Kahofi SUY

Ebola vu du téléphone portable

Les sms de la rumeur viennent noyer ceux dédiés à la lutte
Les SMS de la rumeur viennent noyer ceux dédiés à la lutte

Face à Ebola qui a déjà fait 1200 morts en Afrique de l’Ouest et continue de tuer,  tout le continent se mobilise. La Côte d’Ivoire qui n’a pas encore enregistré de cas de contamination se montre très vigilante. Cela se manifeste par l’approvisionnement des centres de santé en équipement et médicaments, mais surtout par une forte sensibilisation de la population, et sur les réseaux sociaux on s’active pour ventiler au mieux l’information.

Un clip vidéo ivoirien contre Ebola

Tous les supports de communication sont utilisés dans cet élan d’information sur la maladie. Les affiches sont placardées ici et là dans les lieux de grande affluence et les panneaux publicitaires dans plusieurs zones d’Abidjan affichent en grand les messages de lutte. Les NTIC contribuent à cette lutte principalement le téléphone portable. Le CICG informe régulièrement les Ivoiriens par SMSdes dangers de la maladie et des mesures de prévention utiles pour se protéger.

« En cas de fièvre brusque ou saignement, rendez-vous dans le centre de santé le plus proche ou appelez le 143 ».

Ces SMS sont également relayés par les compagnies de téléphonie mobile qui de façon spontanée se sont associées à la lutte. Une belle initiative, car les Ivoiriens en avaient un peu marre des nombreux SMS publicitaires qui les étouffaient au quotidien ! Des SMS qui informent sur Ebola OUI, mais d’autres contribuent à noyer les efforts du gouvernement. Qui sont les auteurs de ces SMS ? Difficile de répondre car ils viennent souvent d’amis ou de parents avec une mention qui en dit long sur son origine : « Faites passer le message ». Ainsi on peut lire :

« Cas confirmé d’Ebola au CHU de Treichville : les professionnels de la santé désertent l’hôpital »

« « Fraternité Matin » confirme un cas d’Ebola à Anyama. Il s’agit d’une ressortissante guinéenne qui a transité par la France »

« Le gouvernement nous ment ! Ebola fait des ravages dans l’ouest du pays ».

Pourquoi des Ivoiriens préfèrent prêcher le faux. Pour quelles raisons ? Difficile d’apporter un élément de réponse. Certains y voient une nette volonté politique de voir le gouvernement en difficulté parce qu’on n’aime pas Alassane Ouattara ! Il y a donc ceux qui sensibilisent, ceux qui intoxiquent et ceux qui tournent le spectre Ebola en dérision avec les SMS sur le gibier.

« Grande promo viande de brousse ! 2 biches à 1000 f, 5 agoutis à 500 f et 10 gros rats bien gras à 200 f. Recevez en bonus 20 chauves-souris ! La viande de brousse change avec Ebola ».

De l’information, des rumeurs et de la bonne humeur…c’est tout ça Ebola vu du téléphone portable.

www.wikipedia.org

SUY Kahofi


Les comédiens de Saint-Louis dans l’objectif d’Eudes Pokou

Eudes Pokou : « un documentaire qui retrace aussi mon histoire »
Eudes Pokou : « un documentaire qui retrace aussi mon histoire »

Lorsque la caméra d’un réalisateur ivoirien se pose sur des comédiens sénégalais, le résultat est un documentaire baptisé S POCIBLE. Il s’agit de la dernière production du comédien et réalisateur ivoirien Eudes Pokou. De nombreux cinéphiles ivoiriens se demandaient où était passé le père du court métrage « Le voile déchiré ». Silencieux et invisible sur les bords de la lagune Ebrié. Eudes Pokou s’était retiré au pays du poète-président pour des raisons d’étude. C’est ailleurs à Saint-Louis qu’il a réalisé son dernier film. De retour en Côte d’Ivoire, le réalisateur est venu nous présenter ce documentaire qui est aussi quelque part le film de sa propre vie d’artiste.

Eburnietoday : Eudes Pokou quelle est la trame de ton documentaire ?

Eudes Pokou : Ce documentaire nous entraîne dans l’univers de jeunes comédiens de la ville de Saint-Louis au Sénégal qui ont décidé de monter des spectacles de one-man-show pour présenter leur condition de vie d’artiste. Surtout, le regard de leur famille sur leur choix.

ET : Pourquoi le choix particulier de Saint-Louis puisse qu’on sait qu’il y a des comédiens dans toute l’Afrique ?

E.P : J’y étais dans le cadre de mes études en cinéma documentaire de création à l’université Gaston Berger de ladite ville. Et ce film sanctionne le diplôme de fin d’études. J’y ai fait un master 2 en réalisation documentaire de création. On devrait réaliser un film sur la ville et ses environs. Etant moi-même comédien avant tout, mon choix s’est vite porté sur ces jeunes que j’avais rencontrés au paravent au Burkina Faso lors du Festival international de théâtre et de développement de Ouagadougou en 2010.

ET : Comment ont-ils accueilli ton idée ?

Les comédiens ? Ils étaient plutôt ravis que quelqu’un s’intéresse à eux. Et que par ce film, les uns et les autres pourront voir au-delà de la scène ce qu’ils vivent. C’était une immersion dans leur vie, leur rapport avec la famille, leurs rêves…

ET : S’agit-il de ton histoire que tu extériorises aussi à travers ce documentaire ?

E.P : (rire) Effectivement ma vie n’est pas différente de celle de ces jeunes gens. Il y a beaucoup de similitudes…

ET : Pour un projet de fin d’études il s’agit d’une belle œuvre. Comment tu as pu réunir les moyens techniques et financiers pour la produire ?

E.P : Pour les moyens techniques, la formation était financée par Africadoc et ses partenaires. Pour le film, il fallait se débrouiller. Pour le matériel, vu qu’il était insuffisant, j’ai dû tourner avec ma propre caméra. Voilà pour dire qu’a tous les niveaux c’est dur. Ce n’est pas pour autant qu’on devrait baisser les bras. Africadoc fait beaucoup pour le cinéma africain en ce moment. Et je crois qu’il serait temps que les Etats africains pensent à apporter un coup de main au cinéma. Depuis 7 ans, Africadoc forme huit jeunes réalisateurs d’Afrique francophone et ça, c’est important pour la survie du cinéma africain.

ET : Une production en système « D » mais penses-tu la proposer pour d’autres initiatives ? (concours, prix, bourses)

E.P : C’est une piste à explorer…mais je n’y ai pas encore pensé sérieusement. Je suis à peine de retour au pays et pour le moment, je voudrais monnayer et transmettre mes acquis et faire d’autres films./.

Pour voir le documentaire


Du « Baygon » contre les « microbes »

Comme les enfants soldats du Liberia ou de la Sierra Leone, les populations d’Abidjan découvrent le visage hideux de la criminalité juvénile précisément celle des mineurs. Il s’agit d’enfants de 9 à 17 ans rompus à l’art du maniement des armes blanches que l’on appelle sur les bords de la lagune Ebrié les « microbes ».

Les « microbes » sont devenus en l’espace d’un an un véritable problème de société, pire un fléau urbain avec des victimes qui se compte par dizaines. La violence de leur mode opératoire laisse encore effrayés tous ceux qui ont eu le malheur de les croiser. Et chacun d’entre eux a une histoire pathétique à raconter. C’est le cas de Yacou Sangaré résident du quartier Marley à Abobo. Ce père de famille est un miraculé ! En effet il porte encore sur lui les stigmates de son agression.

« 7 microbes m’ont attaqué au niveau de la boulangerie de Sanmanké (Abobo). Le premier m’a assommé avec une barre de fer, le second m’a pratiquement arraché le bras avec un coup de machette et le dernier m’a poignardé dans le ventre » nous explique Yacou Sangaré.

C’est seulement après cette attaque à l’arme blanche que les « microbes » vont le soulager de sa bourse avant de le laisser près de sa moto en croyant qu’il allait se vider de son sang ! Le phénomène des « microbes » naît dans le quartier d’Abobo (Abidjan-nord), ancien bataillon des groupes d’autodéfense contre l’armée régulière lors de la meurtrière crise post-électorale que la Côte d’Ivoire a vécue. Tel un mythe, le bruit des enfants tueurs se fait de plus fort et envahit la capitale économique ivoirienne. Personne ne prend l’affaire au sérieux, mais les premiers vols à main armée et les premiers crimes alertent l’opinion. Pas moins de 9 gangs de « microbes » sont identifiés dont les tristement célèbres gangs de Marley, Boribana et Warriors. Selon le sociologue et assistant social Daniel Tra Diby, le phénomène loin de s’estomper, prend plutôt de l’ampleur. Les jeunes « microbes » ont infesté les quartiers d’Adjamé et d’Attecoubé. Le mode opératoire de ces enfants tueurs reste le même.

« Ils vous encerclent selon une technique propre aux mendiants, font semblant souvent de quémander une piécette et au moment où on s’y attend le moins on se retrouve avec des gamins armés de machettes », nous explique Daniel Tra Diby.

Un profil très varié

Ils sont présents dans la cité, mais il n’est pas aisé de les retrouver, pourtant nous les voyons sans jamais les soupçonner. Du sage écolier à l’apprenti mécanicien en passant par le turbulent collégien, le profil des « microbes » est très varié. Celui qui se présente à nous sous le prénom d’Ibrahim s’appelle Jackys dans son gang. Il est ferrailleur la journée et « microbe » une fois la nuit tombée. Il justifie son choix par la pauvreté dans laquelle il vit avec sa famille.

« Tu sors chaque matin, on dit que tu travailles mais tu n’as jamais rien sur toi…tu es obligé la nuit d’agresser les passants pour ramener de l’argent à la maison. Oui, c’est vrai,  je suis « microbe » mais mes parents ne le savent pas  nous explique le jeune homme âgé de 17 ans. »

Les parents d’Ibrahim dans la totale ignorance pensent donc que leur fils revient chaque jour à la maison avec l’argent du garage. Que nenni ! Ibrahim aide sa famille avec l’argent du crime.

Quel que soit le motif avancé par les  microbes » pour justifier leurs actes, la police  face aux nombreux meurtres et plaintes des victimes a décidé d’agir pour mettre fin à ce phénomène d’insécurité. L’opération « Baygon » est lancée : la sensibilisation a fait désormais place à la répression. Quelques faits illustrent cette volonté de mettre un terme au règne des « microbes ». Le 23 juillet 2014 à Boribana (Attécoubé) on compte deux jeunes tués et trois mis aux arrêts. Le 25 juillet à  Abrass (Adjamé) cinq tués et dix autres mis à l’ombre. Le 4 août dans le quartier Voyou, 220 logements (ancien siège d’Edipress) trois délinquants sont mis hors d’état de nuire… Là où la police n’est pas arrivée à temps, les populations se sont occupées de leur propre sécurité. Résultat : vingt adolescents lynchés à Abobo confirme le commissaire Timité Vassindou.

La pression sur les « microbes » est maintenue avec la création d’une unité baptisée brigade spéciale anti-microbes. Au moment où nous mettons en ligne ce post, 122 délinquants  qui ne sont pas tombés sous les balles de la police ont été conduits au cachot. En dépit de ces chiffres qui indiquent que la terreur a changé de camp, les jeunes « microbes »  ne semblent pas avoir dit leur dernier mot, en témoigne le meurtre d’un chef boulanger et d’un enseignant du supérieur à Abobo.

SUY Kahofi


Dur d’être un fumeur !

Des lois qui bafouent les droits des fumeurs
Des lois qui bafouent les droits des fumeurs

Une chronique de SUY Kahofi

Le législateur dans sa légendaire générosité à toujours pris des lois pour le bien-être de tous dit-on. Je dirais pour le bien-être d’une majorité au détriment d’une minorité. C’est le cas avec les fumeurs. Des lois ont été prises dans plusieurs pays du monde pour interdire la cigarette dans les lieux publics. No smoking ici et là avec une grosse cigarette barrée en guise d’avertissement. En Côte d’Ivoire l’interdiction de fumer la cigarette dans les lieux publics est aussi en vigueur.

Conformément à la convention-cadre de lutte antitabac (CCLAT), ratifiée par le pays le 28 janvier 2010, la Côte d’Ivoire a pris un décret portant interdiction de fumer dans les lieux publics et dans les transports en commun. L’interdiction de fumer dans les lieux publics est sanctionnée d’une amende de 15 000 à 100 000 F Cfa pour les fumeurs et de 50 000 à 250 000 F Cfa pour les personnes propriétaires des lieux publics et des transports en commun. Plus de cigarette dans les avions, dans les maquis et restaurants, bars et boîtes de nuit, dans les taxis, les bus, les arrêts de bus, les aéroports, les jardins publics, les tours administratives, les mairies,  la plage…la liste est encore longue ! Lorsque nous faisons le tour des lieux publics et des transports en commun, on finit bien par se demander qu’est-ce qui reste comme endroit aux fumeurs pour se mettre à l’aise ?

On nous écarte des autres, nous fumeurs, sous le fallacieux prétexte que notre fumée qui reste statique et active pendant deux heures occasionne et amplifie le phénomène de la fumé passive. Oui chers fumeurs, on nous protège des autres, mais qui nous protège nous ? C’était comme si la loi avait été prise pour brimer un groupe au détriment de l’autre. Les fumeurs, ces parias au mégot puant sont pourtant des citoyens comme les autres. Des citoyens qui méritent qu’on respecte aussi leurs droits et leurs libertés. C’est bien parce que nous fumons que des milliers d’hommes et de femmes perçoivent un salaire à la fin du mois. C’est bien parce que nous fumons que ceux mêmes qui nous traquent ont du travail. C’est bien parce que nous fumons que l’industrie du tabac contribue au développement économique de nos pays.

Une loi bancale

Nous payons nos impôts et même mieux que ceux qui prennent des lois pour nous étouffer. Pour chaque cigarette grillée, c’est l’économie qui tourne ! Alors pourquoi faire du zèle en adoptant des lois restrictives sans mesure d’accompagnement réelle ? Le tabac n’est pas illicite, il n’est pas frappé du sceau de l’interdiction comme la cocaïne ou l’héroïne. Alors pourquoi adopter des lois qui criminalisent à la limite le tabac ? A lire ces décrets et projets de loi, j’ai bien envie de dire de façon lapidaire au législateur de faire fermer les grandes firmes qui produisent le tabac. Si celles-ci ferment, il est clair que nous n’allons plus fumer !

Monsieur le législateur, votre loi est bancale ! Bancale en ce sens qu’elle ne prévoit rien, oui je dis bien rien pour garantir la liberté du fumeur et préserver ses droits. En nous interdisant les lieux publics vous aurez dû par respect pour les êtres humains que nous sommes, consommateurs que nous sommes, honnêtes citoyens payant nos impôts que nous sommes… prévoir des espaces fumeurs. Dans ce petit monde de liberté que vous aurez délimité pour nous, il est clair que jamais plus nous n’irons déranger les non-fumeurs avec nos cigarettes. Ce n’est hélas pas le cas. Et la frustration quotidienne est omniprésente. Des personnes qui se bouchent le nez quand elles passent juste à côté de nous, des mères de familles qui nous indexent avec mépris comme des pestiférés… Rendez-nous notre liberté cher législateur, car par votre faute il est aujourd’hui dur d’être fumeur…


Présidentielle de 2015 : la CEI pose déjà problème

Eric Aimée Semien le président de l’APDH
Eric Aimée Semien, président de l’APDH

L’ONG APDH, Action pour la Protection des Droits de l’Homme était face à la presse ce vendredi 18 juillet 2014. L’organisation milite en faveur d’une révision du nouveau texte de loi portant réforme de la CEI, la Commission Electorale Indépendante.

A peine adoptée que la loi portant réforme de la Commission Electorale Indépendante est fortement critiquée par une frange de la classe politique mais aussi par la société civile. En effet les Commissions Centrales, Communales, sous-préfectorales et préfectorales de la CEI sont dominées à plus de 90% par les acteurs politiques et administratifs qui sont loin d’être neutres. L’APDH s’insurge donc contre cette composition qui n’est pas faite pour garantir des élections crédibles, libres et transparentes. Selon Eric Aimée Semien le président de l’ONG, l’action menée par son organisation avec l’appui de son conseil d’administration n’est pas une aventure solitaire décidée sur un coup de tête.

« Lorsque le projet de loi a été annoncé, plusieurs coalitions de la société civile se sont mises en place pour dénoncer le projet de loi dans sa configuration. Je dis bien que toutes les organisations de la société civile ont parlé d’une seule voix. Qu’est ce qui s’est passé après ? On n’en sait trop rien ! » avance le président de l’APDH.

Le constat c’est que plusieurs organisations se sont retirées du combat pour la révision de la CEI au point où certains leaders de la société civile se sont retrouvés à l’Assemblée Nationale pour applaudir l’adoption du texte contesté en plénière ! Ce mutisme et cette mésentente au sein de la société civile va conduire le pouvoir politique à adopter la loi, la promulguer et même désigner les membres de la Commission centrale. Malgré cette situation l’APDH refuse d’abandonner le combat. Son action est claire : éviter que les populations prises en otage par la classe politique ne subissent une nouvelle crise post-électorale meurtrière en 2015.

« On se souvient encore de cette image qui a fait le tour du monde montrant des commissaires de la CEI en 2010 se bagarrer autour des résultats des élections pour la simple raison que chacun voulait prêcher pour sa chapelle. La nouvelle CEI est hautement politique et si l’on n’y prend garde elle ne va nous apporter que des ennuis et éventuellement leur corolaire de violence » prévient Eric Aimée Semien.

L’APDH estime que la présence des acteurs politiques doit être revue à la baisse pour éviter d’autres violences en 2015. Et c’est pourquoi elle a saisi la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. L’APDH estime que l’Etat de Côte d’Ivoire doit être condamné afin qu’elle s’engage à réviser la loi portant réforme de la CEI conformément aux chartes de l’Union Africaine et de la CEDEAO portant organisation des élections dans les pays membres.

SUY Kahofi