Kahofi SUY

Universités Ivoiriennes : après le bruit…espérons le changement !

Une nouvelle Université pour quel avenir?

Combien de millions auront coûté la petite frasque du gaspillage pour la réouverture de l’Université Ivoirienne ? Je suis de ceux qui ne seront pas surpris si officiellement on nous dit que le Gouvernement Ouattara aura englouti une centaine de millions pour simplement faire du bruit. Du bruit pour montrer qu’on a jeté une couche de peinture à eau sur les murs des amphithéâtres. Du bruit pour dire qu’on a enterré des pavés composés à 80% de sable. Du bruit pour justifier une facture de rénovation estimée à plus de 100 milliard f CFA ! Du bruit pour dire aux étudiants et aux parents qu’ils doivent désormais payer plus cher pour avoir accès à l’éducation. Après ce vacarme dont le plus grand bénéficiaire est le Sieur Cissé Bacongo, heureux dans le bruit de la fanfare comme personne, à quoi devons-nous nous attendre ? Une Université nouvelle n’est pas simplement une histoire de nouveaux bâtiments. Une Université nouvelle n’est pas simplement une question de nouvelle dénomination. Le véritable changement devait venir avant tout ce raffut ! Si l’on ne s’attaque pas aux problèmes de base, l’Université, même avec ses nouveaux bâtiments ne pourra jamais pondre des cadres sérieux.

Que fait-on de la corruption et des droits de cuissage ?

L’Université Ivoirienne est à l’image de la Côte d’Ivoire elle-même. La corruption et les droits de cuissage sont omniprésents et servent encore de monnaie d’échange ! Combien de jeunes filles ont dû quitter le campus et les UFR parce que refusant de coucher avec des enseignants ? Combien de jeunes ivoiriens ont été obligé d’abandonner leurs études parce que n’ayant pas de quoi graisser la patte aux seigneurs de l’Université pour de meilleures notes ? Ces messieurs et dames qui n’hésitent pas à rappeler qu’ils sont docteurs ou professeurs titulaires sont au fond de petits « démons » qui eux aussi ruinent l’avenir de nombreux jeunes. La culture du mérite a bien longtemps cédé la place aux faveurs que chacun doit obtenir par ses propres moyens. L’argent ou une partie de jambe en l’air fera l’affaire ! Le comble certaines UFR et les avantages liées à la gestion de celles-ci sont devenues la propriété de certains enseignants et de leurs familles. Ces enseignants s’assurent qu’à leur départ du campus, seuls leurs enfants ou leurs frères pourront les remplacer. Ne parlons pas des bourses : elles n’existent plus ! Elles ne suffisent pas pour les dirigeants de l’Université à plus forte raison les étudiants les plus méritants. Monsieur Bacongo a-t-il interpellé les enseignants sur ces pratiques ? Lui qui a toujours fait croire aux Ivoiriens que le problème de l’Université s’appelle FESCI aurait dû avoir un tête-à-tête avec les enseignants afin qu’ils se débarrassent de leurs vieilles habitudes avant d’entrer dans les nouveaux bâtiments. Le ministre aurait dû demander également aux enseignants d’arrêter de déserter les campus Ivoiriens pour les gombos dans le reste de l’Afrique !

En système éducatif à redresser !

Le système éducatif des universités Ivoiriennes est à redresser et surtout à aligner sur les modèles les plus modernes à travers le monde. La compétitivité des étudiants Ivoiriens sera fonction de la qualité de l’enseignement qu’ils reçoivent. Les cours doivent être modernisés et adaptés à l’évolution de la société ivoirienne et celle du reste du monde. On ne peut pas enseigner en plein 2012 avec des ouvrages de référence qui datent des années 1970 ! Les bibliothèques, les laboratoires et les salles de TD doivent être rééquipés pour être véritablement utiles aux étudiants. Les qualifications et diplômes obtenus font toujours l’objet de spéculation pour leur retrait. Imaginez-vous un étudiant ivoirien en année de DESS qui a du mal à obtenir son diplôme de licence ou même son bulletin de Deug II ? Des retards inutiles dans l’attribution des diplômes qui retardent les étudiants et ne favorisent en rien la possibilité pour eux de faire des équivalences. Les lourdeurs administratives ! Voici une autre maladie de l’administration universitaire qu’il faut guérir le plus vite possible.

Quelle orientation pour le CROU ?

Le CROU : Centre Régional des Œuvres Universitaires ! L’entité à pour rôle premier la gestion des campus : nourriture, électricité, eau, chambres…tout passe par le CROU sur les campus ! Le CROU si sollicité est malheureusement un des problèmes de l’Université Ivoirienne. Elle gère les œuvres universitaires avec un certain laxisme et s’est fait damer le pion par les syndicats étudiants. A une certaine époque sur le campus on se demandait si le CROU existait encore tant la FESCI faisait la loi. Le CROU attribuait une chambre et la FESCI en délogeait le lendemain l’occupant. Son autorité s’arrêtait à l’entrée des restaurants et lorsque la FESCI l’exige elle se plie à ses désirs. Pire le CROU s’est pris au piège de l’attribution de chambres aux jeunesses des partis politiques. Des quotas de chambres étaient réservés dès la rentrée à la JPDCI, à la JFPI, à la JRDR et j’en passe. Un tour dans les restaurants et s’est la catastrophe. La bouffe servit aux étudiants est digne de celle d’un bagne ! Comment peut-on réfléchir quand on est nourrit au riz et à la sauce mal cuit ? La nouvelle université doit être également une université où l’on mange bien et c’est au gouvernement de monsieur Alassane Ouattara de mettre les moyens à la disposition du CROU. Que les passations de marché pour la restauration des étudiants ne se fassent plus dans la complaisance. Que les chambres ne soient plus attribuées sur la base ethnique ou politique ! Il en va de l’équilibre social et de stabilité même de l’Université.

Que fait-on de l’insécurité, du trafic de drogue et de la prostitution ?

L’une des raisons qui a milité en faveur de la fermeture totale de l’Université était bien entendu l’anarchie qui régnait sur les campus. C’est une réalité, les Universités Ivoiriennes et particulièrement celles d’Abidjan étaient de véritables bordels à ciel ouvert ! Qu’est ce qu’on ne pouvait pas trouver sur le campus ? Les lesbiennes et les pédérastes y avaient élu domicile, les vendeurs de drogue ne se cachaient plus, que dire des chambres du campus transformées en chambre de passage et en hôtel ! Les parkings et les terrains de sport la nuit tombée se transformaient en hôtel à ciel ouvert. On ne se privait plus pour s’accoupler sur les bancs publics ou sur les banquettes des nombreux véhicules stationnés. La FESCI, la toute puissante Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire avait écho de ces pratiques et les autorisaient car elle-même, qui faisait la loi, profitait bien de cette situation. Elle apportait protection aux trafiquants et prostitués du campus. Certains langues affirmaient que les barrons du syndicat avaient certaines de leurs petites amies sur le bitume ! Parlant d’insécurité, la FESCI ne se privait pas de battre à mort ou de violer tous ceux ou toutes celles qui s’opposaient à elle. La machette n’a jamais disparu des campus pire elle a cédé la place aux kalachnikovs et pistolets automatiques. En lieu et place des syndicats qui font la loi, que propose le gouvernement ? Une police universitaire ? OUI c’est possible mais quel sera son visage et de qui sera-t-elle composée ? Il faut y réfléchir sérieusement avant de se lancer dans cette aventure. De grâce si cette idée est retenue que les illettrés d’éléments FRCI qui nous servent aujourd’hui de militaires restent en dehors du campus ! La cohabitation sera très compliquée si c’est le cas.

Que fait-on des syndicalistes et de la politique ?

Il serait utopique pour le gouvernement de Côte d’Ivoire de dire qu’il pourra priver les étudiants de la liberté syndicale. La chose la plus importante est de faire comprendre à ces groupuscules d’étudiants qu’ils ne sont pas les maîtres de l’Université. Il faut bien que le Ministère de l’Enseignement Supérieur définisse très clairement un canevas juridique de l’exercice des activités des syndicats étudiants. Que ces derniers comprennent que la machette n’est pas un mode de dialogue et de résolution des conflits. L’Université n’appartient pas aux syndicats : elle appartient à tous les Ivoiriens et elle est le symbole d’un peuple qui croit son avenir. Un groupe de personnes ne peut donc pas la détruire sur la base de pseudo-revendications. Le syndicalisme OUI mais NON à la politique. Les associations d’étudiants FPI, RDR ou PDCI ne doivent plus exister sur le campus ! Si certains étudiants veulent s’essayer à la politique qu’ils prennent rendez-vous avec leurs mentors au siège des leur partis respectifs. Les manipulations d’étudiants pour des pseudo-causes patriotiques doivent prendre fin afin que cesse pour de bon le cycle de la violence sur les campus.

SUY Kahofi


Appelez-moi l’exécuteur ou Yaya le boucher de Banjul !

Yaya le boucher de Banjul !

Etes-vous à la recherche d’un homme capable de faire fusiller ses semblables sans aucun remord ? Etes-vous à la recherche d’un homme capable de jeter des restes humains aux crocodiles de son palais ? Etes-vous à la recherche d’un boucher qui a du sang frais sur les doigts au quotidien ? Si vous avez du mal à dénicher le meilleur des serials killers appelez mon pote Yaya, l’EXECUTEUR ! L’homme en blanc qui règne en gourou, monarque et despote à la tête de la Gambie vient de s’illustrer de nouveau avec des exécutions de prisonniers condamnés à mort. Après la première tasse, il veut en boire encore et malgré les appels de la communauté internationale, l’homme qu’on dit amoureux des pratiques occultes sur l’espèce humaine, n’entend pas s’arrêter. Violation des droits de l’homme ? Le mot n’existe pas chez Yaya le Boucher de Banjul. L’homme a ouvertement souligné que dans son pays « les acteurs des droits de l’homme ne sont pas en sécurité » pire, ces derniers « pourraient disparaitre un matin ». Alors à beau battre le pavé à Dakar ou ailleurs, rien ne fera changer l’homme !

Yaya est un dur à cuir, ne le rôti pas qui veut ! Il faut plus pour qu’il puisse céder (chose qui n’est jamais arrivé depuis qu’il a prit le pouvoir). Il est, de tous les chefs d’Etat ouest-africain le seul qui n’écoute ni la CEDEAO, ni l’Union Africain, ni l’ONU ! Il est Yaya, le grand et personne ne doit lui faire la moral. Le comble c’est que le jeune boucher qui trimbale l’odeur de la charogne humaine semble ne pas indisposer ses ainés. Yaya toujours vêtus en blanc comme pour cacher la noirceur de son cœur et surtout de son âme se promène là où il veut. Avec Yaya, plus blanc est le boubou, plus noir est la nature de son régime ! Malheureusement on lui délie le tapis rouge au siège de l’ONU et lors des rencontres internationales. Comment pourrait-on dire qu’un tels homme est une menace pour la liberté des droits de l’homme ? La voix des ONG ne pourra en rien le faire changer : il faut plus ! Des sanctions politiques ciblées, des mesures restrictives pour son régime, des sanctions économiques…pourront mieux l’interpeller. Tant que les Chefs d’Etat du monde et ceux d’Afrique de l’ouest continueront de pactiser avec cet homme, il sera toujours plus fort. Chaque Président qui lui sert la main, chaque homme politique qui le congratule, chaque président d’institution qui lui apporte une caution morale est un soutien passif à la barbarie qu’il orchestre en Gambie. Yaya se moque des droits de l’homme et il a certainement fait brûler toutes les copies de la déclaration universelle des droits de l’homme dans son pays sinon comment comprendre qu’il éprouve autant de joie à voir le sang humain couler ?

Face au boucher de Banjul la lutte semble perdue d’avance pourtant il n’y a pas matière à ce décourager. L’histoire de l’Afrique est un témoignage de ce que les despotes et les tyrans tôt ou tard finissent par tomber. Yaya ne sera pas une exception mais faut-il atteindre que le destin le réduise au silence ? NON, il faut se mobiliser contre ce régime, soutenir les opposants gambiens en exil et aider les ONG de défense des droits de l’homme à continuer le combat. Le combat ne consiste pas à donner de la voix seulement lorsqu’il y a des exécutions mais en un harcèlement quotidien de ce régime jusqu’à ce qu’il arrête ces actes de barbarie dignes d’un autre âge.

SUY Kahofi


Horticulture : entre passion du jardinage et difficultés quotidiennes

La passion ne masque pas les difficultés

Cocody-Riviéra, sur près de 6 km reliant le carrefour du Boulevard Mitterrand au carrefour N’Poutto, plusieurs jardins de fleurs bordent la lagune. Ces jardins sont la propriété d’une trentaine d’horticulteurs qui chaque jour se battent pour écouler leurs plantes aux clients venus de toute la capitale ivoirienne. Malgré l’amour pour leur métier, ils sont de plus en plus gagnés par un certain découragement à cause des difficultés qu’ils vivent au quotidien.

Organisation de la filière

La filière horticulture existe dans les grandes académies agronomiques de Côte d’Ivoire. Une formation de 3 à 5 ans permet aux étudiants de pouvoir exercer la profession dans les règles de l’art. Lors de notre enquête, les horticulteurs que nous avons croisés ont reçu leur formation sur le tas aux côtés des anciens du métier. Une chose est sûre, c’est que dans ce métier l’amour de la nature et des plantes est une condition indispensable pour réussir. «Voici 15 ans que je suis dans ce milieu et il faut dire que seule la passion pour cette profession nous maintien accroupi pour les soins de nos plantes», affirme Yaméogo Yacou horticulteur avant de conclure : «la nature elle-même choisi les hommes qui doivent la préserver car tout le monde n’a pas forcément la main pour faire pousser les plantes».

En effet, Yacou précise que certaines personnes peuvent faire pousser des choux, des salades ou des carottes mais ne peuvent pas faire pousser les fleurs car la réalité du potager est différente de celui des fleurs. Les horticulteurs qui ont les moyens sont propriétaires de leurs jardins, les autres sont plutôt des employés. « Je touche la somme de 17.000 f CFA (25,56 €) par mois pour m’occuper du jardin de mon patron » affirme Ibrahim Traoré qui se présente à nous comme un apprenti jardinier. Au fil de l’exercice de cette profession, de nombreux horticulteurs que nous avons croisés ont développé des techniques pour faire pousser des plantes qui n’étaient pas habitué au climat tropical. Leurs connaissances poussées des plantes permettent très facilement aux horticulteurs de dire quel type de fleurs peut être adapté à un jardin ou un sol.

Investissement et rendement

Les lopins de terre utilisés par les horticulteurs pour faire pousser leurs plantes sont les propriétés de la Commune Cocody. Le prix de la location de l’espace est fixé à 45.000 f CFA (67,66 €) par mois. Il faut ensuite se faire livrer de la terre riche en humus par benne en déboursant atour 35.000 f (52,63 €) pour le chargement. Les autres dépenses sont liées à l’achat des grains chez les grossistes libanais ou les revendeurs ambulants, les engrais chimiques et naturels (bouses de chevaux et volailles). « Une fois le jardin est opérationnel, les plantes sont cultivées sous forme de pépinière que les clients achètent. Certains nous payent nos honoraires pour les planter d’autres le font eux-mêmes » explique Kaboré Moumouni. Les Abidjanais apprécient dans l’ensemble les productions des horticulteurs locaux à l’image de Mme Ahounou Victorine cadre dans un organisme International. « Toutes les plantes de mon domicile viennent de ces petits champs que vous voyez là. Avec un peu d’entretien et les conseils de ces jeunes, j’arrive toujours à avoir un beau jardin » souligne-t-elle. Côté prix ce sont les roses qui ouvre le bal avec 3.500 f CFA (5,26 €) la tige, les palmiers à 2000 f (3 €) à partir d’un mètre, l’Essoran à 1000 f (1,50 €), le plant d’Aloes à 1000 f (1,50 €)… Chez les horticulteurs du bord de lagune, le prix d’une plante est fixé en fonction de la difficulté à la faire pousser. En plus du jardin, nos horticulteurs arrondissent leur fin de mois en faisant des travaux d’entretien à domicile pour 15.000 f (22,55 €) par mois. Un bon horticulteur peut facilement se retrouver chaque fin de mois au bas mot avec entre 75.000 (112,78 €) et 100.000 f (150,37 €).

Les difficultés quotidiennes

« Lorsqu’un horticulteur vous parle de recette vous avez l’impression qu’il gagne bien sa vie mais au fond il a juste de quoi louer son lopin de terre et manger » déclare Salgo Moumouni avant de conclure « la grand part de nos recettes mensuelles retournent en dépense et malheur pour vous si vos plantes viennent à sécher, vous pouvez passer des mois entiers sans un seul sou». Le réchauffement climatique et les saisons de plus en plus irrégulières dans la bande intertropicale occasionnent des pertes énormes au niveau des jeunes pousses. Il y a trois ou quatre ans les Ivoiriens achetaient beaucoup les fleurs mais la crise les a sérieusement éloigné des jardins.

Pour tenir, les horticulteurs sont obligés de multiplier les travaux à domicile. « Nous investissons aujourd’hui dans les tondeuses, sécateurs et autres outils d’entretien. C’est lourd comme investissement mais c’est la seul façon pour nous d’espérer boucler le mois avec quelque chose en poche » souligne Kaboré Moumouni. Malgré les difficultés il est hors de question de se laisser gagner par le découragement. Yaméogo Yacou fort de ces 15 ans d’expérience croit dur comme fer en sa profession. « C’est un travail d’avenir sous fond d’écologie et je sais que si en ce moment nous connaissons des difficultés les choses s’arrangement avec le retour de la Côte d’Ivoire sur les chemins de la prospérité ».

SUY Kahofi


Tout pour de l’eau dans les quartiers d’Abidjan !

Habitants d’Abidjan recevant de l’eau potable de l’ONEP

L’accès à l’eau potable est devenu difficile dans plusieurs quartiers d’Abidjan. Il ne s’agit pas seulement des quartiers précaires de la ville mais également des quartiers chics où depuis la fin de la crise chacun utilise sa propre méthode pour avoir un peu d’eau potable.

Anono, village Ebrié situé en plein Cocody-Riviéra 2. Le village qui s’est très vite modernisé est une destination prisée pour de nombreux travailleurs soucieux de faire des économies en matière de transport. Les blocs de studio et deux pièces sortent quotidiennement de terre et attirent de plus en plus mais le quartier s’est taillé une réputation de zone à problème quand on parle du difficile accès à l’eau potable. « Anono vit au rythme des coupures d’eau. Vous avez de l’eau au robinet en moyenne 3 jours par semaine. Le reste du temps il faut se déplacer vers d’autres endroits pour en trouver » nous explique Kouassi Désiré un résidant. En effet il n’est pas difficile de voir à Anono de longue file de femmes et jeunes filles transportant des bassines et des seaux d’eau. « L’eau ne vient pas dans notre cours » me lance Rokia une jeune fille épuisée par la grosse bassine qui lui enfonce le cou. « On est obligé de sortir pour acheter l’eau avec les revendeurs » s’indigne Konan Affoué. Il faut débourser en moyenne 25 f CFA pour un seau, 50 f pour un jerricane, 75 ou 100 f pour la bassine ! « En plus de ces dépenses supplémentaires chaque jour, vous devez aussi régler la facture » conclu la mère de famille. Ce constat est le même au quartier Port-Bouët 2 à Yopougon où pour avoir de l’eau il faut se lever de bonne heure pour espérer être servit la première à la fontaine. « Si vous n’arrivez pas tôt les seaux sont tellement nombreux que vous devez aller plus loin » nous explique Doukouré. Cette maman, caissière dans un super-marché souligne que le problème d’eau occasionne d’énorme désagrément aux abidjanais. Difficile de se laver, d’avoir de l’eau potable pour la boisson et pour les travaux de la maison. Marcory, Port-Bouët, Koumassi, Abobo…tous les quartiers vivent la même réalité ! Alors lorsque l’eau se faire rare au robinet chacun utilise sa méthode pour avoir du ‘’jus’’.

Opération tuyau cassé !

L’eau qui se fait si rare dans les robinets est le plus souvent présente dans les canalisations de la compagnie d’eau (SODECI). Certains abidjanais exacerbés par cette situation se sont transformés en véritables vandales. Les tuyaux qui généralement sont enterrés à quelques centimètres dans le sol sont sortis avec la daba puis cassé ! « La SODECI se moque de nous. A la fin du mois les agents viennent nous tendre des factures aux montants exorbitants et chaque fois il y a des coupures » s’indigne un jeune homme. « Alors pour avoir de l’eau on joue les vandales » confie souriant Francis. Une fois les tuyaux sortis et cassés, c’est tout le quartier qui en profite et personne ne se gène pour interpeler le service de dépannage. « Si on les appelle c’est tout le quartier qui sera privé d’eau » souligne Mr N’guessan un habitant de Yopougon SIDECI. Chacun se sert puis le tuyau est rebouché avec des bouts de sachet en attendant le prochain passage des riverains ou des agents de la SODECI pour raccorder la canalisation. Ceux qui refusent de participer à ‘’l’opération tuyau cassé’’ doivent se rabattre sur des suppresseurs pour pomper l’eau. Il s’agit de petites pompes installées sur les compteurs d’eau pour accroitre le débit de l’eau. Cette pratique est interdite mais personne ne semble y prêter attention. A Marcory on affirme même que se sont les agents de la SODECI qui les placent pour se faire de l’argent. Lorsque les canalisations sont totalement vides il faut se résoudre à marcher des kilomètres pour trouver le liquide précieux dans d’autres quartiers. Détenteurs de fontaines et de bornes d’eau se frottent les mains. Moyennant une pièce, chacun vient chercher un seau ou une bassine pour ses besoins.

Penser à une solution à long terme

L’augmentation de la quantité d’eau fournit aux habitants d’Abidjan est une priorité pour le gouvernement qui vient de lancer un vaste projet de pompage à partir de la ville de Bonoua. En attendant que ce projet ne prenne vie, la SODECI tente de colmater ses canalisations sabotées et d’appuyer l’ONEP (l’office national de l’eau potable) dans les projets de distribution d’eau. Des camions-citernes de 80 hl sillonnent les quartiers les plus touchés par le manque d’eau pour distribuer le liquide aux populations. Chaque arrivée du camion est un soulagement pour les populations. « Quand ils viennent nous donner de l’eau ça nous arrange » confirme Ouédraogo Salimata avant de conclure que le passage du camion lui évite de marcher longtemps avant de trouver de l’eau. Elle estime néanmoins que le ravitaillement est insuffisant et ne se limite qu’à un passage par semaine. Un chauffeur de camion-citerne à l’ONEP nous confie qu’il ne s’agit pas d’un manque de volonté de satisfaire la population. « Il y a plusieurs quartiers à ravitailler or notre parc auto n’est pas assez fournit donc nous sommes obligés d’établir un programme de rotation par quartier pour essayer de satisfaire tout le monde » nous explique l’agent de l’ONEP. Quelques goûtes à PK 18 puis Attoban et N’pouto et ce sera ainsi jusqu’à ce qu’une solution durable soit trouvée au problème d’accès à l’eau potable à Abidjan.

SUY Kahofi


La Côte d’Ivoire célèbre la journée de l’aide humanitaire

Stands des acteurs humanitaires

A l’image de tous les pays du monde, la Côte d’Ivoire a célébré la journée mondiale de l’aide humanitaire. La date retenue officiellement par les Nations Unies pour cette célébration est le 19 août mais en Côte d’Ivoire c’est ce 24 août que les acteurs humanitaires se sont retrouvés pour marquer l’évènement. Le siège du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires en Côte d’Ivoire (OCHA) a servi de cadre à cette manifestation qui a permis au public de redécouvrir les Agences du système des Nations Unies, les ONG Internationales et Nationales qui apportent leurs soutiens aux populations en difficultés. Cette célébration selon le Ndolamb Ngokwey, le Coordonateur Humanitaire des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire a deux objectifs principaux : « il s’agit dans un premier temps d’attirer l’attention sur l’aide humanitaire et sa nécessité pour les populations en difficulté mais aussi et surtout de rendre un hommage appuyé aux hommes et femmes qui au péril de leurs vies viennent en aide aux plus vulnérables ». Sur ce deuxième objectif de la célébration, il est important de noter que sur les dix dernières années, plus de 800 travailleurs humanitaires ont été tués et 1.300 autres blessés en venant en aide à ceux qui en ont le plus besoin. Ce 24 août, la célébration d’Abidjan a été une occasion de faire un large focus sur l’action humanitaire à travers des projectifs de films et de clips humanitaires, des expositions et des stands de sensibilisation. Bien avant Abidjan, les acteurs humanitaires ont célébré cette journée à Tabou et Guiglo respectivement les 19 et 23 août. La journée mondiale de l’aide humanitaire revêt un caractère très important dans le contexte Ivoirien dans la mesure où près de 175 agences et organisations nationales et internationales œuvrent sur le terrain.

La parole aux humanitaires

De nombreuses Agences et ONG ont dressé des stands de sensibilisation et d’information lors de cette journée porte ouverte. Parmi elles nous citerons entre autre UNHCR, la Croix Rouge, IRC, DRC, DNC, Terre des Hommes Italie…Toutes interviennent dans différents domaines : éducation, santé, eau et assainissement, distribution de vivres et non vivre, projets agricoles…Quelques organisations ont bien voulu partager avec nous les projets sur lesquels elles travaillent en ce moment. IRC (International Rescue Committee) vient de lancer un vaste programme de lutte contre les violences basées sur le genre. « Il s’agit d’une campagne pour éradiquer la violence domestique car plusieurs études montre que les femmes sont plus inquiétées dans leurs foyers qu’en dehors » nous explique Jean-Jacques SOHA assistant grant-communication à IRC. Du côté de Save de Children l’heure à la mobilisation pour la protection des enfants. « La Côte d’Ivoire sort de crise et l’un de nos mandats consiste à apporter une aide sécuritaire aux enfants au niveau de la promotion des activités qui protègent leurs droits les plus basiques à savoir l’accès à l’école et aux soins primaires » nous explique Elkane MOOH directeur de la qualité et du développement des projets à Save the Children. Il arrive que des ONG ou agences aient le même mandat ou opère dans la même zone. Pour éviter de faire un double-emploi et perdre des ressources, OCHA (le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires) coordonne les activités de terrain. « Notre mission est de faire en sorte que l’action des agences et ONG ne soit par un peu gaspillé. Nous nous assurons par exemple la coordination de la réponse humanitaire en cas de conflit ou de catastrophe pour maximiser l’aide » nous explique Anouk Desgroseillers avant de conclure que l’action de coordination ne prend pas en compte les ressources financières allouées à l’aide.

1 milliard de personne mobilisés pour la cause humanitaire

Cette année, la campagne globale menée autour de l’aide humanitaire via Internet et baptisé « J’étais ici » (de l’anglais I was here) a suscité l’adhésion de plus d’un milliard de personne à travers le monde. La mobilisation s’est faite sentir sur le site whd-iwasher.org mais aussi les réseaux sociaux. Cette campagne mondiale vise à adresser le message suivant au monde entier : « tout le monde peut poser un geste afin d’aider son prochain ». La star internationale Beyonce s’est associée à cette campagne et a contribué à son succès à travers son titre « I was here », interprété dans la salle de l’Assemblée Générale des Nations Unies. L’aide humanitaire est donc l’acte que chacun pose pour soulager son semblable parce qu’il se trouve en difficulté. Que ce soit une famille d’accueil, un don dans un hôpital, des médicaments ou de la nourriture pour des déplacés, chacun peut contribuer à la cause humanitaire. A chacun de le faire sans distinction de race, de religion, d’ethnie ou de partis politiques !

SUY Kahofi