Kahofi SUY

Guiglo : le pillage en règle avant l’assaut des FRCI

 

Guiglo sous le régime de la terreur

Guiglo, localité située dans l’ouest de la Côte d’Ivoire est en ce moment le théâtre de toutes sortes de violences perpétrées par des miliciens et mercenaires envers les populations civiles. La ville, dans le collimateur des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) est encore sous le contrôle des FDS fidèles à Laurent Gbagbo et ces derniers ont voulu faire croire que les actes de pillages et de violence étaient à mettre à l’actif des éléments des FRCI. Après plusieurs jours de tergiversations et de guerre des communiqués, l’ennemi de l’ombre des populations innocentes de Guiglo a un visage. Les mercenaires libériens et les jeunes miliciens qui suppléent les FDS sont à la base des violences. Au compteur de leurs nombreux viols, actes qu’ils utilisent comme arme de guerre, les mercenaires libériens et les jeunes miliciens sillonnent la campagne pour arracher qui un vélo à un paysan non sans prendre le soin de le brimer, qui des vivres aux villageois qui sont menacés de voir leurs villages incendier, qui de l’argent en échange d’un enfant ou d’une femme enlevé. Plus grave, ils ont décidé de sévir également en pleine ville en s’attaquant aux humanitaires : deux agents de Save The Children ont été violenté et leur véhicule emporté. Ils ont aussi saccagé et pillé l’entrepôt du HCR non sans prendre le soin de repartir avec des véhicules de type 4×4. Toujours dans la région de Guiglo, des rapports font état de la disparition (assassinat ciblé) de 200 ressortissants de l’espace CEDEAO : il s’agit par ordre de Burkinabés, de Maliens, Guinéens, Togolais, Mauritaniens et Béninois.

Devant autant d’actes visant à créer la psychose au sein des populations ont se demande bien que font les FDS qui disent être dans la légalité face des ‘’rebelles’’ qui de leur côté tentent de rassurer les populations. Au demeurant, sachez que le Droit International stipule clairement que « toute force contrôlant de fait ou de facto une aire géographique se doit de protéger les populations se trouvant sous sa tutelle ». Aussi la protection de la ville de Guiglo revient aux FDS fidèles à Laurent Gbagbo et ils ne doivent pas fermer les yeux sur les violences faites aux populations. Les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire n’attendent pas rester inactif et projettent même de prendre le contrôle de la ville pour sécuriser les populations c’est du moins le message du Général Gueu Michel, premier responsable du fuseau ouest des FRCI. « Nous avons chaque jour des parents et des amis qui nous appellent pour dénoncer des actes de violences et même des tueries, des témoignages qui font état d’atrocités de la part des miliciens et mercenaires. Il faut que cela cesse et nous attendons les ordres pour agir » a souligné le Général Gueu. Pour Mara Lanciné le porte parole militaire des FAFN à Man « aucun élément des FRCI ne se trouve à Guiglo et donc tout acte de violence est à mettre à l’actif des troupes de Laurent Gbagbo qui en sera le seul comptable devant les juridictions nationales et internationales ».

RAPPEL DESORMAIS QUOTIDIEN


55 jours de détention arbitraire à la MACA pour nos amis et confrères Sanogo Aboubakar dit Abou Sanogo et Kangbé Yayoro Charles Lopez dit Gnahoré Charly de Télévision Notre Patrie (TVNP) accusés sans preuves d’atteinte à la sureté de l’Etat.

Au nom de la liberté de la presse nous ne les oublions pas et nous pensons également à tous les journalistes et hommes de médias exilés et ceux privés d’exercer librement !

Suy Kahofi


Mercenaires, miliciens…des plaies qui menacent toute l’Afrique de l’Ouest

 

Enfants soldats, drames familiaux, morts innombrables...le trise bilan des groupes armés

Leur présence est vieille comme les indépendances des Etats d’Afrique de l’ouest et ils contribuent jusqu’à ce jour à déstabiliser de nombreux Etats. Libéria, Sierra Léone, Guinée Bissau, Sénégal, Côte d’Ivoire, Niger…là où les crises politiques et militaires éclatent ils sont toujours prêts à la bagarre à condition que les chefs rebelles ou les présidents fassent grincer le tiroir-caisse. Les mercenaires et miliciens ont transformé l’Afrique de l’ouest en une véritable poudrière. Il serait bien difficile d’établir un nombre officiel de ces acteurs de la mort mais leurs actes sont connus et certains groupes ont fait parler d’eux au sens négatif du terme. Ils composaient  à 80% les effectifs de bandes armées telles que le National Patrioctic Front of Liberia du « vénéré » Charles Taylor, l’Indépendant National Patriotic Front of Liberia de son poulain Prince Johnson avec un millier de dissidents, le RUF du caporal Fodé Sanko et son business d’enfants soldats, les West side boys de Fodey Kaley… « L’emblématique » Sam Boukri qui était le mercenaire supra-national par excellence appartenait à tous ceux qui pouvaient payer ses services. Les mercenaires les plus cotés de la bourse du crime en Afrique de l’ouest sont les Angolais fiers de 25 ans de guerre civile, suivent les Libériens avec 14 ans, les sierra-léonais avec 11 ans et les burkinabés qui selon certains observateurs militaires sont des mercenaires de luxe rompus aux maniements des armes et très bien entrainés.

Nature ou espèce, je suis partant !

La guerre n’est pas seulement un jeu d’appel au patriotisme mais avant tout une histoire d’argent et beaucoup d’argent même. Les mercenaires et autres miliciens ne se nourrissent pas d’appels au panafricanisme ou d’indépendance économique ; leur préoccupation est tout autre : « qu’est ce que je gagne dans cette guerre ? ». Ces commerçants du meurtre sont souvent mieux payés que les soldats des forces régulières : ils ne vouent pas de respect à un idéal ou un drapeau mais à celui qui paye ! A défaut de recevoir une liasse de dollars, ils peuvent également accepter le paiement en nature et c’est là où les problèmes commencent. Les pillages de villages et de villes dont ils prennent le contrôle, l’exploitation des ressources naturelles comme les durty stones du Libéria et de Sierra Léone, la supervision du trafic de matières premières brutes comme le cacao en Côte d’ Ivoire…Ce type de comportements débouche directement sur des actes de violation des droits de l’homme.

Des atrocités inimaginables

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, demain ailleurs mais ils laissent derrière eux des souvenirs difficiles à effacer des mémoires. On se demande certains jours de calme plat comment des êtres humains normalement constitués peuvent commettre des actes aussi ignobles. Ces mercenaires sans foi ni loi qui font preuve d’une cruauté extrême envers les populations. Sam Boukary qui se plaisait à couper la main ou le bras de ses victimes, Fodey Kaley qu’on disait cruel au point de faire sortir les intestins d’un homme en vie par une petite poche qu’il réalisait sur le ventre, les guerres psychotiques de Taylor qu’il menait en envoyant aux troupes ennemis des têtes fraîchement coupées, les scarifications faites sur les bras d’enfants pour qu’ils n’oublient jamais le visage du bad boy…Que dire alors des pauvres et innocentes femmes et fillettes violées à maintes reprises par des groupes armés et souvent même éventrées alors qu’elles portent encore des enfants ! Les mercenaires ont également à leur actif d’innombrables villages incendiés et des exécutions de tout genre.

Peut-on vaincre la bête ?

Mettre fin au règne de la terreur et du mercenariat en Afrique de l’ouest est possible mais sans la volonté de chaque chef d’Etat cela serait une véritable utopie. Jeter en prison le petit dealer du quartier ne met pas fin au trafic de drogue, seule l’arrestation du parrain du cartel est une solution. Tant que des chefs d’Etat, des ministres, des politiciens ou leader d’opinion continueront d’utiliser leur position pour couvrir des activités terroristes ou équiper des miliciens, l’Afrique de l’ouest continuera de souffrir. Nos frontières poreuses et peu surveillées son un passage idéal pour ces marchants de mort qui peuvent partir sans être inquiétés de la Côte d’Ivoire et se retrouver dans le maquis casamançais. Aussi le respect de l’alternance politique, la mise sur pied d’institutions fortes dans nos pays peuvent contribuer à leur stabilité. Après les guerres d’indépendance, il est temps que l’Afrique trouve d’autres méthodes de contestation que celui qui consiste à faire crépiter les armes.

RAPPEL DESORMAIS QUOTIDIEN


Message de soutien et d’encouragement à nos amis et confrères Sanogo Aboubakar dit Abou Sanogo et Kangbé Yayoro Charles Lopez dit Gnahoré Charly de Télévision Notre Patrie (TVNP) arbitrairement détenus à la MACA pour atteinte à la sureté de l’Etat.

En ce 54ème jour de détention nous ne les oublions pas et nous pensons aussi à tous les journalistes exilés et ceux privés d’exercer librement !

 

Suy Kahofi


Côte d’Ivoire la crise oubliée ?

 

Des bombardements en Lybie et des condamnations en Côte d’ Ivoire

Les projecteurs de l’actualité sont braqués sur la crise libyenne et la catastrophe du Japon pendant que le drame humanitaire qui se déroule en Côte d’Ivoire semble totalement oublié par le monde. Les Ivoiriens vivent d’énormes difficultés au quotidien et celles-ci ont pour nom chômage, morts en cascade dus aux affrontements entre protagonistes armés, pénurie de médicaments et de vivres mais surtout famine. Avec 440 morts, 500 000 déplacés de guerre et 96 000 réfugiers répartis dans 97 villages au Libéria, la crise Ivoirienne ne suscite que des condamnations or les choses sont allées plus vite dans le dossier Libyen et la Communauté Internationale se mobilise déjà avec des frappes pour empêcher Kadhafi de nuire.

La Communauté Internationale a-t-elle oubliée le drame humanitaire qui secoue la Côte d’Ivoire voici ce que pense les Ivoiriens. « La Communauté Internationale si elle existe a démissionnée dans le dossier ivoirien. Tout porte à croire que les morts en Lybie arrivent à émouvoir les dirigeants du monde et non ceux de la Côte d’Ivoire. On nous a oubliés ! » affirme Kouassi Georgette une mère de famille. « Les gens n’ont plus rien, même les fonctionnaires font un repas par jour alors que dire des artisans et travailleurs du privé au chômage. Notre pays est abandonné par le monde même la France qui devait nous soutenir au nom de son statu d’ancienne puissance colonisatrice s’occupe plus de la Lybie » s’inquiète Basile Blé instructeur d’auto-école. Fofana Aboubacar président du MJDCI (Mouvement des Jeunes Démocrates de Côte d’Ivoire) appelle la Communauté Internationale à se pencher sur le dilemme ivoirien. « Abidjan est devenu un champ de bataille où nos parents ne dorment plus, où nos frères ne vont plus à l’école, où nos parents ne vont plus au travail et dans cette ville on ne plus s’exprimer librement sur la crise. Le MJDCI lance un appel pressant à la Communauté Internationale car aujourd’hui elle se mobilise pour la Lybie mais la Lybie ne vaut pas mieux que la Côte d’Ivoire. Il faut agir l’heure est grave ».

L’heure est grave, il faut vite agir et Alioun Tine le militant sénégalais des droits de l’homme ne dit pas le contraire. « L’opinion africaine ne comprend pas qu’on puisse intervenir en Lybie et puis laisser la Côte d’Ivoire s’enliser de plus en plus dans la guerre, les populations dans la misère…Franchement je pense qu’il faut renverser la vapeur et prendre les dispositions qu’il faut pour que la Côte d’Ivoire ne tombe pas dans un KO, que les institutions ne disparaissent pas totalement ». Il n’est jamais tard pour bien faire et nombreux sont les Ivoiriens qui estiment qu’après la fermeté affichée en Lybie, il est temps pour la Communauté Internationale d’agir pour mettre un terme aux souffrances des innocentes populations.

RAPPEL DESORMAIS QUOTIDIEN


53 jours de détention arbitraire à la MACA pour nos amis et confrères Sanogo Aboubakar dit Abou Sanogo et Kangbé Yayoro Charles Lopez dit Gnahoré Charly de Télévision Notre Patrie (TVNP) accusés sans preuves d’atteinte à la sureté de l’Etat.

Au nom de la liberté de la presse nous ne les oublions pas et nous pensons également à tous les journalistes et hommes de médias exilés et ceux privés d’exercer librement !

Suy Kahofi

 

 


ONUCI : difficile de démontrer l’utilité de la mission

 

Les soldats de l’ONUCI à Abidjan

L’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire est probablement l’une des missions de l’ONU qui peine à prouver son utilité sur le terrain. Si au Congo la MINUSCO est allée jusqu’à faire usage de la force pour amener les protagonistes à garder leur calme, en Côte d’Ivoire le jeu favoris de Mr Young Ji Choi et Mr Amadoun Touré (le porte-parole de la mission) consiste à expliquer les textes qui régissent l’ONU à tout bout de champ, à tergiverser sur le mandat de la mission et à trouver toujours des parades quand il y a des massacres. Elle est tellement ‘’molle’’ dans sa manière d’agir que le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé et la porte-parole du Docteur Alassane Ouattara Anne Ouloto sont obligés de l’interpeller sur le rôle qu’elle doit jouer dans le pays. C’est avec beaucoup de regret que j’écoutais hier, encore une fois, Amadoun Touré le porte-parole de l’ONUCI dire que la mission sécurise les populations ! « Nous avons nos patrouilles, nous survolons Abidjan en hélicoptère… ». Si toutes ces méthodes portaient des fruits il y a bien longtemps que ceux qui expédient des obus sur les marchés avaient changé leur manière d’agir. Une patrouille face à des armes qui crépitent ? Voici une drôle de manière de protéger des populations ! Des hélicoptères dans le ciel d’Abidjan n’ont pas stoppé l’action des barbares qui ont tué sept femmes à Abobo !

La meilleure manière d’empêcher un char de tirer c’est de le détruire et c’est ce que la France, la Grande Bretagne et les USA font avec les troupes de Kadhafi. Alors si l’ONUCI ne peut pas appliquer le chapitre 7 de la charte du conseil de sécurité de l’ONU pour stopper le carnage, qu’elle passe la main au plan militaire à l’ECOMOG qui elle au moins n’y va pas par le dos de la cuillère pour étouffer les forces de nuisance. Les moyens dégagés par l’ONU et qui ne semblent pas suffire à son Opération pourraient servir à la CEDEAO. L’ONUCI est déjà présente avec 10.000 hommes, 5 hélicoptères dont trois armés, un nombre important de chars et si cet effectif ne sert pas sachez qu’avec un chiffre inférieur l’ECOMOG a repris Freetown en six heures ! Certains fonctionnaires de l’ONUCI qui se plaisent avec leurs gros salaires espèrent que la mission va encore s’éterniser dans ce pays. S’ils le pensent sans le dire, je trouve qu’il n’y a rien de plus machiavélique. Nous ne mourrons pas en Côte d’Ivoire pour que des salaires soient versés à des diplomates. Le Conseil de Sécurité a le choix entre attendre et faire le bilan macabre en Côte d’Ivoire ou changer la résolution pour mettre fin à la crise Ivoirienne. On n’a pas besoin d’un deuxième Rwanda ou d’une Serbie acte II pour l’inscrire dans le livre des records Guinness des crises mal jugulées par l’ONU.

RAPPEL DESORMAIS QUOTIDIEN


52 jours de détention arbitraire à la MACA pour nos amis et confrères Sanogo Aboubakar dit Abou Sanogo et Kangbé Yayoro Charles Lopez dit Gnahoré Charly de Télévision Notre Patrie (TVNP) accusés sans preuves d’atteinte à la sureté de l’Etat.

Au nom de la liberté de la presse nous ne les oublions pas et nous pensons également à tous les journalistes et hommes de médias exilés et ceux privés d’exercer librement !

Suy Kahofi


L’interview d’Alpha Blondy sur la crise Ivoirienne

 

Alpha Blondy la star ivoirienne

Alpha Blondy, le glaive à double tranchant crache encore ses vérités sur la crise Ivoirienne et invite les jeunes à éviter la violence. Intégralité de l’article de https://www.slateafrique.com sur Eburnietoday

SlateAfrique – Un état d’esprit très polarisé et violent s’est installé à Abidjan. Comment le vivez-vous?

Alpha Blondy – Je suis sans prétention. Je suis habitué aux insultes et aux injures. Si je devais mettre les insultes que j’ai reçues à la banque, je serais multimilliardaire! Je fais mes chansons, j’alerte. Après, on me dit toujours: «Alpha, tu avais raison, on aurait dû t’écouter.» C’est ça qui m’énerve.

SlateAfrique – Les élections n’ont-elles pas marqué la fin de l’ivoirité, avec une alliance entre Baoulés et gens du Nord qui a fonctionné en faveur d’Alassane Ouattara?

A.B. – Je suis désolé, mais la guerre actuelle est encore celle de l’ivoirité. Les 600.000 voix annulées l’ont été dans le Nord. Pourquoi voulez-vous qu’une région soit comptable des erreurs d’une administration? Pourquoi avoir ressorti la carte ivoiritaire? Il suffisait au président du Conseil constitutionnel d’appliquer l’article 64 du code électoral ivoirien pour invalider les élections sur tout le territoire national. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait? Le président Gbagbo avait le temps, en 45 jours, de refaire les élections! Je ne suis pas un politicien. Si un inculte comme moi peut voir ça… C’est flagrant!

SlateAfrique – D’où vient le problème de l’ivoirité?

A.B. – Avant l’indépendance, il n’y avait pas de papiers d’identité ou d’état civil. Beaucoup de gens comme moi sont «nés vers» telle date. Il fallait en prendre conscience et donner leurs papiers aux gens, réparer l’erreur administrative de la colonisation et des différents gouvernements qui se sont succédé. Au début, on a accusé Henri Konan Bédié [ex-président de la Côte d’Ivoire au pouvoir de 1993 à 1999, ndlr] d’être le père de l’ivoirité. Bédié est tombé dans le piège. Ses adversaires voulaient détruire son parti, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Quelqu’un qui était supposé être un conseiller de Bédié, l’historien Pierre Kipré [ensuite envoyé par Laurent Gbagbo en tant qu’ambassadeur à Paris, ndlr] a trouvé cette formule: «Ivoiriens de souche, Ivoiriens de souche multiséculaire et Ivoiriens de circonstance» —et bla bla bla, pour diviser la famille ivoirienne. Le rêve de Félix Houphouët-Boigny [au pouvoir de 1960 à 1993, ndlr] était de créer les Etats-Unis d’Afrique dans son pays.

SlateAfrique – Que s’est-il passé, ensuite?

A.B. – Personne n’a prévenu Bédié que c’était une bombe à fragmentation ethnique, et il a cru à un concept culturel. Bédié a fait la paix avec Ouattara [ex premier ministre de Houphouët-Boigny. Selon les Nations unies et la communauté internationale, il a remporté la présidentielle de décembre 2010 avec 54% des suffrages, ndlr] quand il a compris. Ouattara a été brûlé par l’ivoirité. Bédié a été brûlé par l’ivoirité. Quand Bédié est tombé, les «Ivoiritaires» sont allés du côté du putschiste militaire Robert Gueï [auteur du coup d’Etat de 1999, ndlr], alors qu’ils étaient dans le PDCI, le parti de Bédié. Quand Gueï est tombé, ils se sont positionnés derrière Gbagbo. J’ai dit au président Gbagbo, attention: il y a des Ivoiritaires tapis dans l’ombre de la présidence, ils sont en train de miner votre pouvoir, de vous mettre sur la tête la couronne de l’ivoirité. Le tandem Gbagbo-Soro [ex chef de la rébellion et ex premier ministre de Gbagbo, Guillaume Soro est désormais le Premier ministre de Ouattara, ndlr] était la chance de la Côte d’Ivoire. Mais finalement, les Ivoiritaires et les va-t-en guerre ont eu raison.

SlateAfrique – Peut-on dire que Ouattara est aussi un va-t-en guerre, puisqu’il réclame une action militaire extérieure pour déloger Laurent Gbagbo du pouvoir?

A.B. – Non! Gbagbo et Ouattara sont deux victimes face à face. Ouattara est une victime de l’ivoirité. Gbagbo, lui, a hérité de la guerre de l’ivoirité. Voilà pourquoi son tandem avec Guillaume Soro pouvait mettre fin à l’ivoirité. L’alliance entre les rebelles des Forces nouvelles (FN) et les Forces de sécurité [FDS, loyales à Gbagbo, ndlr] aurait pu mettre fin à la crise. Mais l’économie de guerre en arrange certains, dans les deux camps. Nous assistons à la victoire de ceux-là, de ceux qui prennent des commissions sur les achats d’armes. Il y a des gens que la paix n’arrange pas.

SlateAfrique – La situation est-elle encore rattrapable?

A.B. – J’ose l’espérer. Que les armes se taisent! Qu’on arrête de tuer les civils! Que les FDS et les FN ou le commando invisible arrêtent de se tuer, de s’entretuer. J’invite tous ceux qui vont sur Abidjan.net et les forums de grands débats à arrêter les insultes et les phrases incendiaires: «Je veux du sang, du sang, du sang», «Je veux égorger les Dioulas», «Je veux égorger les Bétés». Je demande aux Ivoiriens d’arrêter d’être bêtes. Ne soyons pas bêtes! En vérité, celui qui tue Gbagbo aura tué Ouattara. Celui qui tue Ouattara aura tué Gbagbo. OK? Je suis fatigué de toujours vous mettre en garde. Je ne veux plus avoir raison. Il faut prendre ses responsabilités! Arrêtons de dire c’est la faute à la France, c’est la faute au Burkina Faso, c’est la faute à la communauté internationale. Si nous et nos politiques avions été à la hauteur, ni la France, ni le Burkina Faso, ni la communauté internationale ne se seraient invités dans notre débat. Prenons nos responsabilités! On se demande de quoi l’Union européenne se mêle… Voilà des gars qui ont mis 300 milliards de francs CFA [457 millions d’euros] dans nos élections [et le processus de désarmement et recensement qui a précédé le scrutin, ndlr], les plus chères au monde. Ils se mêlent de là où leur pognon est passé! Cette fois-ci, les ennemis de l’Afrique, ce sont les Africains. Les ennemis de la Côte d’Ivoire aujourd’hui, ce sont les Ivoiriens. Chaque mort ivoirien interpelle tous les Ivoiriens. Je voudrais que cette bêtise qu’est la tuerie s’arrête. J’ai pitié du ou des vainqueurs, ils seront inconsolables devant l’étendue de leur victoire. Tout a une limite. Même les plus grosses bêtises comme celle que nous vivons.

Ecoutez la version audio (2’24)

SlateAfrique – Un scénario rwandais est-il possible en Côte d’Ivoire?

A.B. – On est bien partis pour ça… Sur le forum Abidjan.net, on la voit bien, toute cette haine. L’Ivoirien a cette insouciance bête de vouloir mimer toutes les bêtises d’ailleurs. «Ouattara, c’est Hitler», «Gbagbo, c’est Hitler»… Arrêtez de faire appel au malheur! Dieu vous écoute, il va exaucer vos vœux! Depuis très longtemps on entend dire: «Un jour ça va chauffer dans ce pays, ça va chier ici, on va se faire ceci, on va se faire cela.» Dieu a entendu le message. Voici déjà la guerre. Et pour dire à quel point ils sont naïfs, mes frères: certains sont encore là, à attendre «le coup de sifflet pour le départ». Ah bon? Parce que c’est un match? Idiots! La guerre civile a déjà commencé. Il faut que cela s’arrête!

Ecoutez la version audio (1’01)

SlateAfrique – Comment pourrait-on sortir de la crise?

A.B. – Je fais une proposition, et si elle blesse quelqu’un, ce n’est pas la peine d’aller sur Internet pour m’insulter. Si ma proposition ne vous plaît pas, allez sur Internet faire d’autres propositions. Les insultes ne sont pas des propositions. Il faut mettre un terme à cette bestialité qui déchire notre pays. Je demande au camp Ouattara de relancer les discussions avec le camp Gbagbo. Il faut qu’il propose de débloquer les fonds de Gbagbo et de ses proches, de dégeler leurs avoirs et de voir comment lever les sanctions. Il faut repartir vers Gbagbo et faire des propositions de départ du pouvoir. Quel Ivoirien va accepter, après avoir été président, de se retirer avec ses comptes bloqués, ses avoirs gelés, avec en prime un passage devant la Cour pénale internationale (CPI)? C’est peut-être trop tard pour les négociations, mais mieux vaut des négociations que la guerre! Aidez-nous à stopper cette guerre!

Propos recueillis par Anne Khady Sé