Kahofi SUY

Micro rue : pour ou contre le maintien du 43ème BIMA

Les soldats français face aux manifestants devant la base du 43eme BIMA

La base militaire française de Port-Bouët sera maintenue et non fermée comme le voulaient les anciennes autorités Ivoiriennes. Cette décision a été confirmée par le Président Ivoirien et celle-ci a surpris plus d’un Ivoirien y compris ceux du camp d’Alassane Ouattara. Que pensent les Ivoiriens de cette décision, voici le point de vue de certains d’entre eux.

Kouassi Bah Fulbert (pour) : « Il est vrai qu’en 2002 nous avons eu du mal à comprendre pourquoi l’armée française n’est pas intervenue pour mater la rébellion. La France qui quand même est un pays qui soutien la démocratie nous a quelque part déçu. Je crois qu’avec l’action de la Licorne dans le maintien de la paix en Côte d’Ivoire et surtout les frappes pour le départ de Gbagbo, cette armée montre qu’elle est aux côté du peuple. Elle n’est pas seulement là pour protéger les ressortissants français mais elle peut aussi intervenir pour appuyer notre pays et je crois qu’à ce titre son maintien est une bonne chose ».

Soumahoro Inza (attention !) : « Je ne m’oppose pas directement au maintien du BIMA mais je crois qu’il faut faire attention ! Aujourd’hui nous ne savons vraiment plus quelles sont les intentions de cette armée sur notre sol. Sous Laurent Gbagbo ils n’ont pas levé le petit doigt et pour Ouattara ils interviennent. Les accords de coopération militaire ne tiennent pas compte de la tête d’un président mais des engagements d’Etat à Etat. Je me pose donc une question si demain Ouattara devient le mal-aimé de la France-Afrique, le BIMA pourra aussi le faire tomber ? »

J.C Savaneh (c’est une recolonisation !) : « Le philosophe Lucrèce disait que ‘’peu de personnes sont attachés à la servitude mais beaucoup s’y attachent’’. Je crois que c’est aujourd’hui le cas de la Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara nous plonge dans un esclavage qui ne dit pas son nom. Comment un intellectuel africain de son calibre peut-il cautionner une telle situation ? Que fait l’armée de l’ancien colonisateur chez nous ? Je pense que les nouvelles autorités Ivoiriennes cautionnent une recolonisation de notre pays. Je me dis que comme Houphouët Boigny les houphouétistes du RHDP sont nostalgiques de l’époque ou l’axe Paris-Abidjan n’était pas seulement fort des liens économiques mais aussi et surtout des liens diplomatiques qui ont conduit à des situations chaotiques dans plusieurs pays ».

Phillip N.K (repenser l’esprit des accords) : « Pris sous l’ange de la souveraineté de notre pays, je crois que c’est une mauvaise décision que mon Président vient de prendre mais pris sur le plan militaire cette action peut être bénéfique à notre pays à condition que l’esprit des accords soit revisité. Un maintien du BIMA peut jeter les bases d’une collaboration pour la formation de nos futurs soldats pour la nouvelle armée. Les français pourraient enseigner le maniement des armes, le pilotage de chars ou des hélicos… Le BIMA pourra alors montrer son utilité dans le processus de sortie de crise mais à la longue le camp pourra seulement abriter des coopérants militaires et non des troupes. Encore une fois l’utilité du BIMA et son maintien doivent résulter d’une révision des accords de coopération militaire ».


Poliomyélite : la Côte d’Ivoire ouvre la campagne

 

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Juste deux gouttes pour sauver des vies

De nombreux pays africains à l’image de la Côte d’Ivoire continuent de lutter contre la polio, une maladie invalidante qui touche plusieurs milliers d’enfants chaque année. Le polio virus sauvage que l’Afrique veut bouter hors de ses frontières continue de jouer à cache-cache avec les autorités sanitaires Ivoiriennes. Celles-ci conscientes des dangers liés à cette maladie, viennent de lancer une campagne anti-polio qui intervient dans un contexte de sortie de crise marqué par une forte détérioration de la situation humanitaire. Le Docteur Alla Rémi, Ministre de la santé a donné le top départ de cette campagne qui devait permettre de sauver la vie d’enfants de 0 à 5 ans. Du 27 au 30 mai, sur toute l’étendue du territoire national, le vaccin (les deux gouttes) sera administré par les bénévoles et les professionnels de la santé aux enfants. Les mamans sont en première ligne de cette campagne car elles ont la charge des tous petits. Cette nouvelle campagne doit permettre de renforcer les acquis de 2009 et 2010 et permettre aux enfants qui ont manqué les campagnes précédentes de se protéger.

Malgré la synchronisation des opérations vaccinales en Afrique de l’ouest, la gratuité du vaccin, son admission facile et les campagnes de proximité, des cas sont encore détectés chez les enfants. La raison de cette persistance du virus est toute simple : de nombreux préjugés son liés au vaccin.

Des préjugés qui ont la peau dure

C’est généralement dans les milieux défavorisés ou rural avec un taux élevé d’analphabètes que les préjugés liés au vaccin contre la polio circulent. Ce vaccin, selon des femmes interrogées serait une manière pour ‘’les blancs’’ de rendre stérile les enfants africains surtout les petites filles. On dit également qu’il serait fait à base d’urine de chat (!!??) ou aurait des effets secondaire pouvant entrainer le décès des enfants en bas âge. Pour d’autre le vaccin précipiterait les invalidités au lieu de les combattre ! La liste est encore longue et les préjugés diffèrent d’une région à l’autre. J’ai été bénévole vaccinateur, j’ai donc eu la chance de voir des femmes fuir et cacher leurs enfants dans les maisons quand nous y entrons pour administrer les deux goûtes. D’autres nous disaient de passer notre chemin car ici il n’y avait pas d’enfants quand bien même nous entendions des bébés pleurer ! La lutte contre la polio en Afrique ne connaitra un succès véritable que lorsque les nombreux préjugés liés au vaccin n’existeront plus. Pour cela, les campagnes de vaccination devront être précédées de sensibilisation au porte à porte sur les dangers liés à la maladie. Les chefs de communautés traditionnelles, les chefs de villages et de quartiers, les leaders religieux et ceux de la société civique pourront user de leur charisme pour faire avancer les choses.

Suy Kahofi


Guillaume Soro : La Voix(e) du Nord

 

Le miracle Soro pourra-t-il aller au-délà de la réalité de la crise post-électorale?

Elu l’homme de l’année en 1997 par le quotidien gouvernemental Ivoir’Soir, SORO Guillaume peut-être aujourd’hui considéré comme l’homme de la décennie en Côte d’Ivoire. Ses excellents états à la tête des Forces Nouvelles et surtout du gouvernement Ivoirien le place largement au-dessus de plusieurs leaders de son âge et même certains de générations antérieures. On ne sait par quel miracle l’ancien secrétaire général de la FESCI (Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire) est devenu un fin stratège politique au point de tenir tête au boulanger d’Abidjan qui était aussi son ‘’père spirituel’’. Il entre désormais dans le panthéon des figures politiques Ivoiriennes avec le titre de l’homme qui a mis fin à la plus grave crise que le pays ait connu depuis son indépendance. Aujourd’hui à la tête du gouvernement d’Alassane Ouattara, il ne pourra donc pas jouir d’une retraite anticipée comme il l’a toujours souhaité. Le grand nord ne verra pas de si tôt l’enfant de Kofiplé : la Côte d’Ivoire a encore besoin de celui qui se voyait déjà député à Diawala !

Soro Guillaume : Gbagbo Laurent light ?

Dans son parcours politique, Laurent Gbagbo aura eu deux ‘’enfants’’ : Soro Guillaume et Charles Blé Goudé. A voir ces deux ‘’enfants’’ diamétralement opposés dans leur manière d’être on arrive à se poser une question. Laurent Gbagbo est-il un mélange de Soro Guillaume, fin bureaucrate, chef militaire et de Charles Blé Goudé, bouillant leader de la rue arborant mal le costume d’homme d’Etat ? La réponse serait OUI avec la précision, ‘’chacun aura pris une facette du père’’. La brouille entre Laurent Gbagbo et Soro Guillaume ne date pas des évènements de 2002. Soro a décidé de voler de ses propres ailes depuis 1998, année où il quitte la FESCI après un second mandat. Laurent Gbagbo ayant une main mise totale sur la FESCI n’accepte pas les reformes démocratiques voulues par Soro pour accéder à la fonction de SG de la FESCI. A part une brève apparition aux côtés de Mme Dagri Diabaté à Port-Bouët on ne verra plus Soro sur le devant de la scène. Il se signale en 2002 à la tête de la branche politique de la rébellion et arrive à évincer le sergent-chef IB. Il fédère tous les mouvements rebelles du nord et de l’ouest sous la bannière des Forces Nouvelles. Son retour en politique fait de lui l’un des plus jeunes ministres d’Etat de la Côte d’Ivoire indépendante et le plus jeune Premier Ministre du pays. Là où les jeunes patriotes ont donné des céphalées à Seydou Diarra et Charles Konan Banny, Soro a trouvé la parade pour réussir et réussir même au-delà des attentes du peuple. On l’aime ou on ne l’aime pas, on reconnaitra son rôle décisif dans le retour de la démocratie en Côte d’Ivoire. Imaginez-vous un seul instant que Soro ait accepté de suivre Laurent Gbagbo avec ses hommes ? Certainement que le pays serait morcelé en petits royaumes où des chefs de guerre pro-gbagbo et prro-ouattara continuaient de se battre ! Sa voix(e) a fait basculer les élections en faveur de l’un des deux candidats.

Son plus grand chantier : la réunification de l’armée

‘’Le miracle Soro’’ est à salué certes mais à la lumière des dernières réalités de la crise Ivoirienne on est en droit de se demander si le plus difficile pour lui ne commence pas maintenant. Le chantier de la réunification de l’armée est une entreprise titanesque car entre les appels d’Alassane Ouattara au retour des ex-FDS et le comportement de certains FRCI il y a un paradoxe. J’en veux pour preuve les menaces de ce jeune élément des FRCI à Toumodi qui jugeant un passager par sa forme a conclu qu’il était gendarme ! Alertés, ses autres collègues ont réclamé la peau du ‘’gendarme de gbagbo’’ avant de se raviser. Ma carte de presse et celle d’un collègue de la presse nationale ont découragé ces jeunes gens ivres au pire même drogués ! « Comment avec ce genre d’attitude on peut parler de réunification de l’armée » avait souligné un passager. Dans une armée embryonnaire marquée par l’indiscipline et le manque d’hiérarchie réelle comment fédérer des hommes (FDS) formés aux métiers des armes et des combattants, la plus part illettrés et formés en brousse ? Comment contenter aussi ses nouveaux commandants de zone qui se voient tous en chef d’Etat major ? Ces ‘’petits’’ rois de la kalachnikov accepteront-ils de se mettre sous les ordres d’un ex-général des FDS ? L’armée n’étant pas un espace fait pour la reconnaissance politique, Soro pourra-t-il convaincre ses ‘’MDL’’ de déposer les armes et de retourner à leurs wôrô-wôrô et autres gbakas ? Voici de nombreuses questions auxquelles le Premier Ministre doit répondre.

Suy Kahofi


Saison des pluies : crainte dans les quartiers précaires

 

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Après les premières pluies de nombreuses rues sont déjà impraticables

C’est le retour de la pluie depuis quelques semaines à Abidjan. Les grosses flaques d’eau sont visibles dans tous les quartiers après chaque pluie. C’est la joie pour les populations d’avoir un peu de fraîcheur mais l’inquiétude peut se lire également sur les visages. L’inquiétude est au rendez-vous car tout le monde dans la capitale Ivoirienne se souvient des pluies diluviennes de 2010 qui ont occasionné d’énormes dégâts. « C’était du jamais vu ! Auparavant on avait eu des inondations à Abidjan mais pas de cette ampleur. Des maisons détruites, des quartiers ‘’avalés’’ par l’eau, des morts, des disparus…vraiment quand il pleut nous sommes content mais nous avons aussi peur » déclare Mr Kouassi habitant le quartier de 4 chevaux. 4 chevaux, Gobelet, Washington nouveau quartier, Yaoséhi, Boribanan…sont des quartiers qui ont été durement touché par les violentes pluies de l’année dernière. Certains de ces quartiers qui sont des bidonvilles ont failli disparaître de la carte ou ont été remodelé à cause des nombreux déguerpissements. Déguerpissement vous avez dit ? Le vieux Konaté s’en souvient et déplore ce qu’il appelle ‘’la réattribution des terrains’’. « Le Préfet Sam Ethiassé est venu lui-même à l’époque nous dire de partir et que nous serons relogés. Certains ont reçu effectivement le pécule mais à notre grande surprise les terrains si impropres à notre présence ont été revendus à des commerçants libanais ou des opérateurs économiques ! Nous n’avons rien compris » s’indigne le vieillard.

Les nouvelles autorités Ivoiriennes sont conscientes de la menace que représente la saison des pluies et pour se parer à toute inondation et dégâts liés à la pluie le plan ORSEC a été activé. Le Préfet d’Abidjan Diakité Sidiki a déjà eu une rencontre avec les Maires des communes d’Abidjan pour la mise en route du plan 2011. Ce plan est mis en route dans un contexte bien différent de celui de 2010. De nombreuses installations d’évacuation d’eau usée ont été très endommagées soit par le manque d’entretien ou complètement hors d’usage à cause des ordures. Malgré les opérations de nettoyage lancées par le Ministère de la Jeunesse, du Sport et de la Salubrité, d’énormes travaux sont à entreprendre pour rendre opérationnel les buses et les caniveaux. Les risques pour les populations en cas d’inondation ne sont donc pas à négliger, reste à savoir ce que prévoie le plan ORSEC 2011 concrètement pour permettre à l’eau de couler vers la lagune.

Suy Kahofi


Investiture du chef de l’Etat Ivoirien : l’envers de la médaille

 

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La fête fut belle mais avec quelques difficultés

Aucun Ivoirien n’a voulu se faire raconter la cérémonie d’investiture du Docteur Alassane Ouattara. Yamoussoukro, la capitale politique Ivoirienne était pleine de monde : certains observateurs avancent le chiffre 150.000 à 200.000 visiteurs voir plus ! La fête fut belle, du moins pour le côté cérémonie d’investiture mais pour ce qui est des réalités sur le terrain, les choses étaient très différentes. Deux problèmes se sont posés : celui de la nourriture et de l’hébergement. Alors quand chacun veut dormir, l’Etat sort ses griffes et passe en mode réquisition ‘’pour raison d’Etat’’.

Officiellement la ville de Yamoussoukro compte un peu plus de 1773 chambres d’hôtel. 2/3 des chambres étaient réservées depuis deux mois. Il fallait donc se rabattre sur les 1/3 restants et voir comment louer des chambres à des particuliers. Vu l’affluence le gouvernement réquisitionne les dernières chambres des hôtels de luxe. « Monsieur pour des raisons d’Etat nous vous prions de considérer que cet hôtel est réquisitionné » avait lancé le fonctionnaire du protocole d’Etat au propriétaire d’un hôtel. Ce dernier s’est vu obligé de rendre l’intégralité de l’argent des clients qui avaient réservé sur 3 jours ! A Yamoussoukro, le temps d’une investiture les prix de location ont été multipliés par 1000 ! Une villa sur les hauteurs du bas vert a été louée à 500.000 f, 1.000.000 pour une autre résidence au quartier des 220 logements. Les chambres de particuliers dans des quartiers populaires à 40.000, 35.000 f ou 25.000 f la nuit. Les prix ne se discutent pas : c’est à prendre ou à laisser ! Faute d’avoir eu un dortoir certains ont passé la nuit dans leurs véhicules, d’autres dans les bus, les cars, à la belle étoile sur les larges boulevards de la ville ou dans des maquis buvant la bière pour tuer le temps jusqu’au petit matin.

La bière et l’alcool ont coulé : même les maquis crées spécialement pour l’investiture ont refusé du monde. Difficile de s’asseoir, de trouver une table ou même un verre. Chez Georges à l’espace Hollywood il fallait patienter et s’armer de courage pour déguster un poulet, un poisson ou des brochettes. Ici comme dans tous les espaces le personnel a été renforcé. Il fallait souvent jouer des coudes, être patient et déterminé pour manger : il nous a été donné de voir des ‘’tontons’’ en costard veiller sur leurs tranches de poulet alors qu’ils étaient sur le barbecue. L’offre étant supérieur à la demande, les prix ont été majorés mais là aussi des clients à force de faire le tour des maquis et restaurants ont dû dormir le ventre creux ! Malgré tous ces petits soucis les Ivoiriens qui ont fait le déplacement vers Yamoussoukro ont vécu un moment inoubliable et c’est ce qui soulage l’infortuné d’un jour.

Suy Kahofi