Kahofi SUY

L’ONUCI lance la Caravane de la Réconciliation à Abobo

 

L’ONUCI et les populations ivoiriennes parlent de paix à travers la musique

L’Opération des Nations-Unies en Côte D’Ivoire (ONUCI) a lancé samedi 30 juillet 2011, au Rond Point de la Commune d’Abobo, le Festival des Musiques pour la Paix et la Réconciliation., en présence de plus de 5000 personnes. Cette activité qui s’inscrit dans le cadre de la sensibilisation des populations à la Cohésion Sociale et à la Réconciliation Nationale, était présidée par la Ministre de l’Education Nationale, Kandia Camara et le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire, YJ Choi. De nombreuses personnalités issues de la Société Civile et les autorités traditionnelles et administratives d’Abobo y ont également pris part.

Dans son allocution de bienvenue, Madame la Ministre Kandia Camara, Adjoint au Maire, représentant le Ministre Adama Tounkara, Premier Magistrat de cette commune, a exprimé la profonde gratitude des autorités et des populations d’Abobo d’abord à l’ONUCI et à son chef pour le soutien inestimable manifesté en leur endroit durant les heures chaudes de la crise postélectorale ainsi que pour le rôle crucial joué par la mission onusienne en vue de son dénouement heureux. « Nous avons cherché dans le dictionnaire le mot qui pouvait le mieux  traduire notre reconnaissance et nous avons trouvé ce mot simple mais si profond : Merci. Merci du fond du cœur, M Choi ! Croyez-moi, les populations d’Abobo ne vous oublieront jamais » a-elle indiqué avec émotion.

Prenant la parole, à son tour, le Représentant spécial s’est dit heureux de se trouver à Abobo pour célébrer le retour de la paix et non pour répondre aux appels de populations en détresse comme ce fut le cas au cours de la crise post-électorale. « L’évènement qui nous réunit aujourd’hui est un témoignage de solidarité et cette  manifestation est placée sous le signe de la communion et de la paix reconquise », a-t-il indiqué avant d’inviter « à la tolérance et au dépassement de soi, condition d’une réconciliation nationale véritable. La commune d’Abobo étant une Côte d’Ivoire en miniature, vous conviendrez avec moi que ce pays  sera ce que vous en ferez » a-t-il conclu devant une foule en délire. Les populations d’Abobo qui ont pris d’assaut le lieu du spectacle ont vibré et dansé gaiement aux sons de musiques exécutés par des artistes de renom représentant pratiquement toutes les régions du pays, notamment Mawa Traoré, Yolande Tapé, Amani Djoni et Ahiwo Orchestra. De même, les prestations des  enfants des Villages SOS appelant à la tolérance, au pardon et à la réconciliation ainsi que celles de l’orchestre féminin Bella Mundo ont comblé les attentes des nombreux spectateurs en liesse. La caravane sillonnera d’autres villes ivoiriennes, dont Man, Abengourou, Issia et Duekoué.

Suy Kahofi


Young Ji Choi s’en va, l’odeur des cadavres persiste !

 

Voici les maîtres de l’ouest Ivoirien : justiciers et bourreaux

Un nouveau représentant spécial de l’ONU doit prendre fonction à la tête de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire dont le mandat a été prolongé de 12 mois. Le néerlandais Albert Gérard Koenders remplacera le coréen Young Ji Choi fin août prochain dans un contexte de vive tension dans l’ouest où des cas graves de violation de droit de l’homme continuent d’être signalés par les rapporteurs de l’ONUCI et Amnesty International. Le récent rapport de l’ONG pointe du doigt cette complicité coupable des FRCI qui équipent et coachent les chasseurs traditionnels dozo dans leurs actions de violence envers les populations du grand ouest. Sur des bases purement ethniques ou prétendues politiques, les recrues dozo, supplétifs des FRCI lors des combats de l’ouest continuent de régner en maître absolu. Perquisitions nocturnes, viols, tortures et exactions sont à mettre à l’actif de ces hommes. Leurs actions sapent toute initiative de reprise de retour de près de 630.000 déplacés et réfugiés.

Les propos rassurants du Président Alassane Ouattara du haut de la tribune des Nations Unies sur la réalité des droits de l’homme ne cadrent en rien avec la réalité sur le terrain. En effet un dialogue de sourd s’est engagé entre les organisations de la société civile et le pouvoir. Celles-ci demandent la fin de l’application d’une justice à deux vitesses qui imposent que les pro-gbagbo soient traqués et les bourreaux du camp Ouattara soient en liberté. Les appels de la société civile n’ont produit aucun effet et le résultat est aujourd’hui clair ! La situation des droits de l’homme loin de s’améliorée continue de se dégrader. Salvador Saguès Chercheur à Amnesty International met en garde les nouvelles autorités Ivoiriennes contre les risques d’une escalade de la violence si rien n’est fait pour désarmer les dozos. Que deviendra la Côte d’Ivoire si tous les efforts de normalisation sont couvés par des violations à répétition des droits de l’homme ? Alassane Ouattara et Soro Guillaume ont-il une autorité quelconque sur les éléments de plus en plus indisciplinés des FRCI ? Que faire des dozos qui ont aujourd’hui pion sur rue pour traiter des problèmes du foncier et arbitrer des litiges qui sont du ressort d’autorités telles que les Préfets ?

L’ouest de la Côte d’Ivoire mérite une attention particulière et on se demande comment l’armée Ivoirienne peut réussir là où l’ONUCI elle-même a déserté ? Pour mémoire, les éléments du bataillon marocain (MORBATT) de l’ONUCI ont abandonné les populations civiles à leur triste sort lors des combats de fin mars 2011. Les soldats marocains n’ont même pas pu établir un cordon de sécurité autour de la Mission Catholique de Duékoué où des civils désarmés sont venu s’entasser ! L’ONUCI dans une opération de médecin après la mort s’engage à installer huit camps militaires dans l’ouest pour assurer la sécurité des populations et appuyer les autorités Ivoiriennes dans l’organisation des élections. De quelles élections parlons-nous ? Sans un minimum de sécurité et de liberté de mouvement quel parti d’opposition ira faire campagne dans une zone que les Ivoiriens appellent aujourd’hui le Dozoland ? Toutes les forces engagées sous la bannière des Nations Unies doivent contribuer à la sécurisation de l’ouest. A ce niveau de mon propos je pointe du doigt les troupes françaises de la Licorne qui a un moment ont cru que leur mission consistait uniquement à déloger Laurent Gbagbo. Leur présence tant souhaité par le Président Ouattara se justifie par leur effort à contribuer à la sécurisation des zones plongées dans le KO. Comme on le dit en Côte d’Ivoire « ils doivent achever ce qu’ils ont commencé » enfin que cette odeur de mort qui plane encore sur l’ouest puisse être dissipée.

Suy Kahofi


Bocanda Fm : une radio locale au cœur du développement

Dakoury Guillaume aka Tipi au pupitre de Bocanda Fm

En Côte d’Ivoire les sons grésillants sur la bande Fm ne se limite pas seulement aux grandes agglomérations. Dans les régions reculées du pays, des passionnés des médias font vivre des stations de radio. Allons-y découvrir une de ces stations en prenant la direction Bocanda à 305 km d’Abidjan.

Bocanda FM est le petit poucet des radios de proximité de la Région du N’zi Comoé. La dernière née n’est pourtant pas complexée face à l’expérimentée Radio La Voix du N’zi (Dimbokro) et la puissante Radio Moronou (Bongouanou). Pourtant malgré ses modestes moyens, elle entend jouer pleinement son rôle qui est celui de soutenir le développement économique local. « Bonjour à tous et bienvenu sur les antennes de Bocanda FM Tipi DAKOURY au microphone pour votre rendez-vous du 13 – 15, merci d’avoir choisi la fréquence du bonheur« . Celui qui par ces mots salue la population de Bocanda n’est tout autre que le Directeur des Programmes de Bocanda FM Guillaume Dakoury. Il est connu des auditeurs sous le pseudonyme de Tipi. Le jeune Directeur des Programmes de la radio locale et son équipe se sont fixés un objectif principal en prenant les rennes de la station : faire de celle-ci un puissant outil de développement. La preuve de cet engagement est bien visible par la qualité de leurs productions et surtout un programme dont les priorités sont la santé, l’éducation, la vie communautaire et associative, la jeunesse, la sensibilisation à la culture de la paix et le développement des villages. En plus du français, les informations sont diffusées en Baoulé et en Malinké (les langues locales dominantes) pour toucher un plus grand nombre de personnes. « Bocanda étant un chef lieu de département qui compte un nombre important de villages, il était important pour nous de concevoir un programme qui tient compte des aspirations des populations rurales » confie Dakoury.

La radio locale a vite été acceptée par les populations car depuis ses premiers programmes tests jusqu’à ce jour l’audimat n’a jamais cessé de grimper. Les habitants de Bocanda ont enfin une radio faite pour eux et par eux et cela est bien visible au quotidien car la population participe activement aux émissions. L’aventure radiophonique locale a aussi donné l’opportunité à des jeunes de pouvoir se former aux métiers de la radio et de vivre de leur talent. Les animateurs ont été sélectionnés à la suite d’un recrutement local : technique d’animation et de production, réalisation et mise en onde ont été les priorités de leur formation. Ceux-ci sont devenus des stars locales connues de tous et surtout appréciés des auditeurs. Essis Kouamé Maire de la commune de Bocanda peut être fier de ses animateurs puisqu’il a fait de la création de la radio locale une priorité dans son programme de gestion de la ville. Il sait qu’une radio est un investissement qu’il faut entretenir et moderniser. Aussi avec son Conseil Municipal il veut mettre à la disposition de la radio les moyens de son bon fonctionnement et permettre aux jeunes qui ont choisi la voie de l’animation d’émerger. Sans bruler les étapes, ni tenir compte de la rudesse du terrain due à la présence de deux autres Radios bien implantées dans la région du N’zi Comoé, la jeune équipe de Bocanda FM entend briller par son travail et ainsi susciter la confiance des opérateurs économiques, des partenaires et surtout des auditeurs.

Suy Kahofi


Vague de déguerpissement à Abidjan

 

Où dormiront cette mère et son bébé cette nuit ?

Le plan ORSEC qui a pour mission d’assainir les zones à risque de la capitale Ivoirienne est entré dans une autre phase que certains sur place qualifient de plus répressive. Le quartier présidentiel de Cocody a décidé de faire peau neuve et les victimes sont les habitants des bidonvilles de Wassa, Blingué I et II. Ces bidonvilles situés à 1500 m du domicile du Président Alassane Ouattara sont adossés depuis des années à l’Université de Cocody. Certains riverains affirment même que le bidonville de Wassa existe depuis 1930 ! La rumeur selon laquelle les nouvelles autorités Ivoiriennes voulaient ‘’en finir’’ avec ces bidonvilles circulait depuis des semaines. Il faut dire que ces baraques avec leurs vieilles tôles rouillées affichaient une misère insolente qui venait narguer les villas huppées du quartier chic de Cocody.

Tout commence trois semaines auparavant lorsque la notabilité des bidonvilles cités plus haut est obligée d’écourter une réunion à cause d’une rumeur persistante. « J’ai appris que les bulldozers stationnés aux abords du quartier sont là pour le raser ! » avait affirmé une jeune fille. Les habitants inquiets sont allés s’informer auprès du chef des travaux de l’université de Cocody qui a eu pour toute réponse cette phrase : « nous sommes là pour nettoyer les alentours de l’Université à cause des travaux d’extension ». Malgré cette réponse plutôt rassurante, l’information continue de circuler et c’est un élément des FRCI qui la confirme. Le Commandant Fargass en charge du secteur de Cocody étant en mission à Bouaké, c’est son second Bamba dit roujo qui est venu porter l’information selon laquelle le cadastre avait l’intention de raser effectivement les maisons ! Pour tenter une médiation, la notabilité s’est rendue à la Mairie, à la Préfecture et même envoyé une délégation de 10 personnes chez le Président de la République. Les tractations n’ont pas porté de fruit comme le souligne ce notable qui a requit l’anonymat. « On nous a fait croire que seule une partie de Wassa proche du grand portail de l’université serait rasée. On nous a même dit que Blingué II serait épargné mais à notre grande surprise les bulldozers ont marché sur les trois bidonvilles ».

 

Chacun se cherche !

Résultat de ce dialogue de sourd entre autorités et habitants le début depuis trois jours d’une vaste opération de déguerpissement. Le désarroi des habitants est grand à l’image de cette mère de famille assise entre ses ustensiles de cuisine. « Vers 2 heures du matin (25 juillet), on est venu nous dire que le Ministre a ordonné aux bulldozers de commencé à casser les maisons. Les gens qui étaient sur place lui auraient dit que les gens dorment et que le pire pouvait se produire. Après des échangent ils ont décidé d’opérer au petit matin. Comme vous pouvez le constater ils sont passé à l’action ». De quel Ministre s’agit-il ? Les populations hésitent entre celui de l’urbanisation et de l’éducation !

La polémique sur le dédommagement

Malgré le sit-in de ces dernières 48 heures sur l’axe carrefour Mitterrand – Collège moderne de Cocody les bidonvilles ont été détruits sous l’œil menaçant des éléments FRCI armes en mains. Contrairement à certains journaux de la place qui ont souligné qu’une opération de dédommagement a précédé ce déguerpissement, les habitants de Wassa, Blingué I et II sont formels : personne n’a reçu un seul centime ! « Comment des gens qui ont été dédommagés n’arrivent pas à payer un taxi pour transporter leurs bagages ? Depuis 2004 seuls les habitants du 3ème pont ont reçu de l’argent ! Personne ne nous a donné 5 f. On nous a demandé depuis trois jours de faire un recensement des populations pour procéder à un dédommagement et c’est profitant de cette fausse promesse qu’ils sont venus tout casser » déclare un notable des bidonvilles. Sur la question des indemnités de déguerpissement l’histoire nous enseigne que les habitants des bidonvilles font souvent preuve de mauvaise fois. L’épisode du bidonville Washington le montre très bien. Le Président Henri Konan Bédié avait fait raser le quartier puis relogé les habitants sur un site neuf, construit au frais de l’Etat avec des maisons modernes. Biabou le nouveau quartier n’a jamais été habité par les déguerpis de Washington. Les habitants ont vendu les maisons et sont revenus rebâtir le même bidonville sur le même site !

Pas si pauvre ces habitants !

Dans l’imaginaire populaire il n’y que les pauvres qui squattent les bidonvilles. Que nenni ! A Wassa, Blingué I et II ne vient pas y vivre qui veut. « Les loyers sont élevés ici. Moi j’ai une deux pièces à 13.000 f à Abobo mais ici vous avez les studios à partir de 18.000 f jusqu’à 35.000 f » souligne Coulibaly un chauffeur de taxi. Parmi les objets amassés sur le sol on remarque certains qui laissent deviner le niveau social des occupants. Parabole neuve, écran plasma dernière génération, climatiseur, chaîne hi-fi…appartiennent selon des jeunes du quartier à des tontons enseignants, professeurs, cadres d’entreprise qui profitent du loyer bas pour être à proximité de leurs lieux de travail.

Officiellement le déguerpissement de Wassa, Blingué I et II répond à des questions de sécurité mais cette phrase lancée par un homme en arme sur le site m’a fait sursauter. « Le Président veut avoir une large vue sur Abidjan quand il va au travail et surtout sur le chemin qui l’y mène » a-t-il lancé avec un large sourire. En Afrique on dit toujours qu’il n’y jamais de fumée sans feu et le citoyen est en droit de se poser une question : et si cette opération de déguerpissement n’était en fait qu’un prétexte pour la mise sur pied d’un plan de sécurisation du Chef de l’Etat ?

Suy Kahofi


La société civile Ivoirienne en action pour le respect des droits de l’homme

 

Tous ces crimes seront-ils jugés ?

Les Organisations de la société civile et leurs acteurs respectifs sont en action en Côte d’Ivoire à l’heure de la reconstruction du pays avec deux challenges, celui du respect des droits de l’homme et de la justice pour tous. Elles espèrent que  le gouvernement d’Alassane Ouattara donnera un sens vrai à sa logique d’instauration d’un Etat de droit. Les nouvelles autorités Ivoiriennes sont donc confrontées au risque d’application d’une justice à deux vitesses. Les organisations de la société civiles tirent sur la sonnette d’alarme pour éviter de nouvelles frustrations qui pourraient être le lit de la division. Ecoutez le reportage.

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