Kahofi SUY

Revue de la semaine du 5 au 10 août 2013

Le Chef de l’Etat Ivoirien lors du défilé militaire
Le Chef de l’Etat Ivoirien lors du défilé militaire

Bienvenu à cette revue de la semaine ivoirienne sur un air d’indépendance tcha-tcha et un vent de réconciliation ! 53 ans de la mère patrie ça se fête et à l’occasion de cette célébration les Ivoiriens ont eu l’opportunité non pas d’écouter un message à la Nation mais plutôt une interview à la Nation. Fraternité Matin revient sur le show d’Alassane Ouattara face à deux journalistes sur les antennes de la RTI première chaine. Le canard pro-gouvernemental publie l’intégralité de cette longue interview en insistant sur les passages forts principalement ceux touchant aux questions de Réconciliation, de la Nationalité, la Relance économique et la diplomatie. Morceau choisi de cette interview à lire dans Le Mandat « Mon souhait être candidat unique pour le RHDP », « pourquoi j’accepte les marchés gré à gré ». Autre morceau choisi à lire dans Le Patriote « Je veux aller vite » parlant de la relance économique, « 2014 j’augmente les salaires », « nous travaillons pour sortir les plus pauvres de la misère ». Ces promesses n’enchantent en rien le FPI, le parti fidèle à Laurent Gbagbo à tout simplement boycotté la fête nationale. Un acte que Maitre Doumbia Yacouba du MIDH, le Mouvement Ivoirien des Droits Humains qualifie d’inquiétant pour la construction d’un Etat de droit dans les colonnes de Nord-Sud Quotidien. Toujours au sujet de cette célébration, Dernière heure Infos nous laisse entendre qu’une nouvelle tentative de coup d’Etat a été déjouée au Palais présidentiel par les hommes du Ministre Hamed Bakayoko. Pendant que le pays célèbre son 53ème anniversaire, le FPI célèbre la libération de ces 14 détenus ; en témoigne la une des quotidiens proche de l’opposition. Le Démocrate nous indique que juste après sa sortie de prison Affi crache le feu ! En effet à la une du quotidien Le Temps le numéro 1 par intérim du parti annonce clairement qu’ils sont de retour pour redresser les politiques tordues du Président Ouattara. Pour Le Nouveau Courrier c’est l’heure de remobilisation qui vient de sonner et le parti de Gbagbo va encore faire peur. La preuve selon L’Intelligent d’Abidjan, Michel Gbagbo malgré son appel à la paix et à la réconciliation est déjà menacé, plusieurs pro-ouattara sont contre cette liberté provisoire, une rencontre cruciale sera organisée à Accra nous dit le confrère pour le retour des exilés. Quant aux FRCI qui ont élu domicile chez Michel Gbagbo, ils sont sommés de quitter sa résidence. Pour L’Inter et Le Quotidien d’Abidjan la liberté provisoire accordée aux pro-gbagbo n’est pas un cadeau. Le Président cède en réalité aux pressions internationales avec des menaces ouvertes de l’ONU via son secrétaire général et surtout des grandes puissances qui ont décidé de retirer leur soutient à Alassane Ouattara. C’est ici que s’achève cette revue de la semaine ivoirienne, A la semaine prochaine


Savoir dire merci !

Savoir dire merci ne coûte rien
Savoir dire merci ne coûte rien

« Quand vous êtes en palabre avec quelqu’un et que ce dernier vous fait un geste, c’est quelque part le début d’une réconciliation ». Ce dicton posté sur facebook par un célèbre journaliste et blogueur Ivoirien est une phrase que je me permets de reprendre pour illustrer ce post à l’attention des membres et militants du FPI (Front Populaire Ivoirien). Les militants du parti fidèle à Laurent Gbagbo semblent avoir oublié une chose : la justice Ivoirienne n’était nullement obligée de libérer un seul détenu pro-gbagbo. Comme on le dit à Abidjan « s’ils n’étaient pas libérés qu’aurez-vous fait ? ». RIEN à part continuer de crier sous tout les toîts et jouer les victimes à souhait. Quand sur 700 prisonniers on vous libère 14, le premier mot qui doit vous venir à l’esprit c’est merci et non l’orgueil de signifier au Président de la République qu’il n’a rien fait ! Je les vois encore glander à l’arrivée de leurs amis de gabegie et de corruption au siège de leur parti sis à Attoban Cocody Riviera. La joie de retrouver des prisonniers politiques et non des moindre ne doit pas rendre certain amnésique. 90% d’Ivoirien étaient bien loin de s’imaginer que cette libération interviendrait un jour. Le fils de Gbagbo dehors même si c’est provisoire, Affi N’guessan libre…une foutaise caractérisée pour les parents des victimes au moment où des corps sont déterrés ici et là dans la capitale Ivoirienne. Le pouvoir en place a pesé le pour et le contre d’une telle décision. Comme hier certains ne voulaient plus entendre le nom de Gbagbo pour avoir signé les accords de Pretoria, la libération de 14 membres influents du FPI crée forcément un mécontentement dans le cœur de nombreux militants du RHDP et des familles des victimes. « C’est Ouattara qui parle de réconciliation, sinon si c’est moi ils vont tous mourir en prison, Gbagbo le premier ». Quand un pays, 3 ans après une crise qui a fait 3.000 morts il y a encore ce type de réflexion, il faut savoir modérer son arrogance politique et saluer un geste d’ouverture avant d’appeler à la libération d’autres prisonniers. Le malheur du FPI comme dirait un cadre influent du RHDP, c’est d’avoir trop longtemps eu « un comportement de délinquance politique ». « Ils ne savent qu’injurier et le mot remise en cause n’existe pas dans leur vocabulaire ». Pour une fois dans la vie du parti de Laurent Gbagbo, que le mot MERCI puisse faire son entrée dans votre dictionnaire politique.


Mendiant d’Abidjan l’heure est venue de se reconvertir

Plus de mendiants dans les rues!
Plus de mendiants dans les rues!

Les mendiants et les commerçants ambulants désormais personæ non grata dans les rues d’Abidjan ! La décision émane du Gouvernement Ivoirien. Visibles à tous les carrefours, les mendiants qui affichent leurs infirmités pour recevoir des pièces sont une tâche dans le décor de la capital Ivoirienne. Abidjan qui après avoir souffert de la crise post-électorale retrouve son lustre d’antan veut avoir fière allure surtout qu’elle est aujourd’hui le centre névralgique de plusieurs rencontres internationales et sous régionales. En prenant la décision de déguerpir les mendiants, les autorités Ivoiriennes par le canal du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité veulent assainir les grands carrefours de la perles des lagunes qui sont devenus des nids de promotion de la misère humaine. Plus de mendiants dans les rues et il va falloir s’y faire et surtout se conformer à cette décision au risque d’être déguerpis manu militari ! Quant aux vendeurs ambulants, bras armés de certains grossistes véreux, perturbateurs à souhait du trafic routier et souffre-douleur des unités de police dédiées à la circulation ils doivent aussi quitter la rue. Les activités de commerce selon Sidiki Diakité préfet de la région des lagunes répondent à des normes fiscales clairement établies par les autorités Ivoiriennes. Nul n’a le droit de contourner de telles mesures pour se sucrer sur le dos des contribuables sans payer d’impôt ou de taxes. Les commerçants ambulants affiliés aux grossistes indélicats écoulent à bas prix des marchandises qui n’ont pas été déclaré aux services fiscaux.

Mendiants ou commerçants ambulants, si tel est leurs activités premières pour se prendre en charge, tous devront se faire identifier auprès des services rattachés au Ministère de la Solidarité, celui de l’emploi et des personnes handicapés pour pouvoir bénéficier d’un programme de prise en charge social. Si depuis ce 5 août 2013 la phase de déguerpissement a débuté, les autorités Ivoiriennes veulent également se donner les moyens de convaincre les Ivoiriens du bien-fondé de cette mesure. Aussi une campagne de sensibilisation sera menée par les ministères engagés dans l’opération. La mesure de déguerpir les mendiants et les commerçants ambulants s’inscrit dans le cadre des opérations de lutte contre l’insécurité engagés par les autorités Ivoiriennes. Présenter la mendicité comme activité de promotion de l’insécurité n’est pas anodin. Force est de constater que de véritables empires financiers à Abidjan se sont construits grâce aux mendiants. Très bien organisés, ces réseaux de mafieux exploitent la misère des handicapés et autres personnes vulnérables. Dès le matin, les mendiants rallient par véhicules entiers leurs « différents lieux de travail ». Ils doivent ensuite se faufiler entre les voitures pour faire la recette du jour. Le soir venu il dépose leurs avoirs auprès du Chef de réseau par l’entremise de ces petites mains. C’est contre de telles pratiques que l’Etat Ivoirien va désormais en guerre.


Classe Fm désormais en ligne !

Journalistes à la matinale de Classe Fm
Journalistes à la matinale de Classe Fm

La Côte d’Ivoire a désormais sa première web-radio d’information continue. Il s’agit de Classe Fm, un projet impulsé par l’agence de communication E-VOIR. Après le site d’information de proximité Avenue225 et le service de revue de presse Infopress, l’Agence dirigée par Israël Yoroba vient de réussir un autre pari dans le paysage audio-visuel Ivoirien. Un pari fou pour tous ceux et celles qui considèrent qu’une web-radio d’information n’a pas de chance de tenir le cap dans un univers dominé par les web-radios musicales. Classe Fm émet depuis le 15 juillet 2013 depuis ses studios d’Abidjan-Cocody pour le monde. Son programme est exclusivement composé de journaux, de flashs d’information et de magazines. Conçue pour diffuser 24h/24 et 7 jours/7, la radio émet pour le moment chaque jour de 7 h 30 à 20 h. Le programme est caractérisé par deux grands rendez-vous : la matinal baptisée Abidjan Matin et le principal programme de la soirée, Abidjan Soir. Chaque heure est marquée par un journal et chaque demi-heure par un flash. Il s’agit d’un projet innovant qui donne l’opportunité à des jeunes passionnés par la radio de pouvoir réaliser leur rêve. 9 jeunes ont ainsi eu la chance de participer à une formation accélérée de 15 jours qui s’est déroulée dans une atmosphère décontractée. Les fondamentaux du journalisme étaient au menu de la formation. Il s’agit de l’écriture et le langage radiophonique, le montage audio numérique, la maîtrise des outils de reportage et de l’environnement du studio. Après 10 jours d’antenne, de nombreux internautes ont déjà inscrit l’URL de la radio dans leurs favoris. Des rendez-vous et des voix se signalent déjà ! Stéphane Kra s’occupe du journal de l’Economie et partage avec les internautes du monde des informations économiques sur la Côte d’Ivoire. Daouda Coulibaly se spécialise sur les questions touchant au développement technologique à travers le journal du Web. Le sport est l’affaire de Landry Zahouré quand le jeune Jonas Héouman s’illustre à travers l’espace ‘’A votre avis’’. Cette rubrique culte de la chaîne donne l’opportunité aux Ivoiriens de se prononcer sur des questions d’actualité. Déjà diffusé des vox-pop autour des questions « faut-il reconduire le mandat de la CDVR ? », « comment trouvez-vous le nouvel uniforme des FRCI ? », « pour ou contre le mariage pour tous ? »

Retrouvez toutes les émissions et les clouds sur www.classe.fm !


Côte d’Ivoire : La corruption, un monstre à terrasser !

Panneau de sensibilisation contre la corruption (Abidjan-Cocody)
Panneau de sensibilisation contre la corruption (Abidjan-Cocody)

Le visiteur d’un jour qui découvre la capitale ivoirienne Abidjan sera sans doute frappé par une nouvelle campagne d’affichage qui envahi la ville. Les carrefours stratégiques sont les espaces privilégiés pour sensibiliser les Ivoiriens sur les méfaits de la corruption. Ces panneaux publicitaires qui accompagnent les spots radio et télé font parti des outils de communication que le Gouvernement Ivoirien utilise pour lutter contre la corruption.

Corruption tous coupables, tous victimes ! Voici le slogan de la nouvelle campagne nationale de lutte contre la corruption lancée par les autorités ivoiriennes. Il s’agit d’envoyer des signaux forts aux bailleurs de fond et de faire face à un fléau qui gangrène la Côte d’Ivoire depuis son indépendance. La corruption, un fléau pour la Côte d’Ivoire et c’est peu de le dire tant le mal est omniprésent ! Difficile lorsque vous parcourez les rues d’Abidjan de ne pas trouver un homme ou une femme qui n’a pas été victime de la corruption. Tous les corps de métier sont touchés et les services publics se taillent la part du lion.

Un vol institutionnel

Ministère, Impôt, Trésor Public, Fonction Publique, Police, Douane…tous les services que compte la Côte d’Ivoire rivalisent dans la bêtise quand il s’agit de parler de corruption. Et dans ce schéma, ce sont les populations les plus démunies et les plus vulnérables qui payent le plus lourd tribut.

« Vous avez dit corruption ? Eh bien sur la route c’est notre quotidien ! Chaque matin que vous vous levez, vous êtes sûr de verser de l’argent aux policiers de la commune avant de pouvoir circuler tranquillement avec votre taxi. C’est devenu normal, disons naturel pour un policier de soutirer de l’argent aux chauffeurs. Donc oui, la corruption est notre quotidien » nous explique Diakité Ismaël chauffeur de taxi.

Diakité Ismaël nous explique que de nombreux agents des forces de l’ordre n’hésitent pas à dire haut et fort que « l’argent qu’ils prennent aux chauffeurs nourrit un vaste réseau où chaque haut gradé à sa part du butin ». Ce vol institutionnalisé d’hommes en uniforme sur les routes ivoiriennes n’est que la partie visible d’un iceberg. Bien que nos tentatives pour avoir des entretiens avec des agents du Ministère de la fonction publique soient restées vaines, il est aisé, grâce aux témoignages des fonctionnaires et des aspirants à la fonction publique de nous rendre compte de l’ampleur de la corruption.

« Tous les concours dans ce pays ont une valeur marchande. Si vous avez le bon « circuit » et l’argent qu’il faut vous avez le poste que vous voulez. Les montants varient de la centaine de mille au million ! » nous explique K. Zébéhi Serges un jeune démarcheur que nous avons interrogé devant le siège de la Fonction Publique au Plateau.

Cette manière d’agir est connue de tous les Ivoiriens. Le succès à un concours dépend très peu de vos compétences mais plutôt de la faculté que vous aurez à verser un pot de vin là où il faut. La Côte d’Ivoire est dans cercle vicieux, à l’image d’un serpent qui se mord la queue ! Si le fonctionnaire débourse de l’argent pour un poste comment ne serait-il pas tenté d’escroquer d’autres ivoiriens ? « La question ne se pose même pas car c’est bien ce qui se passe ! » affirme Coulibaly Mohamed un jeune infirmier avant de nous expliquer que « chaque personne qui débourse de l’argent pour entrer à la fonction publique doit rembourser sa dette avant d’abuser de sa position pour escroquer d’autres Ivoiriens ». Coulibaly Mohamed fait bien de parler de dette pour financer les concours et autres recrutements exceptionnels. Ce sont des parents, des amis, des bonnes volontés qui vous prêtent des sous pour corrompre. Il faut pouvoir rembourser l’argent reçu ! Voici pourquoi dans ce pays le policier et le gendarme ne se lassent pas de soutirer de l’argent aux chauffeurs, la sage femme de s’enrichir sur le dos des femmes enceintes, les cadres des ministères de passer des marchés de gré à gré, les agents du trésor d’exiger un pourcentage avant de régler la facture d’un homme d’affaire…

« Nous sommes passés de l’orange au rouge »

Il est vrai que la corruption est un fléau qui existe en Côte d’Ivoire depuis longtemps mais elle a pris du poil de la bête ces dernières années. Malan Ehounou est président de l’ONG Transparency Justice. Observateur averti de la scène sociale Ivoirienne, il nous explique comment en l’espace de 10 ans la Côte d’Ivoire a chuté encore plus dans la corruption.

« Il faut comprendre que la corruption se développe là où il n’y pas de structures étatiques, là où l’Etat est faible, là où les structures sont décomposées. Et donc forcément durant ces dix dernières années et durant la crise post-électorale en particulier, l’Etat paraissant inexistant, la corruption s’est développée » nous explique Malan Ehounou.

Dans une Côte d’Ivoire divisée il y a encore quelques années, les propos de l’acteur de la société civile ivoirienne trouvent tout leur sens. Les mines exploitées illégalement par les ex-com zone au nord, l’argent du café-cacao pillé au sud, les listes présidentielles ou celles de la Première Dame lors des concours pour la fonction publique sont des exemples. Malgré ce sombre tableau, Malan Ehounou reste convaincu que l’espoir est permis. Et cet espoir réside dans l’action du Gouvernement qui doit engager une lutte effectivement contre la corruption. La nouvelle campagne de lutte contre la corruption répond à cette requête. Méïté Sindou Secrétaire national à gouvernance et aux renforcements des capacités, la campagne est basée sur une double stratégie. Les agences en charge de la moralisation de la vie publique du pays auront à mener des études en interne pour que la Côte d’Ivoire puisse s’approprier le phénomène de la corruption.

« Nous avons proposé au Gouvernement la mise en place du dispositif juridique et institutionnel anti-corruption, un dispositif juridique fort. Nous avons proposé également une deuxième loi sur la mise en place d’une Institution, d’une Haute Autorité chargée de la bonne Gouvernance. Donc le processus est en cours pour l’adoption d’un dispositif juridique mais également d’un dispositif de sanction contre la corruption » nous explique Méïté Sindou.

La phase de la répression, c’est précisément à ce niveau que les Ivoiriens attendent de pied ferme le Gouvernement. Qui osera jeter son amis, son parent ou un des ses militants de la première heure en prison ? Oui qui osera le premier s’élever contre le système de la corruption ? « De beaux spots télé et radio, de beaux panneaux d’affichage mais nous attendons du concret dans la répression de la corruption » réclame Konan Clément un enseignant.

SUY Kahofi