrique à la fois comme outil de développement socio-économique et comme un support de changement des modes de vie. D’ailleurs le thème de cette édition à savoir « Découvrez le virage numérique de l’Afrique » donne l’occasion aux acteurs du web de pouvoir faire avancer la réflexion sur l’avenir de cet outil incontournable de communication et de développement dans le monde. L’espace Latrille Event qui accueille l’évènement devient donc un espace d’échange d’idées et de contacts d’affaire entre producteurs, diffuseurs, distributeurs et de créateurs de contenus.

Le rendez-vous du web africain bénéficie du soutien de l’équipe de Jean Cressant, président du Web Festival de France. Cette expertise se situe exclusivement au niveau de l’organisation et de la connaissance même du festival. Pour Jean Cressant, le plus important c’est que l’Africa Web Festival soit réellement le festival du web Africain. Notons que des expositions, conférences et workshop meubleront le rendez-vous du web africain sur les bords de lagune Ebrié.

*bienvenu

SUY Kahofi


« Sans respect des droits de l’homme il n’y a pas de paix »

Une vue des participants et des formateurs
Une vue des participants et des formateurs

La capitale économique ivoirienne abrite du 15 au 20 novembre 2014 la 3ème session de formation en Droit International Humanitaire au CERAO d’Abidjan. Il s’agit d’une initiative conjointe de la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté, l’Institut International des Droits de l’Homme (IIDH) et l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) en partenariat avec la Commission Nationale des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI).

Ils sont magistrats, militaires, acteurs des droits de l’homme, responsables d’ONG, officiels gouvernementaux, acteurs de la société civile ou agents des Nations Unies. Environ une centaine, ils sont venus de 10 pays d’Afrique de l’ouest, du centre et du nord pour participer à la 3ème session de formation en Droit International Humanitaire. Pendant cinq (5) jours, les participants à cette importante rencontre seront instruits sur des thématiques comme la justice transitionnelle, le droit international pénal, les droits des réfugiés et des apatrides ou encore l’interdiction international de la torture. Selon Traoré Wodjo Fini, vice-président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI), « cette session de formation est une aubaine pour la promotion des droits de l’homme en Côte d’Ivoire et Afrique ».

Fait marquant pour l’année 2014, la formation en Droit International Humanitaire a été ouverte aux agents des forces de l’ordre. Le CNDHCI se félicite de cette décision qui répond à ses attentes. En effet, militaires, policiers et gendarmes ont été impliqués dans des violations graves des droits de l’homme durant la dernière crise que la Côte d’Ivoire a vécu. Il est important à l’approche du prochain scrutin présidentiel de pouvoir les former sur les droits de l’homme car sans respect des droits de l’homme il n’y a pas de paix ! C’est bien cette logique qui sous-tend l’organisation de la 3ème session de formation en Droit International Humanitaire.

Les organisateurs ont des attentes fortes au terme de l’évènement. Pour Sophie Konaté de la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté, la principale attente est la formation et l’information des participants sur les notions liées aux droits de l’homme. Ces derniers doivent être capables de s’approprier les outils de protection des droits de l’homme pour pouvoir les vulgariser et surtout veiller à leur respect en tout temps. La 3ème session de formation en Droit International Humanitaire intervient dans un contexte marqué par l’organisation d’élections dans 15 pays d’Afrique. La Fondation Friedrich Naumann pour la liberté et ses partenaires espèrent aussi outiller les participants afin qu’ils puissent contribuer à des élections libres, crédibles et sans violence.

SUY Kahofi 


Revue de la semaine ivoirienne du 10 au 15 novembre 2014

AFFI vs GBAGBO : l’affiche du combat pour la présidence du FPI est connue
AFFI vs GBAGBO : l’affiche du combat pour la présidence du FPI est connue

Affi N’Guessan versus Laurent Gbagbo voici l’affiche de la future bataille pour la présidence du FPI note Le Figaro d’Abidjan. Une candidature de l’actuel président du FPI qui se justifie par le fait que Laurent Gbagbo depuis sa cellule à La Haye ne peut conduire le FPI vers des lendemains meilleurs indique Affi N’guessan à la une du quotidien Notre Voie. Le siège du FPI était en fête ce mercredi 12 novembre 2014 lors du dépôt de la candidature d’Affi N’guessan. Une fête populaire qui n’a pas réussi à masquer l’atmosphère électrique tient à rappeler Le Nouveau Réveil. L’analyste politique du quotidien proche du PDCI soutient que révolté Affi N’guessan crache ses vérités aux ultra-conservateurs qui attendent le retour de Gbagbo avant de faire bouger le parti. « Le FPI n’est ni en prison, ni en exil, ni mort » martèle Affi N’guessan. Ça grogne terriblement au FPI à cause de la décision d’Affi de se présenter contre Gbagbo si bien que certains cadres du parti ne sont pas venus à la cérémonie marquant le dépôt du dossier de candidature d’Affi N’guessan. Cette grogne trouve écho à la une du quotidien Le Temps à travers les propos du porte-parole de Laurent Gbagbo. Koné Katina rappelle que c’est Gbagbo et Gbagbo seul qui est la solution à la crise ivoirienne et que les militants du FPI ne doivent pas oublier celui qui s’est sacrifié pour son pays, pour son parti. Il n’y a que deux candidats à la présidence du parti et déjà tout est mélangé croit savoir Le Mandat. Le Patriote souligne que des clans s’opposent au sein du parti de l’opposant historique. Le FPI divisé en deux : pro-gbagbo et pro-affi sont sur le pied de guerre ! A qui profite cette division se demande le confrère ? A Alassane Ouattara et à son clan politique répond LG Infos. Sous le titre « Affi N’guessan rejoint le camp Ouattara », LG Infos dénonce la haute trahison d’Affi et le complot contre Gbagbo. Dans ce schéma de guerre des tranchés, l’analyste politique avec un air de satire identifie les Barabas, les brutus et les judas du FPI ! Dans la même veine, le quotidien Aujourd’hui note que la candidature d’Affi est un plan secret du pouvoir contre Laurent Gbagbo. Avant même l’ouverture du congrès du FPI le duel est donc ouvert et là où les journaux bleus servent de passerelle pour des règlements de compte entre tendance opposées au sein du FPI, Le Nouveau Courrier appelle Affi N’guessan et Laurent Gbagbo à s’assoir et à discuter car il y va de la vie du FPI. Malgré ce rififi au sein du parti, le FPI continue de marquer la vie politique du pays. Membre de l’Alliance des Forces Démocratiques (AFD), le parti de Laurent Gbagbo signe son retour au sein de la Commission Electorale Indépendante. Un retour salué par la classe politique mais pour L’Expression c’est la preuve que l’opposition Ivoirienne se dégonfle après avoir bandé les muscles.