Côte d’Ivoire – Education : ces filles qui ne méritent pas d’aller à l’école

Campagne de scolarisation de la jeune fille menée par le CEFCI

Campagne de scolarisation de la jeune fille menée par le CEFCI

« Prendre soin d’une fille c’est labourer le champ de son voisin sans contrepartie ». Ce proverbe qui existe dans la majorité des langues ivoiriennes montre combien de fois la femme et plus particulièrement la fille est reléguée au second plan quand il s’agit de poser des actes pour son développement. Cette réalité est encore plus vraie lorsqu’il s’agit de parler d’instruction et surtout de scolarisation de la petite fille. Les petits garçons dans plusieurs localités sont préférés par rapport aux petites filles lors de la rentrée des classes. Ce phénomène est très récurent dans les régions du nord de la Côte d’Ivoire où de nombreuses familles, en lieu et place de l’école, préparent la fillette dès le bas âge à une vie future de ménagère. Les fillettes sont obligées de rester à la maison pour aider leurs mères à faire la cuisine, laver le linge et faire la vaisselle. Pour Charles Yahovi Djrékpo, ancien Directeur-résident du NDI (National Democratic Institut) pour la Côte d’Ivoire « les cultures africaines sont un véritable frein à l’émancipation de la femme ».

« Nous évoluons dans un contexte culturel et social marqué par une domination masculine et cette domination est très forte. Notre culture idéalise la femme dans une présence au foyer et non dans les arènes de développement. Partant de ce fait, il faut éviter de donner à la femme les armes de son émancipation donc de lui donner un accès à l’instruction » nous explique Charles Yahovi Djrékpo.

Molière le soulignait dans son œuvre « Les Femmes Savantes« , les femmes comme les poules doivent s’abstenir de chanter devant les coqs et la société traditionnelle Ivoirienne consacre cette image.

Cette discrimination est un frein à l’émancipation de la femme et le Ministère de l’Education National entend lutter contre ce fléau. Pour promouvoir de façon générale l’accès des enfants à l’éducation, filles et garçons partent avec des chances égales. L’école est gratuite pour chaque enfant en Côte d’Ivoire et dans les régions où le taux de scolarisation des filles est très bas, le Gouvernement fait la promotion de mécanisme d’aide aux parents démunis pour les encourager à scolariser les petites filles. Pour donner plus de chance aux filles, une politique d’instauration des collèges et lycées de jeunes filles existe au plan national. L’objectif à court terme est de permettre à un nombre plus important de fille d’avoir accès à des études secondaires avec une possibilité de prise en charge de 100%. Tous ces efforts du Gouvernement sont certes louables mais sans une action de sensibilisation auprès des parents les salles de classes resteront toujours vides. L’ONG Carrefour de Réflexion et d’Action pour l’Education des Filles et des Femmes en Côte d’Ivoire (CRAEF-CI) mène des campagnes de sensibilisation dans les villes et les villages où le taux de scolarisation des filles est bas. L’organisation offre des kits scolaires aux filles et fait la promotion d’un système de parrainage dans lequel des familles au plan national ou international s’engagent à prendre soin d’une petite fille qui veut aller à l’école.

De la sensibilisation pour faire changer les mentalités, c’est également l’objectif que s’est fixé le CEFCI, le Centre Féminin pour la Démocratie et les Droits Humains en Côte d’Ivoire. Grâce au soutien de Fondation comme la Global Fund for Women, l’ONG Ivoirienne a investi les hameaux les plus reculés du pays pour convaincre les familles de la nécessité de scolariser les jeunes filles. Force est de constater que dans cette lutte les mères de famille quand bien même n’ayant pas eu la chance d’aller à l’école ne s’opposent pas vraiment à la scolarisation de leurs filles. La véritable opposition vient des hommes.

« Il faut convaincre les pères donc les hommes parce que c’est eux qui ont le dernier mot dans la famille Ivoirienne. Ils doivent comprendre que scolariser la jeune fille n’est pas une perte. Fille ou garçon chaque enfant à droit à l’éducation et aujourd’hui les filles encore plus. Remarquez très bien que les filles qui arrivent à émerger socialement après leurs études sont celles qui reviennent pour prendre soin de leurs familles » nous explique Nathalie KONE directrice du CEFCI.

SUY Kahofi

Femmes Ivoiriennes et prise de décision

Piliers de nos Nations, les femmes méritent de diriger les instances de prise de décision

Piliers de nos Nations, les femmes méritent de diriger les instances de prise de décision

Il y a eu certes des avancées pour la promotion de leurs droits mais les femmes ivoiriennes sont conscientes que des batailles encore plus importantes sont à remporter. Les femmes savent que leur présence au sein des instances de prise de décision peut faire bouger les lignes. Mais comment parvenir à intégrer ces instances de prise de décision quand rares sont les femmes qui sont choisies par les hommes ? La question mérite d’être posée !Avec une présence estimée à 12% au parlement, 5 ministres dans un gouvernement de 26 membres, aucune femme présidente de conseil régional ni même membre du conseil constitutionnel, les femmes Ivoiriennes reconnaissons-le sont très peu présentes ou même pas du tout dans les organes de prise décision. Cette sous-représentation est l’origine d’un retard immense dans l’application des textes de loi pour la promotion des droits de la femme ratifié par le pays au plan international et continental. Les nombreuses politiques pour « genrer » la fonction public, le parlement et les instances de prise de décision politique, économique et social n’ont pas encore porté de fruits.

Pour Nathalie Koné la Directrice Exécutive du CEFCI, (le Centre Féminin pour la Démocratie et les Droits Humains en Côte d’Ivoire), « le poids de la tradition ivoirienne qui veut que les femmes soient toujours dans l’ombre des hommes » explique en grande partie cette situation. Ce machisme quasi institutionnalisé a fini par confiner les femmes dans un véritable complexe d’infériorité. Dans les partis politiques ou les entreprises, rares sont les femmes ivoiriennes qui osent s’engager pour briser ce tabou. Namizata Sangaré est la Présidente de l’OFACI, (l’organisation des femmes actives de Côte d’Ivoire, la Côte d’Ivoire) et elle estime que les autorités Ivoiriennes doivent s’engager dans une autre forme de promotion de la gente féminine. « Cette promotion passe par une application pure et simple des textes contraignants de la CEDEF » soutient la Présidente de l’OFACI. Il s’agit d’une convention sur l’élimination de toutes les discriminations à l’égard des femmes. Un instrument spécifiquement lié aux droits des femmes qui a été adopté par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1979 et dont la Côte d’Ivoire est devenue Etat-partie le 18 décembre 1995. A défaut d’avoir des hommes disposés d’eux-mêmes à promouvoir le genre dans les instances de prise de décision, les femmes ivoiriennes estiment que les textes de lois plus strictes doivent être appliqués par l’instauration du quota homme-femme à tous les niveaux. Ce point de vue est également celui d’Aminata Kassé Faye, Directrice du NDI (National Democratic Institut) pour le Burkina Faso. « Il faut une réelle volonté politique pour que les choses changent. Les femmes ne doivent plus être considérées comme un bétail électoral ou celles qui sont bonne à chanter lors des meetings. Il faut que des lois sur la parité soient adoptées par nos Assemblées Nationales pour que l’équilibre des genres soit respecté ».

Cet équilibre dans les instances de prise de décision pourra mettre un point à des fléaux comme les violences sexuelles et physiques à l’égard des femmes Ivoiriennes, violences qui ont pris une ascension assez inquiétante.

SUY Kahofi

Lancement de l’African Women Entrepreneurship Program pour la Côte d’Ivoire

L'AWEP veut aider les femmes ivoiriennes à s’émanciper

L’AWEP veut aider les femmes ivoiriennes à s’émanciper

Ce jeudi 24 février, l’Ambassade des Etats Unis à Abidjan sis à la Riviera Golf a servi de cadre à la cérémonie de lancement du Programme African Women Entrepreneurship (AWEP) pour la Côte d’Ivoire. L’AWEP est une initiative du département d’Etat américain, lancée en juillet 2010 afin d’identifier et de construire des réseaux de femmes entrepreneurs de l’Afrique subsaharienne. Initié dans le cadre du programme des Visiteurs Internationaux, l’AWEP permet aux femmes de partager leurs expériences, de discuter les défis communs et les facteurs qui mènent à la croissance économique à long terme. Grâce au programme des Visiteurs Internationaux, une cinquantaine de femmes ivoiriennes ont pu, à ce jour, participer à des programmes aux Etats-Unis sur le thème : « Femme et l’Entrepreneuriat« ,  dont l’AWEP. L’AWEP-Côte d’Ivoire a pour objectif d’encourager les femmes entrepreneures enfin qu’elles puissent à leur tour aider à améliorer l’économie du pays et apporter le bien-être à la population.

La cérémonie de lancement du programme a été présidée par l’Ambassadeur des Etats-Unis, S.E.M. Phillip Carter III en présence d’un représentant de la Marraine, Mme Nialé Kaba, Ministre auprès du Premier Ministre chargé de l’Economie et des Finances. Sur le bienfondé de l’AWEP le diplomate américain a souligné que « le gouvernement des Etats-Unis est engagé à créer des opportunités pour les femmes, parce ce que nous savons que les femmes détiennent la clé du développement économique en Afrique. J’espère que l’engagement fort du gouvernement des USA à travers l’AWEP ira de pair avec celui du gouvernement ivoirien par le financement de sessions de formation, de centres des affaires et d’autres activités en faveur des femmes ivoiriennes ». La présidente de l’AWEP-CI, Massogbè Touré, a indiqué que « les femmes entrepreneurs de Côte d’Ivoire s’engagent à participer au développement du pays en partageant la vision du chef de l’Etat, Alassane Ouattara, qui accorde une place à la femme dans le leadership ». Le succès sera donc au bout de l’effort de toutes les compétences réunies pour une meilleure émancipation économique de la gente féminine. Patrick Drissa Yao le représentant du ministre en charge de l’Economie et des Finances, a traduit les remerciements du Gouvernement Ivoirien à l’Etat Américain pour son appui aux femmes engagées dans l’entrepreneuriat. Il a exhorté les femmes à conjuguer leurs efforts pour la croissance économique de leur pays. La cérémonie a également été marquée par une exposition-vente de produits fabriqués par les femmes.

SUY Kahofi

Le Couteau brûlant : un brulot contre l’excision !

Le Couteau brûlant

Le Couteau brûlant

Hamitraoré, la romancière Ivoirienne vient de mettre sur le marché une œuvre de très belle facture publiée chez Frat-Mat Edition. A travers cette œuvre, l’auteur dévoile la face hideuse de l’excision un fléau qui, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, ne cesse de se rependre dans les villes et les hameaux les plus reculés de la Côte d’Ivoire. Pour Hamitraoré qui a été elle-même victime de l’excision, il s’agit à travers chaque page de cet ouvrage « d’apporter une touche particulière à l’éradication totale de cette pratique que je considère comme une atteinte à l’honneur et à l’intégrité de la femme ». Au centre de l’ouvrage une interrogation qui s’adresse à chaque Ivoirien : pourquoi cette pratique abominable continue-t-elle de maintenir certaines communautés sous son fardeau malgré l’évolution des mentalités ? Pour l’auteur, l’excision n’a plus de raison d’être. Il suffit de jeter un regard sur les effets nocifs de la pratique sur la santé de la femme pour en être totalement convaincu. L’œuvre d’Hamitraoré trouvera sans doute un écho favorable auprès des Ivoiriens car l’excision est de nouveau à « la mode ». Ainsi l’Organisation Nationale pour l’Enfant, la Femme et la Famille (ONEF), estime que 42 % de femmes sont excisée en Côte d’Ivoire. Ce chiffre selon l’organisation ne reflète pas les réalités du fléau parce qu’il ne prend pas en compte les enfants âgés de 1 à 14 ans. 42 % est le chiffre à l’échelle nationale mais il excède par endroit. Ainsi la zone de  Danané (ouest-ivoirien) plafonne à 45 %, 88 % au nord, 85 % au nord-ouest, 75% à l’Ouest et 34 % à Abidjan en milieu communautaire. Hamitraoré dénonce par ailleurs la vente du clitoris une fois sectionné et séché. L’auteur nous apprend que le clitoris séché est utilisé à des fins aphrodisiaques au profit des hommes.

L’œuvre

Hamitraoré nous plonge dans l’univers d’une jeune lycéenne victime de l’excision. A la faveur d’un devoir de classe portant sur ce thème, Safiatou, le personnage principale du livre, se retrouve à son corps défendant, aux prises avec son passé. Dans un flash-back, le narrateur nous fait vivre cet épisode douloureux de sa vie où elle a fait connaissance avec « Le couteau brûlant« . Loin de la ville, dans un village piégé par la tradition, elle va être victime de l’excision. Elle rédige le devoir, au risque de revivre ce passé douloureux et de se dévoiler comme une « amputée ». Hamitraoré fait donc découvrir à travers l’histoire de cette jeune lycéenne, l’ampleur du drame de l’excision et de l’excisée avec ses effets abominables que sont la frigidité, la psychose de l’acte sexuel, la stérilité, la fistule vésico-vaginale voir la mort. Extrait : « Nan Safi, tu sais que depuis des générations, toute jeune fille digne de ce nom doit se faire exciser. Tant que tu n’es pas excisée, tu ne peux pas t’intégrer dans la communauté. Tu seras l’objet de railleries de la part de tes camarades. Et le plus grave, c’est qu’aucun homme ne te demandera en mariage. Au-delà de ta personne, c’est la famille qui sera honorée le jour de ta sortie… pense aussi à moi, je n’oserai plus regarder les gens du village en face si tu persistes dans ton refus. On m’écartera de toutes les décisions concernant le village. Je t’en supplie, ne jette pas la honte et l’humiliation sur notre famille » Le Couteau brûlant Page 22. Cet extrait de l’œuvre est généralement le plaidoyer farfelus que certains parents, adeptes de l’excision utilisent pour appâter leurs victimes qui ne sont autres que leurs propres filles. L’auteur ne botte pas en touche pour démonter cet argument sur près de 70 pages !

SUY Kahofi

Côte d’Ivoire : l’importance des femmes dans le processus de réconciliation

Leaders d’opion Ivoiriens lors du Forum National

Peut-on réellement penser un processus de réconciliation en Côte d’Ivoire sans les femmes ? Pour le National Democratic Institut for International Affairs (NDI), il serait utopique de réussir à restaurer la paix sans compter avec les femmes. En effet, elles ont été les premières à mener des actions de paix pour détendre l’atmosphère sociale au lendemain de la crise post-électorale. C’est pour cette raison que le NDI s’est associé à la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) pour consacrer un forum national de formation aux femmes ivoiriennes, afin de mieux les outiller pour qu’elles soient des Ambassadrices de paix dans leurs communautés du pays. Ce forum de 48 heures s’est achevé ce 5 décembre à l’Hôtel TIAMA (Abidjan-Plateau) avec de fortes recommandations.

L’implication des femmes de façon plus active dans le processus de réconciliation national est une recommandation de la résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui a été bien reçu par les femmes ivoiriennes après leur engagement sur le terrain pour la paix. « Les femmes se sont engagées depuis la fin de la crise post-électorale pour promouvoir la paix dans leurs différentes régions, villes et localités. Je pense qu’il faut aujourd’hui accorder plus de place aux femmes dans le processus de réconciliation nationale car à l’origine elles n’ont pas attendu qu’on leur reconnaisse cet engagement pour faire un plaidoyer pour la paix. Les femmes symbolisent la vie et elles entendent se mobiliser pour protéger la vie en Côte d’Ivoire » souligne Nathalie Koné du Centre Féminin pour la Démocratie et les Droits Humains en Côte d’Ivoire.

Les bases de la mobilisation étant jetées par les femmes elles-mêmes, le NDI estime qu’il faut donner d’avantage d’outils aux femmes, d’où l’organisation de ce Forum National. Le docteur Charles Yahovi Djrékpo, directeur-résident du NDI pour la Côte d’Ivoire, fait un plaidoyer en ce sens : « En Côte d’Ivoire, lorsque les hommes étaient mis en prison par le pouvoir colonial, ce sont les femmes qui ont marché sur la prison pour infléchir cette tendance. Les femmes ne demandent qu’une seule chose, c’est que les décideurs à tous les niveaux les impliquent d’avantage dans les processus de décision ». Il soutient également qu’une telle implication des femmes dans les mécanismes de décision est une bonne chose pour la Côte d’Ivoire, la sous-région et l’Afrique qui bien trop souvent paye un lourd tribut à la guerre.

Des recommandations du Forum National

Selon Caroline Hubbard chargé du programme senior pour l’implication des femmes en politique, il serait prétentieux pour le NDI de vouloir décortiquer en deux jours la problématique de l’implication des femmes dans le processus de paix et de réconciliation. Néanmoins, ce Forum est voulu comme une plate forme de rencontre et d’apprentissage pour rapprocher les femmes et les amener à travailler ensemble. Cette stratégie du NDI s’avère payante au regard des recommandations faites par les femmes à la CDVR, à l’Assemblée Nationale, au Gouvernement, aux chefs traditionnels et religieux. Le Forum recommande entre autre qu’une loi sur la parité au niveau des postes de décision soit prise, que les femmes leaders d’opinion et des OSC soient formées et qu’elles reçoivent les moyens nécessaire dans l’exécution de leurs activités pour la paix et la réconciliation.

Il s’agit également d’encourager l’implication des médias publics dans le processus de réconciliation nationale soutenu par un engagement politique véritable et de mettre sur pied des mécanismes pour écouter les victimes et leur rendre justice en procédant à la réparation des dommages subis. Pour le Président Charles Konan Banny de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation, l’engagement des femmes dans le processus de réconciliation n’est plus à plaider. Il s’agit désormais de mieux les impliquer dans tous les mécanismes de prise de décision par la promotion du genre dans les instances de prise de décision. Femmes comme égales partenaires dans le processus de paix et de réconciliation, une campagne du NDI qui s’appui sur toutes les femmes sans exclusion pour la cause de la réconciliation.

SUY Kahofi