Kahofi SUY

La délinquance routière : le fléau du bitume Ivoirien

Les mauvais chauffeurs occasionnent de nombreux accidents chaque année

Ils ont un permis de conduire, ils sortent pour certains tout fraichement des auto-écoles, ils ont pour d’autres plusieurs années d’expérience au volant mais sur les routes, leur manière de conduire font dresser les cheveux des usagers assis à l’arrière. Chauffeurs de taxi-compteur ou de wôrô-wôrô (taxi communal), de mini-cars ou de voiture personnelle, les délinquants du volant se comptent parmi toutes les classes sociales et tous les milieux professionnels. On dit souvent d’eux qu’ils considèrent la route comme leur chambre à coucher et qu’ils y font ce qu’ils veulent au risque de mettre en danger la vie des autres.

Les origines d’un mal persistant

La délinquance routière trouve ses origines dans le manque de formation à la maîtrise du code de la route et de la conduite. En effet en Côte d’Ivoire un nombre pléthorique d’auto-écoles ouvre chaque jour. Avec moins de 90.000 f CFA un Ivoirien peut s’offrir le permis de conduire en 15 ou 25 jours. Les cours de conduite et le programme du code sont dispensés selon un programme conçu par l’apprenant lui-même. Certaines auto-école – on ne sait comment ? – arrivent à délivrer un permis de conduire en moins d’une semaine ! Certains Ivoiriens pour des raisons administratives ou simplement pour obtenir un emploi ont obtenu un permis de conduire en 48 heures grâce au piston qui est roi dans cette filière. Sur un programme d’apprentissage le nombre d’heures que l’apprenant aura manqué seront rarement rattrapées. Une formation bâclée, une mauvaise maîtrise du volant et un code mal connu ne peuvent que donner un mauvais chauffeur. En plus des problèmes liés à la formation reste celui des circuits – tant combattu des faux permis de conduire dont un nombre important de chauffeurs sont détenteurs.

« Je savais conduire une voiture mais je n’avais pas de permis de conduire. Pour les besoins d’un poste dans une organisation Internationale je me suis fait délivrer un permis en moins de 3 joursJ’ai eu peur au départ mais ça fait deux ans que je circule avec mon permis » soutien Félix (nom d’emprunt) un jeune ingénieur.

Les conséquences de la délinquance routière

La route tue comme on peut le lire sur une affiche de campagne des routiers. Mais comme dirait l’homme de la rue « nous n’avons jamais vu cette route au volant d’une voiture». Il faut plutôt dire que les mauvais chauffeurs endeuillent les familles. Chaque année, le nombre toujours croissant des accidents de la circulation nous permet d’affirmer que le milieu des conducteurs n’est pas encore guérit de la délinquance routière. Les dépassements hasardeux, les feux de signalisation non respectés, les panneaux et bandes de signalisation mal interprétés occasionnent des nombreux morts, de blessés et d’importants dégâts matériels. Malgré les campagnes de l’OSER (Office de le Sécurité Routière) et des associations de transporteurs le mal persiste. « Les mauvais chauffeurs sur nos routes ne seront plus un danger qu’à partir du moment où les policiers et gendarmes auront le courage de les dénoncer, lorsque les filières d’attribution des permis de conduire seront débarrassés des agents corrompus et lorsque les ‘’auto-écoles boutiques’’ seront fermées ! Si cette vaste opération de nettoyage est lancée nos familles dormiront plus tranquillement » soutient Mr Kouakou Vincent chef d’entreprise.

Quant aux autorités Ivoiriennes, elles n’arriveront à combattre le fléau de la délinquance routières qu’en renforçant la surveillance et les contrôles des filières de transport urbains et inter-urbains et surtout en privilégiant une véritable éducation des usagers de la route. La création des auto-écoles ne doit plus se faire dans cette atmosphère de laxisme mais plutôt dans un cadre plus réglementé.

SUY Kahofi


Penser le développement avec les personnes handicapées

Etre handicapé n’est pas synonyme de mendicité

Dans le cadre de la promotion et la protection des droits des personnes handicapées et de leur insertion dans le tissu social, l’ONG Internationale CBM (Christian Blind Mission) en collaboration avec la Direction de la Promotion des Personnes Handicapées ont organisé un atelier de renforcement des capacités des personnes œuvrant dans le domaine du handicap. Cet atelier qui a lieu du 09 au 12 juillet 2012 a articulé ses travaux autour du thème Handicap et Développement inclusif. Trente et un (31) participants issus de seize (16) structures privées et publiques ont pris part aux travaux au cours desquels la méthode pédagogique active et participative a été utilisée.

Les travaux

Les personnes œuvrant dans le domaine du handicap ont touché du doigt des problèmes très importants liés au vécu des personnes handicapées. Sous forme de module, les participants ont échangé autour de plusieurs thématiques dont les principales sont : l’influence de la culture sur la compréhension du handicap, les droits de la personne handicapée, approches au développement basées sur les droits, les instruments de développement et le handicap… Selon les rapports de l’OMS, 15% de personne dans le monde vivent avec un handicap. Malheureusement 80% de ces personnes vivent dans une extrême pauvreté. Peut-on dans ce contexte parler véritablement de développement pour tous ? Cet atelier en terre Ivoirienne revêt donc un caractère particulier pour CBM qui entend plaider auprès des décideurs pour qu’ils puissent intégrer les personées handicapées dans les politiques globales de développement. Pour Ebénézer Agordome Conseiller Régional pour l’Afrique de l’Ouest pour la CBM, le développement tels que pensé dans les OMD « doit se faire selon une approche inclusive qui prend en compte tous les groupes vulnérables dont les personnes handicapées ». Cette volonté du CBM que partageaient tous les participants à l’atelier s’est matérialisée au terme des travaux sous la forme d’un plaidoyer.

Le plaidoyer

Les participants invitent entre autre les autorités de Côte d’Ivoire à ratifier la convention internationale des droits de la personne handicapée dans un meilleur délai, à veiller à la représentativité des personnes handicapées dans les institutions pour une participation effective des personnes handicapées aux prises de décisions, à établir un programme de sensibilisation incluant le concept de handicap et développement inclusif dans tous les secteurs de développement. Quant aux OPH, les participants les invitent à œuvrer à la solidarité et à l’union des OPH, à faire un plaidoyer auprès des autorités dans le cadre de la ratification de la convention international des droits des personnes handicapées, à mettre en place un groupe technique de réflexion sur la thématique « développement inclusif et handicap ». Au compteur des doléances adressées aux partenaires figure l’intégration du concept du développement inclusif dans tous les projets au développement en tant que détenteur d’obligation et un appel pour une aide à la formation des membres des OPH en vu de leur autonomisation.

Monsieur KONE Krouwélé Victorien, Directeur de la Promotion des Personnes Handicapées (DPPH), s’est félicité de la tenue de cette formation qui permettra aux acteurs œuvrant dans le domaine du handicap d’être mieux outillés pour défendre efficacement la cause des Personnes Handicapées. Au-delà de cette note de félicitation Ebénézer Agordome Conseiller Régional pour l’Afrique de l’Ouest pour la CBM a invité les personnes handicapées à se battre pour préserver leur dignité. Pour lui, être handicapé n’est pas synonyme de mendicité encore moins une fatalité. La personne handicapée doit pouvoir exercer une activité pour se prendre en charge et mérité le respect autour de lui.

SUY Kahofi


Bidonvilles d’Abidjan, qui sont les vrais habitants ?

Washington nouveau quartier, un bidonville d'Abidjan

Les inondations de ces dernières années en Côte d’Ivoire qui ont entrainées d’importants dégâts dans plusieurs quartiers d’Abidjan ont permis aux Ivoiriens de découvrir la dure réalité de la vie dans les bidonvilles. Des familles entières s’entassaient dans des baraques pourries qui prennent l’eau de partout ! Ces familles mettent en péril leurs vies et certaines malgré les appels du Gouvernement préfèrent camper sur des sites classés à risque. La réalité des inondations a permis également aux Ivoiriens de découvrir l’identité des occupants des bidonvilles. Ils ne sont pas pauvres et démunis comme on pourrait le croire. Ils ne sont pas tous des sans-emplois ou même des immigrés sans argent. Dans les bidonvilles d’Abidjan, toutes les couches sociales se côtoient.

Les toitures rouillées s’étendent à perte de vue, à quelques endroits des constructions en dur, ici une habitation faite de matériaux de récupération…Voici le visage que nous offre Washington nouveau quartier situé entre les communes de Cocody et d’Adjamé. Ici, comme dans la majorité des bidonvilles, les familles luttent pour survivre dans un univers insalubre. Manque d’eau potable, d’électricité, de sanitaire digne du nom et de canaux d’évacuation des eaux usées sont les premiers problèmes que l’on y rencontre. Pourtant lorsqu’on s’approche des habitants on se rend compte que les raisons de leurs présences en ces lieux sont différentes. Kassy est agent de sécurité et touche le modique salaire de 75.000 f CFA. « Qui peut dire qu’il est content de vivre dans un tels endroit ? Nous sommes obligés c’est tout » se plaint le jeune homme. Il poursuit en nous disant que sa famille (sa femme et 2 enfants) partagent ‘’une maison’’ qu’il loue à 15.000 f CFA. Il nous dira que son lieu de travail n’est pas loin et que cela lui permet de faire des économies. Non loin de sa demeure, deux étudiants de l’Université de Cocody squatte une ‘’entrer-coucher’’ (une pièce) avec un toit qui laisse passer l’eau. « Le campus n’existe plus ! Nos efforts pour en obtenir un studio en ville ont été vains. Les offres étaient largement supérieures à nos moyens. Alors pour ne pas être loin de l’université lors de la réouverture nous vivons ici », souligne Armand. Ilboudo et Léguan Jules sont quant à eux burkinabés et n’ont pas de famille en Côte d’Ivoire. Immigrés et vivant de petits boulots ils préfèrent se terrer à Gobelet. « Si je vis ici c’est pour pouvoir faire des économies en vue de construire au pays. Je suis avec un de mes compatriotes et nous partageons le loyer de 20.000 f CFA par mois », affirme Léguan Jules.

Dans les bidonvilles vivent aussi des ‘’propriétaires terriens’’ ! On les appelle doyen et il serait hasardeux de dire depuis quand ils vivent dans ces bidonvilles. Certains affirment même être les fondateurs des bidonvilles ! Ils vivent de la vente de terrains et possèdent d’autres affaires. Magasins, réseau de vente d’eau et d’électricité, boutiques et PME de construction sont à mettre à leur actif. A la question de savoir pourquoi ils ne quittent pas le bidonville, ils répondent avec un brin d’ironie : « Quand un endroit vous porte chance il n’est pas bon de le quitter ».

« Le bidonville n’est pas aussi bizarre qu’on peut le croire et je crois qu’avec un peu de volonté de la part des autorités, on pourrait se sentir bien. Les populations ici ne demandent qu’un peu d’eau et d’électricité pour vivre heureux » plaide Sina gérant de kiosque.

SUY Kahofi


Quand l’hygiène fait défaut sur les marchés d’Abidjan

Un marché d’Abidjan
Un marché d’Abidjan

Il est 13 h sur le marché de Belleville dans la commune de Treichville, le soleil est au zénith et la chaleur accablante. Les commerçants crient à tue-tête pour venter les qualités de leurs produits. On transpire par ici mais ce n’est pas la chaleur qu’on redoute le plus. L’ennemi de ce 13 h a pour nom « mauvaise odeur ». Et si sa présence est aussi tenace c’est parce que le marché est ceint d’immondices. Difficile de comprendre comment à proximité de ces tas d’ordure, des personnes arrivent à vendre et surtout à se nourrir !

Au-delà du marché de Belleville, nombreux sont les autres marchés d’Abidjan où le mot hygiène semble ne pas exister. Malgré le passage des agents chargés de l’assainissement, les tas d’ordure se voient un peu partout. « Avec les mouches et tout ça c’est difficile pour nous qui vendons le poisson ou la viande. Nous avons beaucoup de pertes à cause des mouches qui viennent laisser leurs asticots dans nos poissons » soutient Dame Kassi Marthe avant de conclure « vous voyez, on ne peut pas vendre le poisson infesté  d’asticots aux clients. Si nous le gardons il risque de détruire le reste de nos produits ». Les commerçants nous assurent qu’ils font tout pour maintenir le marché propre, car en matière de commerce la propreté attire la clientèle. « On ne peut pas vendre dans les ordures ; ça c’est clair ! Le soir le boucher racle sa table, les commerçantes balaient le matin et le soir à la fermeture. Le vrai problème c’est que la municipalité ne vide pas les poubelles » affirme Ousmane Barry, vendeur de garba.

Pour les agents communaux et les entreprises en charge de l’enlèvement des déchets, les commerçants ont de drôles de comportements, pour des gens qui se disent être soucieux de leur cadre de vie. « On nous accuse ? Regardez le marché, nous sommes passés ici ce matin mais regardez vous-même ! Ils jettent les ordures en précisant ‘’la mairie va ramasser’’ » souligne ce chef de service assainissement à Adjamé. Au-delà du non respect de leurs efforts, les techniciens de surface fustigent surtout certaines indélicatesses observées chez les commerçants. « Tenez vous bien monsieur, certains commerçants font leurs besoins dans des grosses boites de conserve ou urinent dans des sachets. Nos hommes les dénichent fréquemment dans les recoins du marché. Imaginez-vous l’odeur ! » souligne Pascal Y. technicien de surface. Pour lui cette situation s’explique par le fait que les commerçants ne veulent pas quitter leurs magasins de peur de perdre des clients. « Regardez ce mur, nous venons de livrer ce magasin il y à peine 1 mois, mais il est déjà tâché par le jus de cola (salive) » soutient S. Ali personnel du service technique de la Mairie d’Attécoubé. Les techniciens de surface insistent sur le fait que les commerçants doivent utiliser les WC publics pour leurs besoins et faciliter la gestion des ordures. « Il y a des poubelles, elles sont là pour recevoir les ordures, elles doivent être utilisées » affirme S. Ali avant de souligner « ce sont des hommes qui enlèvent les ordures et je pense qu’à ce titre il faut les respecter en leur facilitant la tâche ».

SUY Kahofi


L’APDH accompagne au plan juridique les victimes de la crise Ivoirienne

Eric Aimée-SEMIEN Président de l’APDH présente le projet à l’Assemblée

L’ONG de défense des Droits de l’Homme APDH (Action pour la Protection des Droit de l’Homme) a présenté officiellement son projet d’accompagnement juridique et judiciaire des victimes de la crise Ivoirienne. Ce projet qui vise à accompagner les victimes de la crise Ivoirienne pour leur permettre de saisir de façon efficace les juridictions nationales et internationales intervient dans un contexte particulier. La Côte d’Ivoire comme toute société en sortie de crise est confrontée à la gestion de son sombre passé pour parvenir à une société plus démocratique et à un Etat de Droit affirmé. Pour y arriver, le pays doit pouvoir instaurer une politique de lutte contre l’impunité et l’instauration d’une justice transversale applicable à tous. Dans ce schéma, les acteurs de la société civile sont mis à contribution pour jouer le rôle d’éveilleur de conscience et surtout contribué à rétablir la vérité. L’APDH n’entend pas se faire prier pour remplir cette mission ! Son projet baptisé « Accompagnement juridique et judiciaire des victimes de la crise Ivoirienne » est le canal par lequel l’ONG veut aider à faire la lumière sur les violations des droits de l’homme et surtout aider les victimes à obtenir réparation.

Le projet lancé ce 06 Juillet 2012 aura une durée de 12 mois (1 an) et s’articulera principalement autour de la sensibilisation et de la formation des victimes, des enquêtes de terrain et de procédure de saisine de la justice nationale et internationale. L’APDH n’est pas seule dans l’exécution de ce projet. Elle bénéficie du soutient de la Fondation OSIWA (Open Society Initiative for West Africa) et du FDS (Fonds de Soutien au Développement) de l’Ambassade de France en Côte d’Ivoire. Les zones ciblées par le projet sont : Abidjan, Grand-Lahou, Fresco, Sassandra, Soubré, Taï, Bloléquin, Toulépleu, Issia et Snifa. Selon Eric Aimée-SEMIEN Président de l’APDH, « il ne s’agit pas de faire double emploi avec les initiatives déjà menée. L’APDH veut appuyer à la documentation des nombreux évènements qui ont marqué la crise Ivoirienne dans ces localités et qui sont passés sous silence ». Pour Eva Sahadala de l’Ambassade de France en Côte d’Ivoire « la question des droits de l’homme est une priorité pour le Fonds de Soutien au Développement. Aussi appuyer l’APDH apparait tout à fait normal ». Au cours de la cérémonie officielle de présentation du projet, l’APDH a été soutenue par différents acteurs de la société civile au compteur desquels les promoteurs des droits de l’homme. En leur nom, Guillaume NGEFA chef-adjoint de la Division des Droits de l’Homme de l’ONUCI a « félicité l’APDH pour son initiative et souhaité plein succès à l’ONG pour ses actions de terrain les mois avenirs ».

Le 3ème rapport rendu public

Au cours de cette cérémonie de présentation du projet « Accompagnement juridique et judiciaire des victimes de la crise Ivoirienne« , l’APDH a présenté son 3ème rapport relatif à la crise post-électorale. Baptisé « ça n’a duré qu’une nuit et pourtant…« , ce rapport donne des éclairages précis sur les violences du village d’Anonkoua-Kouté, situé dans la commune d’Abobo. Dans la nuit du 06 au 07 Mars 2011, le village a fait l’objet d’une attaque généralisée de la part d’un groupe armé se réclamant du Commando dit Invisible. Le résultat de cette descente se passe de commentaire : neuf (09) personnes tuées, quarante (40) autres décédées plus tard, une dizaine de portés disparus, plusieurs blessés graves ont été enregistrés, le patrimoine ancestral (or, parures, …) emportés et une population traumatisée à jamais. Tout en félicitant l’APDH pour son courage, le Chef du village d’Anonkoua-Kouté a invité les autorités compétentes à se pencher sur le sort du village par un appui matériel aux populations. Il a aussi prié les hommes média de rechercher sincèrement la vérité sur les massacres d’Anonkoua-Kouté par de véritables enquêtes de terrain.

SUY Kahofi