Kahofi SUY

L’incomprise Akôbo poussière !

La Côte d’Ivoire a toujours eu cette chance d’être une terre de créativité artistique, un pays où les mouvements musicaux naissent chaque jour avec des fortunes diverses. Certains de ces rythmes musicaux naissent, créent le buzz et disparaissent, d’autres résistent à l’érosion du temps. 

Ce fut le cas du zouglou il y a quelques années, et malgré les commentaires il continue de faire danser de nombreux Ivoiriens. D’autres rythmes musicaux créent le buzz, mais sont vite associés à la perversion. Ce fut le cas du mapouka dérivé du makpaka du sud de la Côte d’Ivoire. Cette danse qui n’est réservée qu’aux femmes et aux hommes ayant l’art de faire bouger leur bassin est devenue le temps d’un succès du groupe Nigui Saff K-Dance une danse au cœur de toutes les dérives.

Déviée sur le champ de la perversion, elle a débouché sur le mapouka dédja : dans des boîtes et clubs privés des jeunes filles l’exécutaient en tenue d’Eve ! Les tubes les plus célèbres ont même été utilisés pour accompagner des vidéos X d’artistes porno du dimanche. Ces sexes-tapes tournés dans des douches ou des salons avec une simple caméra ont commencé à se vendre dans les rues d’Abidjan. Il a fallu une campagne des figures de proue du mapouka pour que l’on puisse de nouveau voir cette danse comme un héritage traditionnel. Nombreux sont ceux qui firent alors le pèlerinage vers la cité de Nigui Saff pour redécouvrir l’essence de la danse.

Après le mapouka, c’est autour d’une nouvelle danse d’être sur la sellette. Il s’agit de l’Akôbo poussière, un rythme musical et une danse qui selon ses créateurs est issue du comportement de la poule. Dj Jojo et Dj Cokelet pour ce qui est de la danse d’origine ne font qu’imiter une poule qui se débarbouille dans le sable (poussière). D’ailleurs en tout début de leur tube ils le disent. « La poule pond ses œufs dans la poussière, ses petits viennent au monde dans la poussière, la poule se lave dans la poussière, lorsqu’elle se secoue les plumes… c’est encore plein de poussière ! » Pour les adeptes de la musique traditionnelle du centre de la Côte d’Ivoire, les pas du Akôbo poussière ne sont pas aussi éloignés de l’adjoss ou du blomé. La danse est tout simplement plus rythmée ! Mais comme en Côte d’Ivoire certains crochus aiment tout ramener aux affaires de nudité et de perversion, la danse est passée des jeux de jambes et de reins… aux fesses.

Les choses se gâtent encore plus lorsque certaines aventurières déguisées en artistes se saisissent du rythme musical. On se couche, on écarte les jambes, on remonte les bouts de pagne et les jupes déjà transparentes pour au final miner l’acte sexuel. Entre la danse d’origine et celle exécutée par certains artistes, la différence est de taille. Comme hier le mapouka, l’Akôbo poussière est déjà victime de son succès avec des pseudo activistes grognons sur les réseaux sociaux qui s’aventurent à demander une pétition contre la danse. C’est un raccourci un peu trop facile, car la logique aurait voulu que ceux qui demandent la censure de l’Akôbo poussière aident plutôt à faire éclater la vérité sur l’origine de la danse.

Qu’on le veuille ou non, ces rythmes musicaux font partie du patrimoine culturel de la Côte d’Ivoire et le seul mérite serait d’en préserver l’essence première. Ceux qui hier ont craché sur le mapouka ont vite fait d’oublier leur venin lorsqu’à Sun City le groupe Nigui Saff K-Dance, arborant le drapeau de la nation ivoirienne, est allé chercher le trophée Kora du meilleur groupe traditionnel africain… Avant de nous aventurer dans les invectives inutiles, tâchons de comprendre l’histoire musicale de notre pays.

SUY Kahofi


Revue de la semaine ivoirienne du 29 au 04 juillet 2015

Aïchatou Mindaoudou et l'ONUCI restent en Côte d'Ivoire pour un nouveau mandat
Aïchatou Mindaoudou et l’ONUCI restent en Côte d’Ivoire pour un nouveau mandat

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a décidé de proroger et de renforcer le mandat de l’ONUCI à travers la résolution 22-26 adoptée le 25 juin dernier souligne Le Patriote. Cette résolution proroge donc le mandat de l’ONUCI jusqu’au 30 juin 2016. Le mandat de la mission onusienne en Côte d’Ivoire ne change pas foncièrement. C’est un mandat qui repose toujours sur la protection des civils rappelle La Matinale. L’ONUCI continuera d’accompagner les autorités ivoiriennes dans la finalisation du processus de DDR et celle de la réforme du secteur de sécurité. A cela s’ajoute le renforcement des actions en matière de protection des droits de l’homme et l’accompagnement du processus électoral conformément aux requêtes du Gouvernement ivoirien conclu Fraternité Matin. Le mandat de l’ONUCI est prorogé et avec celui de la représentante du secrétaire général des Nations Unies en Côte d’Ivoire. Aïchata Maindaoudou contrairement aux rumeurs ne quittera donc pas à Abidjan indique L’Inter qui souligne que c’est durant une audience au palais Présidentiel que la numéro 1 de l’ONUCI l’a annoncé au Président Alassane Ouattara. Ce dernier a aussi souligné sa volonté d’instaurer un dialogue direct avec l’opposition. Faut-il y croire ? Le Nouveau Courrier doute de la sincérité d’Alassane Ouattara qui après avoir passé 4 ans à ignorer l’opposition veut soudainement ouvrir le dialogue. Ouvrons le chapitre de la sécurité avec l’opération anti-terroriste au sud-Mali et les premiers combats pour l’armée ivoirienne. Au ton belliqueux des djihadistes dans le sud du Mali, l’armée a décidé cette semaine de répondre par la force souligne Le Jour Plus. Les soldats maliens appuyés par leurs homologues ivoiriens et ceux de l’ONU ont lancé une opération de ratissage autour de la localité de Fakola où une attaque a été perpétrée le 28 juin sans faire de victimes. Les djihadistes ont pris le contrôle de la ville situé à 20 kilomètres de la frontière ivoirienne, brulant et saccageant plusieurs bâtiments avant de battre en retraite tient à rappeler Soir Info qui sur la question barre sa une avec ce titre : « l’armée ivoirienne lance l’assaut jusqu’au Mali ». L’opération de ratissage qui intervient après les menaces proférées contre la Côte d’Ivoire et la Mauritanie a fait trois (3) morts dans le rang des djihadistes note L’Inter. Comme s’il était au parfum des 4 grands secrets de l’armée ivoirienne, Nord-Sud Quotidien annonce déjà que l’opération lancée par les FRCI a pour nom « Bordure de protection ». Côté bilan Le Quotidien d’Abidjan ne partage pas le chiffre de 3 morts, le confrère avance 7 tués, 4 assaillants pour ne pas dire djihadistes aux arrêts, sans oublier un important arsenal de guerre saisi. Le Mandat confirme aussi le bilan 7 tués non sans prendre le soin d’indiquer que les djihadistes se rapprochent sérieusement de la frontière ivoirienne. En fuite ils auraient pénétré dans la forêt de Sama s’inquiète le confrère. Il n’y pas le feu au lac rassure la confrérie des chasseurs traditionnels Dozo dont le chef s’exprime dans les colonnes du quotidien. En effet, il indique que Moussa Sanogo (alias Abou Khalid), le cerveau présumé de l’attentat de Misséni a été arrêtés par sa confrérie puis remis aux forces de l’ordre ivoiriennes. Les dozos disent donc avoir le secret pour vaincre Ansar Dine et compagnie.


La Côte d’Ivoire, une mine de djihadistes à ciel ouvert !

Les fanatiques enturbannés lorgnent sérieusement sur la Côte d’Ivoire
Les fanatiques enturbannés lorgnent sérieusement sur la Côte d’Ivoire

Les attaques terroristes au Mali n’ont plus cet écho de lointaines opérations suicides menées par des fanatiques enturbannés. Les bruits de bottes et de mitraillettes, ceux des djihadistes opérant dans le sud du Mali – à seulement 20 km de la frontière ivoirienne – ont fini par semer la peur dans le cœur des Ivoiriens. Cette peur est encore plus grande dans la mesure où l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire a adopté il y à peine 2 semaines une loi antiterroriste. Il n’y a jamais de fumée sans feu et si le pays s’est doté d’une loi, c’est bien parce que la menace terroriste n’a jamais été aussi proche. A cela s’ajoutent depuis plus d’un mois des titres de la presse ivoirienne qui sont pour certains de nature à effrayer. Le plus lu et relu est : « Les djihadistes aux portes de la Côte d’Ivoire ». Malgré ce ton alarmiste des canards ivoiriens, le gouvernement a réagi bien tardivement contrairement au Burkina Faso. Si au pays des  » hommes intègres « , des agents des forces de l’ordre ont été déployés très vite dans le Sud après la première attaque, la Côte d’Ivoire aura pris le temps de faire traîner l’affaire avant de lever le petit doigt.

C’est seulement ce 29 juin que par voie d’agence, le porte-parole du gouvernement a annoncé l’envoi d’unités dans le Nord. Geste d’un gouvernement amusé par le terrorisme ou incapacité à répondre à une menace sérieuse ? Et qu’est-ce qui peut permettre à un Ivoirien déjà habitué aux petits et gros mensonges de son gouvernement à croire en cette sortie médiatique ? Effet d’annonce pour plaire et rassurer ou sérieuses dispositions pour protéger le pays ? Qu’est-ce qui prouve que l’armée ivoirienne est capable de faire face à une attaque terroriste ? Rien ! Car voici plus de quatre ans que cette armée « se cherche » minée par des querelles entre ex-com zone et une indiscipline jamais observée dans les rangs de l’armée. Chacun se prend facilement pour un roitelet à la kalachnikov facile pour avoir maladroitement vidé un chargeur dans sa marche vers Abidjan. Le comble, c’est que les autorités ivoiriennes reconnaissent elles-mêmes que ce pays est une potentielle mine à ciel ouvert pour un recrutement.

Après les nombreuses promesses que les occupants de l’Hôtel du Golf leur ont fait miroiter, 10 000 ex-combattants (potentiellement armés) sont toujours dans la nature ! Quelque 10 000 personnes sans emploi, sans revenu, sans assurance d’insertion socioprofessionnelle… voici le cadeau du gouvernement Ouattara et de ses nombreuses agences aux Ivoiriens. Du pain béni pour les gourous de l’islamisme radical en Afrique de l’Ouest déjà spécialisés dans l’endoctrinement. Le plus important n’était donc pas de se féliciter à tout va d’avoir pu réinsérer 55 000 ex-combattant. La question était plutôt de savoir comment ne pas faire des 10 000 autres restants des outils de déstabilisation de la Côte d’Ivoire ? A cette question le gouvernement trouvera sans doute une réponse en espérant qu’elle n’arrivera pas trop tard.

SUY Kahofi


Passage au numérique : la transition ivoirienne reportée !

Une meilleure qualité sonore et visuelle des télévisions ivoiriennes ? Ce n’est pas encore pour demain.

Nous sommes le 17 juin 2015 et rien n’a changé sur les écrans de télévision en Côte d’Ivoire. Malgré les promesses du Gouvernement et de la Commission en charge du projet, le pays n’a pas basculé vers la TNT. Les Ivoiriens devront encore patienter avant d’assister comme ils le souhaitent à la libéralisation de leur espace audio-visuel, à une meilleure qualité de son et d’images pour la télévision.

Un report sans incidence, vraiment ?

Ce quasi échec après les assurances du Gouvernement, Bruno Nabané Koné le présente désormais comme un report sans incidence. Le ministre ivoirien en Charge du porte-feuille de la poste et TIC estime tout de même que ce report « n’a pas de risque sur le chronogramme que la Côte d’Ivoire s’est fixée ». On parle désormais de quelques semaines de plus…

Quelques semaines qui ont un goût assez étrange puisse qu’elles s’étendent « de maintenant jusqu’en 2020″ ! Les ambitions de la Côte d’Ivoire pour le passage au numérique ont été revues et corrigées le temps d’un tour de cadran avec une mention politiquement correcte : « Le pays n’est pas concerné par la date buttoir du 17 juin 2015″.

Un passage au numérique coûteux pour le contribuable

Qu’à cela ne tienne, les propos rassurant du Ministre des TIC laisse l’Ivoirien lambda perplexe car la transition numérique est avant tout une question d’argent et surtout d’argent du contribuable. Le passage au numérique va coûter près de 58 milliards FCFA, dont 32 milliards pour les infrastructures et un peu plus de 25 milliards FCFA pour le coût social. Des sous qui sont bien disponibles et dont une partie a déjà servi à l’achat des équipements techniques… mais alors pourquoi ce report incertain vers 2017 ?

Le Gouvernement par la voix de son porte-parole annonce que le matériel mettra plus de temps à arriver à Abidjan en raison de son transport par bateau, une alternative plus lente mais moins couteûse pour un pays émergent comme la Côte d’Ivoire ! Les équipements seront livrés à Abidjan fin juin 2015 (espérons-le) et d’ici le tout numérique pour tous les ivoiriens, la nouvelle stratégie du Gouvernement prévoit un projet pilote à Abidjan et dans ses environs pour 1 000 foyers en guide de test grandeur nature.

SUY Kahofi


Abidjan sous les eaux : l’Etat travaillera pour vous…à titre posthume !

Il y a un an la pluie emportait vies et biens à Abidjan
Il y a un an la pluie emportait vies et biens à Abidjan

Il est vrai que le réchauffement climatique a considérablement modifié les saisons mais chaque ivoirien sait au moins quand débute et s’achève la grande saison des pluies en Côte d’Ivoire. Si nous prenons pour parole d’évangile les dires des experts de la météo, nous sommes en pleine saison des pluies, la grande pour être précis. La preuve, il pleut sur Abidjan sans relâche et chacun de nous voit ses activités perturbées. Si cette pluie est la bienvenue pour garantir aux braves paysans de belles récoltes, il est à noter que depuis quelques années, la flotte qui s’abat sur la capitale ivoirienne est synonyme de gros dégâts…tous les Ivoiriens le savent et le Gouvernement encore plus ! Mais jusque-là l’équipe du premier ministre Duncan ne semble pas réellement s’inquiéter du sort des abidjanais.

En effet jusqu’à ce jour, le plan ORSEC n’a pas encore été activé. Pire les travaux d’assainissement devant préparer l’arrivée des grosses pluies n’ont pas été réalisés. Les caniveaux et les buses sont toujours bouchés et la moindre pluie entraine automatiquement des inondations dans de nombreux quartiers. Les voies deviennent impraticables même dans le quartier présidentiel. De quoi se demander quel est le nouvel itinéraire que le Chef de l’Etat emprunte pour se rendre à son domicile en venant du Plateau ? Certainement le troisième pont bien au sec pendant que les ivoiriens ne dorment plus que d’un œil. Ces inondations localisées qui perturbent la circulation et empêchent les populations de vaquer à leurs occupations n’ont pas encore fait officiellement de victimes…Dieu merci crieront les croyants…mais pendant combien de temps ? A voir le silence du Gouvernement, on se demande bien si l’option du médecin après la mort ne sera pas encore d’actualité. Pour mémoire, il y a juste un an que les pluies diluviennes sont venues chambouler tous les pronostics. Les statistiques de quartiers huppés, bien construits et à l’abri des inondations ont volé en éclat lorsque l’eau de ruissellement s’est invitée au nez et à la barbe des nouveaux maîtres du pays. Riches et pauvres, Ministres et balayeurs ont subi au même degré le courroux de la flotte déchainé avec des morts, des blessés et d’importants dégâts matériels.

Comme quoi ceux qui brandissent les pancartes estampillé du slogan « l’Etat travaille pour vous » ont la mémoire courte. A moins que l’option retenue face à la montée des eaux ne soit celle de la prise en charge à titre posthume. Un exercice très apprécié par les Ministres de la République. De grosses enveloppes, avec la mention « de la part du Chef de l’Etat » pour enterrer des ivoiriens alors que ces mêmes montants auraient pu protéger leurs habitations de la furie des eaux.

SUY Kahofi