Kahofi SUY

Le GIABA renforce la lutte contre le blanchiment d’argent

L'argent sale plombe les économies sous-régionale

Le GIABA, le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest a débuté depuis le 2 mai sa 17ème commission technique et réunion plénière à Abidjan capitale économique de la Côte d’Ivoire. L’objectif premier est de partager les expériences de lutte, de faire des recommandations pour freiner l’avancée du fléau et surtout d’analyser les rapports par pays pour relever les insuffisances et conseiller au mieux les Etats membres.

Un fléau pour les économies sous régionales

Au jour 2 des échanges, Mme Elisabeth N’dèye Diaw Directrice Général adjointe du GIABA a tenu à souligner la nocivité du blanchiment sur les économies ouest-africaines. « Une fois l’argent du blanchiment sur place il fait l’objet d’un virement soudent vers d’autres marchés financiers dans le cadre de l’empilage ou de la dissimulation des ressources d’où un risque systémique bancaire si le blanchiment est pratiqué à grande échelle dans le système financier d’un pays donné. Les commerces locaux et les entreprises locales ne peuvent plus suivre la concurrence face aux sociétés écrans ou de façades crées pour blanchir des fonds par des blanchisseurs qui pratiquent des prix en dessous des prix du marché car leur objectif n’est pas de faire du profit mais de dissimuler l’argent du crime ». Le blanchiment  constitue donc un risque réel pour la stabilité du système financier ouest-africain et annihile tous les efforts pour booster les efforts de développement économique du pays. Au plan politique les blanchisseurs risquent de s’emparer des rennes du pouvoir ou de positionner leurs hommes de main au cœur du pouvoir. Par l’argent sale il fausse le jeu démocratique, intimident les journalistes, les éliminent quand ils n’arrivent pas à la corrompre.

11ème réunion ministérielle et recommandations

Les travaux de la 11ème réunion ministérielle des Etats membres du Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest GIABA se sont achevés ce samedi 05 mai à Abidjan. Face aux ministres et représentants des délégations gouvernementales le plaidoyer du Docteur Abdullahi Shebu, Directeur Général du GIABA s’est fait en faveur d’un appui plus important des gouvernements aux structures nationales de lutte contre le blanchiment d’argent et une meilleure coopération inter-état pour freiner le fléau. Au terme d’un huis clos pour analyser les recommandations issues des 3 jours d’échange des experts lors des assises de la 17ème commission technique, les ministres se sont engagés au nom de leurs pays respectifs à tout mettre en œuvre pour appliquer les dispositifs des lois LBC/FT – Blanchiment et lutte contre le financement du terrorisme – en vigueur au sein de la CEDEAO. Un engagement a été aussi pris d’appuyer les cellules nationales du renseignement financier à travers des formations pour le personnel et un appui technique pour optimiser les méthodes de recherche de données. Un souffle nouveau sera donné à la lutte contre la corruption et l’action judiciaire aura une place prépondérante dans la lutte contre le blanchiment. Autres mesures les transferts de fond dans l’anonymat porte ouverte à la dissimulation des capitaux seront combattus au même titre que la criminalité transfrontalière. Le ministre de l’intérieur Ivoirien, Hamed Bakayoko a appelé ses pairs à promouvoir l’approche intégrée sous-régionale de lutte à travers une meilleure mutualisation des expériences. Il a par ailleurs précisé que l’espace CEDEAO bien qu’étant à la recherche de capitaux frais pour financer son économie doit tout faire pour ne pas être une porte d’entrer à l’argent sale dans l’économie africaine. L’instabilité politique que plusieurs pays de la sous-région connaisse les rend vulnérable au fléau du blanchiment mais cela ne doit pas être un frein à la lutte à pour sa part précisée Giancarlo Del Bufalo Président du GAFI, le Groupe d’Action Financière.

SUY Kahofi 


Quand des pasteurs, prophètes, évangélistes monnaient la guérison des fidèles

Veillée de prière

Quand on a tout essayé et que les médicaments n’ont pas pu venir à bout de la maladie, il ne reste que la foi. Pasteurs et apôtres du Christ deviennent les derniers piliers face à la mort qui menace. Mais les solliciter coûte quelques billets. C’est ainsi, la guérison a un prix…

Si le Christ, de son vivant, avait guéri les malades en leur demandant des pièces d’or à l’effigie de Jules César… Mais non. Le fils de Dieu guérissait aveugles et boiteux sans demander un sou. Aujourd’hui, ceux qui se revendiquent comme ses fidèles serviteurs se pavanent en Lexus dans les rues d’Abidjan et ne semblent pas vouloir appliquer le principe de la charité du Maître. Les temps ont changé, les méthodes aussi ! Pour guérir, il faut mettre la main à la poche. La seule différence avec les cliniques, c’est que dans les églises, il n’y a ni seringues, ni bloc opératoire. Tout se fait par la prière et autres méthodes que certains fidèles remettent en cause.

Le démon est partout !

Certaines missions évangéliques d’Abidjan, la capitale du pays, sont devenues des centres de délivrance incontournables. Elles ont aménagé des pans entiers de leur surface pour que les malades viennent trouver la guérison. Le seul problème est que dans ces camps, tout est ramené à la chasse aux mauvais esprits ! Le paludisme évolue avec des petits démons, les problèmes gynécologiques avec la sirène des eaux Mamy Watta, la paralysie est là car le diable utilise vos pieds en guise de tabouret, etc. Les malades, déjà affaiblis, sont contraints au jeûne et les séances de délivrance occasionnent sont souvent d’interventions musclées pour calmer ceux qui convulsent. Cyriac Gohourou n’apprécie pas ces méthodes qu’il juge « sans véritable fondement biblique « .  » C’est un comportement déshumanisant de voir des malades être trimbalés dans tous les sens. Jésus guérissait sans forcément hurler ou toucher les malades alors d’où viennent ces méthodes qui souvent font couler des larmes aux parents et amis des malades ?  » s’interroge le jeune homme. René Amangoua, fidèle catholique, renchérit pour dénoncer ce qu’il qualifie  » de mauvaise foi des pasteurs et prophètes « .  » Je suis chrétien et je ne nierais pas que Dieu guérit les malades. Le seul hic, c’est que de nos jours, certains pasteurs préfèrent garder des malades qui peuvent se soigner dans les hôpitaux juste pour se faire de l’argent.  » Cet avis n’est pas celui de Célestin N’goran. L’éducateur pré-scolaire et chrétien évangélique estime que  » la majorité des malades qui sont guéris dans les églises ont fait le tour des hôpitaux, charlatans et guérisseurs sans avoir eu gain de cause.  » L’église devient donc le dernier recours et la foi est alors un argument utilisé par certains faux prophètes pour se faire de l’argent.

Le business de la guérison

Gertrude Kouamé a été comptable dans une mission évangélique d’Abidjan. Elle accepte de nous expliquer comment certains pasteurs ont monté des empires financiers par le commerce de la prière de guérison.  » On avait une caisse dédiée aux malades et souvent je pouvais me retrouver avec plus d’un million de FCFA simplement avec de prétendus dons de malades qui étaient en fait une somme obligatoire que chacun devait payer pour recevoir la guérison. Notre bien aimé révérend, en l’espace de quelques années, a offert un duplex à son épouse et se trouve être le propriétaire d’innombrables véhicules de transports en commun et de maisons en location. Je savais d’où venait l’argent et où il allait.  » Cet argent n’est pas la propriété du pasteur mais celle de l’église, même s’il s’avère que le pasteur est le fondateur de la mission.  » La Bible soutient que celui à qui on enseigne la parole peut faire participer ses biens à celui qui l’enseigne. C’est fort de cette parole inspirée des Saintes Ecritures que ceux qui viennent à nous acceptent de faire des dons à l’église. L’argent ne va pas dans nos poches mais dans les caisses de l’Eglise  » souligne un pasteur qui a souhaité resté anonyme. Bien difficile de croire que l’argent si  » difficilement  » gagné par les pasteurs puisse servir à autre chose qu’à leurs propres intérêts. Edouard Bailly, étudiant en criminologie, en est convaincu :  » Les scandales liés aux hommes de Dieu sont fréquents dans ce pays et tout tourne autour des cas d’infidélité et de l’argent. Le milieu du christianisme est aujourd’hui marqué par cet amour du matériel qui pousse des pasteurs à vendre leurs âmes au diable. Le business du commerce de la guérison est l’élément le plus visible de cet enrichissement illicite des hommes de Dieu car la foi ou la puissance que Dieu donne n’est à monnayer.  » Et pourtant.

SUY Kahofi


Côte d’Ivoire : recensement général des utilisateurs de téléphone et d’internet

Cybercafé à Abidjan

Après les assises d’Abidjan de la CEDEAO sur la cybercriminalité, les autorités Ivoiriennes ont décidé d’aller en guerre contre ce fléau qui ternit l’image du pays. En effet la Côte d’Ivoire est aujourd’hui le premier eldorado de la cybercriminalité en Afrique avec des taux très effrayants d’arnaque en ligne. La mesure mise sur pied pour contrer les cybercriminels communément appelés ‘’brouteurs’’ est l’identification dans un premier temps de tous les utilisateurs de téléphone fixe, mobile et de ligne internet. Le projet d’identification des Ivoiriens pose déjà le problème de respect de la vie privée et de la violation des droits et liberté individuelle. « Je trouve que ce n’est même pas normal ! Pour une simple connexion à internet dans un cyber toutes vos coordonnées se retrouvent chez le gérant ? Qu’est ce qui prouve que celles-ci ne seront pas utilisées à d’autres fins ? » s’interroge Kouassi Oscar un jeune enseignant. « Si c’est réellement pour lutter contre la cybercriminalité je suis d’accord mais si c’est pour surveiller les Ivoiriens, les pister ou les épier je trouve cela dégradant pour chaque Ivoirien ! » souligne Olivier avant de conclure que « ce recensement ressemble à une opération de surveillance à grande échelle dans un contexte social marqué par l’insécurité et des rumeurs de coup d’Etat ». Au-delà du débat sur la violation des droits de l’homme, des gérants de cybercafés craignent pour leur chiffre d’affaire. « Un cybercafé n’est pas une ligne téléphonique ordinaire : c’est quelque chose de commercial. Depuis que nous avons été sommés d’enregistrer nos utilisateurs, nombreux sont nos clients qui préfèrent se rabattre sur d’autres cybers qui n’appliquent pas cette mesure. Nous serons les grands perdants de cette mesure » se lamente KONE Ibrahim propriétaire d’un cybercafé. Des emplois semblent donc menacés par cette mesure de recensement systématique des utilisateurs de téléphone fixe, mobile et de ligne internet.

Une mesure justifiée

Pour Djékou Abraham conseillé technique en charge des TIC à l’ATCI, Agence en charge des Télécom en Côte d’Ivoire, la mission de cette opération est de favoriser une utilisation responsable des lignes téléphoniques et d’Internet. « Il y a de bonnes pratiques sur internet mais il y a aussi de très mauvaises pratiques. Parlons précisément de la cybercriminalité : elle prolifère parce que les criminels sont confortés par l’anonymat ! Décliner les identités permet de réduire cet anonymat et oblige les utilisateurs à ne pas utiliser le Net à de mauvaises fins ». Voici donc une idée louable qui doit contribuer sans nul doute à responsabiliser d’avantage les Ivoiriens face aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le projet de réensemencement garantit d’une part la sécurité du consommateur mais de l’autre relance le débat sur les violations des libertés individuelles. « Tous les cybercriminels de la sous-région ouest-africaine ont élu domicile en Côte d’Ivoire. Dans ce contexte la démarche du Gouvernement est salutaire et louable mais que cette décision ne serve pas à contrôler les activités du citoyen » met en garde Doukoua Godé de la FACCI une association ivoirienne des consommateurs. Sur le volet violation des libertés individuelles le Mouvement Ivoirien des Droits Humains (MIDH) s’aligne sur la position de la FACCI. « Si nous sommes d’accord avec le Gouvernement qu’il faut lutter efficacement contre les crimes qui sont commis par internet, nous devons aussi attirer l’attention du Gouvernement sur les libertés individuelles. Identifier toutes les personnes de cette manière là est la porte ouverte à notre sens à toutes les dérives possibles d’un Etat qui veut sans doute prendre des libertés certaines avec les droits de l’homme » s’inquiète Maître Doumbia Yacouba président par intérim du MIDH.

Soyez honnêtes et rien ne vous arrivera !

Il n’y a pas le feu au lac rassure pour sa part Djékou Abraham conseillé technique en charge des TIC à l’ATCI cette mesure vise à rendre responsable chaque fauteur de trouble aux yeux de la loi. Les citoyens honnêtes n’ont donc pas de soucis à se faire ! « Le secret des communications que ce soit internet ou téléphoniques est garantie par la loi mais lorsqu’au cours d’une enquête judiciaire et je le souligne très bien, le procureur en fait la demande, l’IP incriminée ou le cyber mis en cause est recherché. Nous nous rapprochons du gérant de cybercafé pour recueillir les informations que l’autorité demande. Si et seulement si ces informations n’existent pas et que le gérant n’a donc pas fait son travail, les sanctions vont tomber. Celles-ci vont jusqu’à la fermeture du cybercafé ! ».

La sécurité numérique des Ivoiriens est donc une priorité pour les autorités ivoiriennes. Celle-ci se place dans une politique de lutte contre la cybercriminalité en Côte d’Ivoire, une lutte qui évolue donc dans un ordre chronologique qui pourrait se schématiser comme suit :

Schéma de la politique globale de sécurité numérique et de lutte contre la cybercriminalité
Schéma de la politique globale de sécurité numérique et de lutte contre la cybercriminalité

Les arnaqueurs en ligne et autres voleurs par téléphones portables sont donc avertis, ils seront traqués dans les mois qui viennent ! Quant aux Ivoiriens, les nouvelles dispositions du ministère des postes et des nouvelles technologies de l’information et de la communication leur donne jusqu’au 31 octobre délais de rigueur pour se faire identifier.

SUY Kahofi


Côte d’Ivoire : manque de financement pour l’action humanitaire

Ndolamb Ngokwey et le représentant du Comité national de coordination de l’action humanitaire

Une rencontre entre les acteurs humanitaires et les bailleurs de fonds s’est tenue à Abidjan ce 30 avril 2012, dans la salle de conférence du Bureau International du travail (BIT). La rencontre, organisée par le Coordonnateur Humanitaire en Côte d’Ivoire, M. Ndolamb Ngokwey, en collaboration avec les Ministres d’Etat, Ministre du Plan et du Développement, M. Albert Mabri Toikeuse, représenté par son Directeur du Cabinet, M. Diaby Lanciné et Ministre de l’Emploi, des Affaires Sociales et de la Solidarité, M. Gilbert Kafana Koné, avait pour objectif d’attirer l’attention des bailleurs de fonds sur le sous financement de l’action humanitaire en Côte d’Ivoire et ses conséquences sur les populations vulnérables. Lors de son intervention, le Coordonnateur Humanitaire, M. Ndolamb Ngokwey, a souligné l’importance et la nécessité d’une action soutenue en faveur des populations affectées par la crise post-électorale. « Si la stabilité politique a permis un retour important de nombreux réfugiés et déplacés internes dans leurs zones d’origine, assurer une intégration durable demande une assistance conséquente », a déclaré M. Ndolamb Ngokwey. « Cette assistance, tant nécessaire, risque d’être compromise par le manque de financement », a-t-il ajouté.

Les présentations faites par M. Ndolamb Ngokwey et le représentant du Comité national de coordination de l’action humanitaire (CNCAH), ont dressé un état des besoins non-couverts. Selon M. Ndolamb Ngokwey, un financement inadéquat pourrait priver 400.000 personnes d’accès à l’eau potable à l’ouest du pays. De même, 5.000 abris ou maisons doivent être réhabilités ou construits pour permettre un retour durable. Environ 2 millions de personnes, dont 80.000 femmes enceintes et plus de 300.000 enfants de moins de cinq (5) ans seraient privés d’accès à des soins de santé de qualité. L’Appel Consolidé dit CAP 2012 pour la Côte d’Ivoire, lancé le 16 janvier dernier à Abidjan, n’est financé à ce jour qu’à hauteur de 18 pour cent, soit 31,2 millions de dollars US sur une requête initiale de 173 millions de dollars US.

SUY Kahofi


Côte d’Ivoire : Le conseil de sécurité reconduit l’embargo sur les armes

Siège de l'ONUCI ex-hôtel SEBROKO

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté, jeudi 26 avril 2012, la résolution 2045 qui maintient, jusqu’au 30 avril 2013, ses sanctions à l’égard de la fourniture, la vente ou le transfert d’armes à la Côte d’Ivoire ainsi que l’exportation du diamant brut  en provenance du territoire ivoirien.

La résolution comporte des exemptions permettant au Gouvernement ivoirien d’entraîner et d’équiper ses forces de sécurité, et de doter la police et la gendarmerie des armes et munitions nécessaires au maintien de l’ordre. Les exemptions traduisent également un souci de permettre une réponse proportionnée du Gouvernement aux menaces contre la sécurité de la population. La résolution explique les procédures à suivre par le Gouvernement pour bénéficier de certaines de ces exemptions accordées par le Conseil, qui salue les efforts des Ivoiriens pour soutenir la réconciliation nationale et la consolidation de la paix et se félicite de l’amélioration de la coopération que le Gouvernement a accordée au Groupe d’experts sur l’embargo. Les autorités ivoiriennes ont salué la résolution, et la considèrent, selon le Représentant Permanent de la Cote d’Ivoire auprès des Nations Unies, M. Youssoufou Bamba, comme « un encouragement du Conseil de sécurité à la Côte d’Ivoire à poursuivre ses efforts en vue de surmonter les défis importants restants ».

Exemptions : Matériel non-létal, matériel létal RSS…

Au chapitre des exemptions, la résolution stipule que le régime de sanctions ne s’appliqueront plus  ni à la fourniture de services de formation, de conseils et de compétences spécialisées en rapport avec les fonctions de sécurité et militaires, ni à la fourniture de véhicules civils aux forces de sécurité ivoiriennes. La prohibition de la fourniture, la vente ou le transfert d’armes ne s’appliquera pas non plus « aux fournitures destinées exclusivement à l’appui de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et des forces françaises qui la soutiennent, ou à l’utilisation par celles-ci ». Sont également exempts, le « matériel militaire non létal destiné exclusivement à un usage humanitaire ou à des fins de protection  ainsi que le matériel de police non létal destiné à permettre aux forces de sécurité ivoiriennes d’utiliser une force appropriée et proportionnée afin de maintenir l’ordre. Cependant, dans les deux cas, une notification préalable doit être faite au Comité de sanctions. De même, la prohibition ne s’applique pas « aux armes et autres matériels létaux destinés aux forces de sécurité ivoiriennes dans le seul but d’appuyer le processus de réforme du secteur de la sécurité ou d’être utilisés dans le cadre de ce processus ». Dans ce cas, un accord préalable du Comité est requis. La résolution souligne que les notifications ou demandes préalables doivent être accompagnées de toutes les informations nécessaires, y compris l’utilisation à laquelle le matériel est destiné, l’utilisateur final, les caractéristiques techniques et le nombre d’articles à expédier ainsi que, le cas échéant, le fournisseur, la date envisagée de livraison, le mode de transport et l’itinéraire de transport. Le Conseil exhorte le Gouvernement ivoirien à permettre au Groupe d’experts et à l’ONUCI d’avoir accès aux équipements faisant l’objet de dérogations au moment de l’importation de ces équipements et avant qu’ils ne soient livrés aux utilisateurs et souligne que le Gouvernement devra marquer les armes et les matériels connexes à leur entrée sur le territoire de la Côte d’Ivoire et en tenir un registre.

Préoccupations : DDR, RSS, combattants illégaux, mercenaires…

Par ailleurs, la résolution exprime la préoccupation du Conseil de Sécurité face à l’inachèvement de la Réforme du Secteur de la sécurité (RSS) et du programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), et à la circulation des armes, qui font peser une lourde menace sur la stabilité du pays. Toutefois le Conseil « accueille  avec satisfaction la création au sein du Gouvernement d’un groupe de travail sur la RSS et le DDR ainsi que les autres actions menées pour faire résolument face à ces problèmes ». La résolution réitère la ferme condamnation par le Conseil de « toutes violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire en Côte d’Ivoire » et « toutes violences contre les populations civiles, y compris les femmes, les enfants, les personnes déplacées et les étrangers, ainsi que toutes autres exactions ou atteintes aux droits de l’homme ». Elle souligne que les auteurs de tels actes doivent être traduits en justice, que ce soit devant des tribunaux internes ou des tribunaux internationaux, et se félicite de l’étroite coopération du Gouvernement ivoirien avec la Cour pénale internationale dans ce contexte.

Le Conseil se déclare « préoccupé par les constations du Groupe d’experts concernant la mise en place d’un système de taxations illégales, l’aggravation de la criminalité […] et l’insuffisance des moyens humains et matériels affectés au contrôle des frontières ». Le Conseil « exhorte tous les combattants armés illégaux ivoiriens, y compris ceux se trouvant dans des pays voisins, à déposer immédiatement les armes ». Il « encourage l’ONUCI, dans les limites de son mandat, de ses capacités et des secteurs dans lesquels elle est déployée, à continuer d’aider le Gouvernement ivoirien à collecter et à entreposer ces armes et à enregistrer toute information pertinente les concernant ». Et il « demande au Gouvernement ivoirien […] de veiller à ce que ces armes soient neutralisées ou ne soient pas distribuées illégalement ». Le Conseil de sécurité se déclare « profondément préoccupé par la présence en Côte d’Ivoire de mercenaires, venant notamment de pays voisins, et invite les autorités ivoiriennes et libériennes à coordonner leur action pour régler ce problème ». Il encourage l’ONUCI et la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL) à continuer, dans les limites de leurs mandats, capacités et zones de déploiement respectifs, à coordonner étroitement l’assistance fournie aux Gouvernements ivoirien et libérien, respectivement, pour la surveillance de leur frontière, en accordant une attention particulière aux mouvements de combattants et aux transferts d’armes.

Libre accès pour le groupe d’experts sur l’embargo

La résolution réitère qu’il est nécessaire que les autorités ivoiriennes assurent le libre accès du Groupe d’experts sur l’embargo, l’ONUCI et la Force Licorne, aux cargaisons des avions et de tout véhicule de transport utilisant les ports, aéroports, terrains d’aviation, bases militaires et postes frontière, ainsi qu’à toutes les armes et munitions et tout matériel connexe de toutes les forces de sécurité armées. Elle « demande aux autorités ivoiriennes de lutter contre les systèmes de taxation illégaux qui perdurent, de prendre les mesures nécessaires pour rétablir et renforcer les institutions concernées, et de continuer à déployer des agents de douane et de police des frontières dans tout le pays … ». Par ailleurs, la résolution engage le Gouvernement ivoirien à ratifier et appliquer la Convention de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur les armes légères et de petit calibre, leurs munitions et autres matériels connexes. Un bilan de mi-parcours des mesures contenues dans la résolution devra être réalisé au plus tard le 31 octobre 2012.