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Un jour dans l’univers des petits porte-faix d’Abidjan !

Les petits porte-faix d’Abidjan

Les petits porte-faix d’Abidjan

Le travail des enfants est une réalité en Côte d’Ivoire et on en parle généralement dans l’univers de la cacao-culture. Pourtant il existe d’autres domaines d’activité où l’exploitation des enfants semble normale. C’est le cas dans le secteur des porte-faix ou les enfants doivent transporter des charges que les adultes eux-mêmes peinent à soulever !

Abou, Karim, Tioté ou Oumar appartiennent à cette grande famille de petits-porteurs d’Abidjan. On les désigne par le nom de « Tantie Brouette ». Ils ont entre 10 et 17 ans et pour avoir leur pitance alimentaire quotidienne ils doivent porter des charges largement au dessus de leur poids. Équipés d’une simple brouette, c’est péniblement qu’ils font avancer leurs lourdes charges mètre après mètre. Ils doivent accompagner chaque jour des commerçantes ou des ménagères avec leurs courses pour espérer avoir quelques pièces en poche. Certains d’entre eux mènent l’activité pour leur propre compte, d’autres doivent rapporter au père ou à la mère le pécule qui nourrira toute la famille. Karim témoigne :

«Mon père n’aime pas du tout quand je rentre avec une somme insignifiante. Quand je retourne à la maison avec 300 ou 600 f CFA il s’énerve ! Il pense que je viens au marché pour m’amuser or ce n’est pas le cas ».

Pendant que nous échangeons, une commerçante s’approche. Karim sans crier gare s’éloigne de mon micro pour savoir s’il sera choisi pour le transport de quelques sacs de bananes plantains ! Finalement il n’aura pas la chance parce que trop petit ! La commerçante choisira Oumar et Abou pour porter environ… 200 kilogrammes de bananes repartis dans des sacs de 50 kilogrammes. « C’est comme ça » me dit tout triste Karim « souvent tu as la chance et souvent tu n’as rien » ! Pour nos deux amis retenus par la commerçante la tâche ne sera pas facile. A 16 ans à peine, traîner des sacs sur environs 1500 m n’est pas du tout évident. « Ça fatigue, on avance petit à petit » me dit Abou. Pour 100 f CFA le sac nos deux « gladiateurs » se retrouvent avec 400 f pour la « petite » course.

Bien que cette activité de porteur du marché soit pénible elle attire plusieurs gamins à l’image de Diomandé qui depuis un an a quitté l’école dans l’espoir de gagner de l’argent avec sa brouette. Il rêve de réussir et de quitter l’univers des « Tantie Brouette »… mais comment un gamin qui quitte l’école si jeune peut-il espérer le meilleur dans un milieu où le rêve n’existe pratiquement pas ? A cette question Diomandé a une réponse toute faite pour rassurer ou plutôt pour se donner du courage. « Ce qui est sûr avec ce que je gagne j’achète mes vêtements, je mange sans demander à ma maman… » nous dit confiant le gamin.

Si pour Diomandé le rêve est encore flou en ce début de carrière de porte-faix du marché, Sindou D. qui est arrivé dans le milieu il y a environs 5 ans est aujourd’hui propriétaire des brouettes louées par les gamins. Chaque brouette donnée à un enfant lui permet d’empocher 1000 f CFA. « J’ai au moins 50.000 f CFA à la fin de la journée. Je connais pratiquement tous les enfants qui viennent ici louer des brouettes. Ils peuvent partir avec la brouette et revenir payer à la fin de la journée » nous explique le jeune homme. Tous les enfants qui poussent aujourd’hui la brouette sous le soleil d’Abidjan n’auront pas la chance de Sindou D. Faire fortune dans le milieu tient du miracle car le métier de porte-faix n’est une affaire de petits muscles ! Ici, des adultes font porter aux enfants ce qu’ils ne peuvent pas soulever eux-mêmes. Les commerçantes et les ménagères sont les premières à avoir recours aux services des « Tantie Brouette ». Colette nous explique pourquoi elle préfère ces enfants.

« Ils sont moins coûteux que les wôtrô-tiki* ! Ces enfants peuvent accepter des petites sommes comme 200, 100 f même 25 f CFA en fonction des courses. Or, les wôtrô-tiki, si vous ne sortez pas au minimum 500 f, ils ne bougent pas. Le tarif des petits porte-faix nous arrange ».

Ce qui vous arrange madame est condamné par la loi car l’utilisation des enfants de moins de 18 ans pour porter des charges est classé dans la catégorie des travaux dangereux pour les mineurs. Selon Madame Kraidy Sandrine, Directrice de la protection de l’Enfant au Ministère de la famille, de la femme et de l’enfant, les enfants porte-faix sacrifient leurs études au détriment d’un système d’exploitation dont ils sont les victimes. Sur le texte de loi interdisant cette activité, les nouvelles dispositions révisant l’arrêté n°2250 du 14 mars 2005 sont claires. Elles indiquent que l’utilisation des enfants de moins de 18 ans  dans toute activité qui « met leur vie en danger et constitue un frein pour leur épanouissement social, physique et éducatif » est à proscrire. Si pour autant ces textes réaffirment la détermination des autorités Ivoiriennes à lutter contre le travail des enfants, on se demande comment le sort des enfants porte-faix échappe encore au Ministère de la famille, de la femme et de l’enfant ?

wôtrô-tiki*= porte-faix adulte (généralement d’origine malienne ou burkinabé, ils sont de l’ethnie bêlla)

SUY Kahofi



L’OOAS renforce les capacités du Réseau Des Champions

Dr Jeannetta Johnson, le directeur général adjoint de l'OOAS, s'adressant aux participants de l'atelier

Dans la poursuite de sa mission d’aider les pays à mobiliser des ressources pour le financement des programmes de santé au sein de la sous-région CEDEAO, l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) a récemment assisté à Monrovia, au Libéria, à l’inauguration du réseau des champions du plaidoyer en faveur de la  santé dans le pays. Cette activité fait suite à la réunion de Février 2010 à Ouagadougou, où il a été recommandé aux pays de la sous-région CEDEAO d’intensifier des initiatives de plaidoyer ciblant les décideurs politiques pour faciliter la mise en œuvre effective des résolutions et accords financiers pour le bénéfice du secteur de la santé. Le Libéria a donc rejoint les rangs des pays comme le Mali, la Guinée Bissau et le Togo dans l’établissement de son propre réseau de plaidoyer pour la santé composé de membres des organisations de la société civile, le parlement et le ministère de la Santé.

Les 13 et 14 Septembre 2012, l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) en partenariat avec le ministère libérien de la Santé et Affaires Sociales, ont d’organisé une formation de deux jours en matière de  plaidoyer stratégique pour les membres du réseau des champions dans la salle de conférence « Eugene Cooper » de l’YMCA situe dans le quartier de Crown Hill à Monrovia. La formation aux techniques du  plaidoyer comportait des présentations par les animateurs et le travail de groupe interactif. S’adressant aux participants le dernier jour de la formation, Directeur général adjoint de l’OOAS, le Dr Jeannetta Johnson a souligné l’importance de l’autonomisation des  membres du réseau de plaidoyer en faveur de la santé à travers l’acquisition des compétences appropriées prévues par l’atelier de formation. Elle a dit  » Le dynamisme de la société civile au Liberia reste un atout formidable pour sensibiliser le public aux questions de santé et d’assurer le soutien nécessaire pour l’augmentation des dépenses publiques en faveur du secteur de la santé« . Dr. Johnson a exhorté les participants à faire bon usage des compétences acquises lors de la formation, à faire une différence pour la santé des Libériens. «Votre performance en tant que défenseurs de la santé pourrait servir de modèle à reproduire dans d’autres pays ouest-africains» a-t-elle ajouté. Avec les dépenses publiques moyennes de santé des États membres de la CEDEAO estimé à $10 par personne par an et en dépit de l’appel lancé par les chefs d’États et de gouvernements à revoir à la hausse l’allocation budgétaire au secteur de la santé à 15 pour cent du budget national, la plupart des États n’ont pas encore atteint cet objectif.

En 2009, le Libéria a consacré environ 13,80 pour cent de ses dépenses générales au secteur de la santé. La difficulté rencontrée actuellement par une grande partie de la population ouest-africaine à accéder aux services de santé est indéniable c’est pourquoi les gouvernements devront augmenter d’une manière conséquente  le budget alloué au secteur de la santé.



Bidonvilles d’Abidjan, qui sont les vrais habitants ?

Washington nouveau quartier, un bidonville d'Abidjan

Les inondations de ces dernières années en Côte d’Ivoire qui ont entrainées d’importants dégâts dans plusieurs quartiers d’Abidjan ont permis aux Ivoiriens de découvrir la dure réalité de la vie dans les bidonvilles. Des familles entières s’entassaient dans des baraques pourries qui prennent l’eau de partout ! Ces familles mettent en péril leurs vies et certaines malgré les appels du Gouvernement préfèrent camper sur des sites classés à risque. La réalité des inondations a permis également aux Ivoiriens de découvrir l’identité des occupants des bidonvilles. Ils ne sont pas pauvres et démunis comme on pourrait le croire. Ils ne sont pas tous des sans-emplois ou même des immigrés sans argent. Dans les bidonvilles d’Abidjan, toutes les couches sociales se côtoient.

Les toitures rouillées s’étendent à perte de vue, à quelques endroits des constructions en dur, ici une habitation faite de matériaux de récupération…Voici le visage que nous offre Washington nouveau quartier situé entre les communes de Cocody et d’Adjamé. Ici, comme dans la majorité des bidonvilles, les familles luttent pour survivre dans un univers insalubre. Manque d’eau potable, d’électricité, de sanitaire digne du nom et de canaux d’évacuation des eaux usées sont les premiers problèmes que l’on y rencontre. Pourtant lorsqu’on s’approche des habitants on se rend compte que les raisons de leurs présences en ces lieux sont différentes. Kassy est agent de sécurité et touche le modique salaire de 75.000 f CFA. « Qui peut dire qu’il est content de vivre dans un tels endroit ? Nous sommes obligés c’est tout » se plaint le jeune homme. Il poursuit en nous disant que sa famille (sa femme et 2 enfants) partagent ‘’une maison’’ qu’il loue à 15.000 f CFA. Il nous dira que son lieu de travail n’est pas loin et que cela lui permet de faire des économies. Non loin de sa demeure, deux étudiants de l’Université de Cocody squatte une ‘’entrer-coucher’’ (une pièce) avec un toit qui laisse passer l’eau. « Le campus n’existe plus ! Nos efforts pour en obtenir un studio en ville ont été vains. Les offres étaient largement supérieures à nos moyens. Alors pour ne pas être loin de l’université lors de la réouverture nous vivons ici », souligne Armand. Ilboudo et Léguan Jules sont quant à eux burkinabés et n’ont pas de famille en Côte d’Ivoire. Immigrés et vivant de petits boulots ils préfèrent se terrer à Gobelet. « Si je vis ici c’est pour pouvoir faire des économies en vue de construire au pays. Je suis avec un de mes compatriotes et nous partageons le loyer de 20.000 f CFA par mois », affirme Léguan Jules.

Dans les bidonvilles vivent aussi des ‘’propriétaires terriens’’ ! On les appelle doyen et il serait hasardeux de dire depuis quand ils vivent dans ces bidonvilles. Certains affirment même être les fondateurs des bidonvilles ! Ils vivent de la vente de terrains et possèdent d’autres affaires. Magasins, réseau de vente d’eau et d’électricité, boutiques et PME de construction sont à mettre à leur actif. A la question de savoir pourquoi ils ne quittent pas le bidonville, ils répondent avec un brin d’ironie : « Quand un endroit vous porte chance il n’est pas bon de le quitter ».

« Le bidonville n’est pas aussi bizarre qu’on peut le croire et je crois qu’avec un peu de volonté de la part des autorités, on pourrait se sentir bien. Les populations ici ne demandent qu’un peu d’eau et d’électricité pour vivre heureux » plaide Sina gérant de kiosque.

SUY Kahofi



Cliniques ou hôpitaux publics: où aller pour ne pas succomber?

Un Centre Hospitalier Régional en Côte d’Ivoire

La clinique ou l’hôpital public ? La question est d’actualité lorsque les Ivoiriens veulent se soigner. Le choix pourrait être fait très rapidement en fonction des moyens mais certains nantis ont peur des belles enseignes. Cela peut paraître surprenant mais les hôpitaux et les cliniques semblent afficher une panoplie d’avantages et de petits côtés obscures qui ternissent leurs images.

Cocody, nous sommes dans le quartier présidentiel et résidentiel par excellence d’Abidjan ! Le quartier abrite l’un des deux centres hospitaliers universitaires (CHU) de la ville. Très fréquenté il est un ensemble de bâtiments abritant plusieurs services dont certains sont uniques en Afrique de l’ouest. Le CHU n’échappe pourtant pas aux maux des services sanitaires publics du pays et il faut aller de prés pour le voir. Des malades couchés à même le sol, des lits complètement rouillés, des médecins occupés par la chasse au trésor et aux malades fortunés constituent le décor. Le comble, le mot propreté semble ne pas faire parti du vocabulaire de l’hôpital ! Daloa, Gagnoa, Divo, Dimbokro…la quasi-totalité des hôpitaux publics de Côte d’Ivoire dans ces villes citées sont sous les plaintes des contribuables à cause du laxisme aussi bien au niveau des services de soin que de l’entretien des bâtiments. Pourtant malgré cette atmosphère qui ne rassure guère les malades, 85% des Ivoiriens sont obligés de se rabattre sur les hôpitaux publics à cause de leurs conditions socio-économiques. Au-delà de l’argent qui fait défaut, d’autres facteurs expliquent ce choix même pour certaines personnes qui ont de l’argent.

« Il y a des problèmes mais… »

Marc Koffi est Docteur en lettre moderne et professeur des grandes écoles il ne jure que par les hôpitaux publics. Fort d’une expérience personnelle il est sûr que malgré l’image de dégradation affichée par les services sanitaires publics, le personnel soignant peut encore être utile aux populations. Son fils souffrait d’un mal de ventre aigu et devait passer au bloc opératoire après 8 mn de diagnostique dans une clinique. L’intervention aurait coûté 215.000 f CFA ! Sérieusement paniqué à l’idée de laisser son fils se faire « charcuter » il décide de se rendre dans un CHU. « Malgré les souffrances de mon fils un collège de quatre médecins l’on ausculté pendant près de 15 heures ! Ils en sont arrivés à la conclusion que mon fils n’avait besoin que d’un médicament qui ne coûtait que 1750 f ! J’étais tellement étonné après la guérison de mon fils que j’ai résilié mon contrat de prise en charge familiale avec la clinique » conclu Mr Koffi. Pour lui si les médecins font preuve de laxisme dans l’exercice de leur fonction c’est simplement à cause de leur mauvais traitement salarial. « Notre salaire brut n’excède pas les 200.000 f  CFA pour huit ans d’étude. Dans ces conditions certains préfèrent négliger le travail ici pour gagner plus dans les cliniques car ne vous y méprenez pas se sont les mêmes médecins des hôpitaux publics qui se retrouve dans les cliniques » nous confirme un chef de service du CHU de Treichville sous couvert de l’anonymat. Ce manque de conscience professionnel dans les hôpitaux publics conduit à des drames et pousse d’autres Ivoiriens vers les cliniques. Patricia Enouh en sait quelque chose, elle dont la mère est décédé sur un brancard à cause d’un acte de négligence aux urgences. « Quand on n’aime pas un métier on ne le choisi pas. Certains médecins sont à l’origine de la mort de nombreuses personnes dans le pays simplement parce que le malade est pauvre ou indigent. Nous payons nos impôts pour mourir dans les hôpitaux ? L’attitude de nos médecins est souvent incompréhensible » s’indigne la jeune femme. Elle s’est jurée que quelque soit la modestie de ses moyens elle n’ira plus se faire soigner dans un hôpital public. Yannick Diakité évoque d’autres atouts des cliniques. « Il ne faut pas se le cacher : les cliniques sont propres, on vous reçoit comme un homme contrairement aux hôpitaux publics, vous êtes bien soignés et bien nourrit, les médecins ont une conscience professionnelle chose qui existe à peine dans nos hôpitaux publics« .

La conscience professionnelle a-t-il un prix ?

Les services de santé quelque soit le lieu où ils se pratiquent peuvent être de qualité. Le seule condition c’est qu’il faut de l’argent pour les financer. « Dans les cliniques privées les honoraires des médecins dépassent largement ceux du public, le matériel médical est de dernière génération, les malades prêts à payer pour ne pas succomber…si toutes ces conditions sont réunis dans les hôpitaux publics et que l’Etat s’engage à payer pour le contribuable il n’y a pas de raison que les soins ne soient plus de qualité » nous confirme un chef de service du CHU de Treichville sous couvert de l’anonymat. Cet argument signifie-t-il que les médecins Ivoiriens attendent d’être mieux payés avant de donner un sens au serment Hippocrate ? Non, ils demandent juste des meilleurs conditions de travail et Aziz Assalê est de cet avis. « Au-delà du salaire il faut que le plateau technique de nos hôpitaux publics soit renforcé avec du matériel de pointe car c’est à force de travailler avec un matériel vétuste que les morts s’accumulent dans nos morgues. Pour des soins de qualité il faut aussi que les Ivoiriens soient prêts à mettre la main à la poche« . Contribuer financièrement pour des soins de qualité dans les hôpitaux publics, les contribuables qui payent déjà leurs impôts estiment que cela doit se faire dans un cadre plus honnête. « Nous avons déjà observé les politiques de gratuité des soins et nous sommes plus que déçus. Si nous devons payer, nous devons avoir la certitude que nous serons effectivement soignés » affirme Kévine Addissa une mère de femme.

SUY Kahofi



Petits remèdes du village : nécessité ou retour aux sources ?

Les vrais guérisseurs et les charlatans se battent pour convaincre

Quand les difficultés frappent aux portes des abidjanais chacun trouve l’astuce pour retourner aux sources. Les racines et canaris du village refont surface. Si pour certains il s’agit d’une habitude pour d’autres le choix est liés aux difficultés financières.

Il y a trois catégories d’Ivoirien quand il s’agit du choix de la médecine idéale pour guérir d’une maladie. D’un côté ceux qui estiment que leur corps n’est un laboratoire pour recevoir les médicaments de « blanc » ! Vient la catégorie de la médecine mixte : injections et mixtures amers peuvent cohabiter. La dernière catégorie est celle où on estime que seule la médecine moderne peut réellement guérir. Chacun a ces arguments pour défendre sa position. « Avant l’arrivée des blancs nous les africains on se soignait avec ces plantes que certains déracinés trouvent sans effet sur le corps humain aujourd’hui. Je suis fier de dire que je me soigne exclusivement à la médecine traditionnelle et sa marche ! » déclare N’guessan Antoine employé dans une entreprise de maintenance électrique. Koné Aïssatou, elle aussi témoigne de cette efficacité. « A l’hôpital on m’a diagnostiqué deux grosses boules qui étaient dans mon bas ventre : des fibromes. On devait m’opérer mais j’avais peur. Ma copine m’a parlé d’un naturo-thérapeute qui m’a donné une mixture que j’ai bue juste trois jour« . Le résultat se lit sur cliché de la radiographie : les fibromes ont disparu ! La médecine traditionnelle certains y croient depuis toujours mais aujourd’hui avec la crise certains y viennent pas pure nécessité. « L’argent fait défaut et même si les autorités nous disent que les soins sont gratuits à l’hôpital, les médecins nous font toujours payer quelque chose. Nous n’avons pas d’argent et le peu qu’on gagne ne peut pas passer dans des soins de santé » se lamente Memel un enseignant avant de conclure « on ne tourne pas le dos à l’hôpital mais chaque fois qu’on pourra se soigner à moindre coût avec les racines on choisira cette option« .

Les naturo-thérapeutes très sollicités

Pour certains ils sont des guérisseurs, pour d’autres des tradi-praticiens mais généralement les acteurs de la médecine traditionnelle aiment bien qu’on les appelle naturo-thérapeutes. L’expression semble être plus valorisante et nos « docteurs » spécialistes en racines, herbes et écorces nous gratifient d’un large sourire quand ils entendent le mot. Avec la crise le secteur des tradi-praticiens est plus que jamais sollicité. « Les choses vont bien » soutien Aladjy dit docteur neuf mois. « Aujourd’hui les Ivoiriens comprennent que rien ne vaut le retour aux sources. La nature est une force qui porte en son sein tous les remèdes pour guérir toutes les maladies. La preuve est là : même les médicaments en pharmacie ne sont que des molécules naturelles synthétisées » nous explique Aladjy à travers un récital bien rodé. Sur les marchés, les Ivoiriens n’ont plus véritablement honte de s’approcher des tables pleines de racines. « On ne peut pas jouer les snobs quand on est malade et qu’on a pas les moyens. Ici on a de petits remèdes qui font effet et surtout ce n’est pas cher » soutien Alain Achy. Des remèdes pas chers sur le marché ça existe et il y en a pour toutes les maladies. A titre d’exemple le paludisme se guérit à 1000 f CFA, la fièvre typhoïde à 1500 et le mal de tête chronique avec un cataplasme à seulement 500 f. Avec la modernisation les naturo-thérapeutes proposent leurs remèdes dans des boites et bouteilles avec notices. Les modes d’emploi de la médecine traditionnel qui se résumaient aux suppositoires, aux purgeoirs et aux bains souvent salissants enregistrent aujourd’hui les sirops, les laxatifs et même les comprimés !

Attention aux charlatans

Malgré le succès de la médecine traditionnelle une frange non négligeable d’Ivoiriens n’y croient pas pire ils s’en méfient comme la peste. Ils estiment que des charlatans et petits sorciers du dimanche se sont improvisés guérisseurs et font plus de mal que de bien. « J’ai toujours pris l’habitude de me soigner avec la médecine traditionnelle et la médecine moderne mais depuis un certain temps j’ai peur d’acheter les remèdes des naturo-thérapeutes » soutien Hermann Brou un père de famille qui souligne « qu’on ne sait plus réellement qui est le bon ou le mauvais naturo-thérapeute« . Alors dans ces conditions autant s’abstenir car on ne sait pas sur qui on risque de tomber un matin. Traoré Djénéba a fait l’amère expérience des faux naturo-thérapeutes. Le vendeur ambulant qui proposait un remède contre la sinusite dans un car inter-urbain lui a vendu simplement un mélange de beurre de karité, un peu d’eau et des cendres d’origine inconnue. « J’ai fait couler le mélange dans mes narines et ma sinusite s’est aggravée » nous explique la jeune femme. Elle n’est pourtant pas déçue et martèle qu’elle continuera d’avoir recours aux racines et aux feuilles pour se soigner. « Elle n’a pas les moyens pour les cliniques et les hôpitaux » confie-t-elle. Alors comment ne pas se faire avoir ? Pour Aladjy dit docteur neuf mois il faut éviter d’acheter des médicaments traditionnels aux marchants ambulants ou aux petits revendeurs. Toujours choisir des étales permanentes ou des cabinets de naturo-thérapeutes qui sont aujourd’hui légions dans toute la Côte d’Ivoire.

SUY Kahofi



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