Kahofi SUY

D’Abidjan à Douala via Cacaveli : à chacun son parapluie !

La piscine municipale version Abidjan
La piscine municipale version Abidjan

C’est la saison des pluies dans plusieurs pays africains et pour vous faire vivre cette ambiance de fraîcheur, d’eau de ruissellement et de ciel gris ; trois Mondoblogueurs ont bravé les gouttes.

En côte d’ivoire, c’est SUY Kahofi qui commence…

On a coutume de dire que les Ivoiriens n’ont pas peur des armes mais ils craignent terriblement la pluie et c’est une réalité ! A peine les premières pluies ont commencé à s’abattre sur Abidjan que les habitudes des Ivoiriens ont foncièrement changé. Tout le monde (ou presque) à son parapluie et son imperméable. Les femmes ont retrouvé les joies du bonnet de bain en pleine rue sans oublier les chaussures en caoutchouc made in China qui se vendent aujourd’hui comme des petits pains. Abidjan, c’est désormais des percées de soleil très rare, un ciel gris digne de la City, des pluies fines interminables qui trempent piétons et autres commerçantes sans oublier ces caniveaux qui refusent le trop plein d’eau. Ce n’est pas encore l’heure des cordes quotidiennes qui occasionnent inondations et destructions mais chacun s’y prépare. En effet voici près de cinq ans que les pluies sont particulièrement meurtrières sur les bords de la lagune Ebrié. Les victimes se comptent principalement dans les bidonvilles. Gobelet, Washington nouveau quartier, Mon mari m’a laissé, Boribana…dans tous ces quartiers précaires les populations implorent le ciel et consolident leurs frêles baraques dans l’espoir que les eaux de ruissellement ne les emportent pas. Le Gouvernement pour prévenir les morts et autres dommages a déjà offert 150.000 f CFA de prime de relogement temporaire. Cette somme est jugée insignifiante par Moussa Camara habitant du quartier Gobelet. « J’ai une famille de 6 personnes : quelle maison je peux bien louer avec 150.000 f  quand les propriétaires exigent des cautions ? » se demande le père de famille. Malgré les injonctions de la protection civile, les habitants des bidonvilles font la sourde oreille.

Si Abidjan n’a pas encore les pieds dans l’eau, on ne pas en dire de même pour Cacaveli qui est déjà passé en mode inondation. La personne la mieux placée pour en parler n’est tout autre que le mondoblogueur Aph Tal.

J’ai du mal à croire que mon ami SUY a les pieds secs ! Plus j’y pense, plus j’ai mal ! Franchement. Mon asthme m’a toujours imposé d’être attentif à tout changement brusque de température (et de pression, probablement). Depuis un mois déjà, j’ai la nette impression d’être un astronaute, tellement je passe dans tous les états, et dans les degrés, ici à Cacaveli. Tu t’allonges, le temps de regarder la fille moche qui présente la prévision météo (une menteuse, en plus), brusquement l’air devient sec et frais ; le temps d’aller chercher ta capsule de Ventoline, il fait sombre tout à coup, et les branches des arbres à ta porte s’affolent : c’est sûr, il va pleuvoir ! Offre-toi quelques secondes de paresse, et ton linge qui n’a pu sécher la veille sera mouillé à nouveau. Tu t’es fait surprendre par la pluie, sur la dalle, en essayant d’ôter le linge, tu es déjà mouillé, alors c’est à toi de positionner les bassines pour recueillir de l’eau de pluie. Dieu seul sait combien elle est abondante, cette eau ; et utile en plus, pour mettre au propre les engins et pour la prochaine lessive. Ouf, tu rentres et tu te mets au sec, tout grelottant, pensant te blottir dans tes couvertures et te connecter à Internet pour t’évader : Delestron t’en empêche. Isolé du reste du monde, tu ronges seul ton frein dans ta chambre, et tu te mets à hanter les couloirs de ta maison. J’ignore quel péché à commis Cacaveli mais ces pluies sont de véritables déluges. Tu sors enfin de l’arche, pour respirer l’air pur, et prouver aux voisins que tu as survécu au déluge, et que tu es un élu : c’est là que tu te rends compte de l’ampleur des dégâts : les canaux d’évacuations sont bouchés, pleins à exploser, débordés, et les alentours immédiats…inondés ! Pauvre Cacaveli, qui perd pour quelques jours sa beauté (s’il y en avait une) poussiéreuse pour arborer l’hideux masque taché de boue, d’eau stagnante et de débris de tous gabarits ! Il faut voir la galère des habitants de la cour commune, à côté de chez moi : toute la cour est sous l’eau, sur laquelle plane des sachets et des déchets de tout genre ; certaines chambres prennent également de l’eau, et il faut plusieurs heures, pour s’en débarrasser. En ce qui concerne les risques de maladies, je préfère me taire. Un camarade m’a une fois dit, que la qualité des infrastructures d’un pays est toujours mise à l’épreuve, en saison des pluies, et seuls les Etats censés et bien organisés arrivent à la réussir ! S’il a raison, alors le Togo fait très mal ses routes. Je le sais, je les vois tous les jours ! Certains endroits de Lomé sont pires que Cacaveli, mais je m’en fous, car c’est pour Cacaveli (et à Sokodé, probablement), que je désire être Député ! Suivez mon regard… Cacaveli est une carte postale, en tout temps : c’est un joli paysage désertique de la Mauritanie, en saison sèche, et une version chinoise de Venise, en saison pluvieuse.

A Douala, bizarrement le soleil refuse de partir !

Nous sommes le 8 juin. Et les pluies denses sont rares. Il pleut tous les 4 jours. Les parapluies ne sont pas encore à la mode comme à Abidjan. Cependant, l’inondation à cette période de l’année, est la chose la mieux partagée.  Il est capable de pleuvoir et l’inondation (dans certains coins de la ville) persiste au moins pendant une semaine. La communauté urbaine nous rappelle que cela est dû aux égouts bouchés. Elle est  la cause des embouteillages. L’érosion écaille les routes. Pourtant bitumées, elles deviennent impraticables. Nous ne sommes ni à Cacaveli, ni Abidjan. Bizarrement nous avons la même piscine municipale. C’est vrai ! Pas la peine d’aller se doucher ou se baigner. L’eau vient à nous. Le centre ville (Akwa) ressemble à une ile engloutie. Le courant est si fort que les années précédentes, elles ont été à l’origine de plusieurs décès. Le travail commence véritablement lorsque la pluie cesse. Les stations services sont bondées par des moto-taxis. Les taxis sont garés. Nous sommes comme en été. On travaille moins, on dort plus et bizarrement on râle moins. (Suivez mon regard). Ceux qui en souffrent le plus, ce sont les habitants des bidonvilles. Comme à Abidjan, tous les moyens sont mises en place pour résister à la pluie. On entasse les affaires ménagères dans un coin de la maison où il ne pleut pas. Et on attend que ça passe. A Douala, la population est si dense que les habitations sont le plus souvent construites sur un marécage. Le terrain, le loyer  y sont moins chers. La saison de pluies n’est qu’une étape pour être propriétaire ou mieux vivre. Juillet, Aout, Septembre, Octobre sont les mois les plus pluvieux de l’année. Le ciel est gris. Le climat est glacial. Les bébés sont conçus. Quoi ? Nous sommes à Venise oh ! En tous cas, on a l’inondation. C’est déjà ça non ?

Cynthe Ibone, Aph Tahl et Suy Kahofi…tous très trempés !


Réconciliation Nationale : le NDI accompagne la jeunesse Ivoirienne

Jeunes leaders à l’étape de Yopougon
Jeunes leaders à l’étape de Yopougon

Le National Democratic Institute (NDI) entend promouvoir la réconciliation nationale en vue de parvenir à « une normalisation politique et institutionnelle » en Côte d’Ivoire. C’est dans ce cadre qu’il a organisé en partenariat avec le National Endowment for Democracy (NED) une double cérémonie de présentation du groupe des jeunes leaders pour la réconciliation suivie d’une séance de sensibilisation des populations à la paix et à la réconciliation. Ces activités ont eu lieu les 5 et 7 juin respectivement à Abobo et Yopougon. Selon Mme Tuo-Sampennie Emmanuella, chargée de programme du NDI, cette action vise à « favoriser une meilleure implication des jeunes dans le processus de réconciliation nationale ». Ce sont au total 25 représentants pour 22 groupes de jeunes qui forment les groupes de jeunes leaders. Ces groupes se subdivisent en 3 tendances : les partis membres du RHDP et alliés, les partis de l’opposition et les leaders de la jeunesse de la société civile.

Coptés pour lancer des messages de paix et de réconciliation, 4 porte-voix des différents groupes ont essayé de circonscrire les causes des violences et montrer les moyens à déployer afin de parvenir à une réconciliation vraie. Aussi bien à Abobo qu’à Yopougon, les jeunes de tous les bords ont d’un commun accord souligné l’impérieuse nécessité d’impliquer les jeunes dans le processus de réconciliation nationale. Il serait utopique d’adopter une démarche contraire car les jeunes ont été le premier rideau de cette crise. Hier acteurs de haine et de violence, aujourd’hui ils sont ceux qui doivent s’engager en premier pour la paix. C’est cette volonté clairement affiché par les jeunes qui conforte le NDI dans sa politique d’accompagnement des jeunes leaders.

« La création des groupes de jeunes leaders est une activité portée par les jeunes eux-mêmes. Ils sont les premiers à avoir décidé de se mettre ensemble pour promouvoir la paix et la non-violence. Le NDI ne fait que les accompagner dans la réussite de ce projet » nous explique Mme DIEUDONNE Dominique représentante pays du NDI.

Réussir à impliquer les jeunes dans le processus de paix et de réconciliation nationale suppose une prise en charge de leurs problèmes du moment. Il s’agit de l’insécurité, du chômage et de la manipulation politique. Voici pourquoi M. Berthé Yaya, le secrétaire général du SENAT, a insisté sur la nécessité pour les jeunes de penser à la réconciliation en laissant de côté leurs idéaux politiques. Dans même esprit, M. Fanny Affoutou, président national du CAP-UDD et représentant des partis d’opposition a indiqué que « même avec des idéologies divergentes, il est bienséant d’agir dans un intérêt commun » celui d’une Côte d’Ivoire forte et réconciliée. Il est important de noter qu’aussi bien à Yopougon que dans la commune d’Abobo les jeunes ont été assistés par leurs pères. Il s’agit des chefs de communautés étrangères, les chefs coutumiers et les leaders religieux.

SUY Kahofi


Les foyers féminins peuvent-ils aider à l’éducation des filles ?

L’heure du repas dans un foyer féminin
L’heure du repas dans un foyer féminin

Il est plus facile à un jeune homme de réussir ses études qu’à une jeune fille de mettre les pieds à l’école et quelque soit le pays c’est une réalité ! Deux problèmes fondamentaux se heurtent à la scolarisation de la jeune fille : le poids de la tradition et les problèmes financiers. Pour de nombreux parents, les hommes sont un « investissement » plus sûr. Pour changer la donne, la Côte d’Ivoire étudie de nombreux mécanismes pour tenter de ramener un nombre important de jeunes filles sur les bancs des écoles. Et l’une des alternatives qui est fortement à l’étude c’est bien entendu la prise en charge complète de la jeune fille. Il faut déjà commencer par des problèmes existentiels de base : un logement, de la nourriture et un cadre pour pouvoir échapper aux tentations et vices. L’endroit qui rassemble toutes ces conditions est bien le foyer de jeunes filles.

Pendant longtemps, le Président Félix Houphouët Boigny (premier président Ivoirien), a basé sa politique de scolarisation de la jeune fille sur le système des foyers féminins. Mme Maryse Kouamé qui était alors une jeune élève s’en souvient. « Il n’y avait pas de place pour les loisirs inutiles. Chaque foyer avait des surveillantes rigoureuses et elles nous imposaient un rythme de vie à la limite militaire qui a porté des résultats positifs ». Dans les foyers, les sorties étaient contrôlées et les jeunes filles soumises à une discipline. Dans cet univers fait d’étude et de discipline, les filles avaient d’excellents résultats scolaires. On déplorait moins de grossesses en milieu scolaire et les cas d’abandon étaient rares. Au-delà du côté éducatif, les foyers féminins étaient des espaces de rencontre pour le développement culturel de la jeune fille. Mme Koné Aliman, mère de famille se rappelle aisément de cette période où elle s’initiait « aux jeux de société, à la pratique du théâtre, la maitrise de l’art oratoire et les jeux de culture général ». Hélas des foyers féminins il ne reste que des souvenirs ! Les crises successives que la Côte d’Ivoire a connues ont poussé les autorités à abandonné les programmes de foyers féminins. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, les jeunes filles sont livrées à elles mêmes, obligées de partager leur espace de vie avec des jeunes garçons. Dans de petites chambres, elles vivent à 4 ou 5 (filles et garçons) avec tous les risques que cela sous-entend. Les viols, les grossesses à risque, des études bâclées faute de surveillance et de discipline, des abandons scolaires importants sont aussi les résultats de la disparition des foyers féminins.

Dans une logique de maintien de la jeune fille sur les bancs de l’école, le retour de la politique des foyers féminins est plus qu’un impératif. Elle permettra non seulement à la jeune fille de trouver un cadre propice à son épanouissement mais aussi permettra de créer et maintenir de nouveaux emplois. « Il faut noter que la gestion d’un foyer féminin est une occasion de valoriser les fonctions de l’enseignement et de la prise en charge scolaire. La formation pour intendant de foyers scolaires a pratiquement disparue, celles d’éducateur-encadreur et surveillante générale également. Il faut réactiver le cursus de formation de ces filières pour offrir de l’emploi aux femmes qui demain auront en charge la gestion de ces foyers féminins » nous explique N’goran Alphonse cadre de l’enseignement à la retraite. Au-delà des emplois dit formels, il faut aussi ajouter le personnel d’entretien des foyers féminins. Les cuisinières, les blanchisseuses et les techniciennes de surface pourront bénéficier de contrats susceptibles de les sortir des difficultés quotidiennes. Le retour de la politique des foyers féminins pourra non seulement aider à la scolarisation des jeunes filles mais aussi être un point de création d’activités génératrices de revenus pour plusieurs autres femmes.

SUY Kahofi


Revue de la presse ivoirienne du 27 au 31 mai 2013

"Gbagbo n'a pas gagné les élections" dixit Mamadou Koulibaly
« Gbagbo n’a pas gagné les élections » dixit Mamadou Koulibaly

L’attente fut longue pour les candidats aux dernières élections locales en Côte d’Ivoire. En effet les recours introduits auprès de la Cours Suprême ont été analysés et ceux-ci commencent à livrer leurs verdicts. Elections municipales et régionales la Cours Suprême frappe barre en manchette Le Patriote qui rend compte des audiences de la Chambre Administrative de la Cours Suprême concernant les recours introduits par les candidats. Entre autres arrêts rendu pour le moment l’annulation des élections dans la localité d’Anyama et le rejet de la requête du Secrétaire Général du RDR battu à Séguéla. Au sujet de cette défaite du N°2 du RDR d’Alassane Ouattara, Soir Info titre : la défaite d’Hamadou Soumahoro confirmé, le scrutin à Anyama annulé ! Le Mandat tout en présentant la liste des 45 localités traités ce 29 mai indique les raisons de l’annulation des élections à Anyama. Nord-Sud de son côté publie la réaction d’Hamadou Soumahoro qui a été débouté par la Cours Suprême quand L’Inter et L’Intelligent d’Abidjan donne rendez-vous à leurs lecteurs pour d’autres cas pendant le 6 juin. Restons dans les mic-macs des élections en Côte d’Ivoire avec un flash back sur la dernière présidentielle. Sur le sujet c’est le professeur Mamadou Koulibaly, dauphin constitutionnel de Laurent Gbagbo qui livre des secrets sur son ancien parti le Front Populaire Ivoirien. Gbagbo n’a jamais gagné les élections, il a été le meilleur défenseur de la France dans la crise ivoirienne peut-on lire dans les colonnes du quotidien Le Jour Plus. Mamadou Koulibaly va plus loin quand il affirme que Gbagbo a renouvelé les concessions de l’eau et de l’électricité à son ami Martin Bouygues, de gré à gré. Pareil pour la téléphonie, qu’il a redonnée hors toute procédure légale à France Télecoms. Il a offert le terminal à conteneurs du port d’Abidjan à Bolloré, sans appel d’offres conclue Mamadou Koulibaly. Sensationnel ! Inédit ! s’exclame La Matinale qui estime que par ses révélations l’ancien président de l’assemblée nationale ridiculise le FPI. Pour Notre Voie Mamadou Koulibaly est l’ingratitude achevée quand Le Nouveau Courrier l’indexe comme étant un instigateur clé du complot contre Laurent Gbagbo et se point de vue est partagé par le quotidien Aujourd’hui qui barre à sa une : le comploteur s’est enfin dévoilé ! La guerre ouverte entre l’Union-africaine et la Cours Pénale Internationale trouve un large écho dans les colonnes des journaux Ivoirien. CPI-UA la guerre est déclarée affirme Le Temps qui explique à ses lecteurs comment la CPI choisi ses victimes et ses coupables, la CPI est prise au piège du racisme et des contre-vérités martèle le quotidien. L’Intelligent d’Abidjan offre une tribune à la CPI pour répondre à l’UA et c’est le Président de l’institution, Song Sang-Hyun qui se fait fort de rappeler que la CPI a été crée pour lutter contre l’impunité. Pourquoi j’ai livré Blé Goudé et Abéhi ? La question est de John Mahama Dramani le président ghanéen selon LG Infos et la réponse à celle-ci se trouve chez nos confrères de La Matinale qui affiche cette phrase prêtée au Président Ghanéen : « le Ghana ne sera pas une base arrière pour déstabiliser la Côte d’Ivoire ». Pour Le Nouveau Courrier les exilés Ivoiriens au Ghana sont en danger puisse qu’il existe bien une connexion Dramani-Ouattara et c’est certainement cette connexion qui fait dire au Président ghanéen à la une de Nord-sud quotidien nous allons extrader encore !

A la semaine prochaine !


Côte d’Ivoire – Education : ces filles qui ne méritent pas d’aller à l’école

Campagne de scolarisation de la jeune fille menée par le CEFCI
Campagne de scolarisation de la jeune fille menée par le CEFCI

« Prendre soin d’une fille c’est labourer le champ de son voisin sans contrepartie ». Ce proverbe qui existe dans la majorité des langues ivoiriennes montre combien de fois la femme et plus particulièrement la fille est reléguée au second plan quand il s’agit de poser des actes pour son développement. Cette réalité est encore plus vraie lorsqu’il s’agit de parler d’instruction et surtout de scolarisation de la petite fille. Les petits garçons dans plusieurs localités sont préférés par rapport aux petites filles lors de la rentrée des classes. Ce phénomène est très récurent dans les régions du nord de la Côte d’Ivoire où de nombreuses familles, en lieu et place de l’école, préparent la fillette dès le bas âge à une vie future de ménagère. Les fillettes sont obligées de rester à la maison pour aider leurs mères à faire la cuisine, laver le linge et faire la vaisselle. Pour Charles Yahovi Djrékpo, ancien Directeur-résident du NDI (National Democratic Institut) pour la Côte d’Ivoire « les cultures africaines sont un véritable frein à l’émancipation de la femme ».

« Nous évoluons dans un contexte culturel et social marqué par une domination masculine et cette domination est très forte. Notre culture idéalise la femme dans une présence au foyer et non dans les arènes de développement. Partant de ce fait, il faut éviter de donner à la femme les armes de son émancipation donc de lui donner un accès à l’instruction » nous explique Charles Yahovi Djrékpo.

Molière le soulignait dans son œuvre « Les Femmes Savantes« , les femmes comme les poules doivent s’abstenir de chanter devant les coqs et la société traditionnelle Ivoirienne consacre cette image.

Cette discrimination est un frein à l’émancipation de la femme et le Ministère de l’Education National entend lutter contre ce fléau. Pour promouvoir de façon générale l’accès des enfants à l’éducation, filles et garçons partent avec des chances égales. L’école est gratuite pour chaque enfant en Côte d’Ivoire et dans les régions où le taux de scolarisation des filles est très bas, le Gouvernement fait la promotion de mécanisme d’aide aux parents démunis pour les encourager à scolariser les petites filles. Pour donner plus de chance aux filles, une politique d’instauration des collèges et lycées de jeunes filles existe au plan national. L’objectif à court terme est de permettre à un nombre plus important de fille d’avoir accès à des études secondaires avec une possibilité de prise en charge de 100%. Tous ces efforts du Gouvernement sont certes louables mais sans une action de sensibilisation auprès des parents les salles de classes resteront toujours vides. L’ONG Carrefour de Réflexion et d’Action pour l’Education des Filles et des Femmes en Côte d’Ivoire (CRAEF-CI) mène des campagnes de sensibilisation dans les villes et les villages où le taux de scolarisation des filles est bas. L’organisation offre des kits scolaires aux filles et fait la promotion d’un système de parrainage dans lequel des familles au plan national ou international s’engagent à prendre soin d’une petite fille qui veut aller à l’école.

De la sensibilisation pour faire changer les mentalités, c’est également l’objectif que s’est fixé le CEFCI, le Centre Féminin pour la Démocratie et les Droits Humains en Côte d’Ivoire. Grâce au soutien de Fondation comme la Global Fund for Women, l’ONG Ivoirienne a investi les hameaux les plus reculés du pays pour convaincre les familles de la nécessité de scolariser les jeunes filles. Force est de constater que dans cette lutte les mères de famille quand bien même n’ayant pas eu la chance d’aller à l’école ne s’opposent pas vraiment à la scolarisation de leurs filles. La véritable opposition vient des hommes.

« Il faut convaincre les pères donc les hommes parce que c’est eux qui ont le dernier mot dans la famille Ivoirienne. Ils doivent comprendre que scolariser la jeune fille n’est pas une perte. Fille ou garçon chaque enfant à droit à l’éducation et aujourd’hui les filles encore plus. Remarquez très bien que les filles qui arrivent à émerger socialement après leurs études sont celles qui reviennent pour prendre soin de leurs familles » nous explique Nathalie KONE directrice du CEFCI.

SUY Kahofi