Kahofi SUY

Le cacao Ivoirien à l’heure des reformes pour la campagne 2012-2013

Le Gouvernement Ivoirien espère un bon cacao pour la campagne 2012-2013

Des grandes reformes sont annoncées dans la filière café-cacao en Côte d’Ivoire et celles-ci pourraient entrer en vigueur lors de la prochaine campagne. Parmi ces reformes figure l’engagement de l’Etat Ivoirien à fixer un prix garanti aux producteurs conformément au cahier des reformes qu’il a soumis en début d’année aux bailleurs de fond que sont notamment le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale.

La campagne café-cacao 2012-2013 débute pour la grande saison dans un mois, occasion toute trouvée pour le gouvernement Ivoirien à travers le Conseil d’administration du Conseil du café et du cacao de sonner la mobilisation de la masse paysanne et surtout de donner des gages forts concernant le prix stabilisé du binôme café-cacao. La question du prix stabilisé aux paysans figure sur l’agenda des grandes reformes de la filière mais elle n’en n’est pas le seul élément. « Le premier élément c’est la qualité. Cela représente l’une des clés essentielle du succès de la reforme qui a été engagé. Pour y arriver nos parents producteurs doivent renouer avec les bonnes pratiques agricoles. Il n’y aura plus de réfraction bord champ dans le nouveau système et je vous assure que nous allons renforcer le contrôle sur la commercialisation intérieur du binôme café-cacao pour que cette mesure soit respectée » soutien Lambert Kouassi Konan le Président du Conseil d’administration du Conseil du café et du cacao. Au-delà de ce premier point très important, Lambert Kouassi Konan a insisté sur la lutte contre la fuite du cacao Ivoirien vers les pays limitrophes notamment le Ghana. Il s’agit pour le pays d’un véritable problème contre lequel tous les acteurs de la filière doivent lutter. Le café qui est aujourd’hui victime d’un abandon de la part de plusieurs paysans sera aussi au cœur d’un vaste programme de redynamisation.

Toutes ces reformes annoncées sont certes salutaire pour les paysans mais dans l’immédiat d’énormes problèmes plombent les activités des producteurs Ivoiriens. Ces derniers tout soulignant leur entière adhésion à la vaste politique de reforme engagées par le gouvernement Ivoirien, insistent auprès du ministère de l’agriculture pour que ces problèmes qui sont plus urgents soit pris en compte pour faciliter la tâche aux paysans. « L’entretien des pistes rurales, le racket des paysans par les forces de l’ordre, la sécurité des planteurs, le problème des intrants et de la sacherie, le recensement des planteurs et l’appui aux coopérative sont les problèmes que nous vivons au quotidien » affirme Morokro Barthélémy en guise de chapelé de doléances au Conseil du café et du cacao ainsi qu’au Ministère de l’Agriculture. Mamadou Sangafowa Coulibaly le Ministre Ivoirien de l’agriculture conscient que de tels problèmes peuvent saper la qualité et la quantité d’une production lors des prochaines récoltes a tenu rassurer les producteurs. Les services du Ministre de l’Agriculture lors de leurs enquêtes de terrain ont pris en compte toutes ces doléances en vue de leur traitement pour une meilleure récolte lors de la campagne 2012-2013. Le Ministre a annoncé que lors de la prochaine campagne l’objectif du Gouvernement sera de permettre aux paysans de toucher 60% minimum du prix CAF.

60% du prix CAF aux paysans, une annonce qui met de l’espoir dans le cœur des paysans mais tous attendent que cela se traduise en faits concrets.

SUY Kahofi


Côte d’Ivoire : éducation en péril dans l’ouest – la faim sévit au nord

La crise menace l’éducation et la vie de nombreux enfants

La crise humanitaire dans l’ouest de la Côte d’Ivoire ne se fait pas seulement sentir au niveau du manque de nourriture pour les déplacés ou l’absence de sécurité dans les hameaux disséminés le long de la frontière Ivoiro-libérienne. Un des secteurs les plus touché par la crise humanitaire de l’ouest est l’éducation. En effet l’instabilité de la situation sécuritaire dans l’ouest de la Côte d’Ivoire a eu un impact  sur la scolarisation des enfants résidents dans les localités affectées. Les 16 écoles des Inspections d’Enseignement Primaire (IEP) de Tabou et Taï ont été affectées. Plus de 2.320 élèves ont dû interrompre leur scolarité. Le groupe scolaire Grabo (Tabou) est occupée par 400 éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) avec comme conséquence l’arrêt brusque des cours pour les élèves de ce groupe scolaire. Sous l’impulsion de l’UNICEF, un plaidoyer mené par le cluster éducation est en cours pour la libération des salles de classe. À Sakre (axe Taï-Para), un centre d’examen du certificat d’étude primaire élémentaire (CEPE) demeure par ailleurs fermé. Ce sont 150 candidats à l’entrée en classe de sixième qui ont été installés dans de nouveaux centres. Cette situation a eu pour conséquence de réduire le nombre de candidats qui passeront les examens à cause des dépenses relatives à cette disposition. Une campagne menée conjointement par les sous cluster Education et Protection du GAP Humanitaire a permis à 2.464 enfants, dont 1.118 filles, de l’ouest du pays de bénéficier d’un document d’enregistrement de naissance. Grâce à cette attestation administrative d’identité scolaire, ces élèves pourront désormais se présenter au concours d’entrée en 6ème. Il faut rappeler que de nombreux enfants n’avaient pas été déclarés à l’état civil depuis la crise de 2002. Le financement du Fond central d’urgence (CERF) alloué pour l’action humanitaire en Côte d’Ivoire en janvier dernier a permis d’ouvrir 20 classes passerelles afin que 1.000 enfants du site de Nahibly soient encadrés par 20 enseignants titulaires et bénévoles. Parmi les enseignants, 11 sont des femmes ayant bénéficié d’un renforcement de capacités pour assurer les enseignements de ces classes jusqu’en octobre 2012. Environ 1.400 enfants non scolarisés et déscolarisés des régions de l’ouest (Tonpki, Guemon et Cavally) bénéficient d’un programme d’apprentissage accéléré mis en œuvre par Save the Children qui leur permettra de réintégrer le système formel lorsque la situation sécuritaire sera totalement de retour.

La faim menace le nord

Une mission d’évaluation nutritionnelle rapide a été réalisée par le Programme National de Nutrition (PNN) et Save the Children du 9 au 20 juin dernier dans les districts sanitaires de Korhogo et Ouangolodougou, au nord du pays. Cette évaluation a révélé de nombreuses poches de malnutrition aiguë, avec certaines localités dépassant le seuil critique de 15 pour cent de malnutrition aiguë globale. Bien que n’étant pas représentatifs à grande échelle, ces résultats témoignent d’une situation nutritionnelle préoccupante qui pourrait très probablement s’aggraver pendant la période de soudure. Ces résultats s’ajoutent à ceux de la récente évaluation des besoins en sécurité alimentaire (menée par le Ministère de l’Agriculture, le Programme Alimentaire Mondial et le Fonds des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation) pour décrire une probable détérioration de la situation alimentaire et nutritionnelle dans le nord du pays. Cette tendance est à confirmer par le biais de l’enquête nutritionnelle annuelle, basée sur la méthodologie SMART, qui est programmée du 16 juillet au 3 août.

 SUY Kahofi


Abidjan : 30 ans d’exploitation pour le 3ème pont

L’échangeur Valérie Giscard D’Estaing (échangeur 3ème Pont)

Le troisième pont d’Abidjan est l’un des plus vieux projets de travaux publics en Côte d’ Ivoire. Après les ponts Félix Houphouët et De Gaulle, il aura fallu attendre plus de 30 ans pour que le projet soit en voie de réalisation. L’entreprise qui décroche le contrat n’est tout autre que le Consortium français BOUYGUES qui monopolise déjà plusieurs secteurs clés de l’économie Ivoirienne. BOUYGUES Construction a décroché un contrat de 232 millions d’euro soit plus de 152 milliards de francs CFA pour la conception, la construction, l’exploitation et la maintenance pendant 30 ans du projet du 3ème pont. Ce projet est un axe routier de 6,4 kilomètres à d’Abidjan et prend en compte des chantiers très importants que sont respectivement le pont Henri Konan Bédié (troisième pont d’Abidjan qui sera composé de deux fois trois voies sur 1,5 kilomètre) ainsi que l’échangeur Valérie Giscard D’Estaing dans le quartier de Marcory. BOUYGUES Construction peut être fier d’avoir décroché le plus juteux des contrats de la reconstruction version ADO. Ce projet à sa livraison pourra réellement soulager une grande métropole comme Abidjan où la circulation entre les deux parties de la ville est un véritable casse-tête. 100.000 véhicules au bas mot pourront emprunter chaque jour cet axe routier dont les chantiers débuteront en septembre 2012 pour une durée d’exécution de 25 mois. Bien que le projet soit salutaire en lui-même, le sentiment anti-français bien ancré chez certains Ivoiriens à vite fait de ressurgir et place le consortium BOUYGUES au cœur de ce que certains qualifient en Côte d’Ivoire d’impérialisme économique français. Au-delà de l’indignation face à ce contrat au parfum colonialiste de nombreuses interrogations fusent ici et là. « En plein 2012 plus de cinquante ans après notre indépendance, comment peut-on encore signer ce type de contrat ? C’est de l’esclavage tout simplement une manière d’implorer le colonisateur pour qu’il nous bâillonne de nouveau » affirme dépité Eric K. Sylvain un autre jeune homme qui s’adonne au jeu de scrabble en attendant l’ouverture de l’université s’interroge : « Pourquoi les retombés de l’allègement de la dette n’ont pas permis à la Côte d’Ivoire de négocier un contrat plus bénéfique pour les Ivoiriens ? « On nous annonce une pluie de milliard et le Gouvernement est obligé d’hypothéquer la souveraineté du pays pendant 30 ans sur un pont : c’est triste que personne ne puisse mettre un terme à ces mic mac de la France-Afrique » déclare Alexandre S. un enseignant avant de conclure que « les Pays-Bas, la Suisse, les Etats Unis, le Japon ou même la Chine auraient pu construire le troisième pont en demandant moins que la France ». De nombreuses questions se posent et pour celles-ci les Ivoiriens aimeraient avoir des réponses. 30 ans pour l’exploitation d’un pont, que peut donc bien cacher les dessous des autres accords franco-ivoiriens à un moment où une grosse polémique plane sur le dernier accord de défense entre la France et la Côte d’Ivoire ?

SUY Kahofi


Abidjan : « L’enfer, c’est les locataires ! » (rififi acte 2)

"Confiez leur une maison, en moins d'un mois ils la transforme en porcherie"

Dame Ehoule est propriétaire d’un modeste bâtiment de type R + 4. Malgré son rendez-vous chez le médecin pour ses soins, elle est obligée de se rendre à Yopougon Niangon pour un problème avec un de ses locataires. Celui-ci habite le dernier niveau du bâtiment avec sa famille: trois pièces que partagent 7 personnes. A la grande stupéfaction de Dame Ehoulé, Monsieur Yao Mathurin, enseignant de son état s’est permis de casser un tuyau d’évacuation rendant impraticable les escaliers du bâtiment et libérant une mauvaise odeur. «Monsieur que voulez vous à la fin? », lance Dame Ehoule indignée avant de poursuivre « Vos enfants bouchent un tuyau et vous voulez que je vienne le déboucher à votre place ? En plus de vos impayés vous venez de créer un autre problème. Avez-vous au moins un calendrier ? Le 14 du mois où vais-je sortir de l’argent pour changer tout ça ? ».

L’homme visiblement gêné n’a même pas pensé à ses voisins. Malgré les interpellations des uns et des autres, il a toujours souligné « qu’il était du devoir du propriétaire de réparer en cas de problème ». Les propriétaires de maison abidjanais se plaignent des locataires qu’ils jugent de plus en plus irresponsables. Certains vivent dans des maisons qu’ils refusent d’entretenir. L’herbe pousse aux abords des constructions sans que quelqu’un ne réagisse, les murs sont sales parce que tâchés par les enfants. Et lorsqu’un robinet est endommagé on attend que le propriétaire vienne le changer. « Confiez leur une maison neuve, en moins d’un mois certains d’entre eux la transforme en porcherie», affirme Idyolla Paul, propriétaire de maisons. « Certains travaux incombent aux propriétaires et d’autres aux locataires voici ce que beaucoup ignorent. Si vous réalisez une réparation qui est du ressort du propriétaire il doit vous rembourser. On nous accuse de bâtir des maisons à moindre coût qui se dégradent au quotidien mais que font les locataires eux-mêmes ?  Ne sont-ils pas réellement à la base de ces problèmes ? ».

Pourtant, certains « proprio » comme  Dame Ehoulé, reconnaissent avoir eu affaire à des « locataires sérieux ». « Certains entretiennent tellement bien votre maison que vous vous gênez souvent pour leur réclamer le loyer. Lorsqu’ils décident de partir vous êtes inquiet car vous ne savez pas qui vient ». Mais ces cas sont si rares qu’ils se noient au milieu des « mauvais » locataires qui oublient qu’après leur passage, l’appartement doit servir à d’autres qui seront aussi dans le besoin.

SUY Kahofi


Au cœur du calvaire des locataires Abidjanais (rififi acte 1)

Ces nouvelles maisons offriront-elles le confort aux locataires?

Rivera CIAD, un nouveau quartier d’Abidjan où des maisons sortent de terre chaque jour. Belles en apparence, ces maisons sont pour les nouveaux locataires une véritable source de problème au quotidien. Le vécu des locataires abidjanais ne s’est pas amélioré depuis des années bien au contraire. Qu’on soit locataire d’une maison dans les nouveaux quartiers ou d’une vieille bâtisse les problèmes sont partout les mêmes.

Alain Serges N’DA vit depuis 3 mois dans un studio à Anono Extension. Cette demeure qu’il est le premier à occuper depuis sa construction ne lui a pas garanti l’aisance tant espérée. « Je me disais que je n’aura pas de problèmes puisse que la maison est neuve mais il fallu juste deux semaines pour que la douche soit impraticable, les serrures et poignets ont suivi et les circuits électriques continue de me mener la vie dure. Je remplace les ampoules à chaque arrêt et puis il y a de l’électricité dans une seule partie de la maison ». Lorsque nous observons le matériel utilisé dans la construction, nous nous rendons compte qu’il est de basse qualité. En effet les propriétaires de ces nouvelles maisons louent les terrains avec des autochtones ou des privés. Les contrats varient entre 7 et 15 ans. Il faut donc vite construire pour espérer rentabiliser son investissement. Dans ces conditions, l’entrepreneur se rabat sur des matériaux à moindre coût qui tiennent à peine une fois la maison achevée.

Blah Sonia et sa sœur partagent une deux pièces. Elles témoignent des difficultés qu’elles vivent chaque jour. « Nous sommes en train de construire de nouveau cette maison. En six mois les travaux de plomberies et d’étanchéité nous ont coûté au moins 113.000 F cfa soit deux mensualités et demi. Les carreaux au sol s’enlèvent et lorsque vous prenez une douche le nivellement est si mauvais que vous devez revenir essuyer la chambre inondée ». Certains propriétaires font la sourde oreille face à ces problèmes que vivent les locataires. Leur seule inquiétude c’est que le loyer soit payé à temps. D’autres acceptent de rembourser les travaux des locataires sous forme de rabattement du loyer. Certains locataires par contre ne s’épuisent plus et utilisent un autre moyen de communication comme Privat Amani. « Moi, réparer une maison ? Qu’elle s’écroule ! Je suis fatigué de faire le travail des autres en plus de payer un loyer. Quand il y a un problème, je laisse le temps dégrader tout. Quand Monsieur va se rendre compte que sa maison tombe en ruine il va vite réagir ». Une solution radicale mais qui fait souvent réagir !

Les propriétaires doivent faire un effort pour rendre leurs maisons plus agréables. Ils doivent surtout accepter de loger toutes ces familles dans de bonnes conditions comme si c’était leurs propres familles qui venaient occuper ces maisons. Certains commencent à le faire parce que vivant dans le même espace que les locataires, d’autres continuent de garder le silence face aux souffrances des locataires.

SUY Kahofi