7 août 2015

L’incomprise Akôbo poussière !

La Côte d’Ivoire a toujours eu cette chance d’être une terre de créativité artistique, un pays où les mouvements musicaux naissent chaque jour avec des fortunes diverses. Certains de ces rythmes musicaux naissent, créent le buzz et disparaissent, d’autres résistent à l’érosion du temps. 

Ce fut le cas du zouglou il y a quelques années, et malgré les commentaires il continue de faire danser de nombreux Ivoiriens. D’autres rythmes musicaux créent le buzz, mais sont vite associés à la perversion. Ce fut le cas du mapouka dérivé du makpaka du sud de la Côte d’Ivoire. Cette danse qui n’est réservée qu’aux femmes et aux hommes ayant l’art de faire bouger leur bassin est devenue le temps d’un succès du groupe Nigui Saff K-Dance une danse au cœur de toutes les dérives.

Déviée sur le champ de la perversion, elle a débouché sur le mapouka dédja : dans des boîtes et clubs privés des jeunes filles l’exécutaient en tenue d’Eve ! Les tubes les plus célèbres ont même été utilisés pour accompagner des vidéos X d’artistes porno du dimanche. Ces sexes-tapes tournés dans des douches ou des salons avec une simple caméra ont commencé à se vendre dans les rues d’Abidjan. Il a fallu une campagne des figures de proue du mapouka pour que l’on puisse de nouveau voir cette danse comme un héritage traditionnel. Nombreux sont ceux qui firent alors le pèlerinage vers la cité de Nigui Saff pour redécouvrir l’essence de la danse.

Après le mapouka, c’est autour d’une nouvelle danse d’être sur la sellette. Il s’agit de l’Akôbo poussière, un rythme musical et une danse qui selon ses créateurs est issue du comportement de la poule. Dj Jojo et Dj Cokelet pour ce qui est de la danse d’origine ne font qu’imiter une poule qui se débarbouille dans le sable (poussière). D’ailleurs en tout début de leur tube ils le disent. « La poule pond ses œufs dans la poussière, ses petits viennent au monde dans la poussière, la poule se lave dans la poussière, lorsqu’elle se secoue les plumes… c’est encore plein de poussière ! » Pour les adeptes de la musique traditionnelle du centre de la Côte d’Ivoire, les pas du Akôbo poussière ne sont pas aussi éloignés de l’adjoss ou du blomé. La danse est tout simplement plus rythmée ! Mais comme en Côte d’Ivoire certains crochus aiment tout ramener aux affaires de nudité et de perversion, la danse est passée des jeux de jambes et de reins… aux fesses.

Les choses se gâtent encore plus lorsque certaines aventurières déguisées en artistes se saisissent du rythme musical. On se couche, on écarte les jambes, on remonte les bouts de pagne et les jupes déjà transparentes pour au final miner l’acte sexuel. Entre la danse d’origine et celle exécutée par certains artistes, la différence est de taille. Comme hier le mapouka, l’Akôbo poussière est déjà victime de son succès avec des pseudo activistes grognons sur les réseaux sociaux qui s’aventurent à demander une pétition contre la danse. C’est un raccourci un peu trop facile, car la logique aurait voulu que ceux qui demandent la censure de l’Akôbo poussière aident plutôt à faire éclater la vérité sur l’origine de la danse.

Qu’on le veuille ou non, ces rythmes musicaux font partie du patrimoine culturel de la Côte d’Ivoire et le seul mérite serait d’en préserver l’essence première. Ceux qui hier ont craché sur le mapouka ont vite fait d’oublier leur venin lorsqu’à Sun City le groupe Nigui Saff K-Dance, arborant le drapeau de la nation ivoirienne, est allé chercher le trophée Kora du meilleur groupe traditionnel africain… Avant de nous aventurer dans les invectives inutiles, tâchons de comprendre l’histoire musicale de notre pays.

SUY Kahofi

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Commentaires

Boukari Ouédraogo
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Je suis d'accord avec Suy qu'il faut plutôt contribuer à faire éclater la lumière sur l'origine de cette danse que je ne connaissais pas. Cependant, je comprends aussi ceux qui demandent que ces genres de clips soient censurées. Je pense qu'il faut éviter que tout soit ramené à l'acte sexuel. Car que vont penser les enfants en regardant ça? ça commence ainsi. D'abord, il s'agit juste de relever les jupes transparentes, après, on relève encore plus pour un jour faire du "akôbo poussière dedja". Il ne faudrait pas accepter que ces danses traditionnelles soient perverties.

Suy
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Tu as tout compris Boukari ! Personne n'a le droit de montrer son village de la main gauche.

Sansiaré Christiane
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Belle article !!
Merci pour l'éclaircissement

Suy
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Ce qui me fait rigoler c'est que les mêmes qui critiquent sont les premiers à danser ! lol

Emile Bela
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Bravo!
Joli billet.

onsea
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Un article rédigé par un vrai professionnel. Merci d'éclairer nos lanternes. Et je partage entièrement votre position.

Benjamin Yobouet
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C'est vraiment désolant, cette manie de tout détourner au mauvais sens... Pff. Et ça les ivoiriens sont champions là-dedans.

Pardon mettons un peu d'eau dans notre vin de notre pseudo créativité !