Kahofi SUY

Arrêts sans-abris : le souffre-douleur des usagers du bus

Arrêt sans abris de l’avenue Booker à Abidjan

Il faut être un habitué du bus pour les repérer. Rien n’indique souvent qu’ils sont là où vous vous trouvez et si vous avez la chance d’y attendre un bus, sachez que l’arrêt sans-abri n’offre aucun ‘’confort’’, aucune sécurité !

Cocody gare de Saint Jean, un arrêt de bus bien connu mais que rien n’indique. Avenue Booker Washinton ou Marcelin Yacé cité des arts, juste un vieux poteau SOTRA (Société de Transport Abidjanais) à peine lisible nous rappelle que le bus stationne ici. Même décor à Nanan Yamousso (Treichville) où seul l’attroupement d’élèves et de travailleurs renseigne le passant d’un jour… Les exemples d’arrêts sans-abris à Abidjan sont légions et les usagers bien qu’habitués à cette situation la déplore chaque jour.

Pénible à Abidjan d’attendre les bus qui n’en font qu’à leur tête. Il faut s’armer de courage et surtout avoir les mollets solides pour ne pas céder à la tentation de sacrifier plus de sous pour emprunter un wôrô-wôrô (taxi communal) ou ‘’écraser la tomate’’ (emprunter le taxi-compteur). L’attente se veut plus pénible à condition d’être à un arrêt avec abri ou sans abri. Le calvaire des deux endroits est diamétralement opposé. Les abris de la SOTRA munis de bancs permettent aux usagers de s’asseoir et d’être moins épuisés par l’attente. Ceux sans abri sont un véritable rendez-vous avec les intempéries. « On attend le bus mon frère : tu nous vois bien », s’indigne Akin Patrice jeune étudiant dans un centre social spécialisé que la fine pluie de ce matin trempe au fil de l’attente. « Si ce n’est pas le soleil au bon milieu de votre crane, c’est la pluie ! », poursuit-il avec un brin d’ironie. L’arrêt sans abri n’offre donc aucune protection aux usagers qui le plus souvent sont livrés aux caprices du temps. « Nous sommes déjà habitués à la pluie et au soleil mais le plus dangereux c’est qu’en l’absence de panneaux ou d’abri les taxis et wôrô-wôrô menacent de nous renverser en déposant leurs clients », soutient Zokou Guy Simplice technicien.

Même sans abri, l’espace réservé au stationnement des bus se doit d’être respecté. Tout automobiliste qui s’aventure à s’y arrêter s’expose au courroux de la Police de la SOTRA. Les confiscations de permis de conduire sont fréquentes surtout pour les chauffeurs de taxis-compteur et wôrô-wôrô. Les usagers quant à eux veulent un véritable effort de la Direction de la SOTRA. Certains s’insurgent contre l’entreprise du fait que les arrêts sans abris depuis des années n’ont pas changé. « Il faut des politiques internes pour régler ce problème. La SOTRA sait que les passages des bus ne sont pas du tout réguliers par endroit et s’il faut encore laisser les usagers au soleil cela ne nous arrange pas », souligne Klah Sylvain, éducateur.

Selon une source proche de la Direction, la SOTRA est « consciente de la situation et étudie les possibilités de pallier à ce problème ». Selon cette même source, seules certaines zones se prêteraient à la construction d’abris tandis que l’installation d’un poteau serait la seule option possible pour d’autres arrêts. Avec les grands projets de réhabilitation de la voirie à Abidjan depuis la fin de la crise, les usagers du bus estiment que la SOTRA n’a plus d’excuses. « Les bus peuvent circuler partout, les routes ont été refaites, les espaces verts dégagés…qu’est ce que l’entreprise demande de plus ? » s’interroge Koffi Paulin. Le jeune homme estime que la SOTRA doit sérieusement se pencher sur la question car emprunter le bus ne doit plus être un calvaire pour les Ivoiriens.

SUY Kahofi


Côte d’Ivoire : ces funérailles grandioses qui appauvrissent

Choisir le plus beau des cercueils par orgueil ou sauver un être cher ?

En Côte d’Ivoire, l’organisation des funérailles est une affaire de gros sous. Chaque année, se sont des millions de francs CFA que nos compatriotes enterrent avec les défunts pourtant, quelques billets auraient suffi pour sauver la vieille mamy du village qu’on pleure (ou célèbre) à coup de casiers de vin.

La discussion est vive ce matin devant la banque : Moktar et son clan de margouillats (usuriers) n’entendent pas laisser partir ce jeune fonctionnaire qui doit plus d’un million à ‘‘la famille’’. Une multitude de cartes de crédit en main, le chef des usuriers, noir de colère, n’hésite pas à lancer cette phrase haut et fort pour que les passants l’entendent sûrement : «Vous prenez l’argent des gens pour enterrer vos parents et pour régler ça devient problème ! ». Le jeune fonctionnaire, un enseignant de lycée, ne peut lever la tête: les injures et les propos obscènes de toutes sortes s’abattent sur lui. Il n’est malheureusement pas le seul Ivoirien dans cette situation : ils sont nombreux à crouler aujourd’hui sous le poids des dettes contractées auprès des banques et usuriers pour l’organisation des funérailles d’un parent.

Le pourquoi des funérailles grandioses

Quand un parent meurt en Côte d’Ivoire, l’objectif c’est de l’enterrer dignement. Or, chez la majorité des tribus ivoiriennes, des vraies funérailles ne s’organisent pas à la hâte : le corps prendra le temps qu’il veut à la morgue, il faut que tout le monde soit prêt pour rallier le village ! Un corps à la morgue coûte selon les hôpitaux entre 10.000 et 25.000 f CFA par jour hors entretien. Certains corps passent souvent plus six mois dans le casier le temps que les enfants benguistes (immigrés) du défunt ne rassemblent l’argent du djossi pour la phase pratique des funérailles. L’achat du cercueil suit : entre 150.000 et 500.000 f et surtout la tombe qui peut aller au-delà des 1,5 million selon le look ! « Les funérailles grandioses, c’est une question d’honneur ou de dignité pour l’Ivoirien. Tout le monde veut aller au-delà de ce qu’un tels ou un tels à fait pour un parent » souligne Gnahoré Jean, éducateur, avant de conclure : « et quand on veut des vrais funérailles, c’est beaucoup d’argent qu’on jette par la fenêtre ». Alors, pour ne pas avoir honte au village ou pour éviter d’être une proie pour les sorciers, on s’endette : achat de bœuf, nourriture et alcool pour tout le village sans compter la location des cars et l’hébergement des invités !

Le contrecoup

C’est vrai que la solidarité africaine joue dans malheur et surtout pour la mort mais dans la majorité des cas, beaucoup de personnes se retrouvent ruinées pour avoir conduit un parent à sa dernière demeure. Des millions pour enterrer une veuve morte de fièvre typhoïde : la petite ordonnance de 45.000 f est vite oubliée devant le faste des funérailles. Qui aurait cru que cette pauvre femme était la mère de ce cadre de la santé ? « Il faut que l’Ivoirien comprenne que la chose la plus importante c’est d’aider un parent à vivre. Quand on est malade on ne voit personne mais quand on passe de l’autre côté c’est des millions qu’on dépense pour vous accompagner : il faut changer de mentalité », soutient Yapo Ulrich.

SUY Kahofi


Frontière Ivoiro-libérienne : « la sécurité une priorité pour l’Union du fleuve Mano »

M. Angui ASSOUAKON Représentant Pays de l’Union pour la Côte d’Ivoire

L’Union du fleuve Mano (UFM) est le regroupement de quatre pays d’Afrique de l’Ouest à des fins de coopération et d’intégration régionale. Créée en 1973 entre le Libéria et la Sierra Leone, l’Union fut rejointe en 1980 par la Guinée. La Côte d’Ivoire fut le dernier pays à faire son entrée au sein de l’Union. L’UFM s’intéresse à toutes les questions touchant le développement économique, la paix et la sécurité des Etats membres. C’est principalement sur ce dernier point que l’organisation s’est prononcée le 15 juin à Conakry à propos du climat de violence à la frontière ivoiro-libérienne. Nous sommes allés à la rencontre du Représentant Pays de l’Union pour la Côte d’Ivoire. M. Angui ASSOUAKON dans cette interview revient sur les principales décisions arrêtées lors des assises de Conakry et leur portée pour les populations à la base.

Eburnietoday : l’Union du fleuve MANO est une organisation sous régionale qui est encore frappé par une nouvelle crise celle de l’insécurité à la frontière Ivoiro-libérienne. Les Chefs d’Etats et de Gouvernement se sont réunis à Conakry, qu’est ce qui ressort de ces assises et que doit-on espérer pour les pays concernés sur le terrain ?

Angui ASSOUAKON : A l’occasion du dernier sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union du fleuve Mano qui s’est tenu à Conakry le 15 juin 2012, un certain nombre de mesures et de décisions ont été prises bien sûr au niveau de la paix et de la sécurité. Vous savez que depuis juillet 2011 la Côte d’Ivoire a été le théâtre de plusieurs incidents à la frontière ivoiro-libérienne au cours desquels il y a eu beaucoup de pertes en vies humaines. Le dernier incident qui a vraiment ému l’opinion publique c’est celui au cours duquel il y a eu la mort de sept casques bleus. Les chefs d’Etat au cours du sommet du 15 juin ont évoqué la question sécuritaire. Vous savez l’Union dispose en son sein d’un mécanisme qu’on appelle le 15ème protocole qui est simplement le cadre institutionnel de coopération au niveau des questions de sécurité, de paix et de défense. Ce mécanisme au sein de notre Union prévoie un ensemble de mesure pour prévenir les crises et pour les gérer quand elles surviennent. Les Chefs d’Etat ont validé ce mécanisme et qui pour l’espèce prévoie l’installation de ce qu’on appelle des unités conjointes de sécurité et de restauration de la confiance. C’est une initiative qui est très louable parce qu’elle est locale. Dans ces unités vous avez aussi bien l’autorité administrative, militaire et policière que les populations. Ces unités ont une mission qui est toute simple : c’est de contribuer à préserver l’entente cordiale entre les autorités que j’ai cité plus haut, de faire des patrouilles conjointes et puis d’essayer de régler certains problèmes mineurs qui se posent à leur niveau. Voici donc la mission première de ces unités et nous pensons au sein de l’Union que ces unités auront un mot à dire dans ce processus de sécurisation de la frontière.

ET : Quand est-il des attaques ?

AA : Vous savez le problème auquel nous sommes confrontés dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest est la résultante de toutes les crises que nous avons connu ces 20 dernières années. Aujourd’hui malheureusement nous avons des mercenaires qui ont combattu au Libéria et en Sierra Léone. Ces derniers sont prêts à offrir ‘’leurs services’’ pour déstabiliser des régimes ou poser des actes de subversion. Nous avons aussi le problème de circulation des armes légères et de petits calibres. Ces deux problèmes rendent difficile la gestion du problème sécuritaire. Concernant les attaques que la Côte d’Ivoire a subit, je dois dire que depuis l’installation des unités conjointes de sécurité à Touleupleu et Danané ces localités n’ont pas été le théâtre d’incidents. La formule fonctionne donc déjà bien !

ET : On note également de part et d’autre de la frontière un certain déploiement de troupes. D’un côté la MINUL qui soutien les Forces Armées Libériennes et les FRCI du côté ivoirien soutenu par l’ONUCI. L’Union du fleuve Mano étend donc collaborer avec toutes les organisations qui peuvent l’aider à instaurer la paix ?

AA : l’Union du fleuve Mano n’a pas d’autre choix que de collaborer avec les autres institutions. Nous avons de très bonnes relations avec toutes les institutions et organisations qui accompagnent ce pays notamment la CEDEAO et l’ONU à travers son bureau pour la l’Afrique de l’Ouest (ONUWA). Vous savez l’approche militaire peut être une réponse à la situation de crise que nous avons vécu mais nous pensons que la solution à long terme c’est de s’intéresser aux problèmes de fond et d’adopter plutôt une approche qui prend en compte les préoccupations des populations à la base. C’est pourquoi les unités de sécurisation conjointes prennent en compte cet aspect des choses et cela va contribuer à l’apaisement de la situation. Ces mouvements de troupes qu’on observe de part et d’autre de la frontière sont effectués pour rassurer les populations et les inciter au retour : l’Union du fleuve Mano adhère à toutes ces initiatives.

ET : On remarque également que cette zone ouest du pays victime des attaques est une zone qui souffre également d’un manque d’infrastructures économiques notamment les routes. Leur absence ne facilite pas les mouvements de troupes et celles des populations pour ce qui est de leurs activités économiques. Quelle est la position de l’Union du fleuve Mano sur la question des voies de communication à la frontière ivoiro-libérienne ?

AA : L’état des  infrastructures routières dans cette zone de l’Afrique de l’Ouest n’est pas du tout reluisant et cela ne facilite pas la tâche à nos armées dans leurs opérations de sécurisation de la frontière. C’est la raison pour laquelle les chefs d’Etat de l’Union du fleuve Mano lors des assises de Conakry ont décidé de mettre en place un ambitieux projet au niveau des infrastructures routières. Nous avons identifié des routes qu’on appelle transfrontalières et qui relient un pays à son voisin. Ces routes doivent être réhabilitées et je suis fier de vous dire que les études sont avancées et bouclées. Nos chefs d’Etat et les experts ont validé les routes qui seront prises en compte dans le cadre de ce projet de réhabilitation des routes inter-états.

ET : Nous remarquons qu’avec ce climat d’insécurité qui s’est installé les mouvements de population sont devenus très importants. Cela peut représenter un véritable manque à gagner pour nos économies dans la mesure où cette zone de forêt est une importante zone de production agricole. L’Union a-t-elle des craintes concernant un prolongement de la crise humanitaire.

AA : La crise humanitaire est déjà là et selon le coordonnateur humanitaire des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire, N’dolamb Gokwey ce n’est pas moins de 13.000 personnes qui ont été recensés comme déplacés internes. Une crise de cette ampleur a forcément une incidence sur les activités agricoles et économiques. Cette partie ouest de la Côte d’Ivoire est une zone où il y a d’importantes cultures : le cacao, le café, l’hévéa et bien d’autres. Ces mouvements de population entrainent donc une perturbation au niveau des activités agricoles et par conséquent un manque à gagner. C’est pourquoi l’Union du fleuve Mano estime que la priorité doit être au retour au calme et à la sécurité par une meilleure collaboration entre les pays membres pour le cas précis entre la Côte d’Ivoire et le Libéria.

ET : Pour finir avez-vous des échos du terrain ?

AA : La dernière mission (20 juin 2012 NDLR) dans l’ouest du coordonnateur humanitaire des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire, N’dolamb Gokwey a permis d’avoir une idée claire de l’évolution de la situation sur le terrain. Les récents rapports soulignent qu’il y a un mouvement de retour des populations mais une préoccupation demeure. La crise humanitaire s’est installée et il faut donc apporter une réponse à tous les niveaux. Il faut aussi que le retour vers les villages d’origine qui se fait très lentement à cause de l’état des routes puisse être accéléré par une normalisation de la situation sécuritaire.

ET : Merci Monsieur ASSOUAKON

AA : Je vous remercie

SUY Kahofi


Timide retour des populations dans l’ouest Ivoirien

Distribution de vivres par le Danish Refugees Council

Plus de sécurité pour un retour massif, voici le plaidoyer des populations de l’ouest Ivoirien qui petit à petit se remettent des dernières attaques qui ont endeuillé plusieurs familles. Dans les localités de Sakré, Taï et Para, l’heure est toujours à l’assistance humanitaire et au retour mais l’inquiétude de se retrouver nez à nez avec un mercenaire ou un dozo est grande.

Dix jours environs après les attaques de Para ayant entrainé des morts et d’important déplacement de population civile, le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires a diligenté une mission dans l’ouest du pays pour toucher du doigt les défis de la prise en charge des personnes déplacés. Il ressort des entretiens avec les autorités administratives, militaires et surtout les populations que l’heure est au retour malgré les inquiétudes sécuritaires. « Le retour vers les villages d’origine est une bonne chose puisse que c’est ce que les populations déplacées elles mêmes souhaitent mais ce retour doit s’effectuer dans certaines conditions. Il faut que le retour soit volontaire, dans des conditions de sécurité et dans la dignité c’est-à-dire lorsque ces personnes retourneront chez elles qu’elles puissent trouver à manger et se loger » soutient Ndolamb Ngokwey Coordinateur Humanitaire des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire. Sur la question de la prise en charge des personnes déplacées du fait des récentes violences, les humanitaires apportent un soutien direct aux populations qui n’ont pas fait l’objet d’un cantonnement sous la forme d’un camp. Des familles d’accueil reçoivent les déplacés qui bénéficie de vivre de la part du Danish Refugees Council. « Tout d’abord nous avons fait une assistance en biens non-alimentaires essentiels et nous l’avons fait depuis le 14 juin. Nous l’avons fait pour 1204 personnes parmi les plus vulnérables surtout celles venues de très loin. Ensuite nous avons réévalué la situation des déplacés dans leurs familles d’accueil ici à Taï et nous avons décidé d’appuyer ces familles d’accueil qui nous ont signifié leurs difficultés. Le 19 juin nous avons assisté 716 ménages et 2738 personnes ; aujourd’hui (20 juin NDLR) nous assistons 51 autres familles. Sur les deux jours nous avons déplacé 29,9 tonnes de vivre respectivement pour Taï, à Dahoubly et à Zaïpoubly juste pour aider la famille à tenir un mois » nous explique Jocelyn Brousseau est le coordonateur terrain ouest pour le DRC.

En l’espace d’une semaine la population de Taï estimé à 6.000 âmes est passée à 11.000 à cause du flux important de déplacés. S’exprimant au nom des autorités municipales, le deuxième adjoint au Maire Dézaï Joseph a souligné que plus de la moitié des déplacés ont regagné leurs villages. Bien que des inquiétudes liées à la sécurité demeurent les populations de Sakré et Para particulièrement aspirent dans l’ensemble au retour. « Je suis arrivé à Taï après l’attaque de Para et je veux me retourner chez moi sauf que j’ai peur. Les casques bleus de l’ONUCI que nous considérons comme nos protecteurs ont été tué : que dire de nous simple civils ? Nous voulons bien rentrer mais que nous réserve ces dozos qui lors de notre fuite nous ont empêché d’avancer » affirme craintif Blo Tary Sylvain un jeune homme venu de Para. Les dozos cités par ce déplacé auraient commis des exactions en représailles aux attaques de Para perpétrés selon certains villageois par des mercenaires libériens appuyés par des autochtones. Si d’un côté certains déplacés dénoncent la vendetta des FRCI et des dozos, l’autre partie des déplacés pointent du doigt des éléments non-identifiés se réclamant proche de l’ex-président Laurent Gbagbo. « Ceux qui attaquent disent qu’ils veulent le retour de Gbagbo et que sans lui il n’y aura pas de paix or moi je le rends responsable de ce qui nous arrive. Il a promis spolier les terres des allogènes pour les remettre aux autochtones et pendant dix ans les populations ont passé tout le temps à se bagarrer. Aujourd’hui ces mercenaires tuent à la machette pour éviter d’alerter les casques bleus et les FRCI avec leurs armes à feu. Nous dormons la peur au ventre car des rumeurs font état de miliciens formés dans un camp au Libéria et prêts à attaquer » souligne inquiet Kéïta Mamadou.

Pourtant de gauche comme de droite, autochtones ou allogènes, tous ont un même plaidoyer celui d’une meilleur sécurisation des hameaux disséminés dans la forêt de l’ouest. « Si l’ONUCI a été attaqué c’est qu’aujourd’hui c’est le monde entier qui est touché ! Que le monde se mobilise aux côté de la Côte d’Ivoire pour mettre fin aux agissements de ces hommes en armes qui attaquent depuis cette forêt dense du Libéria » plaide Kéïta Mamadou quand Koffi Kouablan Martine appelle le Président de la République à donner un sens à ses promesses en « assurant la sécurité des populations de l’ouest par un déploiement militaire plus dissuasif ». Pour faire face aux nouveaux défis humanitaires de l’ouest les besoins des clusters du GAP 2012 estimé à 173 millions de dollar sont en train d’être réévalués car à ce jour seul 42,7 million ont été réunis par les donateurs.

SUY Kahofi


Les médias pour la promotion de la paix en Afrique de l’ouest

Des experts venus des quatre coins du monde ont mutualisé leurs connaissances

Le forum régional sur les médias, la paix et la sécurité en Afrique de l’Ouest s’est tenu les 14 et 15 Juin à Abidjan. Sur initiative de l’ONUWA (bureau des nations unies pour l’Afrique de l’ouest), la CEDEAO, le Gouvernement Ivoirien et l’OIF (organisation internationale de la francophonie) près de 80 participants venus du monde entier se sont réunis à l’Hôtel du Golf pour réfléchir sur le rôle des médias dans la promotion de la paix. Ces professionnels des médias ont été choisis sur une base qualitative et surtout pour leur notoriété. Selon Ugho Sunday de la CEDEAO « plusieurs conflits en Afrique de l’Ouest ont été occasionnés ou amplifiés par les médias ». « Il était donc important de penser à faire des organes de presse, de la radio et des télévisions ouest-africaines des moyens de promotion de la paix » a-t-il souligné. Le forum régional sur les médias organisé en terre Ivoirienne est le troisième d’une série de rencontre organisé sous l’égide de l’ONUWA avec ses partenaires que sont l’OIF, la CEDEAO et l’UA. Les premières assises ont eu lieu à Praia (Cap Vert) et la seconde à Bamako au Mali.

L’exemple type de la radio milles collines du Rwanda est continuellement là pour nous le rappeler : « les médias peuvent être de redoutables outils de propagande politique et de haine entre les peuples vivants dans un même pays ou même au-delà ». Il est donc important selon SAID Djinnit chef du Bureau des nations unies pour l’Afrique de l’ouest de savoir les utiliser pour asseoir un climat de paix dans une région qui a trop souffert des conflits armés. Lors des travaux d’Abidjan plusieurs panélistes ont passé en revue des notions essentielles du journalisme tels que les questions de déontologie, l’accès à l’information en temps de crise, la promotion du dialogue armée – média ou encore la régulation et l’auto-régulation des média. Ces échanges très enrichissants ont permis aux participants de mutualiser leurs expériences et de débattre sur les réalités du moment liés à la marche des médias en Afrique de l’Ouest.

Comme à Praia et à Bamako, les assises d’Abidjan se sont achevées par l’adoption d’une déclaration. La déclaration d’Abidjan qui tient en 34 recommandations est un texte fort qui engage de nouveau les responsabilités des professionnels des médias, de l’armée, de la société civile et des pouvoirs publics en Afrique de l’Ouest pour une meilleure promotion de la paix. Les journalistes doivent constamment se rappeler de leur rôle de faiseurs de paix en utilisant leur plume et leur micro de façon responsable. Pour y arriver les pouvoirs publics doivent leur garantir un minimum de sécurité, leur facilité l’accès à l’information et les appuyer dans le renforcement de leur capacité pour mieux servir la société. Organismes internationaux et régionaux se doivent aussi de penser à des mécanismes pour intégrer dans leur politique des programmes destinés à la formation des journalistes et à la promotion de la paix par les médias. En enfin les armées ouest africaine ont été sollicité pour assurer la protection des journalistes et des acteurs non-étatiques dans leurs activités de recherche d’un climat social apaisé en temps de paix comme en temps de crise. Tidiane DIOH responsable des programmes médias à l’OIF a invité les pouvoirs publics d’Afrique de l’Ouest au respect de la déclaration d’Abidjan et surtout à la mettre en application quand il s’agissait de promouvoir de bonnes relations entre pouvoir publics et médias. Il a surtout insisté auprès des journalistes pour que ceux-ci « s’approprient cette déclaration au même titre que celle de Bamako et Praia et la faire valoir auprès des pouvoirs publics dans leurs pays respectifs ». C’est seulement à cette condition que la déclaration d’Abidjan produira les fruits qui faciliteront l’existence aux professionnels des médias.

SUY Kahofi