Kahofi SUY

Anokoua Kouté : les leaders communautaires formés à la cohésion

Formation des leaders communautaires à Anonkoua kouté

Dans le cadre du vaste Projet d’accompagnement juridique et judiciaire des victimes de la crise Ivoirienne, l’APDH (Action pour la Protection des Droits de l’Homme) a débuté ce 22 août 2012 ses campagnes de sensibilisation à la cohésion sociale à l’endroit des populations. Première étape de cette opération le village martyr d’Anokoua Kouté dans la communauté d’Abobo. Plus d’une vingtaine de leaders communautaires du village se sont réunis autour du thème « la cohésion sociale et le développement communautaire à travers le respect des droits de l’homme et des valeurs démocratiques« . Ces leaders communautaires, déjà réunis en comité de veille pour prévoir les crises et autres tensions ont été formé grâce à deux modules. Le premier, éducation au respect des droits de l’homme et aux valeurs démocratiques, avait pour objectif d’instruire les leaders communautaires sur les notions de bases liées aux droits de l’homme, la nécessité de les respecter et de les promouvoir. Le second module, la réconciliation, la cohésion sociale et le développement communautaire, visait à faire comprendre aux acteurs que le vivre ensemble et la réconciliation vraie peuvent aider au développement.

Lors de la cérémonie de lancement de cette opération de sensibilisation, la population ne s’est pas fait prier pour prendre d’assaut le centre culturel du village, preuve qu’elle adhère à cette opération visant à promouvoir la paix. Une animation publique a permis aux uns et aux autres de tester leurs connaissances sur les questions de droits de l’homme. Le Chef d’Anokoua-Kouté lors de son mot de bienvenu a tenu à remercier l’APDH et ses partenaires pour le choix de son village. Il a surtout souligné que sans l’action de l’ONG les massacres qui ont eu lieu dans son village auraient été passé sous silence. « J’invite chaque leader à prendre note et à mettre en pratique ce qu’il retiendra de ces différentes formations pour en faire bénéficier toute la communauté » a souligné AKEO Antoine chef du village. Eric-Aimée SEMIEN le Président de l’APDH a quant a lui remercié les partenaires du projet que sont OSIWA (Open Society Initiative for West Africa) et le FSD de l’Ambassade de France. OSIWA partenaire traditionnel de l’APDH appui le projet d’accompagnement judiciaire et juridique pour aider les victimes Ivoiriennes à se faire entendre. Après avoir invité « les populations à la culture de la réconciliation vraie par le pardon », Eric-Aimée SEMIEN a ouvert la séance de formation communautaire. Sur le contenu de la formation HIEN Sansan Claude et AKEN Mel (les deux formateurs) ont souligné que les deux modules retenus « serviraient de support aux leaders communautaires pour qu’ils puissent sensibiliser les populations à la base ». Concomitamment à la formation, plusieurs agents de L’APDH ont mené une opération porte-à-porte pour porter la sensibilisation du vivre ensemble aux familles dont certaines ont vécu des moments difficiles lors de la crise post-électorale. Lors du porte-à-porte, il ressort une ferme volonté des populations d’aller à la paix mais celles-ci attendent un signal fort du Pouvoir pour que les dossiers liés à la réparation des préjudices subits soient pris en compte. Elles ont également évoqué la nécessité de voir émerger une justice libre et ouverte à tous pour véritablement parler de pardon et de réconciliation.

Après Anokoua-Kouté, les équipes de sensibilisation de l’ADPH, fort du soutient de OSIWA et du FSD de l’Ambassade de France sillonneront plusieurs autres localités du littoral, du sud-ouest et de l’ouest. « Il s’agit principalement des villages s/p de Sago où les mercenaires libériens ont fait de nombreuses victimes, Méagui, Soubré, Issia, Sinfra, Toulepleu, Blolequin, Guiglo, Taï et Duékoué » a souligné KOFFI Phinées secrétaire-général de l’APDH. Le leitmotiv de la tournée qui durera un mois (30 jours) sera le même : promouvoir la réconciliation à travers une lutte sans merci contre l’impunité.

SUY Kahofi


L’Aïd el-fitr célébré par les musulmans Ivoiriens

Prière dans une mosquée d'Abidjan

La fête du Ramadan marquant la fin du mois de jeûne portant le même nom a été célébrée ce 19 août sur toute l’étendue du territoire Ivoirien. Malgré le contexte social marqué par la crise et une flambée des prix sur les marchés, les musulmans ont voulu célébré cette fête, moment important du calendrier islamique. Très tôt le matin de nombreux musulmans ont pris d’assaut les marchés qui pour acheter des légumes ou du riz, qui pour chercher un poulet ou quelques kilogrammes de viande. Vu les quantités demandées par la clientèle, on se rend compte que chacun joue sur les réserves et calcule énormément avant de se décider. « Voici notre deuxième année consécutive sans le mouton ! C’est devenu trop cher donc on se rabat sur les poulets ou la viande de bœuf. Là encore il y a problème : 2200 f le kilo ce n’est pas donné » nous confie Mme Traoré une mère de famille venue chercher de la viande au marché de 9 kilo, Riviera 3. Non loin nous retrouvons une autre ménagère qui, la paume remplie de jetons, semble pianoter sur le clavier d’une calculatrice invisible les yeux dans le vide. « Excusez moi je fais mes comptes » nous dit-elle. Dame Sidibé est là pour acheter du riz et des légumes. Pour l’occasion elle reste fidèle à la consommation habituelle de la famille. « Je vais prendre du riz maman à 2500 f les 5 kilo. C’est ce qu’on mange d’habitude à la maison ». Elle nous confiera que pour la viande, sa famille s’est associée avec deux autres pour un mouton à 100.000 f ! Une vrai chance car comme le confirme Naré le bouché de Belleville « certain mouton se vendait à 150.000 voir 175.000 ! ».

Du côté des mosquées il fallait aller tôt à la traditionnelle prière de l’Aïd pour espérer avoir une petite place pour écouter le prêche. Ici et là on a parlé de paix, de tolérance et de réconciliation. Les Imams ont insisté pour que les musulmans soient des modèles dans leurs quartiers et leurs familles en tournant le dos à la haine, au tribalisme et aux querelles inutiles. « Grande Mosquée de la Djiby, Adjamé, Riviera 2, Aghien…je pense que le message cadre avec l’actualité du pays. Nous avons besoin de paix et de réconciliation et je pense qu’Allah est celui là même qui donne la vraie paix et la vraie réconciliation. Il faut se pardonner, oublier le passer et penser à notre pays » résume pour sa part Koné Ismaël à la sortie de la mosquée de la Riviéra 2. A quelques pas d’Ismaël, Hadja Nan Kouyaté malgré son âge avancé est venue parler à Dieu. Deux doléances pour son pays : la fin des violences et du travail pour les jeunes. « Nous qui avons passé 65 ans nous sommes au soir de notre vie mais nous devons penser à nos enfants. Que Dieu les conduise sur le droit chemin car ils sont l’espoir de ce pays » soutien la grand-mère avant de conclure que plus les jeunes seront occupés sainement plus ils seront moins endoctrinés par les politiciens.

Musulmans ou pas, le moment de l’Aïd est le jour du partage. La bonne odeur qui s’est dégagée des cuisines a réunit autour des tables et des nattes des chrétiens, des musulmans et des non-croyants. « On a des amis et c’est le moment de partager le peu que Dieu nous a donné » nous explique Mr Kassimi au moment où il reçoit ses collègues de service pour le repas autour de 13 h. A peine sorti de la concession de notre hôte qu’Amadou assis sur sa natte avec des copains de son quartier nous invite à partager de la sauce arachide et du riz. La bouche pleine, il nous confie que pour les jeunes de son âge la fête est loin d’être finie avec la nourriture. « Nous allons faire un tour au maquis et puis après on ira en boite de nuit ». Le maquis et les boites de nuit à l’occasion de l’Aïd parlons-en ! Ces lieux ne sont pas à fréquenter pour certains musulmans mais pour de nombreux jeunes on peut y faire un tour à l’occasion de la fête de l’Aïd à condition de ne pas consommer d’alcool. Notre petite virée nocturne nous permettra de voir un nombre important de boubous se trémousser au son du coupé-décalé. Côté boisson il nous sera difficile de nous prononcer sur la nature des breuvages consommés, les noceurs de l’Aïd ont refusé de se prêter à l’inspection de leurs verres !

SUY Kahofi


Indénié : les bassins de retenue comme solution

Carrefour de l’Indénié lors d’une inondations (Abidjan, Côte d’Ivoire)

Les inondations spectaculaires du carrefour de l’Indénié à Abidjan seront-ils un vieux souvenir d’ici peu ? Difficile de répondre à cette question pour l’instant mais des signes sur le terrain donnent de l’espoir aux abidjanais.

Depuis la fin de la crise post-électorale, la Côte d’Ivoire est un pays en pleine reconstruction grâce à des chantiers disséminés sur toute l’étendue du territoire. Bien plus que simples chantiers, certains sont de véritables projets sensés venir à bout de plusieurs années d’échec de l’homme face au casse-tête de l’urbanisation. Le projet d’aménagement du site de l’Indénié est l’un de ces projets. Il est financé par la Banque Mondiale à hauteur 1,5 milliard et doit être exécuté sur une période de 6 mois par l’entreprise de Travaux Publics FRANZETTI-CI. L’une des innovations majeures de ce projet est la réalisation des bassins de retenue d’eau. Le rôle de ces bassins est de réduire la vitesse de l’eau, retenir les déchets solides (sachets, bouteilles, pneus…) et le sable.

Trois bassins pour stabiliser les eaux

Partant d’Abidjan nord vers le Boulevard lagunaire, le premier bassin est visible au niveau du quartier Washington. Dans le versant de ce quartier voisin au Lycée Technique d’Abidjan se situe un bassin de 5 m de profondeur. Avec un volume de 45.000 m³, ce bassin reçoit les eaux des quartiers d’Abobo, Zoo, Dokui-Est, II Plateaux et Agban. Le deuxième bassin est situé à Adjamé Fraternité-Matin. D’une superficie de 12.154 m² pour un volume de 34.000 m³ et une profondeur de 3 m, le bassin reçoit les eaux de Dokui-Ouest, Paillet, Williamsville et Adjamé. Le troisième bassin est le fruit de la fusion des anciens canaux C1 et C2 chargés d’évacuer les eaux vers la lagune. La destruction de la bande de terre-plein qui séparait les deux canaux à permis de créer un bassin de 53 m de largeur pour 3 m de profondeur. Ce dernier bassin est le plus proche de la lagune et reçoit l’eau des deux premiers bassins en amont.

Chacun des bassins a l’aspect d’un lac artificiel et est scindé en deux parties par un déversoir. La première partie du bassin est le décanteur et la seconde le bassin de stabilisation. Quant au déversoir il est un muret à face creuse qui sert à amortir la vitesse de l’eau. Il est surmonté d’une grille de rétention pour les déchets solides. A chaque extrémité du déversoir sont logés des regards. Un dispositif permettant l’évacuation du trop plein des bassins en cas de forte pluie.

Fonctionnement des bassins

Comme son nom l’indique, le bassin sert à retenir l’eau mais au-delà il joue un rôle important dans l’élimination des déchets solides et le sable. En effet ces deux éléments ont contribué largement à boucher les canaux d’évacuation des eaux vers la lagune. Leur élimination en amont constitue une première victoire dans la course de l’eau vers la lagune. Les eaux en provenance des zones géographiques citées au paragraphe 2 arrivent directement dans les bassins de Washington et d’Adjamé Fraternité-matin. Elles subissent un premier traitement : le sable et les déchets solides se déposent au fond des décanteurs. Les eaux coulent ensuite vers les bassins de stabilisation et les déchets plus légers (sachets) qui auront échappé aux décanteurs sont stoppés par les grilles des déversoirs. Les eaux ainsi débarrassées des déchets se déversent dans le troisième bassin. Les eaux perdent de nouveau de la vitesse et des déchets puis deux canaux les conduisent vers la baie de Cocody !

Les bassins : un bien à entretenir

Bien qu’utiles, les bassins doivent bénéficier d’un entretien pour être toujours opérationnel. La première étape de cet entretien consiste au retrait quotidien des déchets solides qui sont soit à la surface de l’eau soit au niveau des grilles du déversoir. Au même titre que les ordures ménagères dans les quartiers, les ordures des bassins de retenue d’eau de l’Indénié doivent faire l’objet d’un enlèvement quotidien pour éviter qu’ils n’obstruent de nouveau les canalisations. Pour faciliter l’écoulement des eaux entre les bassins, les dalots qui les relient doivent être continuellement débouchés. Une fois l’eau des bassins drainée vers la lagune, les bassins vides se prêtent enfin au curage pour l’extraction du sable et des autres déchets solides. A ce niveau le sable récupéré peut faire l’objet d’une exploitation par des entreprises privées. En réalité le sable qui se dépose au fond des bassins n’est pas de la vase inutile. Une fois séché et débarrassé des ordures, il peut servir pour divers travaux de construction. Au-delà de toutes ces dispositions, le véritable entretien vient des populations situées le long du bassin du Gourou. En effet les bénéficiaires directs du projet sont les populations des quatre communes que sont Adjamé, Abobo, Cocody et le Plateau. Il s’agit d’une population estimée à 2.800.000 personnes dont 495.000 riveraines. Les populations riveraines et les ramasseurs ambulants d’ordures doivent comprendre que les caniveaux et autres canaux d’évacuation ne sont pas des poubelles. Ils doivent éviter d’y jeter des ordures et au-delà s’abstenir de construire sur les caniveaux.

SUY Kahofi


Mode Ivoirienne : le pire est à venir !

« Si hier elles avaient le courage de mettre des dessous, aujourd’hui elles n’en mettent plus ! »

Le 22 juillet 2010 je signais sur le site d’information en ligne Avenue.225.com un article sur les pantalons à taille basse qui ont fait leur entrée dans la garde robe des Ivoiriennes. Le post baptisé « Mode : Les taille-basses, ces pantalons qui scandalisent de plus en plus » avait été repris par les observateurs de France 24 et par plusieurs blogs. Il a suscité un vif débat entre ceux qui se disaient partisans de la liberté de la femme sur tous les plans et les défenseurs de l’éthique vestimentaire féminine. Bien que de nombreuses personnes aient conclu que les pantalons à taille basse contribuaient à dévoiler l’intimité des femmes et qu’il fallait les mettre en respectant certaines règles, les pantalons à taille basse ont continué à attirer un nombre incalculable de fans. Petites ou grandes, jeunes ou âgées, le nombre de femmes qui ont adopté le style est toujours plus élevé. Certaines sont plus discrètes, d’autres demeurent provocatrices à souhait avec les strings et autres cache sexe qui débordent gracieusement à l’arrière du jean ! C’est particulièrement au sein de cette deuxième catégorie de femme que la mode des pantalons à taille basse a subit une nouvelle évolution. Avec elles on serait tenté de dire que le pantalon est passé de son statut de taille basse à TAILLE TRES TRES BASSE !

Opération CD et DVD !

« Si hier elles avaient le courage de mettre des dessous, aujourd’hui elles n’en mettent plus ! » Cette phrase, véritable cri de cœur d’une mère indignée par les dérapages de la gente féminine est un sentiment partagé par de nombreux Ivoiriens. La nouvelle mode des pantalons à taille basse suggère que pour ‘’plus de sensualité’’ les femmes ne mettent plus RIEN en bas et surtout dévoilent les fesses au 1/3. Le choix du pantalon pour être dans cette mouvance se fait selon le critère principal suivant : le pantalon doit être petit dans tous les sens du terme. La ceinture plus serré, la taille 4 à 5 cm en dessous de la votre, l’arrière du jean en ‘’U’’ ou en ‘’V’’ et surtout un petit tee-shirt qui ne doit pas dépasser le nombril. Ce résultat est une combinaison parfaite entre de DVD et le CD, DVD pour Dos et Ventre Dehors et CD pour Cul Dehors ! (excusez moi !) La petitesse du tee-shirt oblige un autre exercice : une épilation rapprocher surtout au niveau du pubis. Aguicheuses, provocatrices, séductrices, dévergondées, dépravées…les noms ne manquent pas pour décrire celles qui ont adopté cette nouvelle tendance des pantalons à taille basse. Si à l’origine certaines jeunes filles s’habillaient ainsi juste pour les boites de nuit, aujourd’hui le style semble se foutre éperdument du lieu ou du temps. « D’ici peu nos filles vont se balader toutes nues comme des truies ou des vaches encore que celles-ci sont couvertes par des poils et que le créateur les a mise à quatre pattes pour ‘’tout’’ cacher ! Que recherchent nos enfants ? » s’interroge Mme N’guessan une mère de famille d’une soixantaine d’année. La maman nous confie que lutter contre cette mode semble être un combat perdu pour les parents chose que confirme Mr Houssou. « Elles sortent bien habillées de la maison avec ces pantalons qui mettent tout dehors dans leur sac. Au détour d’une ruelle ou même au domicile d’une copine elles se changent et se jettent dans la ville. C’est décevant mais peut être bien qu’au moment où je vous parle ma propre fille est vêtue ainsi quelque part dans Abidjan » conclu tout triste notre interlocuteur.

Isa, Francine et Collette des jeunes filles que j’ai eu la chance d’interroger sont pour le port du pantalon à taille basse mais estiment que cette nouvelle exagération est une de trop ! « La Côte d’Ivoire sort de crise et la violence est omniprésente partout. Les gens se font agresser à tout bout de champ : les femmes doivent être prudentes. Cette prudence s’impose à tous les niveaux car aujourd’hui les hommes n’hésitent plus à mettre nu des femmes mal vêtues ou considérées comme dépravées ou voleuses » s’inquiète Collette.

Vu son caractère choquant, retrouvez la vidéo illustrant cette partie de l’article sur mon profil facebook en cliquant sur ce lien : https://www.facebook.com/photo.php?v=472761316085759

Isabelle (Isa) va plus loin et estime que les pantalons à taille basse de petites tailles que les jeunes filles portent pour laisser voir leurs parties intimes peuvent occasionner des agressions. « Même en boite de nuit un groupe de jeunes peut vous suivre dans les toilettes et le pire peut se produire. La sensualité ne s’exprime pas forcément en se baladant nu : on peut être couverte et être désirable, glamour » conclu la jeune fille. Quant aux défenseurs des pantalons à taille très basse, ils vous diront que tout Ivoirien qui condamne n’est pas fashion, n’est pas tendance…deux nouvelles expressions Ivoiriennes pour dire être à la mode.

SUY Kahofi


Armée Ivoirienne : un malaise né du recrutement et du DDR

Sont-ils tous des parvenus en uniforme ?

Pour être un peu plus informé sur la situation sécuritaire qui prévaut en Côte d’Ivoire en ce moment je me suis rendu dans les communes d’Abobo, d’Adjamé et d’Attécoubé (Abidjan nord), des communes où durant la crise j’avais des informateurs. Il faut dire que j’ai gardé de bons contacts avec ces hommes qui hier me parlaient exclusivement au téléphone. Certains, des ex-combattants, sont restés dans l’armée (si on peut appeler ça comme ça !), d’autres n’ayant pu rester en uniformes sont retournés à leurs premiers amours ! Mécanos, apprentis gbaka, boutiquiers…chacun est retourné à son business. Ceux que l’armée n’a pas gardé sont marqués par la colère, ceux qui ont été retenus sont tout aussi en colère. La raison de la grogne est toute simple : « le recrutement de la nouvelle armée d’Alassane Ouattara s’est fait sur la base ethnique et sur la reconnaissance aux combattants les moins méritants » soutient celui que je décide d’appelé Freddy. L’armée Ivoirienne actuelle n’est composée selon lui que des éléments de la garde prétorienne des ex-Com Zone et de quelques combattants chanceux. Chanceux parce qu’étant des proches de haut-gradés des FAFN (forces armées des forces nouvelles). « Le Vieux (Soro Guillaume) a gonflé les chiffres sur ses combattants pour troubler le sommeil de Gbagbo » nous lance moqueur Freddy avant de conclure que « Soro a fait sa guerre avec moins de 5000 hommes ( !?!) ». Difficile de dire si le jeune homme dit vrai mais une chose est sûre c’est qu’il sait au moins comment de nombreux combattants ont été écarté des rangs des FRCI depuis la fin des combats d’Abidjan.

Des parvenus en uniforme !

« Parmi les éléments des FRCI il y a trois catégories de personnes » m’explique celui que j’ai connu il y a quelque temps sous le nom de caporal Diarra. Il y a les ‘’an sègèla’’ (terme malinké signifiant ‘’les fatigués’’, les anciens). Ils combattent le régime de la refondation depuis 2002. Suivent les hommes baptisés ‘’les ralliés’’ ! Certains viennent des unités combattantes d’Abobo qui se battaient depuis la fin des élections contre les FDS et les autres sont des débarqués pro-gbagbo, chassés de l’armée à cause de leurs noms trop Dioula ! De tous ces hommes, mis a part les ‘’an sègèla’’, rares sont ceux qui sont restés militaires. « Ceux qui sont actuellement considérés comme des FRCI sont en fait les cousins, les amis et les frères des certains haut-gradés de l’actuelle armée. Ils sont des parvenus : des hommes qui savent à peine se servir d’une arme qui ont été mis en uniforme à notre place » s’indigne Ben. Il suffisait donc d’avoir un frère, un cousin ou un ami quelque part dans la hiérarchie militaire pour que sans jamais avoir eu une kalachnikov entre les mains vous deveniez Petit Sergent ! Sous fond de leurs exploits contre les troupes pro-gbagbo Ben me confie que si au moindre accrochage ces soi-disant soldats se faisaient canarder aussi facilement c’est parce qu’ils ne sont ni formés, ni aptes à se battre pour sauver leur propre peau à plus forte raison sauver celle des autres. « Ils n’ont jamais été des militaires et les attaques sont aujourd’hui le résultat de l’arbitraire qui a prévalue leur de la refonte de l’armée » conclu Ben. « Il y a peu de chose que les haut-gradés de l’armée acceptent de dire au Président de la République » pense T.J. Le plus jeune combattant d’une unité d’Abobo est aujourd’hui sur le carreau. Il fulmine à l’idée de savoir que leur combat contre Gbagbo est aujourd’hui mis à l’actif « de personne qui étaient terrées chez elles quand les obus pleuvaient sur la commune martyre ». TJ prétend avoir des contacts parmi ses camarades restés dans l’armée. Il confirme que certains attaquent des domiciles ou braquent des commerçants pour se faire de l’argent. « Demande à tous ces vieux qui nous ont donné les gris-gris durant la guerre. Ils nous ont interdit le vol ! Tous ceux qui volaient même une aiguille mourraient au combat. Or certains soldats aujourd’hui sont chassés de l’armée pour vol » s’indigne le jeune homme. Ce que la majorité des Ivoiriens ignorent, c’est que les oubliés du recrutement de la nouvelle armée sont encore sollicités par leurs anciens chefs ! « Tu sais ils n’ont pas honte ! Quand ‘’ça’’ chauffe, ceux que vous voyez en uniforme à la télé savent où nous trouver. On nous a retiré nos armes, chassés de l’armée comme des malpropres…et aujourd’hui avec les morts c’est nous qu’on vient chercher encore ? » se demande étonné Sékou. Il me balance le nom de deux Com zones sous le contrôle de TJ qui confirme que les deux hommes étaient bien à Abobo au lendemain des attaques d’Akouédo. Objectif tenté de convaincre les ‘’oubliés’’ de rejoindre la ‘’cause’’ ! « Lorsque tu es passé au mois de mars je t’ai dis qu’il viendront nous chercher un jour ! Moi je ne me sens plus concerné par quoi que ce soit » me dit tout sec Sékou avant de conclure en ces termes « que ceux qu’ils payent aillent justifier leurs salaires ».

Des vendeuses aux opérations de DDR !

Deux des hommes qui me servaient d’informateur durant la crise sont de vrais soldats. Ils étaient à une certaine époque membres de la très respectable garde républicaine. Aujourd’hui ‘’affecté’’ dans une insignifiante unité ils regrettent la manière dont le DDR a été conduit. L’ancien caporal me confie que le DDR a été mal conduit à la base. « Le jour où les postes de recensement ont été ouverts, des vendeuses du marché sont venues se faire enrôler ! Des jeunes filles, des petits garçons, même des vieillards tordus par le rhumatisme étaient là. Aucun sérieux ! Du pur gâchis depuis le premier jour. Quelle armée voulez-vous avoir au bout ? » s’interroge notre interlocuteur. Les hommes retenus par les haut-gradés de l’armée étaient déjà connus. Leurs noms figuraient déjà sur des listes qui ont été transmis à l’Etat Major. Les hommes de métier, formé à coup de million par l’Etat Ivoirien se retrouvent à être les subalternes d’homme qui savent à peine lire et écrire. « Par peur que le canon des fusils entre nos mains ne se retournent contre eux, ils ont préféré nous laisser sans arme ! Nous sommes militaires mais sans arme ! » soutien le caporal. Cette même politique des hommes sans armes est aussi menée envers ceux qu’on continue d’appeler ‘’les hommes de Gbagbo’’. Des militaires qui ne se sont pas ralliés à temps ! Quant au traitement salarial il est aussi incertain que la condition de militaire elle-même. Doukouré, un autre soldat qui s’est illustré pour son aptitude à dérober des minutions aux troupes pro-gbagbo, me dit avec amertume qu’il tente de vivre au jour le jour avec ce qu’on accepte de lui donner. « Il y a des fins de mois où quand je passe ma carte magnétique j’ai la moitié de mon blé ! Certains mois je n’ai rien mais vers qui me tourner quand je connais ma position ? ». Les deux hommes me confient que les frustrations au sein de l’armée sont grandes. Pour eux il va falloir du temps et une véritable volonté du Chef de l’Etat pour créer une vraie armée. « L’armée est politisée ! Les militaires se boudent, ils se regardent comme des ennemis parce que certains trouvent que les autres n’ont pas leur place dans la nouvelle armée. C’est une équation difficile mais pas impossible à résoudre » affirme confiant Doukouré qui estime que l’armée est à l’image du pays. Un pays divisé pour une armée encore morcelées en clans ethniques et politiques.

SUY Kahofi