Les Ivoiriens se prononcent sur la crise du logement à Abidjan

 

A peine achevés que les logements sont déjà occupés !

Trouver un logement à Abidjan est un véritable parcours du combattant. Quelque soit le type d’habitation et les affiches des agences immobilières proposant des tarifs mensuels alléchants, il faut batailler fort pour trouver une maison qui vous fasse gagner en temps et en argent dans vos activités de chaque jour. Fini la belle époque où les entreprises immobilières telles que la SICOGI et la SOGEFIA offraient des logements sociaux aux personnes économiquement faibles. Désormais la spéculation est reine sur le marché du logement et cela aggrave la crise. Au-delà de la spéculation les ivoiriens pointent du doigt d’autres problèmes que sont le coût élevé de la vie en Côte d’Ivoire, l’exode rurale, la fermeture des cités universitaires et la vague de déguerpissement. Sur ce dernier point les avis sont particulièrement partagés. « Le déguerpissement a vraiment ‘’tué’’ les Ivoiriens ! Partout où vous allez vous ne pouvez pas trouver une maison et cette situation occasionne une hausse du loyer » affirme un agent de sécurité. « Il n’y aucun lien entre le déguerpissement et la crise du logement » s’oppose un jeune étudiant avant de démontrer que « le véritable problème c’est que tout le monde veut vivre à Abidjan » et cela pose le problème de l’offre et de la demande.

La grogne des populations fait toujours réagir en haut lieu les autorités. Le cri de cœur de la population a poussé la ministre de la promotion du logement Kaba Nialy à mener des enquêtes de terrain. L’expertise du Ministère de la promotion du logement démontre très clairement que toutes les couches sociales du pays sont soumises à cette crise du logement. Il y a un véritable déficit au niveau de la production si bien que l’achat et la location deviennent quasi impossibles pour les Ivoiriens. Les prix des maisons sont très élevés, ceux du loyer mensuel également et les familles aux revenus modestes ne peuvent pas se loger. Fort de cette situation plutôt alarmante du logement en Côte d’Ivoire et particulièrement à Abidjan, le Ministère de la promotion du logement multiplie les contacts avec les opérateurs économiques nationaux et internationaux pour asseoir un projet de stratégie pour régler à long terme le problème du logement. Kaba Nialy la ministre de la promotion du logement nous en dit un peu plus. « Nous réfléchissons avec nos partenaires sur un projet de stratégie qui s’articule autour des points suivants : la réglementation et les techniques de production, la question du foncier et la question du financement. Il y aura une série de proposition et nous allons retenir celles qui sont pertinentes pour nous permettre de lancer les activités dans le secteur ». Ces activités vont consister à produire en masse des logements pour toutes les couches sociales mais un accent particulier sera mis sur les populations à revenu modeste et à revenu instable.

SUY Kahofi

Abidjan : Nouveaux quartiers l’envers du décor !

Rue impraticable d'un nouveau quartier après la pluie!

Le ballet des bennes de sable et de gravier est quasi quotidien dans la périphérie abidjanaise. Les travailleurs sans relâche s’activent à faire sortir de terre des villas et autres studios pour le bonheur des nombreux locataires de la capitale économique Ivoirienne. Les nouveaux quartiers d’Abidjan offrent certes de nouvelles maisons mais y habiter expose le plus souvent les populations à des désagréments.

Maison construites à la hâte

Il a fallu juste trois mois pour livrer 40 studios à la CIAD, 2 mois pour cette grosse villa de GESCO extension ou 3 mois pour cette duplex à N’pouto ! Avec des délais de livraison aussi courts et des matériaux de construction souvent de seconde qualité, les locataires doivent au quotidien colmater les maisons qu’ils occupent ! « Le premier des problèmes c’est les poignets des portes, ensuite la robinetterie et les systèmes d’évacuation d’eau puis les canalisations » soutien Dame Kouassi Brigitte enseignante avant de conclure « il ne se passe pas une seul semaine sans que le plombier ou le menuisier ne vienne faire une réparation et cela à nos propres frais ». En d’autres termes, les locataires reconstruisent les maisons qu’ils occupent. Dans certains quartiers, le manque d’électricité a poussé certains propriétaires de maison à opter pour les compteurs groupés ! Les baisses de tension sont alors fréquentes et les appareils électroménagers s’abîment souvent.

Quartier difficile d’accès

« Vous voyez, à partir de mon domicile il faut parcourir 6 kilomètre chaque matin pour atteindre le premier arrêt de bus » soutien Jean Charles jeune informaticien. « Le matin pour aller à l’école ou au travail c’est tout un problème ». Les nouveaux quartiers d’Abidjan sont difficiles d’accès. Les taxis communaux appelés wôrô-wôrô et les bus ne circulent plus au-delà de 22 heures et les quelques taxi compteur refusent de rallier ces quartiers. « C’est dangereux d’y circuler la nuit : les rues réalisées à la hâte sont impraticables et cela nous expose » soutien Vamoussa chauffeur de taxi. « C’est vrai que les maisons sont belles et souvent moins chères mais lorsqu’il pleut on ne peut pas sortir des maisons. Le quartier est inondé ! » s’indigne Akré Gisèle élève. Certains habitants interpellent donc les Mairies pour que celles-ci se préoccupent du sort des habitants de la périphérie abidjanaise. « Les services techniques viennent encaisser l’impôt et les taxes municipales mais personne ne s’occupe de nos rues. Quand il s’agit de l’argent nous sommes dans la commune mais après on nous dit débrouillez-vous. Il faut que ça change ! » souligne Kouakou Blaise infirmier.

Suy Kahofi