Kahofi SUY

Le Port Autonome de San-pédro et la vente du cacao

Navire au large du port de San-Pedro

San-pédro, la grande cité balnéaire du sud-ouest de la Côte d’Ivoire abrite le premier port d’exportation ouest-africain du binôme café-cacao. Deux semaines après le décret du premier Ministre Soro Guillaume portant suspension des exportations du café et du cacao pour une période d’un mois, les professionnels de la filière ressentent déjà des difficultés à l’image de ce camionneur stationné à l’entrée du Port Autonome de San-pédro et visiblement mal informé de la situation sur le terrain. « Voici deux jours que je suis stationné à l’entrée du port : on nous refoule ! On arrive pas à décharger la marchandise et certains collègues nous ont dit que des usines ont déjà fermé et que d’autre vont suivre ».

Faute de matières premières brutes, les usines de stockage et de traitement ferment les unes après les autres. Cette situation menace directement des centaines d’emplois  notamment les contractuels tels que les chauffeurs, les chargeurs, les manœuvres au levage, les trieurs et une certaine catégorie d’usiniers qui vivent au jour le jour du revenu direct du café et du cacao. « Je suis un journalier: c’est ce que je gagne chaque jour qui me permet de vivre et je suis payé quand je travail. Sans le cacao je ne pourrait pas nourrir ma famille » affirme Olivier. Qu’en est-il des coopératives agricoles et d’exportation de la filière ? Comment vivent-elles cette situation ? Quels sont les problèmes auxquelles elles font face ? Elément de réponse avec Sylvestre Kouadio Directeur de la COPAME, Coopérative Agricole de Ménégbé située dans la Sous-préfecture de Gabiadjy. « Les coopératives se sont évertuées à faire venir leurs produits et nous sommes venus butter sur le refus des sociétés exportatrices et là nous sommes confrontés à plusieurs problèmes. Il faut payer le transporteur qui a convoyé le cacao, le stockage pose problème ce qui risque de détériorer le cacao et le produit ne trouve pas d’acheteur ».

Le Port Autonome de San-pédro fidèle à son dynamisme habituel fonctionne correctement. Son Directeur Commercial Guy Manoir nous dresse l’état des lieux et nous présente les perspectives qui s’offrent aux opérateurs de la filière dans les jours avenirs. « En 2010 nous avons exporté 1.200.000 tonnes et pour 2011 nous espérons un trafic autour de 1.300.000 tonnes. Le cacao qui est stocké nous disons que c’est pour une période momentanée. Nous allons peut être faire du surstock mais au finish nous allons exporter. Cette situation va arranger les exportateurs puisse que les prix auront grimpé ».

La filière café-cacao en Côte d’Ivoire permet à des milliers de familles Ivoiriennes de vivre. La décision du gouvernement Soro de suspendre les exportations sera lourde de conséquence dans l’immédiat pour les paysans dont le binôme agricole représente la seule source de revenu.

Quand bien même les exportateurs sollicités ont poliment décliné notre offre de se prononcer sur la situation, ils reconnaissent dans l’ensemble que l’arrêt des exportations pourrait entraîner la fermeture de plusieurs entreprises et par ricochet accroître le taux de chômage dans la région et dans tout le pays. Notons que 80% des entreprises exportatrices dont le géant américain CARGILL, l’entreprise CEMOI et le Chocolatier SACO suivent à la lettre cette mesure de suspension des exportations du café et du cacao.

Suy Kahofi


Compaoré stay out !

Les jeunes patriotes récusent le Président du Faso

Rues du Plateau désertes, dispositifs de sécurité impressionnants et quasi exceptionnels, check-points interminables des jeunes patriotes…Voici le visage qu’offrait le Plateau centre des affaires abidjanais en ce jour de meeting de la galaxie patriotique. Sur ordre du général de la rue, Charles Blé, désormais ministre de la jeunesse et de l’emploi du gouvernement de Laurent Gbagbo, les jeunes patriotes se sont réunis à la place de la République pour manifester leur opposition à l’arrivée du facilitateur Blaise Compaoré à Abidjan ce 05 février. Le quorum des rassemblements ordinaires du général ne fut pas atteint en cette journée car on pouvait compter entre 16.000 et 20.000 personnes sur la place. De nombreux militants ont préféré rester chez eux pour éviter des affrontements entre militants LMP et RHDP puisse qu’une marche de l’opposition était aussi prévu en ce jour. Le discours du général fut le même : patriotisme, ferme opposition à l’ingérence dans les affaires Ivoiriennes et refus du dicta de l’occident en Afrique. Sur les raisons réelles de sa mobilisation Charles Blé Goudé s’est voulu claire. « Il ne faut pas voir Blaise Compaoré dans le panel comme le président du Burkina. Ce n’est pas Compaoré qui est dans le panel c’est Nicola Sarkozy » a-t-il déclaré. Pour lui, l’UA doit revoir la composition du panel et retirant le président du Faso car « Compaoré est un acteur de la crise ». [youtube nqbMrbIYSPw 400 300]

Arrêtons de nous plaindre !

Que faut-il à la fin pour que l’Ivoirien soit satisfait ? Toutes les propositions semblent ne pas faire l’affaire d’un camp à chaque fois ! Aujourd’hui c’est les jeunes patriotes qui ne veulent pas de Compaoré or les mêmes ont salué hier la facilitation du même Compaoré à l’occasion des accords de Ouaga. Blé Goudé accuse Compaoré de soutien à la rébellion et à le voir défendre sa thèse on se rend compte que c’est seulement depuis de 16ème sommet de l’UA qu’il le sait ! Pour quelqu’un qui attaque la Côte d’Ivoire depuis 2002 pourquoi lui avoir laissé le soin de parrainer des accords de paix qui ont conduit à des élections ? Imaginons-nous si l’opposition devait se plaindre de la présence de Jacob Zuma puisse que l’Afrique du Sud a toujours soutenu militairement Laurent Gbagbo ? Pour les jeunes patriotes Sarkozy = Compaoré = Ouattara au RHDP on pourrait dire que Zuma = M’béki = Gbagbo ! Si ce panel doit être taillé comme un costume à la taille de Ouattara ou de Gbagbo, il fera toujours des mécontents ! A force de se plaindre et de défendre nos chapelles on oublie que la Côte d’Ivoire est au bord de l’implosion ! Sachons Ivoiriens qu’un remède peut être terriblement amer avec une odeur désagréable mais s’il doit nous sauver de la mort, bouchons nos narines et avalons-le !

Suy Kahofi


La Rue Princesse d’Abidjan

Rue princesse, Rue de la joie!

« Quand je sors de mon quartier j’ai un peu froid car Yopougon c’est la joie, c’est la célèbre Rue Princesse et c’est surtout l’ambiance ». Ces propos sont ceux de Mr Gbamnan Djidan Maire de la commune de Yopougon qui aime bien présenter sa rue à chaque occasion. Il sait que venir à Abidjan sans visiter la Rue Princesse, c’est être à Paris et manquer de lever les yeux pour contempler la tour Eiffel. La Rue Princesse située dans la plus grande commune d’Abidjan (Yopougon) est la seule rue en Côte d’Ivoire qui compte le plus grand nombre de maquis, bars et cabarets au mètre carré. Ici chaque jour est jour de fête et même en pleine crise post-électorale, on oublie que le pays a des problèmes quand on foule la rue ! La bière coule dans tous les maquis, les filles de joie sont disponibles à tout heure et le commerce de tout genre se développe. En effet la Rue Princesse c’est l’endroit où des familles entières gagnent leur vie. De la vendeuse de poisson braisé au commerçant de sandwich en passant par le vendeur ambulant de cigarettes, ici chacun vient se faire de l’argent. Ce sont des milliers d’abidjanais qui circulent ici chaque soir et rien qu’à voir les commandes de bières livrées chaque jour, on peut facilement deviner le chiffre d’affaire des propriétaires de maquis. Les maquis de la rue sont de véritables PME. Ils embauchent au bas mot 6 à 10 personnes : les serveuses sexy et provocatrices à souhait, le Dj maître du son, le manager sensé attirer la clientèle, les techniciens de surface, les plongeurs et la sécurité !

Le jour, la rue vit au rythme du petit commerce. La nuit, les sonorisations assourdissantes des maquis l’animent jusqu’au petit matin. Avec autant de maquis on se dit que le client aura du mal à choisir. Erreur ! Chacun a déjà fait son choix en foulant la rue : certains aiment le calme et la musique feutrée des bars et d’autres les bruyants maquis où les DJs ne semblent jamais se taire.  « Plus le client est un bon payeur, plus il reçoit les attalaku et plus il prend ses points ! », souligne Dj Sénateur, une des nombreuses voix de la Rue Princesse. Arrêt sur le vocabulaire de la rue : le bon payeur c’est celui qui achète le plus de bouteilles, les attalaku sont des phrases flatteuses débitées sur un instrumental pour vanter les mérites du client, prendre ses points c’est séduire son entourage… Il faut donc connaitre le vocabulaire de la rue pour se déplacer sans problème. Par exemple, la Drogba c’est la grosse bière, la guigui la bière brune, casser le djony c’est commander la bouteille de whisky, siffler la lélé c’est finir sa soirée avec une professionnelle du sexe… Si les abidjanais adorent la rue c’est surtout pour le prix de la boisson qui plutôt bas !

La rue a également son côté obscure fait de descente musclée de policier pour déloger les prostitués et autres dealers de drogue. C’est aussi les filles de joie à peine sortie du berceau et surtout l’homosexualité qui gagne du terrain. Ces quelques tares ne sauraient ternir l’image de la rue qui chaque jour attire un peu plus d’Abidjanais !

Suy Kahofi


Abidjan se débarrasse de ses ordures

Les ordures disparaissent petit à petit

Abidjan la perle des lagunes et capitale ouest-africaine de la joie met les bouchées doubles pour pouvoir se débarrasser des nombreux tas d’ordures qui ont proliféré depuis le début de la crise post-électorale. En effet depuis plusieurs semaines les entreprises d’assainissement de la capitale, privées de l’appui des bailleurs extérieurs n’ont pas pu libérer la ville de ses ordures. Aujourd’hui c’est petit à petit que la ville retrouve son visage de grande mégalopole.

Les bennes et balayeuses de la SAS (Société Abidjanaise de Salubrité) exécutent leur ballet quotidien apportant avec elles un lot toujours plus important d’ordures. Malgré le déploiement exceptionnel d’engin les autres entreprises à l’image de la SAS ont du mal à enlever les dépotoirs sauvages. « C’est vrai que les engins vont et viennent mais c’est pas du tout facile je m’en rend compte moi-même ! Ce dépotoir est monté en trois semaines et pour le moment il nargue les travailleurs ». Ces propos sont de Christine Kouadio une habitante de Cocody Danga qui chaque fois voit les effort entrepris par les balayeurs pour enlever les ordures. « C’est petit à petit que tout va disparaître » déclare Isaac un jeune charretier. Son job à lui consiste à récupérer le contenu des poubelles moyennant des pièces de monnaie. Les charretiers ont une action plus efficace sur le terrain : ils ont la chance de pouvoir collecter les ordures foyer par foyer. Ils soulagent donc les entreprises de la collecte au porte à porte. Dans cette opération de toilettage de la capitale tous les quartiers ne sont pas logés à la même enseigne. Le Plateau centre des affaires occupe la première position, Cocody le quartier présidentiel et ses ramifications suivent, viennent les quartiers d’habitation populaire tels que Treichville ou Yopougon. Il est vraiment salutaire que cette opération d’enlèvement des ordures en cette période de saison des pluies soit une priorité. La prolifération des ordures a occasionné le retour du choléra dans la capitale notamment dans le district sanitaire d’Adjamé ou la  maladie a tué 7 personnes en l’espace de quatre jours.

Les abidjanais placent beaucoup d’espoir en cette opération d’enlèvement des ordures car la capitale était méconnaissable il y a quelques semaines. En l’absence des bailleurs de fond comme la Banque Mondiale qui avait déboursé à l’époque la bagatelle de six milliards pour rendre le cadre de vie du district d’Abidjan propre, on se demande si les Mairies d’Abidjan et les entreprises pourront mener à bien cette tâche ardue.

Suy Kahofi


Sanctions et asphyxies économiques : le revers de la médaille

Asphyxies économiques: l'effet contraire peut se produire

Le Ministre français des affaires étrangères, Mme Alliot Marie à propos de la crise Ivoirienne soulignait que « les sanctions économiques à l’endroit du régime Laurent Gbagbo finiraient tôt ou tard par l’asphyxier ». Je ne veux pas douter de cette stratégie mais les sanctions économiques n’ont pas seulement un côté positif c’est-à-dire faire plier bagage à un régime déchu. Elles peuvent avoir des retombés désagréables pour le gouvernement élu et les populations.

L’argent le nerf de la guerre

Dans le conflit post-électoral Ivoirien, de nombreux chefs d’Etats préconisent le dialogue pour une sortie de crise pacifique. Néanmoins pour éviter que le régime sortant ne puisse dilapider les revenus du pays avant son départ et surtout profiter de ces revenus pour asseoir une dictature, les institutions internationales et les puissances occidentales ont décidé du gel des avoirs des caciques du régime. Cette mesure est payante car elle jette les bases d’une vaste opération visant à couper les vivres au clan Gbagbo. Depuis cette date le contrôle des finances, de la bourse et des avoirs du pays se présente comme une bataille importante dans la guerre politique que se livre les deux camps. Après l’UE, les USA et la France, la CEDEAO et l’UEMOA ont décidé de ne reconnaître que la signature du Docteur Alassane Ouattara. Les côtés positifs de cette décision sont importants : Laurent Gbagbo est privé d’une importante source de revenus. Certaines banques locales, succursales des grandes banques étrangères ne peuvent plus décaisser pour un ordre que son gouvernement émet. La liquidité après un délai très court se fera rare au plan national. La Côte d’Ivoire de Gbagbo qui disait pouvoir se passer du franc CFA et de la BCEAO n’a rien pu faire que de sauter sur les coffres de la banque centrale ! L’arrêt de l’exportation du cacao le prive aussi de recettes d’exportation importantes puisse que le pays est le premier producteur mondial. L’argent du cacao a servi à financer de bout à bout la guerre de Laurent Gbagbo avec la création de nombreuses structures dont le seul objectif étaient de piller les paysans pour enrichir la nouvelle bourgeoisie des réfondateurs. Ces mesures sont si efficaces que c’est haletant que le gouvernement Gbagbo a lancé sa vague de réquisitions, une manière politiquement correcte de dire nationalisation. Après s’être pris pour Martin Luther, Nelson Mandela, tout récemment pour Lumumba, le woody de mama porte aujourd’hui le nom de Fidel Castro de mama ! Ce qu’il oublie c’est que tous les peuples de la terre n’auront pas l’âme des Cubains car chaque peuple a ses habitudes et ses convictions. L’Ivoirien habitué à la bière, aux maquis, au luxe et à la belle vie pourrait-il accepter de vivre en dessous du seuil de pauvreté comme à Cuba ?

L’effet boomerang

Les sanctions économiques envoyées en pleine poire du régime Laurent Gbagbo n’ont pas seulement un côté positif. Bien au contraire elles sont en train de porter des fruits très amers qui risque à la longue de discréditer le gouvernement Soro. Au chapitre de la BCEAO, les Ivoiriens doivent comprendre que la fermeture des agences par Dakar posera le problème de la liquidité si la Côte d’Ivoire décide de rester dans la zone CFA. Les banques Ivoiriennes limitent aujourd’hui tout décaissement à leur guichet à 1 million ! L’absence d’argent frais pour payer les fonctionnaires et surtout les travailleurs du privé devient un problème aussi bien pour le régime en place que pour le gouvernement Soro qui sera présenté comme l’ennemi du peuple. « C’est à cause d’eux qu’on ne peut pas vous payer ! », « Ils n’ont jamais été pour le développement de ce pays », « Soro est contre les Ivoiriens et veut les affamer » pourra-t-on entendre dire dans les jours qui viennent. Quant au problème café-cacao il risque de créer l’émeute car il touche directement des millions d’Ivoiriens à commencer par des paysans le plus souvent illettrés et faciles à manipuler ! Voici un terrain fertile pour semer l’évangile anti-ouattara et le diaboliser à jamais. Si on arrive à couper les vivres à Gbagbo, on arrive aussi à laisser des millions de paysans sans revenus. Un intellectuel bien disposé d’esprit peut aisément comprendre une stratégie d’asphyxie économique mais pour le paysan celui qui empêche l’exportation du café et du cacao est son ennemi.

Sur le plan économique le temps joue désormais contre le Docteur Alassane Ouattara et non plus contre Laurent Gbagbo. Si la crise ne prend pas fin, le Président Alassane Ouattara sera dans l’esprit de nombreux Ivoiriens celui qui aura fait perdre à des pères de famille leurs emplois et ruiné l’économie du pays. La solution à la crise est ailleurs et plus on met du temps à l’appliquer, plus le Docteur Alassane Ouattara risque d’être isolé.

Suy Kahofi