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SANTE : la Côte d’Ivoire lance une nouvelle campagne contre la poliomyélite

Les familles de plus en plus réceptives au vaccin contre la polio

Les familles de plus en plus réceptives au vaccin contre la polio

Une nouvelle campagne de vaccination contre la poliomyélite en Côte d’Ivoire vient d’être lancée. Celle-ci se déroulera du 25 au 28 octobre 2013 sur toute l’étendue du territoire nationale. Elle vise comme chaque année les enfants de 0 à 5 ans qui demeure la cible première du virus à travers le monde.

Depuis la fin de la crise post-électorale, la Côte d’Ivoire a enregistré des résultats très encourageants dans ses programmes de lutte contre la polio. En effet sur les dernières campagnes le pays a pu réaliser un taux de vaccination supérieur à 90% soit un peu plus de 600.000 enfants qui ont reçu les deux goûtes du vaccin oral en 2012. Des chiffres qui sont à mettre à l’actif de tous les partenaires du système de santé en commençant par le Ministère de la Santé Publique et tous les acteurs de la chaîne de vaccination. Il s’agit entre autre des vaccinateurs, des superviseurs et des enquêteurs qui veillent à ce que chaque enfant puisse recevoir le vaccin. Cet engagement de tous les acteurs dans la chaîne de vaccination est un élément important dans le processus d’éradication de la polio, un défi qui s’inscrit au compteur des OMD, les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

« L’engagement de tous les acteurs dans la lutte contre la polio est l’un des gages clés pour réussir l’objectif de l’éradication. Il faut que chaque famille, chaque leader communautaire ou religieux comprenne que la polio demeure une menace pour les enfants et qu’il faut s’engager ensemble pour le vaincre » soutien Sarah Crowe, porte-parole de l’UNICEF à New York.

Sur le terrain il est important de noter que malgré la persistance des préjugés de nombreuses familles accueillent de plus en plus positivement le vaccin contre la polio. Ce changement de comportement est le fruit de la sensibilisation des agents vaccinateurs qui malgré les frustrations et une certaine hostilité par endroit refusent de baisser les bras. Dans chaque foyer, ils informent les parents sur la nécessité de vacciner leurs enfants pour les protéger des paralysies liées à ce mal.

« Je félicite les mères de familles qui nous accueillent bien lorsque nous arrivons avec nos thermos pour vacciner leurs enfants. C’est encourageant d’entendre les mamans nous interpeller lorsque nous écumons rue. Certaines nous disent « venez vacciner mon enfant » ou encore « ma voisine cherche des agents vaccinateurs« . Ceci est le symbole que notre message a eu un impact auprès des Ivoiriens » nous explique Eric K. un agent vaccinateur.

Bien sûr tout n’est pas aussi facile pour les agents vaccinateurs : il y a encore hélas des personnes qui s’opposent à la vaccination. Ces refus occasionnent l’intervention des chefs d’équipe puis des superviseurs et le cas échéant des agents des forces de l’ordre (police) ! Les agents vaccinateurs n’hésitent plus à faire appelle aux hommes en uniforme pour « convaincre » les récalcitrants du bienfondé de la vaccination. L’objectif n’est en rien l’intimidation mais plutôt cette volonté de faire comprendre à chaque citoyen que la Côte d’Ivoire ne doit pas être à l’avenir une Nation faite de paralytiques.

Si la campagne s’étend sur quatre (4) jours, il est important de noter que les opérations de monitoring et d’enquête terrain s’étendront jusqu’au 30 octobre 2013. L’objectif de ce monitoring est de transmettre aux partenaires via le Ministère de la Santé Publique des données fiables sur les campagnes de vaccination. Les agents commis au monitoring s’assureront que le marquage à la craie a été bien effectué à l’entrée des domiciles et qu’aucun enfant n’a été oublié.

SUY Kahofi



Côte d’Ivoire – Vaincre cette faim qui éloigne des tables-bancs

Cuisine d'une cantine scolaire

Cuisine d’une cantine scolaire

Des études de terrain, rendues publiques sous forme de préambule lors du séminaires sur les cantines scolaires les 19 et 20 avril 2012 à Grand-Bassam (Sud-Ivoirien), ont permis au Ministère de l’Education Nationale de Côte d’Ivoire de présenter la faim comme l’une des raisons fondamentales des nombreux abandons en milieu scolaire. Le repas de la mi-journée étant inexistant pour de nombreux petits garçons et de nombreuses petites filles, suivre les cours devient un calvaire. Cette réalité est encore plus palpable en milieu rural où les ressources font défaut pour de nombreuses familles. Les enfants doivent parcourir plusieurs kilomètres pour retrouver leurs parents dans les champs dans l’espoir d’avoir un tubercule à grignoter. C’est pour lutter contre cette faim, facteur d’abandon et d’échec scolaire, que le Gouvernement Ivoirien à mis sur pied la Direction Nationale des Cantines Scolaire (DNCS). Sous l’autorité du Ministre de l’Education Nationale et par arrêté n°008 du 26 juillet 2000, le Service des Cantines Scolaires ou Direction Nationale des Cantines Scolaires (DNCS) est chargée de la mise en œuvre et du suivi du programme d’installation et d’extension des cantines scolaires. La DNCS réussit bien sa mission car de près 3.400 cantines autour de l’année 2003-2004, la Côte d’Ivoire compte aujourd’hui plus de 6000 cantines qui nourrissent au bas mot plus de 800.000 rationnaires/an ! Le volume de vivre acheté directement sur le marché ou obtenu grâce aux Coopératives Agricoles Actives pour le compte des cantines oscille autour des 11.000 tonnes/an. Ce chiffre ne prend pas en compte les cantines des établissements privés. Celles-ci sont directement gérées par les Directions des Ecoles où elles sont installées.

De façon concrète, les cantines offrent aux enfants sur leur espace d’étude la possibilité de se restaurer à moindre coût. Le prix d’un plat de riz, de ragoût ou de pâtes oscille entre 25 et 100 f CFA selon l’école. Les tickets de restauration sont vendus par les enseignants lors de la récréation puis à midi chacun sous le hangar peut manger un repas consistant et un fruit. Le menu des cantines scolaires est adapté à la zone géographique et aux habitudes alimentaires. Néanmoins, le Ministère veille à ce qu’une alimentation saine et de qualité soit servie aux élèves. L’idée du Gouvernement est de rendre le déjeuné gratuit pour tous les enfants car la pauvreté ne permet pas à certains parents d’amortir les frais de la cantine. Ce projet de prise en charge à 100% suppose la recherche de nouveaux financements. Force est de constater que depuis le renforcement des capacités de la DNCS par les partenaires techniques comme l’UNICEF, le PAM, l’USAID ou la FAO, les résultats sur le terrain sont plus qu’encourageants. Les cantines attirent les enfants vers l’école réduisant le taux d’abandon et la nourriture servie permet aux familles de faire des économies. Grâce aux cantines le taux de scolarisation dans plusieurs régions du pays à grimpé de 40% en l’espace de deux ans ! Plus encore, une fois la faim éradiquée dans les écoles, ce sont les résultats qui parlent d’eux-mêmes au niveau des examens de fin d’année. Selon les statistiques, les écoles pourvues d’une cantine scolaire réalisent un taux de réussite supérieur à 68% au CEPE (Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires). Celles qui n’ont pas de cantines ont un résultat qui tourne autour des 59%.

Selon une étude réalisée par le PNUD en Côte d’Ivoire, l’implantation d’une cantine dans une école a pour effet, dans les deux ans qui suivent, une évolution du taux de scolarisation de l’ordre de 15%, une réduction de moitié des taux d’abandon et de redoublement et un accroissement des taux de réussite de 15% ! L’impact des cantines scolaires sur la fréquentation des écoles est une réalité et pour Mme KONE Karidja Soukoulé, la Directrice Nationale des cantines scolaires « c’est là un moyen par lequel les autorités ivoiriennes peuvent booster le taux de scolarisation dans le pays ». Il s’agit d’un objectif à atteindre dans l’immédiat puisse que la dizaine d’années de crise que le pays a vécu a entraîné la baisse de la scolarisation des enfants notamment dans le Nord-Ivoirien.

SUY Kahofi



La Côte d’Ivoire explore une politique de Protection Sociale Nationale

Le Ministre d’Etat, Ministre de l’Emploi, de la Solidarité et des Affaires Sociales Dosso Moussa

Le Ministre d’Etat, Ministre de l’Emploi, de la Solidarité et des Affaires Sociales Dosso Moussa

Le défi peut paraître très ambitieux mais la Côte d’Ivoire entend le relever ! Instaurer une réel politique de protection sociale est aujourd’hui l’une des priorités du Gouvernement Ivoirien et le Ministère en charge de l’étude de cette stratégie nationale est sur le point d’y arriver. En effet le document stratégique et le plan d’action relatifs à la Stratégie Nationale de Protection Sociale a été présenté aux partenaires bilatéraux de la Côte d’Ivoire ce vendredi 08 mars 2013. Cette réunion d’échange a eu lieu au cabinet du Ministre d’Etat, Ministre de l’Emploi, de la Solidarité et des Affaires Sociales sis Abidjan-Plateau. Au cours de la réunion à laquelle la presse a été associée, Ministère et Partenaires bilatéraux ont réfléchi sur les actions concrètes à mener pour exécuter un projet sensé apporter un bien-être à des millions d’Ivoiriens. La Stratégie Nationale de Protection Sociale Ivoirienne (SNPS) comme l’a défini Mr N’Goh Bakayoko Directeur de Cabinet du Ministère d’Etat, Ministère de l’Emploi, de la Solidarité et des Affaires Sociales, est « un projet du Gouvernement Ivoirien qui vise à mettre sur pied des mesures publiques et privées en vue de réduire la vulnérabilité des populations et de garantir la dignité humaine pour chaque habitant de la Côte d’Ivoire ». C’est la première fois qu’un pays d’Afrique de l’Ouest tente d’instaurer une politique de protection sociale à l’échelle nationale. La réussite d’un tel projet pour la Côte d’Ivoire sera un cas d’école pour les autres pays de la sous-région et le Ministre d’Etat Dosso Moussa en est convaincu. Cette assurance trouve ses bases dans la noblesse des objectifs que la SNPS veut atteindre. « Il s’agit pour nous de garantir à chaque ivoirien un accès aux soins de santé et services sociaux de base, d’améliorer le niveau de vie des populations, d’asseoir des stratégies de protection contre les abus de tout genre (VBG) et d’étendre la Sécurité Sociale à tous les Ivoiriens » a souligné le Ministre d’Etat, Ministre de l’Emploi, de la Solidarité et des Affaires Sociales Dosso Moussa.

La SNPS : moyens et missions

Le soin est revenu à Mr KONE Kipéya de présenter le document stratégique et le plan d’action de la SNPS. Il s’agit d’un projet dont l’étude a débuté en 2011 et qui est sur le point d’être finalisé ce 14 mars 2013. D’une valeur totale d’un peu plus de 400 milliards f CFA, la SNPS s’inscrit dans le cadre de l’exécution du PND, le Programme National de Développement. On pourrait, sans risque de se tromper, dire que l’exécution d’un tel projet touchera directement les populations plus que n’importe quel autre projet impulsé par l’Etat Ivoirien. Vaincre la pauvreté, permettre à chacun de se soigner ou d’avoir accès à l’école c’est véritablement faire bénéficier chaque Ivoirien des retombées de la relance économique. La SNPS englobe donc des actions de lutte contre le chômage, de reforme de la sécurité sociale, de mise en place de la couverture maladie universelle ou de l’accès au système formation/éducation pour chaque Ivoirien. L’exécution de tous ces axes stratégiques a un coût mais pour le Ministre d’Etat, Ministre de l’Emploi, de la Solidarité et des Affaires Sociales « ce coût ne saurait être un frein à l’exécution d’un projet si important » car il va du bien être de chaque habitant de la Côte d’Ivoire ! « L’esprit de mobilisation des fonds pour l’exécution de projet comme l’AMU fait appel à chaque Ivoirien et tenez-vous bien il s’agit de montant que chaque personne peut aisément payer. Bien sûr l’Etat aura le leadership de l’orientation et du financement de la SNPS mais nous entendons aussi mobiliser nos partenaires bilatéraux » a expliqué le Ministre d’Etat Dosso Moussa. Sur le point du financement, les partenaires invités à la présentation de la Stratégie Nationale de Protection Sociale ont chaleureusement félicité les services du Ministère d’Etat, Ministère de l’Emploi, de la Solidarité et des Affaires Sociales pour la qualité de l’étude. En prélude à la finalisation de la SNPS le 14 mars, les partenaires ont fait des observations techniques. Pour Gianluca Ferrera représentant du PAM et Christina de Bruïn de l’UNICEF, ces observations techniques doivent permettre aux Organisations de mieux s’impliquer dans l’exécution de la SNPS. Notons qu’au-delà des Agences du Système des Nations Unies, la réunion d’échange a vu la participation très remarquée de l’Ambassadeur de Chine, du représentant de la Banque Africaine de Développement, de celui de la Banque Mondiale et du FMI.

SUY Kahofi



Côte d’Ivoire : éducation en péril dans l’ouest – la faim sévit au nord

La crise menace l’éducation et la vie de nombreux enfants

La crise humanitaire dans l’ouest de la Côte d’Ivoire ne se fait pas seulement sentir au niveau du manque de nourriture pour les déplacés ou l’absence de sécurité dans les hameaux disséminés le long de la frontière Ivoiro-libérienne. Un des secteurs les plus touché par la crise humanitaire de l’ouest est l’éducation. En effet l’instabilité de la situation sécuritaire dans l’ouest de la Côte d’Ivoire a eu un impact  sur la scolarisation des enfants résidents dans les localités affectées. Les 16 écoles des Inspections d’Enseignement Primaire (IEP) de Tabou et Taï ont été affectées. Plus de 2.320 élèves ont dû interrompre leur scolarité. Le groupe scolaire Grabo (Tabou) est occupée par 400 éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) avec comme conséquence l’arrêt brusque des cours pour les élèves de ce groupe scolaire. Sous l’impulsion de l’UNICEF, un plaidoyer mené par le cluster éducation est en cours pour la libération des salles de classe. À Sakre (axe Taï-Para), un centre d’examen du certificat d’étude primaire élémentaire (CEPE) demeure par ailleurs fermé. Ce sont 150 candidats à l’entrée en classe de sixième qui ont été installés dans de nouveaux centres. Cette situation a eu pour conséquence de réduire le nombre de candidats qui passeront les examens à cause des dépenses relatives à cette disposition. Une campagne menée conjointement par les sous cluster Education et Protection du GAP Humanitaire a permis à 2.464 enfants, dont 1.118 filles, de l’ouest du pays de bénéficier d’un document d’enregistrement de naissance. Grâce à cette attestation administrative d’identité scolaire, ces élèves pourront désormais se présenter au concours d’entrée en 6ème. Il faut rappeler que de nombreux enfants n’avaient pas été déclarés à l’état civil depuis la crise de 2002. Le financement du Fond central d’urgence (CERF) alloué pour l’action humanitaire en Côte d’Ivoire en janvier dernier a permis d’ouvrir 20 classes passerelles afin que 1.000 enfants du site de Nahibly soient encadrés par 20 enseignants titulaires et bénévoles. Parmi les enseignants, 11 sont des femmes ayant bénéficié d’un renforcement de capacités pour assurer les enseignements de ces classes jusqu’en octobre 2012. Environ 1.400 enfants non scolarisés et déscolarisés des régions de l’ouest (Tonpki, Guemon et Cavally) bénéficient d’un programme d’apprentissage accéléré mis en œuvre par Save the Children qui leur permettra de réintégrer le système formel lorsque la situation sécuritaire sera totalement de retour.

La faim menace le nord

Une mission d’évaluation nutritionnelle rapide a été réalisée par le Programme National de Nutrition (PNN) et Save the Children du 9 au 20 juin dernier dans les districts sanitaires de Korhogo et Ouangolodougou, au nord du pays. Cette évaluation a révélé de nombreuses poches de malnutrition aiguë, avec certaines localités dépassant le seuil critique de 15 pour cent de malnutrition aiguë globale. Bien que n’étant pas représentatifs à grande échelle, ces résultats témoignent d’une situation nutritionnelle préoccupante qui pourrait très probablement s’aggraver pendant la période de soudure. Ces résultats s’ajoutent à ceux de la récente évaluation des besoins en sécurité alimentaire (menée par le Ministère de l’Agriculture, le Programme Alimentaire Mondial et le Fonds des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation) pour décrire une probable détérioration de la situation alimentaire et nutritionnelle dans le nord du pays. Cette tendance est à confirmer par le biais de l’enquête nutritionnelle annuelle, basée sur la méthodologie SMART, qui est programmée du 16 juillet au 3 août.

 SUY Kahofi



La chef adjointe de l’humanitaire des Nations Unies en mission dans l’ouest Ivoirien

 

Mme Bragg et M. Ndolamb Ngokwey Coordonnateur Humanitaire pour la Côte d’Ivoire

Neuf mois après la crise post-électorale, la situation des réfugiers Ivoiriens demeure toujours préoccupante et pour toucher du doigt ce problème Mme Catherine Bragg la Sous-secrétaire Générale aux Affaires Humanitaires des Nations Unies et Coordinatrice Adjointe des Secours d’Urgence a mené une mission dans l’ouest du pays pour être au parfum des difficultés des populations. Elle s’est rendue mardi 17 janvier à Guiglo, Bloléquin et Duékoué dans l’ouest de la Côte d’Ivoire pour se rendre compte des besoins humanitaires importants qui restent à combler dans cette région. L’ouest du pays avait été très gravement touché par les violences au plus fort de la crise post électorale. Des centaines de milliers de personnes avaient été contraintes de fuir cherchant refuge dans des zones plus sûres en Côte d’Ivoire, d’autres se rendant au Liberia. Fait de la stabilisation de la situation et de l’amélioration des conditions sécuritaires, particulièrement depuis le mois de juillet 2011, un nombre élevé de personnes déplacées et de réfugiés se trouvant au Liberia, sont rentrés dans leurs villages.

Chasseur traditionnel Dozo

Des tensions sur le foncier rural persistent

Cap est mis sur Zéaglo dans le département de Bloléquin pour démarrer cette tournée. Ici 8000 habitants sur les 12.500 que comptait la localité avant la crise sont de retour. Les autochtones restés longtemps dans les camps de réfugiers ont toujours peur et se disent privé de leurs plantations seul source de revenus pour eux comme le confirme Léï Robert chef du quartier Pinhoun à Zéaglo. « Cette année notre retour a été vraiment difficile parce qu’il y a des Dozos en brousse et nous ne pouvons pas nous y aventurer au risque de nous faire tuer ! Je ne sais pas ce qu’ils nous reprochent mais toutes les autres communautés peuvent se rendre dans leurs plantations sauf les autochtones ». La forêt classée de Kopézéha restituée aux populations et située dans le sud de la localité est le nœud du problème. De son côté Yéhi Zéon Antoinne enfonce le clou en indexant directement les allogènes qui vivaient avec les populations Guéré depuis plusieurs années sans problème. « Je dois vous dire que toute la crise Ivoirienne s’est jouée ici sur ces terres de Zéaglo entre les Guérés et les Burkinabés. Aujourd’hui se sont les Baoulés et les Burkinabés qui ont armé les Dozos (chasseurs traditionnels) et qui menacent nos vies dans nos propres plantations. Jusqu’à ce jour pas un seul jeune autochtone dans ce village n’a vendu un seul grain de cacao ! » Les autochtones inquiétés par la tournure des évènements disent avoir transmis leurs doléances au Préfet et aux humanitaires qui tentent d’apaiser les tensions communautaires. L’éternel problème du foncier rural refait surface à l’heure du retour et les allogènes Baoulé, Burkinabé, Sénoufo et lobi qui sont accusées d’être les bourreaux des autochtones se défendent. Djanda Moumouny est le Président de la jeunesse burkinabé et il ne botte pas en touche pour dénoncer une campagne d’intoxication. « J’affirme et j’assume que depuis notre retour aucun jeune burkinabé n’a mis la main sur la plantation d’un Guéré. Nos frères se basent sur des ‘’on-dit’’ pour éviter de se rendre dans leurs plantations. Il n’y a rien en brousse ! » Les autochtones affirmant être martyrisés par les dozos et des éléments véreux des FRCI (forces républicaines de côte d’ivoire) qui les rançonnent ne vivent que de l’aide humanitaire. « Nous sommes privés de nos champs et n’y a que l’aide humanitaire qui nous fait vivre. Vous voyez que même le village est en train d’être reconstruit grâce à ces humanitaires. Nous leur disons merci pour les vivres et non-vivres que nous recevons » affirme Léï Robert chef du quartier Pinhoun.

Habitation détruite à Niambly

Niambly : l’heure est à la reconstruction !

Après Zéaglo direction Niambly dans la sous-préfecture de Duékoué. Ici aussi les tensions persistent ! Les autochtones accusent les allogènes d’avoir pillé leurs maisons et leurs plantations durant la crise et d’avoir fait main basse sur leurs aires cultivables. Malgré ces problèmes le village détruit est en pleine reconstruction en dépit des difficultés et de la douleur d’avoir tout perdu. Dakoury Delphin pose les fondations de sa nouvelle maison en briques artisanales et selon le maçon elle sera achevée dans cinq jours ! « J’ai retrouvé ma maison dans un état de délabrement : tout a été emporté et comme vous le voyez je suis en train de tout reconstruire avec le soutien d’une ONG ». Solidarités International aide les populations à se reloger avec un programme de réhabilitation de 37 logements et la construction de 88 autres. Les besoins restent cependant importants car 6000 logements sont à financer le plus rapidement.   

La peur du retour

Le camp de réfugiers de Niambly qui compte plus de 4500 âmes nous accueille pour la fin de cette tournée. Les difficultés sont aussi importantes : 2 m² de tente que se partagent des familles nombreuses entre 7 et 12 membres et les difficultés ne s’arrête pas là. Gaha Thérèse témoigne ! « Nous n’avons que du riz et du maïs. Les rations sont insuffisantes et nous devons tenir pendant un mois avec ! Plusieurs malades en âge avancé peuvent rester sans soins pendant plusieurs jours. L’accès à l’eau potable est difficile et il faut se rabattre sur les puits autour du camp ». Dans ce camp de réfugier le mot réconciliation n’est pas à l’ordre du jour car pour les populations déplacées il faut désarmer et régler le problème du foncier avant de parler du retour. « Qui peut nous parler de réconciliation quand nos plantations sont encore occupées par les Dozos ? Il faut d’abord que le désarmement se fasse et les conditions de sécurité soient réunis avant d’en parler » affirme Goho Jean Paul un jeune réfugier du site de Niambly.

Réussir un plaidoyer auprès des donateurs

Mme Bragg après avoir touché du doigt les problèmes des réfugiers pense que son voyage pourra lui permettre de mieux mener son plaidoyer auprès des donateurs dès son retour à New York. « Il est important que l’action humanitaire soit renforcée dans cette région. Il faut s’assurer que les populations dans les villages puissent subvenir à leurs besoins de base et contribuer à la reconstruction des habitations et bâtiments communautaires. Il est donc  essentiel que des ressources financières soient disponibles » a déclaré Mme Bragg avant de conclure « nous ferons notre travail, mais les communautés doivent faire le leur en construisant ensemble, permettant ainsi aux ivoiriens de vivre côte à côte en harmonie ». Madame Bragg a été accueillie par les forces de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) principalement le bataillon marocain, qui jouent un rôle clé dans le renforcement de la sécurité pour le retour des déplacés et des réfugiés, un rôle qui doit rester important en 2012. Au cours de cette visite, Mme Bragg était accompagnée du Coordonnateur Humanitaire pour la Côte d’Ivoire, M. Ndolamb Ngokwey, et du Directeur des Affaires Sociales, M. Adama Coulibaly.

SUY Kahofi