La HACA en Côte d’Ivoire pour quelle mission ?

 

Ibrahim Sy Savané le nouveau Patron du HACA

A peine Levy Niamkey avait-il posé ses valises au CNCA après sa nomination par le Président Alassane Ouattara qu’il doit se résoudre à quitter son bureau pour une destination encore inconnue. En effet le CNCA (Conseil National de la Communication Audiovisuelle) vient d’être remplacé par une nouvelle structure du nom de Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA). Cette nouvelle structure est dirigée par un journaliste économique bien connu des Ivoiriens : Ibrahim Sy Savané, ancien ministre de la Communication du gouvernement de réconciliation nationale. Le passage du CNCA au HACA est salué par les professionnels des médias mais ces derniers se posent des questions. Quelle sera la mission du HACA ? Le point central de la réflexion à travers cette préoccupation est celui de la libéralisation de l’espace audio-visuelle.

Le développement des médias ne suit pas

La Côte d’Ivoire peut se taguer d’avoir un niveau de développement économique exceptionnel en Afrique de l’ouest francophone. Plusieurs secteurs d’activités sont florissants mais l’univers des médias traine le pas. La Côte d’Ivoire accuse un gros retard en matière de développement des médias notamment la radio et la télévision. Pendant que certains pays limitrophes à la Côte d’Ivoire sont déjà à l’ère des télévisions privés et des transmissions satellite pour les radios, la Côte d’Ivoire est encore au niveau des radios de proximité et le peuple doit se contenter des images d’une seule télévision contrôlée par l’Etat. En Côte d’Ivoire les radios privés et communautaires n’ont pas le droit de toucher à l’information : elle demeure la chasse gardée des autorités. Pour chaque ville Ivoirienne, une seule fréquence radio est autorisée. Le Mali compte un peu plus de 1000 chaînes de radio communautaires et rurales : sa bande FM est saturée par endroit. Le constat est le même au Ghana où l’on parle désormais de consortium de communication : le même groupe possède un journal, une radio et une télévision. Au Burkina Faso les relais sont autorisés au-delà 100 km à vole d’oiseau : en Côte d’Ivoire 60 km au plus ! Pour la télévision le Sénégal a réussit son passage : 2STV vient être un contre poids pour l’information diffusée sur RTS. Les télévisions privées foisonnent aussi au Ghana : Metro TV, Sky TV, TV 3, G TV et la liste avoisinent la dizaine de stations ! Dans tous ces pays cités, le traitement de l’information est libre pour chaque média. Tous ces exemples pour vous dire que la tâche du HACA sera de permettre dans l’immédiat une réelle libéralisation de l’espace audio-visuelle. La relance après crise doit tenir aussi compte des médias.

La libéralisation s’impose

Aujourd’hui certains Ivoiriens se demandent comment des télévisions privées pourront-elles être financées ? La même question s’est posée lors de la création des radios de proximité et des chaînes commerciales. Aujourd’hui ces radios qu’on avait annoncés mort nées tiennent ! Elles sont même plus écoutées que les chaînes gouvernementales. Des passionnés de média, des hommes d’affaires férus de communication et des capitaux existent dans ce pays pour lancer des chaînes privées. La peur du gouvernement c’est que comme les radios, les télévisions privées ne mettent la RTI sous l’éteignoir. La libéralisation s’impose pourtant car elle sera avant tout pourvoyeuse d’emplois. Un nombre important de jeunes journalistes et animateurs télévisions et radios sont formés chaque année. La RTI ne pourra pas absorber tous ces jeunes : que deviennent-ils avec leurs diplômes en mains ? Plusieurs chaînes de télévisions et de radios, c’est quelque part la garantie de trouver un point de chute après sa formation. La libéralisation consacre aussi le véritable esprit de la liberté d’expression et de la liberté pour le citoyen de s’informer par la source qu’il aura lui-même choisi.

Les nouvelles autorités ivoiriennes comprennent elles-mêmes combien de fois il est important pour le citoyen de pouvoir s’exprimer librement. Privés des antennes de la RTI, elles ont été obligées de créer TCI. S’il y avait plusieurs chaînes de télévision en Côte d’Ivoire, il est clair que le message de la haine à un moment donné n’aurait pas eu un écho favorable auprès du peuple. Tâchons d’y réfléchir !

Suy Kahofi