Kahofi SUY

Captivantes séries latinos sous le soleil d’Abidjan

Hors de question de manquer Frijolito ce soir !

Les séries brésiliennes et mexicaines introduites dans le programme télévisé de la RTI depuis 1988 après le sacre d’une première série américaine sont devenues incontournables et surtout très appréciées. Les femmes constituent le taux le plus important de téléspectateurs fidèles à ces rendez-vous du petit écran. Le phénomène ‘’des petits films’’ de 19 heures est tellement fort en Côte d’Ivoire que le journal satirique Gbich lui a consacré un numéro spécial. Selon son Directeur de Publication Mr Zohoré Lassane, les télénovélas sont devenues une véritable culture pour certains Ivoiriens : ils écument toutes les chaînes sur le câble à la recherche de ces séries. « En Côte d’Ivoire ne vous amusez pas donner rendez-vous à une femme ou une jeune fille à 19 h : elle ne viendra pas ! C’est comme un moment incontournable de la journée pour les accros des télénovélas et ceux-ci sacrifient même des activités professionnelles pour ne pas manquer un épisode » souligne le journaliste. La première série latino à accrocher le public Ivoirien fut Dona Beïja. L’histoire d’une pimpante jeune mexicaine au déhanché torride a séduit les femmes Ivoiriennes. C’était pour elles une nouvelle manière de vivre une romance par le canal du petit écran. La lutte pour un amour impossible entre Dona Beïja et Antonio Sampayo l’élu de son cœur attirait les téléspectateurs tous les dimanches. « Ah Dona Beïja ! » s’écrie le Pasteur Célestin Kouadio. « Cette série était tellement suivi par les Ivoiriens que si le dimanche la messe durait trop, c’était le temple qui se vidait ! Chacun courrait pour voir le film même certains hommes ! Les enfants ont composé des chansons avec le nom des personnages pour sauter à la corde et les commerçants ont vendu des milliers de produit dérivés. Il y avait même un pagne Dona Beïja ».

Attrait 100% féminin (?)

Après Dona Beïja, les séries latinos notamment brésiliennes ont commencé à être plus présentes dans le programme de la télévision. D’une seule au début, elles sont passées à quatre par semaine ! Il est vrai que les femmes constituent le gotha des premières admiratrices mais de plus en plus elles attirent aussi les hommes. « Moi j’aime tout ce qui est romantique et les télénovélas nous présentent un autre cinéma moins violent et plus passionnant. Les femmes aiment beaucoup les histoires d’amour et aussi la manière dont les stars s’habillent » souligne Doumbia Fatim aide soignante. « Au début ces séries ne me disaient rien mais à cause de ma femme je suis devenu accro. Aujourd’hui j’éprouve une certaine passion à les regarder. Ça me permet de comprendre aussi le comportement des femmes qui le plus souvent sont les actrices principales de ces séries » précise Grah Zacharie vigile. Frédéric Coulibaly regrette quant à lui que certains vouent un culte à ces séries. « Ça devient souvent comme une obsession pour certains au point d’être en colère quand ils manquent un épisode ou que quelqu’un fait du bruit quand ils sont devant la télé. Des femmes qui manquent de faire la cuisine ou des hommes trop pressés qui font des accidents en voiture sont des faits que la presse rapportent et qui font rire rien que d’y penser ».

Suy Kahofi


« La démocratie s’impose aussi par le canon »

Troupe de l’ECOMOG embarquant dans un C-130E de l’armée Américaine

Ce mardi matin (ndlr hier 11 janvier), un contact à Abobo PK 18 me signale un ballet de cargos et de pick-ups de la BAE (Brigade Anti-émeute) et de la Garde Républicaine. Alors que je me rendais sur les lieux, le quartier était bouclé : la raison de cette présence policière serait une chasse aux rebelles. Inutile de revenir sur le bilan humain de l’opération car tout le monde le connait ! Ma journée d’hier ne fut pas aussi vide bien au contraire j’ai eu la chance de tomber sur un témoin de ce que peut-être la force légitime de la CEDEAO. Pour lui, si la Côte d’ivoire ou plutôt Laurent Gbagbo et ses partisans s’entêtent à garder le pouvoir « l’ECOMOG aura toutes les cartes en main pour sévir ».

Sam Newator voici le nom que me donne le jeune libérien d’environ 36 ans. L’homme regardait d’un œil assez distrait le siège du HCR par ses compatriotes. Après quelques politesses et une rassurante cigarette l’homme se propose de me raconter sa guerre à lui autour d’une bière. Difficile de dire si mon interlocuteur n’a pas monté un scénario hollywoodien mais une chose est sûre c’est qu’il me parlait avec beaucoup d’assurance. « J’ai été une jeune recrue de prince Johnson puis envoyé en Sierra Léone j’ai déserté et je me suis retrouvé à combattre aux côtés de Fodey Kalet, un jeune chef rebelle aux pratiques d’ivrogne qui vivait plus de rapts et de vols commis dans les autres camps rebelles » affirme le jeune homme. Il me dira que la guerre il l’a vécue et que c’est bien l’une des dernières choses qu’il puisse souhaiter à un peuple. « Quand les Ivoiriens me disent qu’ils ont vécu la guerre je me moque d’eux car la guerre ce n’est pas quelques jours d’accrochage entre forces loyalistes et rebelles. La guerre c’est le chaos et un chaos total ! Le chaos est tel que les hommes politiques n’ont même pas le temps de s’asseoir autour d’une table de négociation ! » déclare Sam. « J’apprécie la Côte d’Ivoire parce que les gens se parlent mais avec la crise post-électorale et ces meurtres en série les choses risquent de se gâter ! L’action des médias ne favorise pas aussi l’instauration d’un climat apaisé et cela m’inquiète. La Côte d’Ivoire s’enlise dans une crise et au fur et à mesure que les négociations échouent, le potentiel usage de la force devient une réalité ».

A ce moment de son récit Sam prend un ton plus sérieux, plus grave en prononçant le mot ECOMOG ! « J’ai eu la triste opportunité de les voir sur deux théâtres d’intervention et si les rebelles les appellent ECOWAS Bad Dog c’est parce qu’ils savent que ces militaires ne sont pas des enfants de cœur ! Ils ont les moyens et surtout l’audace de faire plier les chefs de guerre même les plus téméraires ! Ils ont bouté Taylor hors du Libéria et imposé des élections en Sierra Léone en rasant pratiquement Freetown. Que la Côte d’Ivoire ne pousse pas la CEDEAO à faire venir ces militaires ici sinon ce peuple va le regretter toute sa vie ! » souligne inquiet le jeune homme. Pour lui l’armée de Laurent Gbagbo quelque soit les armes qu’elle aura ne pourra pas tenir face à des hommes rompus à l’art du combat depuis des années surtout quand ceux-ci ont fait disparaître de l’histoire des conflits ouest-africians des groupes rebelles entiers. Il nous dira que tous ces pays qui font semblant de soutenir Gbagbo ou d’être neutres seront les premiers à faire venir des troupes lorsque les USA et la France ouvriront le tiroir pour financer l’opération militaire.

« Les occidentaux, je veux parler de la ‘’grande communauté Internationale’’ ont les moyens d’imposer la démocratie en Afrique par tous les moyens y compris par les MIRAGES et les F16. Un embargo serait invivable pour ce pays et c’est parce que certains Ivoiriens ignorent les retombées d’un embargo qu’ils prétendent pouvoir tenir. Je prie que la CEDEAO n’intervienne pas ici car je suis fatigué de marcher d’un pays à l’autre » déclare Sam en riant. Son vœu s’est que la classe politique puisse trouver une solution négociée et pacifique à la crise car le ton belliqueux des autorités fidèles à Laurent Gbagbo face à la CEDEAO joue à leur désavantage.

Suy Kahofi


La presse Ivoirienne en cure éditoriale à Accra

La presse Ivoirienne a un rôle important à jouer dans la crise

Les 7 et 8 janvier 2010, sur initiative de Media Fondation for West Africa dont le siège se trouve à Accra au Ghana, les organes de presse d’Afrique se sont réunis dans la capitale ghanéenne pour réfléchir sur les nouvelles stratégies visant à promouvoir la presse et les médias en Afrique de l’ouest. Invité spécial de cette rencontre, la presse Ivoirienne qui dans un contexte de crise post-électorale devait recevoir de une aide éditoriale et faire un monitoring de la situation des médias en Côte d’Ivoire.

Les professionnels des médias représentants la Côte d’Ivoire ont pris d’importantes résolutions pour contribuer à asseoir un climat de paix en Côte d’Ivoire et contribuer à un dénouement heureux et surtout pacifique de la crise. Dans les jours avenirs les professionnels des médias organiseront un forum avec les protagonistes de la crise. Cette table ronde aura pour mission d’exposer le point de vu des hommes de média sur la résolution de la crise et à ce niveau le président du CNP (Conseil National de la Presse) Eugène Djé Kacou souligne que la presse doit prendre ses responsabilités. « S’il n’y a plus de pays il n’y a plus de médias et donc nous devons contribuer au retour de la paix. On accuse le plus souvent les médias d’attiser le feu du conflit en Côte d’Ivoire, je crois qu’il est temps pour nous d’apporter de l’eau afin d’éteindre ce feu ». Au-delà de ce forum les journaux Ivoiriens devront s’engager dans la rédaction d’éditoriaux communs quelque soit leurs bords ou leur ligne éditoriale fut-elle dictée par un parti politique. Si la presse Ivoirienne s’accorde à réussir ce projet elle sera d’une importance capitale pour la résolution de la crise dans la mesure où les principes d’impartialité et de neutralité seront respectés. Il est prévu également la rédaction de message de paix et de tolérance à la une des différents canards Ivoiriens.

Suy Kahofi


FIFA Ballon d’Or : Et si après Georges Weah l’Afrique remettait le couvert ?

A quand le retour du ballon d'or FIFA en Afrique?

Les joueurs de talent on les compte par dizaine sur le continent africain et personne ne me dira le contraire. De Samuel Et’o fils à Didier Drogba en passant par Assamoah et les autres l’Afrique semble être le premier fournisseur de tibias frais du football Européen ! Ces jeunes gens brillent sous les projecteurs des grands stades mais doivent revenir à chaque fois sur le continent pour recevoir leurs distinctions. Trophées Africains du meilleur joueur de l’année décernés par la CAF  et puis c’est tout ! Je ne dis pas que célébrer ces joueurs sur le continent est une mauvaise chose mais je crois qu’il est temps pour les joueurs africains d’honorer le continent comme Georges Weah l’a fait. « Il y a plus de fierté à ramener des trophées sur le continent qu’à recevoir des trophées du continent ». Qu’est ce qui cloche entre les joueurs africains et le Ballon d’Or FIFA ? Le jury est trop sévère envers l’Afrique ? Pas si sûr puisse que Georges Weah l’a déjà reçu. Pour les quelques analystes que j’ai pu écouter ou lire au fil des années, les performances en dent de scie des joueurs africains sont à l’origine de leur échec. « Difficile de trouver un joueur africain à même d’enchaîner deux bonnes saisons deux années de suite » s’inquiétait un journaliste sportif Ivoirien. Si le joueur brille en club, il est un fantôme sur le terrain en équipe nationale. Georges Weah ne fut ni le plus célèbre joueur africain de son temps, ni le meilleur joueur de sa génération pourtant sa vie peut inspirer ceux qui sont avides de gloire et de grandeur dans le foot. On reconnaîtra, en parcourant les lignes de sa carrière qu’il fut discret mais efficace sur l’aire de jeu, qu’il a brillé non pas par ses frasques en dehors du terrain mais par sa combativité ! Il a certainement à son actif moins de coup de poing et de coup de tête que nos stars d’aujourd’hui ! Et si au fond ce qui a fait la différence avec Georges Weah est ce qui manque aux joueurs africains aujourd’hui ? C’est vrai qu’un joueur vous dira qu’il joue pour son plaisir et le reste (l’argent et les distinctions) viennent après. Mais en toute sincérité un joueur c’est aussi un palmarès et la consécration planétaire par les trophées et distinctions qui glane. Si Samuel Et’o et Didier Drogba arrêtaient de jouer au foot ce matin le CV du premier sera plus garni que celui du second et chacun sait pourquoi ! Alors un Ballon d’Or a toute son importance dans une carrière et laisse également une marque dans toute l’histoire d’un pays et même d’un continent !

Suy Kahofi


ONUCI Fm, la radio la plus écoutée depuis un mois !

Techniciens de ONUCI fm (source picasa google.com)

Malgré les propos de plus en plus hostiles à l’endroit de l’opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire, sa radio est la plus écoutée…

Voici environ quatre semaines que dans un contexte de crise post électorale en Côte d’Ivoire je me suis aventuré à mener des enquêtes (sondages) auprès des Ivoiriens sur leurs habitudes d’information. Dans un précédent article sur la presse ivoirienne, j’ai tenté tant bien que mal de mettre en lumière les tendances de lecture des journaux nationaux. Cette fois ci j’ai décidé de rendre les conclusions d’un petit sondage sur les radios dédiées à l’information et émettants depuis Abidjan. Sur un échantillon d’environ 1200 personnes allant du cordonnier au cadre de banque en passant par la coiffeuse et l’enseignant, je me suis rendu compte que ONUCI Fm est la radio la plus écoutée. Une seule question au centre  de ce sondage : quelle est la radio que vous écoutez depuis le 28 Novembre ?

Les facteurs favorisants le succès d’ONUCI Fm

L’une des raisons principale pour laquelle ONUCI Fm à glaner un nombre important d’auditeurs est le silence de RFI notamment à Abidjan ! En l’absence de la chaîne française considérée comme la bête noire du régime Ivoirien, un nombre important d’habitants se sont rabattus sur la fréquence de la paix pour trouver un contre poids aux informations diffusées par les radios de la RTI. Depuis le début de la crise, l’écoute de la radio est passée de son caractère de distraction (divertissement) à celui d’information. Partisans du RHDP et même du LMP écoute ONUCI Fm pour disent-ils « comparer l’information ». En effet les Ivoiriens, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ne se bornent pas à boire le calice des nouvelles venues des chaînes d’information publique. En huit ans de crise les Ivoiriens ont compris combien de fois le contrôle de l’information joue un rôle important dans l’endoctrinement des masses. « Certains peuvent dire que ONUCI Fm est une radio partisane mais elle au moins à le courage de tendre son micro à tous les protagonistes de la crise : il y a donc un certain équilibre. Les journalistes n’utilisent pas des propos haineux ou orduriers et ça personne ne peut le nier » affirme Sinan Ismaïla. « Moi j’apprécie également l’instauration d’un flash chaque heure avec des informations actualisées » déclare un chauffeur de taxi qui a préféré garder l’anonymat. Au-delà de l’information, ONUCI Fm joue la carte de la proximité en diversifiant ses unités de valeur. Les chaînes musicales perdent jour après jour leurs auditeurs et cela s’explique selon N’guessan Oscar par la subtilité du programme de la radio des Nations Unies. « Ils ont une bonne programmation musicale et de bons magazines qui ne vous donne pas le courage de toucher au tuning de votre récepteur ! Ils nous offrent des anciennes chansons qui attirent tous les âges ! ». En plus d’émettre 24/24 à Abidjan ONUCI Fm couvre plusieurs localités du pays avec des relais et un réseau de correspondants rendant compte en temps réel de la situation sur le terrain.

C’est la que radio des Nations Unies en Côte d’Ivoire n’est pas appréciée par tout le monde. On lui reproche notamment son soutien au Gouvernement du Premier Ministre Guillaume Soro et d’être « la voix des Forces Nouvelles ». Certains Ivoiriens nous ont également dit avoir été intimidé ou même molesté pour avoir écouté ONUCI Fm. Enfin les trois quartiers ou la chaîne est la plus écoutée sont Treichville, Abobo et Port-Bouët.

Suy Kahofi