Kahofi SUY

Elections Législatives du 11 décembre 2011 : communique de l’ambassade des Etats-Unis

 

Philip Carter III Ambassadeur des USA à Abidjan

L’Ambassade des Etats-Unis a déployé 11 équipes d’observateurs chargés de superviser le déroulement du vote dans le cadre des élections législatives en Côte d’Ivoire : Cinq équipes ont été déployées hors d’Abidjan, notamment à San Pedro, Daloa, Gagnoa, Bouaké et Man. Six équipes ont été déployées à Abidjan. Nous félicitons la Commission Electorale Indépendante (CEI) et le Gouvernement de Côte d’Ivoire d’avoir organisé des élections, qui selon les premiers rapports, ont été libres et équitables. Nous félicitons également les partis politiques d’avoir respecté les points de vue divergents et de s’être abstenus de tout acte de violence. Ces élections marquent la fin de la crise postélectorale à travers la mise en place d’une institution qui constitue un pilier important de la démocratie en Côte d’Ivoire. Nous demandons à tous les partis politiques, même aux membres des partis qui ont choisi de ne pas participer à ces élections, de respecter et de soutenir la nouvelle Assemblée Nationale.

Nous félicitons la Mission des Nations Unis en Côte d’Ivoire (ONUCI) pour son rôle en mettant à la disposition de la Côte d’Ivoire des moyens logistiques et sécuritaires lors de ces élections. Nous attendons avec impatience travailler avec le gouvernement et le peuple de Côte d’Ivoire en vue d’assurer un progrès continu et une paix durable à tous les ivoiriens.

 


Bert Koenders se prononce sur les législatives du 11 décembre

 

Bert Koenders le patron de l’ONUCI

Au soir du scrutin législatif, le Représentent spécial du Secrétaire général des Nations unies pour la Côte d’Ivoire, Bert Koenders, a estimé dimanche soir que dans l’ensemble, la journée s’était déroulée dans le calme dans les bureaux de vote visités dans le district d’Abidjan et à l’intérieur du pays. Faisant une évaluation d’ensemble de la journée devant la presse, M Koenders, tout en saluant la présence discrète mais efficace du dispositif sécuritaire mis en place par le Gouvernement, et la collaboration avec les éléments de l’ONUCI déployés à travers le pays, a souligné certains incidents sécuritaires. « A Bonon, dans la région de Bouaflé, des individus armés ont dérobé du matériel électoral, dont des urnes » a indiqué le Représentant spécial. « Je tiens à condamner ces actes de violence et d’intimidation avec la plus grande fermeté, Nous attendons à présent un rapport complet de la situation pour connaitre la nature des incidents et en évaluer l’impact sur les opérations de vote », a-t-il ajouté.

Dans la foulée, M Koenders a expliqué le reste du processus, précisant qu’après la fermeture des bureaux de vote, des équipes de la Commission électorale indépendantes (CEI),  du Bureau des services d’appui aux projets des Nations unies (UNOPS), du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et de l’ONUCI assureraient le retour des procès-verbaux des bureaux de vote jusqu’aux commissions électorales locales.  Selon le Représentant spécial, la consolidation des résultats se ferait au niveau des 300 commissions locales tandis que la publication des résultats préliminaires interviendrait au niveau des 105 commissions de sièges retenues par la CEI. Cette soirée de dépouillement et d’acheminent des résultats est très importante pour l’évaluation finale de ces élections. Dans ce cadre, il a invité la CEI à publier dans des délais raisonnables, et au fur et à mesure de leur mise à disposition, les résultats partiels par circonscription. Tout comme l’avaient fait les observateurs nationaux de la société civile, M. Koenders a vivement exhorté les formations politiques, les candidats dans leur ensemble, ainsi que les médias, à respecter la compétence exclusive de la CEI pour ce qui est de l’annonce des résultats. A ce titre, le représentant spécial a salué l’amélioration du comportement des médias publics et privés au cours de la campagne électorale, les invitant à conserver cette attitude exemplaire dans les jours à venir. Il a rappelé son rôle de certification, soulignant qu’elle interviendrait après l’examen des réclamations par le Conseil Constitutionnel. « Cette certification se fera sur la base des cinq critères agréés par l’ensemble des parties ivoiriennes et validés par le Conseil de sécurité des Nations Unies, à savoir la paix/sécurité, l’inclusion, les médias d’État, la liste électorale et les résultats », a précisé le Chef de l’ONUCI. « D’ici à la certification, a poursuivi le Représentant spécial, je reste donc à l’écoute des institutions compétentes et invite l’ensemble des acteurs nationaux mais aussi internationaux à la sérénité ».


Côte d’Ivoire : les législatives sous fond d’abstention et de faible taux de participation

 

Bureau de vote des législatives du 11 décembre à Abidjan

Jusqu’à 14 heures TU moins d’une cinquantaine d’Ivoiriens s’étaient déjà déplacés dans plusieurs bureaux de vote d’Abidjan. Ce dimanche 11 décembre qui marque le jour de vote de l’élection législative a été un dimanche comme les autres avec un nombre important d’habitants de la capitales économique qui sont restés dans leurs maisons évitant ainsi de prendre part au vote. Certains estiment qu’il s’agit d’une parodie électorale pour cautionner le hold-up du RHDP au parlement, d’autres pensent que ce vote ne permettra pas à la Côte d’Ivoire de se réconcilier vu que l’application d’une justice à deux vitesses est déjà visible avec le transfèrement de Laurent Gbagbo à la CPI. Une frange importante de ceux qui pratique une abstention volontaire estiment également que c’est par crainte de violence qu’ils ne se sont pas rendu dans l’isoloir.

Dans l’ensemble les opérations de vote se passent dans le calme et la tranquillité. Les forces de l’ordre veillent au grain par leur présence dissuasive dans les bureaux de vote. Les forces de l’ONUCI qui participent à la sécurisation du scrutin veillent à la bonne marche des opérations de vote à Abidjan avec 63 patrouilles mobiles et près de 360 sur toute l’étendue du territoire national. Bert Koenders le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU a salué le sens de civisme du peuple Ivoirien et il a invité au cours de sa tournée de ce dimanche matin les uns et les autres à s’impliquer dans le processus électoral en participant au vote.

Au moment ou nous achevons la rédaction de ce billet et où nous le mettions en ligne (15 heures 15 TU) le nombre de votants augmente timidement dans les bureaux de vote avec la fin des cultes évangéliques. Si le contrôle de la future Assemblée Nationale par le RHDP est une certitude, la grande inconnue demeure le taux de participation pour ces législatives qui officiellement doit mobiliser un peu plus de 5,7 millions d’Ivoiriens.

 


Le représentant spécial visite des bureaux de vote à Abidjan

Gerard Bert Koenders le patron de l'ONUCI

« Le scrutin se déroule dans une ambiance positive et calme », a constaté dimanche à la mi-journée, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour la Côte d’Ivoire, Bert Koenders. Très tôt le matin, M Koenders a entrepris de faire le tour des bureaux de vote  dans plusieurs communes de la ville d’Abidjan en compagnie de membres du corps diplomatique et de Représentants d’institutions sous-régionale et régionale. « Il est très important de regarder ce qui se passe dans les bureaux de vote à travers tout le pays », a estimé le Représentant spécial, précisant qu’une équipe de six cents personnes était déployée sur toute l’étendue du territoire pour voir comment se déroule les élections législatives. Estimant prématurée toute évaluation à ce stade, M Koenders a néanmoins indiqué à la presse que la plupart des bureaux de vote avaient ouvert à temps dans une ambiance calme et positive. Il s’est également dit impressionné par le travail de la Commission électorale indépendante (CEI) ainsi que de la présence discrète des Forces de sécurité.

Interrogé sur l’inclusivité du présent scrutin, le Représentant spécial a souligné la présence de diverses tendances. « Il y a aussi beaucoup de candidatures de différents partis ainsi que beaucoup d’indépendants », a-t-il ajouté. De son côté, le Chef de la Mission de l’Union Africaine pour les élections législatives en côte d’Ivoire, Seini Oumarou, a indiqué que ses premières impressions après les différentes étapes dans les communes du district d’Abidjan, étaient bonnes en attendant le dépouillement. M Oumarou a également estimé que l’organisation du scrutin était impeccable. « Le matériel est arrivé généralement à temps », a constaté le Chef de la Mission de l’UA. Poursuivant, M Oumarou a dit son espoir de voir le taux de participation  évolué. « Ce ne sera pas la grande affluence du scrutin présidentiel, mais le manque d’affluence que nous avons constaté au début est en train de s’améliorer au fur et à mesure », a-t-il fait savoir. Il a, dans la foulée salué le travail de l’ONUCI sur le terrain. « L’ONUCI a fait un excellent travail », a conclu M Oumarou. La délégation onusienne et les membres du corps diplomatique ont sillonné plusieurs bureaux de vote dans différentes communes du district d’Abidjan, notamment à Bingerville, à Yopougon, à Abobo, à Cocody, à Koumassi et à Port-Bouet. Dans chaque centre, M Koenders a chaleureusement discuté avec les électeurs, les représentants des bureaux de vote ainsi que les représentants des candidats. Ceux-ci lui ont expliqué leur rôle et lui ont souvent fait part de leurs préoccupations. Des délégations de haut niveau ainsi que des observateurs internationaux sillonnent également l’intérieur du pays pour suivre le déroulement des opérations électorales.


Evitons que l’histoire ne se répète!

Violence post-électorale à Abidjan

Depuis la fin de la crise post-électorale, quand on parle d’élection en Côte d’Ivoire le premier réflexe est de penser automatiquement à la guerre ! Si pour certaines personnes les législatives ne sont que des élections locales, pour d’autres il faut jouer la carte de la prudence.

Il ne faut pas se voiler la face : rares sont les Ivoiriens qui au fond sont véritablement emballés par les élections législatives. La raison est toute simple : le traumatisme de la dernière crise liée à des élections n’est pas si loin. En l’espace de quelques mois, les Ivoiriens ont perdu toute confiance en leur classe politique. Chacun souligne sans faux fuyant qu’il n’y a qu’un groupe de personnes qui depuis la mort de Félix Houphouët Boigny ont plongé la Côte d’Ivoire dans la misère et dans les crises à répétition. Le bouquet sur la cerise se sont bien sûr les nombreux morts, déplacés, exilés et prisonniers politiques de l’après 11 avril. Au regard de ce sombre tableau l’Ivoirien se pose une seule question : « pourquoi diantre se rendre dans l’isoloir si c’est pour consacrer une République sur des cadavres et une Assemblée Nationale au cimetière ?« 

« Les résultats sont déjà connus »

Les campagnes pour les législatives se passent dans une timide ambiance. Il n’y pas d’enjeu véritable : la marée sera verte dans la future Assemblée Nationale. Le RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix), coalition qui soutien le Président Ouattara est sûre de rafler la majorité des sièges. Le Front Populaire Ivoirien fidèle à Laurent Gbagbo ne sera pas là ! « Comment voulez-vous voir le FPI à des législatives quand à la veille de cette élection Laurent Gbagbo est embarqué pour la CPI ? Le pouvoir ne veut pas de nous alors nous restons en dehors du processus électoral ! » martèle Laurent Akoun, le secrétaire à l’organisation du FPI. Sans le FPI l’opposition Ivoirienne n’existe pratiquement plus et cela pousse Kobénan Atta, un jeune sympathisant de l’ancien régime à parler de recule de la démocratie. « Pourquoi irais-je voter puisse que les résultats sont déjà connus ? Avec ça certains continuent de chanter sous tous les toits qu’ils sont démocrates. La démocratie est où quand on bâillonne l’opposition, la démocratie est où quand on expédie un leader comme Gbagbo en prison pour mieux contrôler le pays…Arrêtons d’être ridicule aux yeux du monde et sachez que cette mascarade d’élection ne conduira pas ce pays vers la paix mais vers une domination du clan Ouattara sur les hommes du FPI qu’il a défait par les armes« . Pour N’guettia Irène commerçante, ce n’est pas le débat politique qui l’empêche de se retirer dans l’isoloir. C’est plutôt la crainte de la violence et des bruits de bottes qui l’éloigne de l’actualité des législatives. « Nous irons voter et au final on viendra encore nous tuer comme la première fois ? Non, je ne suis pas partante. S’ils veulent s’entretuer cette fois encore qu’ils nous le signifient dès maintenant pour que nous puissions retourner dans les camps de déplacés« . N’guessan David constructeur métallique en quête d’emploi pense qu’il faut positiver. « Les législatives sont des élections locales et elles ne peuvent pas entrainer tout le pays dans le KO. Aussi je demande à chacun de garder son calme et d’aller voter tout en respectant les consignes de non-violence de la CEI« . Pour David l’absence du FPI n’est pas le symbole d’un recule de la démocratie car dans ce pays « chacun est libre de ces choix et il les assume« . Il espère que le FPI comme le RDR en 2002 ne souffrira pas de ce boycotte.

Vaincre les peurs pour construire la démocratie

Les ONG de défense des droits de l’homme après le décompte macabre dont ils ont été les témoins ont choisi la méthode de la sensibilisation pour éloigner les démons de la division. Ici à l’OFACI, l’organisation des femmes actives de Côte d’Ivoire, les femmes seront des pèlerins de la paix avant, pendant et après le vote. « Nos militantes ont été formées avec le soutien du PNUD et elles iront dans chaque marché, chaque rue du pays, chaque maison pour dire aux populations que les élections ne rime pas avec la guerre. Elles expliqueront l’importance du parlement, comment voter et surtout comment resté digne dans la victoire ou la défaite » nous explique Namizata Sangaré la président de l’ONG. Pour les ONG Ivoiriennes il est temps pour les populations de tourner le dos à la violence et de comprendre l’impact social d’un scrutin sur la vie de tous les jours. « La Côte d’Ivoire doit avoir un parlement et c’est l’affaire de tous. Si nous voulons construire ce pays et combler notre retard en matière de développement nous devons taire nos petites querelles et penser à l’intérêt du pays. Pas de violence lors des campagnes, pas de violence le jour du vote et c’est la Côte d’Ivoire qui gagne » affirme Traoré Wodjo Fini président de la COSOPCI, la Coalition de la Société Civile pour la Paix et le Développement Démocratique. La stabilité, l’ordre social, la sécurité et la paix ne sont pas seulement l’affaire des dirigeants d’un gouvernement ou d’un Président de la République. Seul l’effort conjugué de toutes les couches peut garantir une paix durable au pays. Les Ivoiriens doivent savoir résister à la violence s’ils aspirent à vivre de nouveau en paix et surtout réconciliés !

SUY Kahofi