Kahofi SUY

Quand la musique défie les armes !

Pochette du tube humanitaire du CICR

De ‘’So Why’’ au dernier ‘’Refrain Humanitaire’’, le Comité International de la Croix Rouge a utilisé et continuera d’utiliser la musique pour adoucir les cœurs révoltés lors des conflits armés. Histoire d’apporter un peu d’humanité à ceux qui l’ont perdu.

Yamoussoukro, capitale politique de la Côte d’Ivoire. Dans un petit taxi brousse, un air de reggae s’échappe du vieux poste-radio. La voix qui réclame plus de droit pour les détenus est celle de Don Mike, un jeune artiste ivoirien. L’album interdit à la vente à un nom très évocateur : L’Homme, un Remède pour l’Homme ! Cet album produit en 2002 est le deuxième pamphlet contre la violence édité par le CICR après So Why en 1997.

Un engagement pour la paix

Le Comité International de la Croix Rouge a définitivement décidé d’utiliser la musique pour contrer la violence. Cette expérience musicale est née d’une volonté du CICR mais également d’un engagement de certains artistes pour la paix. A l’image de l’action et des règles de fonctionnement de la Croix Rouge, le bénévolat fut à la base de l’engagement de chaque artiste. Explication avec Simon Pulse, coordonnateur musical du projet : « tous les projets musicaux du CICR sont basés sur le volontariat et le bénévolat des artistes. Personne ne reçoit un cachet pour un album du CICR et les artistes qui nous ont demandé de l’argent avant de s’engager se sont disqualifiés eux-mêmes. Nous en avons sollicité plusieurs mais il n’y a qu’une poignée qui a accepté d’utiliser sa voix et sa notoriété pour la paix ». Ainsi, pour ‘’So Why’’, des monstres sacrés de la musique africaine se sont réunis. Wally Badarou, le Béninois auréolé de sa solide expérience, avec de grands noms de la musique comme Joe Cocker, Mick Jagger, Black Uhuru, Jimmy Cliff, ou encore Salif Keita, a produit et co-écrit l’album. A ses côtés l’on retrouve Youssou N’Dour du Sénégal, Papa Wemba de la République Démocratique du Congo, Jabu du groupe Bayete, Lucky Dube d’Afrique du Sud, Lagbaja du Nigeria et Lourdes Van-Dunem de l’Angola. Après eux, une autre génération d’artistes africains porte le flambeau de la non violence. Sous la baguette de Simon Pulse, Kajeem, Don Mike, Mawa Traoré, Patric Sacko du groupe Espoir 2000 de la Côte d’Ivoire, Sonia Carré d’As du Burkina, Dama Damawuzan du Bénin se donnent la main pour la réalisation de L’Homme, un Remède pour l’Homme. Ils sont tous devenus des ambassadeurs du CICR.

La musique, un langage universel

La diversité des rythmes et des thèmes développés dans les albums du CICR sont à la base de leur succès. Droit des femmes en temps de conflits armés, enfants soldats, prolifération des armes légères, libre accès aux hommes et femmes privées de liberté, sont autant de thèmes abordés par les apôtres de la paix du CICR. Loin d’être une musique pour salons feutrés dans des grandes agglomérations, les épitres musicales du CICR sont des compositions qui parlent au quotidien. Aussi bien appréciée par le travailleur à son bureau que par les soldats sur la ligne de front, cette musique parle aussi aux politiciens, aux hommes des médias, aux citoyens de tous les jours. Elle fait comprendre à quel point la vie humaine est sacrée. « La musique joue un rôle important dans la prise de conscience des masses. C’est un langage universel et son action contribue à faire changer les mentalités. Le combat de la musique face aux armes semble perdu d’avance, mais c’est le contraire qui se produit en réalité ! » déclare Kajeem,  mentor du N’gowa Posse, un artiste engagé pour le CICR.

Les expériences de 1997 et 2002 montrent que la musique peut apporter un peu d’humanité au cœur des conflits. Le CICR a remis le couvert. Afin de relayer ses messages humanitaires de protection et de respect des victimes de la guerre et de la violence interne, la délégation régionale du CICR à Abidjan a choisi la musique comme vecteur de communication. Le projet musical lancé sous forme d’un single en 2010 a pour nom Le Refrain Humanitaire. Produit en 500 exemplaires pour le pré-lancement en Côte d’Ivoire, il a été distribué gratuitement aux médias et est actuellement joué sur les ondes de 22 radios ivoiriennes. Le CD offre trois versions de la chanson : originale, acoustique et instrumentale. Le clip vidéo, diffusé sur les chaînes de la télévision nationale, a reçu un bon accueil de la part du public national. Pour la diva de la musique manding Mawa Traoré, une si passionnante aventure ne saurait s’arrêter car tant que les armes continueront de crépiter, les artistes devront se mobiliser pour dénoncer cette violence. « Grâce au projet du CICR, j’ai croisé et travaillé avec d’autres artistes ivoiriens et africains. Ces contacts ne sont que le début d’une collaboration, aussi bien au plan d’un échange de rythmes que pour la cause des droits de l’homme et du respect des actions de la Croix Rouge en Afrique et dans le monde », affirme Mawa Traoré, la reine du yagba.

SUY Kahofi


3 décembre : la Côte d’Ivoire se réengage pour le bien être des personnes handicapées

 

Tchei Carine Handicapée et championne de handi-sport un exemple de combativité

En cette année 2011, la Côte d’Ivoire comme la majorité des pays du monde a célébré la journée Internationale des personnes handicapées autour du thème ‘’Ensemble pour un monde meilleur pour tous : inclure les personnes handicapées dans le développement’’. La cérémonie officielle marquant cette journée a été célébrée ce samedi 3 décembre à l’INIPA, l’Institut Nationale des Personnes Aveugles d’Abidjan. C’est en présence du Ministre d’Etat, Ministre de l’emploi, des affaires sociales et de la solidarité que les toutes directions et tous les centres de formations des personnes handicapées se sont rassemblés à Yopougon pour cette célébration. La Côte d’Ivoire compte entre 1.5000.000 à 2.000.000 de personne handicapées et leur intégration est un défit pour les nouvelles autorités Ivoiriennes. Le Ministre Gilbert Kafana Koné au cours de cette cérémonie officielle a réaffirmé l’engagement du gouvernement du Docteur Alassane Ouattara à soutenir les personnes handicapées en militant pour une meilleure insertion de ces derniers. Pour le Ministre Gilbert Kafana Koné la Côte d’Ivoire se donne les moyens de bâtir un système de prise en charge des personnes handicapées de telle sorte que le handicape quelque soit sa nature ne soit plus une fatalité. « Je tiens à souligner que le Président de la République tiendra toutes ses promesses concernant les personnes handicapées » a souligné le Ministre.

Pendant que la politique nationale de prise en charge des personnes handicapées se dessine à l’échelle nationale, dans les centres de formation l’inquiétude peut encore se lire sur les visages. A titre d’exemple, à l’institut des aveugles, le projet d’insertion professionnelle ne se résume qu’à la formation des standardistes ou des enseignants non-voyants qui doivent compléter leur formation en retournant dans les CAFOP. Le constat est moins reluisant à l’école des sourds : ici les enfants ne sont intégrés qu’à l’âge de 10 ans et l’insertion professionnelle est encore difficile. L’école forme de la maternelle à la classe de CM2 puis après cet enseignement spécialisé les enfants sont reversés dans les écoles classiques. Une question dans ce schéma se pose puisse que la Côte d’Ivoire a optée pour l’école intégratrice : comment un sourd peut-il continuer ces études dans une école normale ?  Les sourds ont des difficultés à s’adapter aux projets de formation professionnelle existant. Il faut leur trouver une alternative. L’école des sourds de Côte d’Ivoire expérimente des formations alternatives telles que la couture, la pâtisserie et les activités de création manuelle. Les résultats sont encourageants et les enseignants pensent qu’avec l’aide du gouvernement les choses peuvent aller dans le bon sens pour le bien être des sourds.

L’autre difficulté demeure la stigmatisation des personnes handicapées. Pour de nombreux Ivoiriens quelqu’un qui perd la vue ou devient sourd n’est bon que pour la mendicité ! Il devient un poids pour la famille et il est le plus souvent rejeté. L’enfant handicapé n’est pas celui que le père ou mère présente fièrement lorsqu’un visiteur pénètre dans la maison. Cet enfant vit seul dans un coin de la maison et doit supporter des propos le plus souvent humiliants sans pouvoir ouvrir la bouche. C’était comme si ce dernier avait souhaité être malade ou comme on le dit en Côte d’Ivoire « avait acheté ce handicape » ! Pour Koné Krouweli Victorien, Directeur technique au Ministère d’Etat, Ministère de l’emploi, des affaires sociales et de la solidarité en charge des personnes handicapées ; la première victoire vers la prise en charge des personnes handicapées est la fin de la stigmatisation. Cette stigmatisation pour lui doit prendre fin aussi bien dans la cellule familiale qu’en dehors. Le handicapé ne doit plus être celui a qui on refuse l’assistance pour traverser une rue mais plutôt celui a qui on accorde un service public sans le regarder d’un œil méchant ou accusateur.

SUY Kahofi

 


RTI : une manipulation flagrante d’image !

 

Tous les enfants minces sur une image ne sont pas des forcément des séropositifs

L’un de mes instructeurs pour qui j’ai beaucoup d’admiration et qui est un spécialiste de l’image me disais un jour que « quelque soit l’usage que tu feras d’une image à d’autres fins, autres que son contexte d’origine, il y aura un photographe ou un regard avisé pour te rappeler ton forfait ». Je crois bien que cela s’applique au petit malin qui a proposé ce 1er Décembre le reportage sur l’infection au VIH des enfants au journal de 20 heures de RTI1.

C’est malheureux de voir combien de fois les journalistes de cette chaîne prennent les Ivoiriens pour des illettrés ou plutôt des ignares ! Dans le reportage commenté par David Mobio tout était parfait. La diction et la voix sur ton pathétique cadrait avec le sujet, le beat de la légende Michael Jackson quand bien même produit pour le Heath Relief for Food passait bien, le texte était digne d’un spécialiste du marketing social et puis c’est tout ! C’est tout car l’essence même du reportage télé c’est-à-dire l’image était une simple manipulation de l’image ! Tous les enfants minces sur une image ne sont pas des forcément des séropositifs. Pour avoir suivi avec intérêt les famines dans la corne de l’Afrique article par article, j’ai pu constater que 80 des images du reportage de la RTI 1 étaient des images prises sur Internet et qui correspondaient à des situations de famine ou de crise. La RTI 1 à même poussé l’affront à utiliser des images récentes des camps de réfugier de l’ouest Ivoirien, des images de la récente épidémie de choléra à Abidjan qui a fait l’objet d’une tournée humanitaire avec le Coordonnateur N’dolamb N’gokwé et les images d’OCHA sur les activités sanitaires dans le nord du Kenya ! C’est triste de voir que pour simplement plaire à l’écran on puisse commettre une erreur aussi élémentaire sur le droit à l’image. Pour interpeler la conscience collective on n’a pas besoin d’être un manipulateur. Le sujet de la contamination des enfants au VIH est tellement important que personne n’aurait refusé l’accès d’un centre de prise en charge aux caméras de la RTI. Si les politiciens et les magnans de l’industrie pharmaceutique s’enrichissent avec la ‘’SIDADUSTRIE’’ (l’industrie lucratif du SIDA), je pense bien qu’il est du devoir des hommes de média d’être en marge de ce business malsain où l’homme est le fond de commerce pour mener un combat objectif. Le 1er Décembre dans toutes les rédactions qui se respecte se prépare sur 12 mois grâce au dévouement d’une direction chargé des reportages sociaux ou d’un service société et fait divers. Quand une question est sensible comme celle du SIDA tout reportage doit refléter la vérité. Merci au grand frère Ange Herman de TV5 qui la royalement compris en nous proposant son intrusion dans l’univers des prostitués mineurs d’Abidjan !

SUY Kahofi

 


Comment Laurent Gbagbo a été extradé ?

 

Le procureur de la République Ivoirien Kouadio Koffi Simplice

48 heures après le transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye aux Pays Bas, la justice Ivoirienne procède à son premier contact avec la presse pour livrer sa version des faits sur la procédure qui a entouré l’extradition de l’ex-Président Ivoirien. Dès l’entame de la conférence de presse animée par le procureur de la République Kouadio Koffi Simplice les journalistes ont exprimé à l’unanimité une préoccupation qui était de savoir pourquoi Laurent Gbagbo avait été expédié d’une manière aussi rapide à la CPI au terme d’une demi-journée de procédure. « La CPI émet un mandat d’arrêt avec des exigences et l’une d’entre elle était la confidentialité c’est pourquoi le mandat d’arrêt est arrivé sous scellé ! Le principe d’impartialité veut que personne ne soit informé jusqu’à l’arrestation de l’intéressé : ce principe n’est pas Ivoirien ! La chambre d’accusation à donc siégé en présence du Président Gbagbo et  de sa défense composée de cinq avocats pendant près de trois heures » a souligné Kouadio Koffi Simplice.

Pour le Procureur malgré l’impératif de temps et la confidentialité, les droits de la défense ont été respectés mais cela n’a pas suffit à convaincre les hommes de média puisse que le Président Alassane Ouattara avait précisé que le transfèrement de Laurent Gbagbo vers la CPI pourrait se faire avant les législatives. Les déclarations du chef de l’Etat coïncident étrangement avec l’action de la CPI d’où les doutes sur l’impartialité de la procédure. Laurent Gbagbo à la Cours Pénale Internationale cela signifie-t-il que les procédures engagées au plan national pour crimes économiques sont-elles abandonnées ? La justice Ivoirienne selon le procureur de la République Kouadio Koffi Simplice se réserve le droit de poursuivre le Président Laurent Gbagbo si elle le veut. « Pour le moment c’est la justice internationale qui a besoin de lui ! Pour ce qui est des crimes économiques l’enquête préliminaire est terminée depuis longtemps. Une information judiciaire a été ouverte et Monsieur Laurent Gbagbo a été inculpé. L’instruction préparatoire suit son cours et le juge d’instruction peut rendre une ordonnance de non lieu. Si dans le cas Laurent Gbagbo le juge d’instruction estime qu’il y a des charges suffisantes contre lui nous prendrons toutes les dispositions pour que le procès se tienne » a indiqué Kouadio Koffi Simplice.

Laurent Gbagbo en détention et passible de jugement au plan national, entre temps le malaise social est déjà visible ! La Côte d’Ivoire des cinq prochaines années se construira sans ses proches sauf un miracle, le CNRD qui était la coalition qui le soutenait quitte les législatives et le FPI son parti met fin à sa participation au dialogue Républicain.

SUY Kahofi

 


Femmes faites-vous dépister, il y va de la vie de votre bébé !

Vaincre la stigmatisation pour vivre heureuse

Problématique de la transmission mère-enfant en Côte d’Ivoire

La période de la grossesse est un moment assez sensible dans la vie de la future maman. Elle doit redoubler de vigilance et veiller sur sa santé pour protéger son bébé. Cette période de la vie de la femme devient encore plus pénible à gérer lorsqu’elle se retrouve confrontée à une infection au VIH.

Nous sommes mardi, c’est un jour de consultation ordinaire pour les femmes qui fréquentent la maternité Marie Thérèse d’Adjamé à Abidjan. Ce moment est mis à profit par Madame AGHA Pauline, sage femme et major de la maternité pour improviser la séance de sensibilisation sur le VIH avec des mots simples. « Je dois utiliser des mots très simples et souvent même parler nos langues locales pour mieux informer mon auditoire car la majorité des femmes ici présentes n’ont pour certaines jamais mis les pieds dans une salle de classe » nous explique la major AGHA Pauline. Le temps d’un bref contact avec les femmes enceintes la sage femme, forte d’une expérience de 20 ans revêt sa casquette de chef du centre de PTME. Importance du test de dépistage, transmission mère enfant, comportement à risque, le SIDA et la vie de couple sont autant de questions abordées. Depuis le début des programmes de prise en charge mère/enfant sur la question du VIH/SIDA, les autorités Ivoiriennes ont crées les centres de PTME (Protection de la Transmission Mère Enfant) annexes aux services gynécologiques et aux maternités pour accompagner au plan psychologique les femmes infectées et veiller au suivi de la prophylaxie.

Le circuit de prise en charge

La prise en charge des femmes infectées par le VIH répond à une politique nationale d’éradication de la transmission mère-enfant. Celle-ci se fait selon un système bien rodé qui part de la sensibilisation à l’acceptation du dépistage volontaire. Cette activité fait désormais parti des prérogatives de tout personnel de santé affecté dans une maternité. Madame BABO Sabine est sage femme à la PTME du Centre Hospitalier Universitaire de Cocody, elle nous présente le circuit de prise en charge des femmes infectées par le VIH. « Tout commence par le CCC c’est-à-dire le Conseil pour le Changement de Comportement. Nous leur présentons au cours des entretiens l’avantage du test pour la santé de leur enfant. C’est lors de cette étape de la sensibilisation que la femme fait le choix d’accepter ou non le test de dépistage ». Après le test de dépistage les femmes séronégatives retournent suivre leur grossesse de façon normale et celles qui sont infectées sont automatiquement prises en charge. Etre au parfum de son statu sérologique lorsqu’on est infecté par le VIH n’est pas une chose facile pour la majorité des femmes qui sont dépistées. « Plusieurs femmes que je reçois après leurs résultats sont au bords du gouffre ! Certaines pleurent énormément mais dans la procédure de prise en charge c’est une étape importante car les larmes leur permettent d’évacuer la douleur et la peine » affirme Madame Ouattara Fatoumata assistante sociale à la PTME d’Adjamé 220 logements. Passé l’étape de l’annonce vient le moment du traitement. En quoi consiste la prise en charge médicale de la femme infectée ? Madame BABO Sabine sage femme à la PTME du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Cocody nous renseigne. « En dessous de 200 CD4 la femme est mise sous ARV et lorsque que le bilan de santé révèle un taux de CD4 supérieur à 200 une prophylaxie est définie par le médecin pour accompagner la future maman ».

« Comment l’annoncer à mon mari ? »

Le résultat d’un test de dépistage pour une personne ordinaire peut rester un secret pendant des années mais dans le cadre d’une vie de couple la femme enceinte à l’obligation d’annoncer son résultat à son homme. La femme doit vaincre la peur pour annoncer son résultat et amener son homme à faire lui aussi son test de dépistage. Madame AGHA Pauline major de la maternité Marie Thérèse d’Adjamé nous démontre pourquoi l’annonce dans l’intimité du couple est importante. « Nous insistons sur l’annonce dans le couple car les méthodes de protection de la mère en dépendent. Une fois infectée elle doit avoir des rapports protégés pour éviter que sa charge virale ne soit revue à la hausse. Alors si elle ne partage pas son résultat avec son homme comment pourrait-il accepter le port du préservatif ? Si à la naissance l’enfant doit être nourrit avec un aliment de substitut, comment la femme pourra expliquer ce choix à son mari ? Voici autant de raisons pour lesquelles nous insistons sur la nécessité de l’annonce dans le couple ».

La logique veut que la femme annonce son résultat à son homme mais dans les faits la réalité est tout autre. La stigmatisation des personnes qui vivent avec le VIH est telle que de nombreuses femmes préfèrent garder le silence. « Dans 90% des cas où le couple est séro-discordant c’est généralement la femme qui est répudiée ! » nous explique Docteur Koffi Brou chef de la PTME du CHU de Cocody avant de conclure « lorsque l’homme apprend que sa femme infectée, il plane automatiquement le spectre de l’infidélité. Non seulement il refuse le dépistage, met sa femme à la rue et généralement il ne reconnait pas l’enfant qui vient au monde ! ». Le personnel de santé de la PTME du CHU de Cocody confirme les propos du Docteur Koffi Brou. De nombreuses femmes sont chassées du foyer malgré les médiations des professionnels de la santé. Seules sans revenus pour vivre, elles bénéficient de l’aide de quelques ONG pour suivre leurs grossesses et alimenter leurs bébés après l’accouchement. Malgré cette vie de solitude dans la maladie, Mme Kouadio Yama une sage femme insiste pour que les femmes acceptent le dépistage. « L’amour de l’enfant que vous portez doit vous amener à accepter le dépistage. La vie d’un enfant vaut mieux que tout sinon pourquoi accepter de lui donner la vie et de le voir souffrir ? ».

Soutenir les femmes infectées et rejetées

En Côte d’Ivoire 9000 femmes enceintes reçoivent la prophylaxie ARV. Bien qu’il soit difficile de dire combien d’entre elles vivent leurs grossesses toute seule, le gouvernement Ivoirien a mis sur pied des fonds d’aide aux mamans OEV (Orphelins et Enfants Vulnérables du fait du SIDA). Ces fonds permettent aux mamans de se prendre en charge par des AGR, des activités génératrices de revenus. Ce programme est piloté par le Ministère d’Etat en charge des Affaires sociales et de la Solidarité. « Bien que le projet soit destiné aux OEV, notre objectif est d’aider les parents et surtout les mères de famille à travers ce fond. Par le canal des enfants nous redonnons espoir aux familles par les AGR pour que nous puissions atteindre effectivement la politique du 0 décès, 0 stigmatisation et 0 infection » affirme Bagaté Bolou Inspecteur Général au Ministère d’Etat, ministère de l’emploi, des Affaires sociales et de la Solidarité. La question de la transmission mère enfant et du suivi des femmes infectées est le volet le plus important de la lutte contre le SIDA en Côte d’Ivoire nous confie Docteur Adjé Christine Touré du PEPFAR. Pour elle, la sensibilisation doit se faire à tous les niveaux pour que cesse la stigmatisation et le rejet des femmes infectées. C’est seulement à ce prix que les femmes enceintes porteuses du VIH pourront s’épanouir et réduire les risques de contamination de leurs bébés.

SUY Kahofi