Kahofi SUY

Nouveau gouvernement ivoirien : un petit club d’ami au sommet de l’Etat

L’économiste né va conduire de nouveau son pays dans les dépenses inutiles
L’économiste né va conduire de nouveau son pays dans les dépenses inutiles

Le nouveau gouvernement ivoirien s’est réuni pour la première fois ce 13 janvier 2016. Un premier conseil des ministres sans round d’observation comme pour dire qu’être ministre sous Alassane Ouattara n’est pas un moment de villégiature.

Il y a toujours de quoi rire quand on voit combien de fois les africains ont le chic pour se tailler le ridicule en tout temps. Depuis l’indépendance des pays africains jusqu’à ce jour, le gaspillage du denier public par tous les moyens semble être une priorité pour ceux qui sont choisis comme chef d’Etat. Ces présidents d’Afrique et leur petits clubs d’amis arrivent aux affaires non pas pour servir mais pour se servir et cela transparait dans les gouvernements aux effectifs pléthoriques auxquels nos pays sont hélas habitués. C’est le cas encore une fois en Côte d’Ivoire avec un Gouvernement de 36 personnes cooptées par un certain Alassane Ouattara que d’aucun affuble du titre pompeux d’économiste de classe international ! Visiblement dans sa conception de l’économie moderne, il n’y a pas de place pour les économies à réaliser sur le train de vie de l’Etat. Pendant que dans certains pays on se serre la ceinture pour éviter que les contribuables ne payent plus, en Côte d’Ivoire notre champion de l’économie, ancien cadre du FMI ferme les yeux sur cette tendance mondialement adopté par les pays sérieux pour donner de nouveau dans le gaspillage.

36 ministres c’est 36 salaires supérieurs à 8.000 euros, 36 berlines de luxe à entretenir (ce chiffre peut tripler !), 36 maisons de fonction avec personnel au frais du contribuable, 36 souches de bonds de carburant illimités, 36 abonnements téléphoniques et internet no limit ! 36 ministres c’est aussi 36 grilleurs d’arachides et potentiels « voleurs » en col blanc à qui personne ne viendra un seul jour demander des comptes. Car si dans ce pays on demandait des comptes, certains ministres que je vois d’ici ne seraient plus en fonction. En effet les conditions sont créées pour leur dire qu’ils appartiennent à un club d’amis qui a le libre choix de faire ce qu’il veut. La composition même du Gouvernement ivoirien le montre. Des ministères ont été créés ou scindé simplement pour faire de la place à un ami que le Président Alassane Ouattara n’a pas pu contenter lors de son premier mandat ou d’allier politique qu’on ne veut pas perdre. A titre d’exemple, le ministère de la justice est scindé en deux nouveaux ministères. Dans un même pays le garde des sceaux, ministre de la Justice qui hier s’occupait des droits de l’homme doit désormais s’en passer. Un nouveau ministère des droits de l’homme et des libertés publiques est créé ! Qu’est ce qui peut bien être du ressort de la justice, du droit et de la dignité humaine qui échappe à la notion de droit de l’homme ? L’économiste né qui dirige la Côte d’Ivoire n’a-t-il pas vu qu’il créait là une nouvelle dépense inutile ? Idem pour le doublon ministère de la construction et de l’urbanisme et ministère de l’habitat et du logement social ! Deux ministères crées pour les mêmes objectifs et qui vont engloutir les impôts durement payés des ivoiriens. On ne s’arrêterait pas en si bon chemin sans citer les ministères de la santé et de l’hygiène publique et celui de la salubrité urbaine et de l’assainissement. Peut-on être en charge de la santé et de l’hygiène publique sans faire de l’assainissement et lutter pour un meilleur cadre de vie des populations ?

C’est donc ça l’ivoirien nouveau selon Alassane Ouattara : on prend les mêmes et on recommence. Mes calculs sur le départ de certains ministres vomis par le peuple ont donc été faux comme pour la majorité des ivoiriens.

On prend donc les mêmes et surtout on crée les conditions de la continuité d’un système de gestion de la chose publique marqué sur le gaspillage, les copinages et la promotion du concept ethno-tribalique de RATTRAPAGE ETHNIQUE. En effet sur 39 ministres, 18 sont originaires du nord de la Côte d’Ivoire. C’était comme si les seules intelligences présentes dans ce pays ne sont visibles que dans le nord ou dans le clan familial du Président de la République. Certains ivoiriens ont cru voir un nouveau gouvernement, moi je continue de voir un petit club d’amis au sommet de l’Etat avec de nouveaux ministères crées pour contenter des copains et des copines !

SUY Kahofi


Alassane Ouattara acte 2 : que faut-il espérer ?

Alassane Ouattara lors de sa prestation de serment
Alassane Ouattara lors de sa prestation de serment

En Octobre 2015, la Côte d’Ivoire était l’épreuve d’une élection présidentielle apaisée. Après la crise post-électorale de 2010, certains observateurs craignaient que le pays ne puisse pas vaincre les vieux démons de la division. La veille de l’élection, de nombreux ivoiriens se sont rués vers les supermarchés pour dévaliser les rayons et faire des stocks de nourriture et autres provisions. Au finish il y a eu plus de peur que de mal, l’élection présidentielle s’est passée dans le calme. Aucun incident majeur n’a été signalé et sur toute l’étendue du territoire nationale les ivoiriens ont voté dans le calme et surtout la discipline. Sur 3.129.742 suffrages exprimés Alassane Ouattara a recueilli 2.618.229 voix. Il réalise ainsi un score de 83,66 %, supérieur à la majorité absolue requise soit 1.564.872 voix. Le candidat du RHDP est donc proclamer président de la République de Côte d’Ivoire dès le premier tour du scrutin. L’ancien (nouveau) président ivoirien ne se voile pas la face : les tâches qui l’attendent sont très importantes. Quelles sont les attentes des Ivoiriens pour ce second quinquennat d’Alassane Ouattara ? Son projet de modification de la Constitution Ivoirienne peut-il réellement se faire ? Je vous invite à écouter ma position sur ces deux questions dans cette édition d’Afrique 7 jours sur la Deutsch Welle.


Observateur et non gardien du processus électoral

Une mission d’observation ne désigne pas le vainqueur d’une élection
Une mission d’observation ne désigne pas le vainqueur d’une élection

A chaque scrutin, l’Union Européenne, l’Union Africaine, la CEDEAO et les Organisations de la société civile déploient des observateurs. Leur arrivée est souvent saluer par de nombreux acteurs cependant leur rôle n’est pas réellement compris par une frange importante de la population.

Le premier cas rapporté dans l’histoire moderne de l’observation internationale des élections remonte à 1857. Une commission européenne formée par les représentants de l’Autriche, l’Angleterre, la France, la Prusse, la Russie et la Turquie ont observé les élections générales tenues dans les territoires controversés de la Moldavie et de la Wallachie. Depuis cette date, des pays indépendants, souverains et détenteurs de tous les droits sur leurs processus électoraux acceptent d’inviter d’autres institutions pour réaliser ce monitoring démocratique.

Les observateurs sont généralement vêtus de la chasuble de l’organisation ou de l’institution qu’ils représentent. Ils écument en une journée de nombreux bureaux et centres de vote à la recherche d’informations sur le scrutin. Contrairement aux idées reçues, les observateurs ne sont pas les chiens de garde du scrutin ou des donneurs de leçon venus superviser l’action de la Commission Electorale Indépendante (CEI). D’ailleurs, pour montrer que les observateurs ne sont en rien au-dessus de cette institution, c’est elle qui leur délivre leurs accréditations. Dans les faits, l’observateur comme son nom l’indique « observe le scrutin » et selon le baromètre fixé par son organisation émet des avis ou rapports. « La présence d’observateurs internationaux des élections, à l’invitation d’Etats souverains, peut faire toute la différence en ce sens qu’elle permet d’assurer que les élections fassent réellement avancer le processus démocratique » indique Kofi Annan, l’ancien secrétaire général des Nations Unies. L’observation électorale est donc une manière pour un pays de dire haut et fort (et preuves à l’appui) qu’il est porteur et promoteur de valeurs démocratiques. Ces preuves sont fournies par des missions d’observation internationales ou celles qui sont suscitées au plan national par les OSC.

Les missions d’observation ne désignent pas le vainqueur d’une élection. Elles établissent des normes qui selon elles doivent être respectées pour qualifier le scrutin de démocratique, transparent et apaisé. Par exemple, une mission d’observation peut tabler sur les violences électorales, l’accès aux différents lieux de vote, la fiabilité dans le transfert des résultats, la disponibilité du matériel électoral, l’expérimentation de la biométrie, le respect du code électoral… Grâce à un baromètre de notation propre à chaque mission, elles décident au final de dire si oui ou non l’élection fut transparente. Pour arriver à juger un scrutin, la mission d’observation doit incarner certaines valeurs : neutralité, impartialité et transparence. Ce sont ces valeurs qui ont présidé au choix des observateurs de PEACE-Côte d’Ivoire. La Plateforme des organisations de la société civile pour des élections apaisées, crédibles et équitables en Côte d’Ivoire (PEACE-CI) va déployer ce 25 octobre 2000 observateurs sur toute l’entendue du territoire national ivoirien. Selon Fofana Mamadou coordonnateur du projet « Baromètre des élections crédibles et apaisées en 2015 », les observateurs de PEACE-Côte d’Ivoire jouissent d’une crédibilité avérée. « Ils n’appartiennent à aucun parti politique et ont été formé pour faire remontrer vers la ESR (Electoral Situation Room) des informations crédibles et fondées » nous explique Fofana Mamadou. Deux méthodes d’observation sont généralement utilisées dans les processus électoraux. La première consiste à observer le scrutin et à produire un rapport en fin de mission. L’autre approche consiste à observer le scrutin en temps réel et à faire automatiquement des recommandations aux acteurs engagés pour le parfaire. C’est cette deuxième méthode qu’a choisi PEACE-Côte d’Ivoire pour mieux impacter le scrutin de dimanche.

SUY Kahofi


PEACE-CI et OSIWA tweetent pour des élections apaisées

Le bloggeur doit être un acteur de paix
Le bloggeur doit être un acteur de paix

La Plateforme des organisations de la société civile pour des élections apaisées, crédibles et équitables en Côte d’Ivoire (PEACE-CI) et son partenaire OSIWA (open society initiative for West Africa) ont organisé ce 21 octobre un tweet-up autour du thème « l’engagement du citoyen web 2.0 en période électoral : cas de la Côte d’Ivoire ».

Le thème du tweet-up a été décortiqué par Fernand Dedeh journaliste-blogueur, ancien chef du service sport de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI). Les deux (2) heures de débat ont permis de discuter de l’apport et des limites de l’usage des réseaux sociaux en période électorale. Dans le vocabulaire du web, un tweet-up est un rassemblement d’utilisateurs du réseau social Twitter (twitterers). Organisé à ses débuts en ligne (rendez-vous virtuel), il est de plus en plus un rendez-vous « en réel » où l’évènement est retransmis en direct via les réseaux sociaux. Au cours de son exposé liminaire, le conférencier est revenu longuement sur l’univers des réseaux sociaux et le développement du blogging en Côte d’Ivoire. L’exposé a clairement montré la force d’internet dans la diffusion de l’information et le caractère interactif de cette plateforme.

Internet peut contribuer à la promotion de l’information en période électorale cependant il peut aussi créer des situations de tension si l’information est mal donnée. Rumeurs et fausses informations peuvent être véhiculées d’où un minimum d’éthique dans le traitement de l’information. Les bloggeurs ont donc été invités à être fidèles aux faits et surtout à s’informer sur les textes qui régissent le processus électoral. L’organisation de la CEI, le code électoral, les dispositions sécuritaires dans les bureaux sont autant de point que le bloggeur doit connaitre pour mieux rendre compte de l’actualité du processus électoral et du vote. L’activité de blogging étant du ressort du traitement de l’information, le bloggeur doit clairement comprendre qu’en cette période électorale il doit être un acteur du vivre ensemble à travers ses écrits. Pour y arriver, il doit comprendre le processus électoral, être conscient de sa responsabilité étique et social et avoir un minimum de bon sens dans le traitement de l’information avant sa mise en ligne. « Que personne ne puisse douter des écrits du bloggeur » a conclu Fernand Dedeh. Notons que le tweet-up a été retransmis par deux radios de proximité d’Abidjan à savoir Radio Arc-en-ciel et Radio Yopougon.

Suy Kahofi


Tout pour comprendre la Situation Room

La Situation Room pour aider à des élections apaisées
La Situation Room pour aider à des élections apaisées

Le partenariat entre le WANEP-CI et OSIWA se matérialise à travers un projet intitulé : « Baromètre des élections crédibles et apaisées en Côte d’Ivoire en 2015 ». Ce projet comporte une innovation de taille, il s’agit de la mise sur pied de la première ESR (Electoral Situation Room) dans le pays lors d’une élection.

Les organisations de la société civile sont dans le bain du processus électoral depuis plusieurs mois. Elles multiplient les initiatives de formation et de sensibilisation citoyenne pour contribuer à des élections crédibles et sans violences. Le WANEP, le Réseau ouest-africain pour l’édification de la paix section Côte d’Ivoire n’est pas en reste. Grâce à l’appui de la Open Society Initiative for West Africa (OSIWA), l’organisation continue d’exécuter sa feuille de route concernant le projet « Baromètre des élections crédibles et apaisées en Côte d’Ivoire en 2015« . Après la mise en place de la Plateforme des organisations de la société civile pour des élections apaisées crédibles et équitables en Côte d’Ivoire (PEACE-CI), le WANEP a effectué le monitoring de l’enrôlement des électeurs. S’en suivent le monitoring des médias (conduit avec l’OLPED), la formation des observateurs et la mise en place de la Situation Room le 24 octobre 2015 à l’Hôtel Tiama (Abidjan-Plateau). Il s’agit d’un quartier général de centralisation des données électorales collectées par les équipes terrain de PEACE-CI. Ces équipes sont composées de 2 000 observateurs qui doivent rendre compte en temps réel du processus électoral. Trois chambres vont composer la Situation Room : la chambre technique, la chambre intermédiaire et la chambre de décision.

La chambre technique est composée d’informaticiens professionnels (opérateurs) qui auront la responsabilité de saisir les données qui seront acheminées par les observateurs. Ils bénéficieront d’un plateau technique composé d’ordinateurs et de logiciels dédiés à la gestion d’une ESR. Les données seront ensuite transmises à la chambre intermédiaire composée d’analystes expérimentés dans des domaines très variés : genre, communication, politique… Ces analystes seront appuyés dans leur action par huit responsables d’organisation de la société civile (OSC). Selon Fofana Mamadou, coordonnateur du projet « les 8 responsables d’OSC ont été choisis pour leur excellente maîtrise du processus électoral depuis 2010 et leur connaissance du mécanisme des élections en Côte d’Ivoire ». Les informations consolidées par les opérateurs seront donc analysées par la chambre intermédiaire en temps réel et au cas par cas.

A titre d’exemple, sur le terrain « les observateurs peuvent noter l’absence de stickers dans un bureau. La chambre intermédiaire va donc formuler des recommandations afin que la Situation Room puisse informer les acteurs en charge de corriger ce dysfonctionnement » nous explique Fofana Mamadou. Pour chacune des situations, des recommandations seront faites à la dernière chambre. Il s’agit de la chambre de décision où siègent sept personnalités choisies sur la base de critères rigoureux. Elles sont reconnues pour leur intégrité morale, font l’unanimité auprès des acteurs du processus et leurs propositions ne peuvent être contestées parce que crédibles. La chambre de décision pourra transmettre aux acteurs engagés dans le processus électoral les propositions et recommandations en temps réel pour en assurer la bonne marche. Il est important de noter que les informations collectées sur le terrain par les observateurs depuis les différentes localités seront stockées sur une plateforme en ligne.

SUY Kahofi