Kahofi SUY

Ebola et ce sentiment anti-guinéen

Ebola met à rude épreuve la solidarité africaine (turner.com)
Ebola met à rude épreuve la solidarité africaine (turner.com)

C’est comme s’ils étaient devenus des pestiférés, ces Guinéens qui en plus de souffrir le martyre à cause d’Ebola sont au cœur d’une poussée subite de haine dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. C’est le cas en Côte d’Ivoire où les populations ont cette nette impression que les Guinéens ont une envie folle de propager la maladie, une volonté de ne pas être le seul pays à être atteint. Les grognons ivoiriens qui regrettent déjà la réouverture des frontières avec le Liberia et surtout la Guinée fondent leur argumentaire sur trois faits.

Ebola au Sénégal, c’est un Guinéen qui porte le risque de contamination au pays de la Téranga. Ce seul cas a jeté la psychose dans le pays avec un risque d’émeute, de chasse au Guinéen et de destruction d’infrastructures sanitaires. Une situation de tension rapidement maîtrisée par les pouvoirs publics grâce à l’engagement du ministre sénégalais de la Santé, Eva Marie Coll Seck. Premier constat : le Guinéen gracieusement soigné et renvoyé dans son pays savait qu’il était une « personne-contact » donc qu’il était potentiellement porteur d’Ebola ! Cela ne l’a pas empêché de rentrer de façon quasi clandestine au Sénégal avec le risque de « tuer » d’autres personnes. Ebola au Mali, encore la Guinée ! En Côte d’Ivoire, c’est toute la région de Man et plus largement l’ouest de la Côte d’Ivoire qui actuellement panique à cause d’un contact qui se promène quelque part. Tout le monde est à la recherche d’un seul individu, un Guinéen, un infirmier dit-on ! Malgré les propos rassurants du ministre ivoirien de la Santé, les populations de l’Ouest ivoirien sont terriblement inquiètes. Dans les rues d’Abidjan, c’est avec une certaine ironie teintée de peur dès qu’on parle d’Ebola et de sa propagation à la sauce guinéenne. Et les phrases pour le dire sont souvent dures !

« C’est quoi cette histoire de Guinéen qui se promène avec Ebola chez nous ? Les Libériens ont eu « leur Ebola », ils l’ont gardé chez eux ! En Sierra Leone, ils gardent « leur Ebola » pour eux seuls. Les Nigérians ont eu « leur Ebola », ils l’ont combattu sans chercher à le passer aux voisins. Mais les Guinéens eux ils se promènent partout pour distribuer leur Ebola aux gens ! »

Ebola semble mettre à rude épreuve la solidarité africaine comme l’a souligné le professeur Cheick Ibrahima Niang de l’Ucad (Universite Cheikh Anta Diop de Dakar). La maladie installe une telle peur que les fondements de l’acceptation de l’autre, propre aux Africains, commencent à disparaître. Doit-on parler de xénophobie sanitaire ? Le nouveau front qui s’oppose à la réouverture des frontières estime que le manque de conscience et d’humanité de certaines personnes -qui ont été en contact avec des patients- est à l’origine de cette poussée de méfiance qui ne doit pas être confondue avec la haine ! Et l’image utilisée pour illustrer cette position se passe de commentaires : « C’est un peu comme un séropositif qui de façon délibérée s’amusait à avoir des relations sexuelles non protégées !!! » Quand on se sait malade ou qu’on sait qu’on a eu un contact avec une personne malade autant se présenter aux autorités sanitaires de son pays et éviter de jeter la psychose chez les autres. Sage conseil, mais doit-on pour autant fermer la porte à nos chers voisins ? Chaque Ivoirien garde pour lui son élément de réponse.

SUY Kahofi


Que cache le corps sans vie de Colombie ?

L’homme est-il décédé à la suite d’une contamination à Ebola ?
L’homme est-il décédé à la suite d’une contamination à Ebola ? Crédit ph. Daouda Coulibaly

La photo d’un mort circule en ce moment sur les réseaux sociaux en Côte d’Ivoire. Le sort de l’homme décédé dans des conditions troubles commence à inquiéter plus d’un…

C’est grâce à la promptitude du bloggeur et photographe ivoirien Daouda Coulibaly que l’image du corps sans vie débarque sur internet. La photo prise dans le quartier de Colombie montre un homme couvert de vieux morceaux de tissu. Colombie est un quartier précaire de la commune de Cocody et c’est le lieu que Monsieur X a visiblement choisi pour pousser son dernier soupir.

Ce jeudi 02 Octobre 2014, l’homme débarque dans le quartier plutôt mal en point. Selon des témoins, il avait du sang dans le vomi et les scelles. Très vite, un pari macabre s’organise sur la tête de l’infortuné. Comme si les habitants savaient que son pronostic vital était engagé, certains ne lui donne pas plus d’une heure pour passer l’âme à gauche ! Très vite les populations commencent à murmurer le seul mot qui en ce moment glace le sang : EBOLA. « Ne vous approchez pas du cadavre » lance les uns ; « si tu t’approches ne reviens pas nous contaminer avec Ebola » lance-t-on comme avertissement au plus têtus. Finalement l’homme décède autour de midi.

Les agents du commissariat de police du 12ème arrondissement, le SAMU et les éléments de la police scientifique se rendent sur les lieux pour les constats d’usage mais personne ne prend le risque de s’avancer vers le corps. Les habitants surpris par cette attitude ont eux aussi décidé de ne pas s’aventurer vers le corps. Pour éviter que les badauds ne s’y approchent également, des vieux tissus ont été jeté sur le cadavre pour le couvrir et un « périmètre de sécurité » établi autour de lui par les adultes du quartier. Le corps de ce mort ensanglanté restera à Colombie de l’après-midi du jeudi au vendredi matin à 10 heures !

Les nombreuses alertes des cyber-activistes sur le web vont finalement faire réagir les autorités qui viendront enlever le corps peu après 10 heures ce vendredi 03 Octobre 2014. Le Ministère de la santé un brin triomphateur après avoir récupéré le corps ne s’est toujours pas prononcé sur les origines de l’homme qui est décédé ni sur le mal mystérieux qui l’a terrassé. Bon nombre d’habitant de Colombie restent tout de même convaincus que Monsieur X est bien mort de la maladie à virus Ebola.

SUY Kahofi


Redécouvrir l’humanitaire en 24 heures

Visite d’un stand du village humanitaire
Visite d’un stand du village humanitaire

La 3ème édition du village humanitaire s’est tenue ce samedi 27 septembre 2014 dans le quartier de Williamsville. Il s’agit d’une initiative du RASALAO, de la COMNAT-ALPC et du Comité National de Secourisme Humanitaire. Le village humanitaire est une rencontre nationale organisée pendant 24 heures sur un site transformé en espace d’exposition et de découverte de l’action humanitaire en Côte d’Ivoire.

A l’image de l’ONG Cifed ou de la Croix Rouge, plusieurs organisations se sont données rendez-vous au Terminus du bus 14 pour présenter leur savoir-faire au public. Les domaines d’intervention de ces dernières sont très variés : prise en charge de la femme et de la jeune fille, lutte contre la pauvreté, assistance aux personnes rendues vulnérables du fait de la crise… Les visiteurs venus nombreux ont écumé les stands pour s’arracher les prospectus et autres support de communication des organisations.

Il est important de souligner que deux temps forts ont marqué la journée : l’opération don de sang et les conférences publiques animées autour du thème « Armes légères et développement ». Le président du RASALAO, Karamoko Diakité est revenu sur la nécessité pour les populations de s’engager pour une Côte d’Ivoire débarrassée des ALPC (armes légères et de petits calibres) et de leurs matériels connexes. Il n’a pas manqué de souligner la dangerosité de ces engins de mort qui endeuillent les familles, attisent les tensions communautaires et freinent le développement au plan local et national. Bien avant l’exposé du président du RASALAO, la COMNAT-ALPC a sensibilisé les populations au dépôt volontaire des armes en leur indiquant clairement les mécanismes mise en place dans leurs communautés pour faciliter la collecte.

SUY Kahofi


Revue de la semaine ivoirienne du 22 au 27 septembre 2014

L'appel de Daoukro "déchire" le PDCI
L’appel de Daoukro « déchire » le PDCI

Fidèle à son humour noir le satirique Bôl’Kotch à la plume et le crayon pour rendre trait pour trait la tension qui règne au sein du PDCI-RDA le parti doyen. L’image dit tout : Bédié vend le bia, le siège royal à Alassane Ouattara à travers l’appel au soutien de la candidature unique en 2015. Au sein du PDCI des voix s’élèvent pour condamner cette décision du « vieux » qui selon Le Monde d’Abidjan risque de créer des troubles. Troubles déjà visibles avec la grogne des jeunes, des femmes et des cadres du parti qui refusent de jouer les suiveurs. Le Ministre d’Etat Ahoussou Jeannot a eu le temps de s’en rendre compte avec sa médiation qui a manqué de peu de tourner au vinaigre indique L’Inter. Les contestations persistent au sein du PDCI souligne Aujourd’hui qui croit sentir un vent de panique souffler sur le camp des bédiéistes, eux dont le leader piétine presque tout ! La constitution, les lois ivoiriennes et même le 12ème congrès du PDCI. Le vieux Bédié est obligé de manœuvrer fort face à la fronde note Le Mandat car le parti qui a porté la Côte d’Ivoire à son indépendance est en crise. Une frange des cadres soutient désormais le député Kouadio Konan Bertin dit KKB quand une autre a décidé de faire allégeance à Bédié souligne Le Nouveau Réveil. Le Patriote, l’officieux du RDR garde un calme olympien sur la question de la candidature unique d’Alassane Ouattara ; pour le confrère depuis l’appel de Daoukro le débat est clos ! Pas si sûr réplique LG Infos qui souligne que l’appel de Daoukro est un faux son. A traduire du français très ivoirien : une annonce tonitruante pour voiler les vraies ambitions de Bédié. Cet acharnement d’Alassane Ouattara pour une candidature unique ne couve rien de bon, Notre Voie y descelle la volonté d’un hold-up électoral. Preuve concrète de cette affirmation la volonté du Chef de l’Etat d’embrigader la Commission Electorale Indépendante. Alassane Ouattara ne veut plus du FPI au sein de la CEI pour mieux la contrôler et tripatouiller les résultats des élections de 2015. Pour arriver à ces élections de 2015 dans la paix et la réconciliation, Abel Naki, le leader du CRI-Panafricain monte au créneau pour appeler toutes les parties au calme note Le Point d’Abidjan. Le président du mouvement pro-gbagbo estime entre autre que seule la libération de l’ancien président Ivoirien peut ramener la vraie réconciliation en Côte d’Ivoire. « Si Alassane Ouattara libère Gbagbo il entrera dans l’histoire » dixit Abel Naki à la une du quotidien Le Monde d’Abidjan. Pour le moment la libération de Laurent Gbagbo n’est pas à l’ordre du jour, le leader du régime de la refondation doit préparer sa défense soutient Notre Voie. Laurent Gbagbo n’est pas seul car les mouvement de soutien qui lui sont proches continuent de faire du lobbying pour sa libération ainsi que celle du Ministre de la rue Charles Blé Goudé qui seras face au juge ce 29 septembre 2014.


Ebola : les Etats-Unis encouragent une lutte sous-régionale

Terence Mc Culley l’Ambassadeur des USA à Abidjan face aux journalistes
Terence Mc Culley l’ambassadeur américain à Abidjan face aux journalistes

Un atelier régional de consultation pour le renforcement des plans de préparation et de riposte contre l’épidémie de virus Ebola s’est ouvert ce 22 septembre à Abidjan pour une durée de 48 heures.

La rencontre réunit les représentants de gouvernements et des autorités sanitaires de 6 pays d’Afrique francophone. Il s’agit de la première d’une série d’ateliers sur Ebola initiée par le gouvernement américain, l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) et le CDC (Centre pour le contrôle et la prévention des maladies-Atlanta). Terence Mc Culley l’ambassadeur des Etats-Unis à Abidjan soutient qu’une « approche régionale forte est cruciale pour contenir l’épidémie parce que les maladies n’ont pas de frontières politiques ». Les gouvernements de la sous-région ont pris de nombreuses mesures pour faire face à l’épidémie d’Ebola mais l’atelier d’Abidjan permettra une meilleure coordination entre les agences gouvernementales des pays de la région de sorte à ce que le partage de connaissance, d’expérience et la collaboration puisse permettre de contrôler l’épidémie.

« Toutes les épidémies d’Ebola des 40 dernières années ont été contenues, et les Etats-Unis restent confiants qu’il en sera de même pour cette flambée » a indiqué confiant Terence Mc Culley.

L’Afrique de l’ouest est la partie du continent la plus touchée par l’épidémie d’où la forte mobilisation des Gouvernements de la CEDEAO dans la lutte. Cet engagement se matérialise par les efforts de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) qui œuvre pour une synergie des efforts dans la lutte dans une approche sous-régionale. Docteur Mongbo Yves, représentant de l’OOAS estime que les pays qui ne sont pas touchés par la maladie doivent soutenir ceux qui ont déjà signalé des cas. Les moyens et les politiques de lutte doivent être mutualisés pour contenir la maladie.

L’une des attentes des pays touchés par la maladie à virus Ebola est l’accès dans les plus brefs délais à un vaccin ou un sérum capable de guérir les cas confirmés. Même si l’OMS encourage l’utilisation de vaccins et sérums expérimentaux, Lise Martel, experte épidémiologiste du CDC (Atlanta) tient à préciser que la marche vers un vaccin efficace et homologué contre Ebola risque d’être un long processus d’où son appel à de meilleures politiques de prévention. Apprendre des autres est donc la meilleure manière de se préparer à contenir Ebola.

SUY Kahofi