Côte d’Ivoire : quand manger devient un luxe

La grogne se poursuit sur les marché

La grogne se poursuit sur les marchés

Difficile de croire en la politique de lutte contre la cherté de la vie menée par le gouvernement ivoirien. En effet chaque jour qui passe est un nouveau jour de hausse sur les marchés. Une situation que les ménagères supportent de plus en plus mal.

Il est 11 heures à Abidjan et à cette heure tous les marchés de la capitale économique Ivoirienne grouillent de monde. Nous nous faufilons parmi les commerçants et les clients pour être au parfum des dernières hausses des denrées sur le marché. Première escale l’espace tubercule du marché Gouro d’Adjamé. Sur son étalage Konan Amenan propose plusieurs variétés d’igname. A titre d’exemple, le kponan est à 300 francw Cfa et l’assawali à 250 francs Cfa le kilo. La commerçante reconnaît que ces prix sont élevés néanmoins elle prend le soin de nous expliquer pourquoi les prix sont constamment à la hausse.

« Je dois vous dire très clairement que la hausse ne dépend pas de nous. Seuls les grossistes qui viennent nous livrer en camion ont le monopole du prix. Ils font venir les ignames de Bouna et de Bouaké. Ils proposent le kilo à 240 F ou 265 en fonction de la période et des espèces », nous indique Konan Amenan.

On comprend sur la base d’un petit calcul que le bénéfice des commerçantes oscille entre 10 et 35 F Cfa sur chaque kilogramme d’igname vendu ! L’étalage d’igname de Victorine jouxte la grande table de Fadilatou. Une commerçante d’épice dont l’activité principale est le négoce des oignons. Un condiment incontournable qui subit aussi une hausse incontrôlée côté prix.

« Plus que tout autre denrée, le prix de l’oignon subit une véritable fluctuation. Le sac peut coûter 14.000, 15.000 voire 15.500 f CFA. Ce même sac d’oignon il y a quelque temps de cela se vendait entre 8.000 et 10.000 f CFA au plus. Avec les nouveaux prix nous sommes obligés de faire des petits calculs pour faire un petit bénéfice » affirme la vendeuse.

Ce petit calcul dont parle Fadilatou oblige les commerçantes à proposer les oignons à 650 voire 700 F Cfa le kilo. Les autres légumes n’échappent pas à cette fluctuation. Les aubergines, gombos et autres tomates fraîches vendus hier par petits tas à 50 francs sont aujourd’hui vendus au minimum à 100 francs ou même 200 francs sur certains marchés d’Abidjan. Pour faire une bonne sauce et bien nourrir sa famille, les tubercules d’igname et les légumes ne suffisent pas. Il faut bien faire un tour chez le boucher ou la poissonnière. Dans un contexte économique de plus en plus difficile, rares sont les familles qui peuvent s’offrir le luxe d’un repas copieux avec des protéines animales. La raison est toute simple : le prix du kilogramme de viande est trop élevé et ceux qui veulent se rabattre sur le poisson se heurtent aux prix imposés par les grossistes du port. Faisons-nous une idée des prix pratiqués avec Mme Bamba une poissonnière de Wassakara.

« Le carton de poisson chinchard qui était à 19 000 et aujourd’hui monté à 24 000 F, le mâchoiron est passé de 8 000 à 10 000 F, le prix du maquereau est passé de 7 000 à 11 000 F Cfa ! Vous remarquez très bien que la hausse se situe entre 2 000 et 5 000 F selon les espèces de poisson » nous explique madame Bamba.

Il faut donc revendre le poison à 700, 800 ou 1000 F pour réaliser un petit bénéfice. Une véritable souffrance pour les commerçantes.

Cette souffrance des commerçantes est aussi partagée par les mères de famille qui écument chaque jour les marchés de la capitale économique ivoirienne à la recherche de quelques légumes pour nourrir mari et enfants. Le panier de la ménagère n’existe plus, il s’est transformé en sachet de la ménagère ironisent les femmes sur le marché qui ne savent plus à quel saint se vouer.

« Je suis venue avec 2 000 Fau marché depuis 7 heures et à force de comparer le prix des denrées il est 12 h 15 ! Je risque de me retourner sans rien acheter parce que tout est devenu cher. Les mêmes provisions que vous faites lundi à 2 000 F vous les ferez dans une semaine à 2 500 voire 3 000 F. Il est de plus en plus difficile de manger » s’inquiète Madame Yeo Salimanta.

En Côte d’Ivoire de nombreuses familles ne cherchent plus à manger à leur faim. Juste le minimum deux (2) ou une (1) fois par jour pour « rester en vie ». Quand les difficultés frappent, on oublie la qualité pour penser quantité.

« Quand vous regardez une sauce graine de 2013 et celles que nos mères cuisinaient en 1990 ou même avant, vous sentez la différence. Nos sauces sont juste de l’eau portée à ébullition avec quelques légumes. Les Ivoiriens mangent de plus en plus mal et nos autorités semblent ne pas se soucier de notre sort » s’indique Mme Koffi Ange.

La question de la cherté de la vie dans le contexte socio-économique assez difficile qui est celui de la Côte d’Ivoire mérite une attention particulière. Les autorités Ivoiriennes doivent mener la lutte d’une autre manière et accepter d’abandonner leurs bureaux feutrés de la cité administrative du Plateau pour descendre sur les marchés pour toucher du doigt la souffrance des populations.

Quand l’hygiène fait défaut sur les marchés d’Abidjan

Un marché d’Abidjan

Un marché d’Abidjan

Il est 13 h sur le marché de Belleville dans la commune de Treichville, le soleil est au zénith et la chaleur accablante. Les commerçants crient à tue-tête pour venter les qualités de leurs produits. On transpire par ici mais ce n’est pas la chaleur qu’on redoute le plus. L’ennemi de ce 13 h a pour nom « mauvaise odeur ». Et si sa présence est aussi tenace c’est parce que le marché est ceint d’immondices. Difficile de comprendre comment à proximité de ces tas d’ordure, des personnes arrivent à vendre et surtout à se nourrir !

Au-delà du marché de Belleville, nombreux sont les autres marchés d’Abidjan où le mot hygiène semble ne pas exister. Malgré le passage des agents chargés de l’assainissement, les tas d’ordure se voient un peu partout. « Avec les mouches et tout ça c’est difficile pour nous qui vendons le poisson ou la viande. Nous avons beaucoup de pertes à cause des mouches qui viennent laisser leurs asticots dans nos poissons » soutient Dame Kassi Marthe avant de conclure « vous voyez, on ne peut pas vendre le poisson infesté  d’asticots aux clients. Si nous le gardons il risque de détruire le reste de nos produits ». Les commerçants nous assurent qu’ils font tout pour maintenir le marché propre, car en matière de commerce la propreté attire la clientèle. « On ne peut pas vendre dans les ordures ; ça c’est clair ! Le soir le boucher racle sa table, les commerçantes balaient le matin et le soir à la fermeture. Le vrai problème c’est que la municipalité ne vide pas les poubelles » affirme Ousmane Barry, vendeur de garba.

Pour les agents communaux et les entreprises en charge de l’enlèvement des déchets, les commerçants ont de drôles de comportements, pour des gens qui se disent être soucieux de leur cadre de vie. « On nous accuse ? Regardez le marché, nous sommes passés ici ce matin mais regardez vous-même ! Ils jettent les ordures en précisant ‘’la mairie va ramasser’’ » souligne ce chef de service assainissement à Adjamé. Au-delà du non respect de leurs efforts, les techniciens de surface fustigent surtout certaines indélicatesses observées chez les commerçants. « Tenez vous bien monsieur, certains commerçants font leurs besoins dans des grosses boites de conserve ou urinent dans des sachets. Nos hommes les dénichent fréquemment dans les recoins du marché. Imaginez-vous l’odeur ! » souligne Pascal Y. technicien de surface. Pour lui cette situation s’explique par le fait que les commerçants ne veulent pas quitter leurs magasins de peur de perdre des clients. « Regardez ce mur, nous venons de livrer ce magasin il y à peine 1 mois, mais il est déjà tâché par le jus de cola (salive) » soutient S. Ali personnel du service technique de la Mairie d’Attécoubé. Les techniciens de surface insistent sur le fait que les commerçants doivent utiliser les WC publics pour leurs besoins et faciliter la gestion des ordures. « Il y a des poubelles, elles sont là pour recevoir les ordures, elles doivent être utilisées » affirme S. Ali avant de souligner « ce sont des hommes qui enlèvent les ordures et je pense qu’à ce titre il faut les respecter en leur facilitant la tâche ».

SUY Kahofi

Lutte contre la cherté de la vie : un accord sur la baisse du prix du riz

 

Un accord sur la baisse du prix du riz

La signature d’un protocole d’accord sur le prix de vente maximum des différentes qualités de riz vendues sur le marché Ivoirien a réuni importateurs, grossistes, détaillants, associations et fédérations de consommateurs ainsi que le ministre du Commerce autour de la même table. Ce protocole prévoit une réduction de 10% sur le prix des différentes quantités de riz. Contrairement au précédent accord qui ne concernait que le riz de grande consommation 25% brisures, appelé couramment ‘’Denikachia’’, la nouvelle disposition couvre toutes les qualités de riz à savoir semi luxe et luxe. A    partir 7 avril 2012, les nouvelles dispositions sur le prix du riz seront mis en application de sorte que dans les semaines avenirs les prix soient respectés par les commerçants sur les marchés. Le ministre Dagobert Banzio a tenu personnellement à remercier tous les acteurs qui ont participé à l’aboutissement de ce nouveau protocole. Pour le ministre, cette signature de protocole d’accord entre dans le cadre de la lutte contre la vie chère qui a fait objet de communication gouvernementale. Le premier responsable du Commerce en Côte d’Ivoire a ajouté que des mesures d’ordre structurel sont en cours et seront annoncées au fur et à mesure en vue d’une baisse du coût de la vie en Côte d’Ivoire. Il a en outre appelé les signataires de l’accord à se conformer à cet engagement. A ce sujet il a mis en garde les commerçants véreux qui seraient tenté de pratiquer les prix qu’ils souhaitent. Il a brandit le spectre de l’application stricte de la loi pour que ces prix soient respectés. Pour ne plus gruger les consommateurs, les commerçants auront l’obligation d’afficher les prix et de délivrer des factures normalisées si le client en fait la demande. Une campagne de sensibilisation et d’information des consommateurs sur les nouveaux prix est en vue. Dans le cadre du protocole d’accord, le kilogramme du riz 25 % de brisure aura un prix qui oscille entre 297 FCFA et 317 FCFA. Celui du sémi-luxe sera désormais vendu au kilogramme entre 362 FCFA et 543,11 FCFA. Quant au riz de luxe, le kilogramme se discutera entre 710 FCFA et 760 FCFA.

SUY Kahofi

Les autorités Ivoiriennes s’engagent contre la cherté de la vie

 

Les boutiquiers sont sommés de pratiquer des prix responsables

Le Premier ministre ivoirien, Jeannot Ahoussou Kouadio a mis en mission de contrôle et de veille sur les mesures mises en œuvre pour lutter contre la cherté de la vie. Ce 31 mars à Yamoussoukro la capitale politique de la Côte d’Ivoire, le corps préfectoral et les responsables des collectivités territoriales ont été interpellés. Les mesures gouvernementales décidées relativement à la cherté de la vie concernent la mise en place d’un Comité de veille permanent pour l’ensemble des produits de grande consommation qui devra rendre compte au gouvernement, diligenter une étude sur les protections dont bénéficient les industries installées en Côte d’Ivoire en vue de mesurer leur pertinence. La question de la cherté de la vie est aujourd’hui au cœur de tous les débats en Côte d’Ivoire. Il ne se passe pas un seul jour sans que les populations Ivoiriennes ne se plaignent de la hausse des prix sur le marché. Les boutiquiers et les vendeuses à l’étalage semblent afficher des prix qui passent du simple au double entre deux jours. Une situation qui occasionne des grognes au sein de la population. « Le marché était cher avant la crise et je dois dire qu’il est devenu plus cher. L’Ivoirien ne peut plus rien acheter : du riz aux légumes en passant par l’huile ou le savon, chacun affiche ces prix comme si nous étions dans la jungle » affirme Françoise Konan une mère de famille. Madame Kouassi se propose de nous faire l’état des denrées dont le prix est passé du simple au double. « Nous avons sur le marché des vivriers, la banane, le manioc, les légumes mêmes. Pour la viande le kilo à 2100 ou 2300 f CFA par endroit c’est trop. Le poisson et le poulet on n’en parle pas ! ».

Au-delà des produits cités par cette mère de famille, il y a également la hausse du prix du riz pour lequel le gouvernement Ivoirien vient d’obtenir une légère réduction. « Le riz de grande consommation que nous appelons déni kachia qui est le riz avec 25% de brisure a un prix qui varie autour de 300 f CFA » soutien Dagobert Banzio Ministre Ivoirien du Commerce. Une amélioration a été faite car en 2008 le prix de ce même riz de grande consommation oscillait entre 315 et 450 f CFA, en 2009 il est passé entre 325 et 345 f CFA. Dans le nord le riz de luxe et semi luxe est vendu à 280 et 310 f CFA. Si en théorie ces prix se stabilisent certains commerçants véreux continuent d’afficher des prix à la tête du client. Alors pour faire des économies et varier leur alimentation, les populations Ivoiriennes se rabattent sur les marchés de vivrier où la hausse se fait aussi sentir. Kouadio Ahou Bertine est commerçante de vivrier au marché Gouro d’Adjamé, elle nous explique que la hausse sur l’étalage est fonction du prix sur le marché de gros. « Avant la crise le lot de banane était vendu à 5000 ou 6000 f mais aujourd’hui nous l’achetons entre 12.000 et 15.000 voir 17.000. Pour le manioc on pouvait avoir un tas à 200 ou 300 mais aujourd’hui il faut 1000 ou 1500 pour un tas ». Avec 50.000 une vendeuse pouvait faire le plein de marchandise avant la crise mais aujourd’hui avec 100.000 f il faut serrer la ceinture pour avoir de quoi payer le transport. Sous l’impulsion du premier ministre Ahoussou Jeannot qui se fait désormais aider des préfets, sous-préfets et du corps administratif Ivoirien, les autorités sont en guerre contre la vie chère et les commerçants rebelles aux reformes et baisse des prix. Le gouvernement ne pourra pas à lui seul arriver à restaurer l’ordre sur les marchés d’où cet appel du Ministre du Commerce. « Les associations de consommateurs à la base doivent saisir le ministère pour signaler les commerçants qui affichent des prix trop élevés. Ils doivent aussi saisir les consommateurs pour les orienter vers les boutiques les moins chers. Il ne s’agit pas de boycotter les boutiquiers qui pratiquent les mauvais prix mais d’aider les Ivoiriens à dépenser moins pour se nourrir ». Le gouvernement de son côté n’entend pas mener exclusivement la politique du bâton mais il entend surtout sensibiliser chaque acteur pour que sa politique de lutte contre la vie chère puisse être épousé par chaque habitant du pays.

SUY Kahofi

Obama rétablit l’éligibilité de la Côte d’Ivoire à l’AGOA

 

Obama rétablit l’éligibilité de la Côte d’Ivoire à l’AGOA

Le Président Barack Obama a annoncé ce 25 octobre 2011 que l’éligibilité de la Côte d’Ivoire aux préférences commerciales et autres avantages liés à la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (African Growth and Opportunity Act ou AGOA) a été rétablit. La décision du Président Obama est une reconnaissance des progrès que la Côte d’Ivoire a accomplis dans le rétablissement de la démocratie, l’amélioration de l’environnement des affaires et la lutte contre la corruption. L’annonce fait suite à  l’engagement  de la Côte d’Ivoire à respecter les  critères d’éligibilité à l’AGOA ; notamment la mise en place d’une économie de marché, la promotion de l’état de droit, des politiques économiques permettant de réduire la pauvreté, le respect  du droit international du travail et les efforts visant à combattre la corruption. L’éligibilité de la Côte d’Ivoire à l’AGOA a été retirée en 2005 après cinq ans d’instabilité politique et de conflit armé.

Pour l’Ambassadeur des Etats-Unis en Côte d’Ivoire, Phillip Carter III, « la décision du Président Obama est la reconnaissance du pas important que la Côte d’Ivoire a fait dans le rétablissement de la démocratie et de l’état de droit. L’éligibilité à l’AGOA va stimuler des relations étroites entre les Etats-Unis et la Côte d’Ivoire et remettre la Côte d’Ivoire sur les rails en vue de lui permettre de retrouver sa place de locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest ». La Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (African Growth and Opportunity Act ou AGOA) a été signée par le Président Clinton en mai 2000 dans le but d’accroître le commerce et l’investissement entre les Etats-Unis et l’Afrique sub-saharienne, de stimuler la croissance économique, de promouvoir un dialogue de haut niveau sur les questions relatives au commerce et à l’investissement, d’encourager l’intégration économique et de faciliter l’intégration de l’Afrique sub-saharienne dans l’économie mondiale.  Les préférences commerciales considérables ainsi que celles relatives au Système Généralisé de Préférences et au Traitement Tarifaire de la Nation la Plus Favorisée constituent les principaux avantages de l’AGOA, lesquels permettent aux marchandises produites dans les pays éligibles à l’AGOA d’entrer sur le marché américain sans paiement de taxe. Le Président Obama a également rétablit l’éligibilité de la Guinée et du Niger à l’AGOA suite aux élections présidentielles de 2010 qui ont été qualifiées d’élections libres et transparentes.