Côte d’Ivoire – Vaincre cette faim qui éloigne des tables-bancs

Cuisine d'une cantine scolaire

Cuisine d’une cantine scolaire

Des études de terrain, rendues publiques sous forme de préambule lors du séminaires sur les cantines scolaires les 19 et 20 avril 2012 à Grand-Bassam (Sud-Ivoirien), ont permis au Ministère de l’Education Nationale de Côte d’Ivoire de présenter la faim comme l’une des raisons fondamentales des nombreux abandons en milieu scolaire. Le repas de la mi-journée étant inexistant pour de nombreux petits garçons et de nombreuses petites filles, suivre les cours devient un calvaire. Cette réalité est encore plus palpable en milieu rural où les ressources font défaut pour de nombreuses familles. Les enfants doivent parcourir plusieurs kilomètres pour retrouver leurs parents dans les champs dans l’espoir d’avoir un tubercule à grignoter. C’est pour lutter contre cette faim, facteur d’abandon et d’échec scolaire, que le Gouvernement Ivoirien à mis sur pied la Direction Nationale des Cantines Scolaire (DNCS). Sous l’autorité du Ministre de l’Education Nationale et par arrêté n°008 du 26 juillet 2000, le Service des Cantines Scolaires ou Direction Nationale des Cantines Scolaires (DNCS) est chargée de la mise en œuvre et du suivi du programme d’installation et d’extension des cantines scolaires. La DNCS réussit bien sa mission car de près 3.400 cantines autour de l’année 2003-2004, la Côte d’Ivoire compte aujourd’hui plus de 6000 cantines qui nourrissent au bas mot plus de 800.000 rationnaires/an ! Le volume de vivre acheté directement sur le marché ou obtenu grâce aux Coopératives Agricoles Actives pour le compte des cantines oscille autour des 11.000 tonnes/an. Ce chiffre ne prend pas en compte les cantines des établissements privés. Celles-ci sont directement gérées par les Directions des Ecoles où elles sont installées.

De façon concrète, les cantines offrent aux enfants sur leur espace d’étude la possibilité de se restaurer à moindre coût. Le prix d’un plat de riz, de ragoût ou de pâtes oscille entre 25 et 100 f CFA selon l’école. Les tickets de restauration sont vendus par les enseignants lors de la récréation puis à midi chacun sous le hangar peut manger un repas consistant et un fruit. Le menu des cantines scolaires est adapté à la zone géographique et aux habitudes alimentaires. Néanmoins, le Ministère veille à ce qu’une alimentation saine et de qualité soit servie aux élèves. L’idée du Gouvernement est de rendre le déjeuné gratuit pour tous les enfants car la pauvreté ne permet pas à certains parents d’amortir les frais de la cantine. Ce projet de prise en charge à 100% suppose la recherche de nouveaux financements. Force est de constater que depuis le renforcement des capacités de la DNCS par les partenaires techniques comme l’UNICEF, le PAM, l’USAID ou la FAO, les résultats sur le terrain sont plus qu’encourageants. Les cantines attirent les enfants vers l’école réduisant le taux d’abandon et la nourriture servie permet aux familles de faire des économies. Grâce aux cantines le taux de scolarisation dans plusieurs régions du pays à grimpé de 40% en l’espace de deux ans ! Plus encore, une fois la faim éradiquée dans les écoles, ce sont les résultats qui parlent d’eux-mêmes au niveau des examens de fin d’année. Selon les statistiques, les écoles pourvues d’une cantine scolaire réalisent un taux de réussite supérieur à 68% au CEPE (Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires). Celles qui n’ont pas de cantines ont un résultat qui tourne autour des 59%.

Selon une étude réalisée par le PNUD en Côte d’Ivoire, l’implantation d’une cantine dans une école a pour effet, dans les deux ans qui suivent, une évolution du taux de scolarisation de l’ordre de 15%, une réduction de moitié des taux d’abandon et de redoublement et un accroissement des taux de réussite de 15% ! L’impact des cantines scolaires sur la fréquentation des écoles est une réalité et pour Mme KONE Karidja Soukoulé, la Directrice Nationale des cantines scolaires « c’est là un moyen par lequel les autorités ivoiriennes peuvent booster le taux de scolarisation dans le pays ». Il s’agit d’un objectif à atteindre dans l’immédiat puisse que la dizaine d’années de crise que le pays a vécu a entraîné la baisse de la scolarisation des enfants notamment dans le Nord-Ivoirien.

SUY Kahofi

Revue Ivoirienne du 04 au 09 février 2013

Cette semaine les salles de classes sont restées vides en Côte d’Ivoire

Cette semaine les salles de classes sont restées vides en Côte d’Ivoire

La semaine Ivoirienne a été marquée par un durcissement des mouvements de grève. Plusieurs corps de métier ont observé un arrêt de travail en commençant par les enseignants et les professionnels de la santé. Notre Voie interpellait à juste titre l’opinion Ivoirienne avec ce titre : école et hôpitaux paralysés, la grève s’aggrave ! Même son de cloche chez nos confrères du quotidien Le Temps qui soutiennent que cette fronde sociale est menée par des enseignants et personnels de santé plus que déterminés. Face à cette détermination, Fraternité Matin le quotidien pro-gouvernemental annonce que le Conseil des Ministres qui s’est tenu le 6 février 2013 a regretté que les procédures n’aient pas été respectées avant le déclanchement de la grève. Dans ce contexte, des décisions seront prises et c’est sans doute ce qui pousse la ministre de la santé à mettre à prix la tête des leaders syndicaux s’indigne le quotidien Notre Voie qui titrait dans sa parution du 7 février : « enseignants et médecins revendiquent leurs droits, le Chef de l’Etat Alassane Ouattara brandit des sanctions ». Face à toutes ces menaces du Gouvernement Le Nouveau Courrier souligne que le Docteur Ernest ATTE Boka porte-parole de la coordination des syndicats des personnels de santé se veut déterminer : « si l’un de nos membres arrive à être inquiété par le Gouvernement le service minimum sera automatiquement arrêté et la grève sera totale ». Notons dans la foulée que les agents de morgues et de cimetières sont en grève pour des arriérées de salaire qui plafonnent à 18 milliards et que la douane ivoirienne risque de se joindre au mouvement. Pour Le Patriote il n’y pas de doute c’est le FPI qui tire les ficelles. Pour l’UGTCI, l’Union Générale des Travailleurs de Côte d’Ivoire et de la LIDHO la Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme il y a nécessité d’aller à la table des négociations. L’autre sujet qui fait tourner le moulin à lettre dans les rédactions cette semaine c’est bien entendu les leçons des législatives partielles du dimanche 3 février. Sur le sujet Soir Info nous apprend qu’après sa débâcle aux partielles une vive tension règne au RDR, le parti présidentiel. Comme preuve de ce malaise, Le Nouveau Réveil rapporte les propos du secrétaire général du Rassemblement des Républicains ; Amadou Soumahoro reconnait et je cite : « le RDR s’est trompé ». En effet sur les quatre sièges à pourvoir, le parti fidèle au Président Alassane Ouattara n’a remporté aucun. Seuls les candidats indépendants qui se sont désolidarisés du parti ont brillé ! Le quotidien Abidjan 24 pour sa part évoque la leçon des militants de base au RHDP, le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix et d’ajouter pourquoi le RDR doit redescendre sur terre. Le Jour Plus annonce qu’après ce fiasco du RDR aux législatives partielles, les têtes de listes pour les prochaines élections risquent de changer et ce pour faire l’unanimité. L’unanimité, l’amnistie demandée par le FPI n’épouse pas ce sentiment. Le Professeur Mamadou Coulibaly le Président du parti LIDER s’oppose à cette loi dans les colonnes de Soir-Info. L’ancien bras droit de Laurent Gbagbo et ex-numéro 2 du FPI estime que plusieurs personnes seraient en vie si après le forum de réconciliation en 2001 une loi d’amnistie n’avait pas été voté. L’Intelligent d’Abidjan abonde dans le même sens et indique de Marcoussis à Ouagadougou, les deux lois d’amnistie n’ont pas empêchées 3000 morts. Pas de morts dans le camp des pro-gbagbo mais c’est plutôt la débandade au Ghana nous dit L’Expression. Le Patriote croit savoir ceux qui se cachent au moment où leur extradition livre des secrets selon L’Inter. Un des derniers extradé, le commandant Ebéhi puisse que c’est de lui qu’il s’agit se prononce sur la tuerie des femmes d’Abobo à la une de Nord-Sud quotidien et affirme : « je n’ai pas donné l’ordre de tirer » !

Universités Ivoiriennes : après le bruit…espérons le changement !

Une nouvelle Université pour quel avenir?

Combien de millions auront coûté la petite frasque du gaspillage pour la réouverture de l’Université Ivoirienne ? Je suis de ceux qui ne seront pas surpris si officiellement on nous dit que le Gouvernement Ouattara aura englouti une centaine de millions pour simplement faire du bruit. Du bruit pour montrer qu’on a jeté une couche de peinture à eau sur les murs des amphithéâtres. Du bruit pour dire qu’on a enterré des pavés composés à 80% de sable. Du bruit pour justifier une facture de rénovation estimée à plus de 100 milliard f CFA ! Du bruit pour dire aux étudiants et aux parents qu’ils doivent désormais payer plus cher pour avoir accès à l’éducation. Après ce vacarme dont le plus grand bénéficiaire est le Sieur Cissé Bacongo, heureux dans le bruit de la fanfare comme personne, à quoi devons-nous nous attendre ? Une Université nouvelle n’est pas simplement une histoire de nouveaux bâtiments. Une Université nouvelle n’est pas simplement une question de nouvelle dénomination. Le véritable changement devait venir avant tout ce raffut ! Si l’on ne s’attaque pas aux problèmes de base, l’Université, même avec ses nouveaux bâtiments ne pourra jamais pondre des cadres sérieux.

Que fait-on de la corruption et des droits de cuissage ?

L’Université Ivoirienne est à l’image de la Côte d’Ivoire elle-même. La corruption et les droits de cuissage sont omniprésents et servent encore de monnaie d’échange ! Combien de jeunes filles ont dû quitter le campus et les UFR parce que refusant de coucher avec des enseignants ? Combien de jeunes ivoiriens ont été obligé d’abandonner leurs études parce que n’ayant pas de quoi graisser la patte aux seigneurs de l’Université pour de meilleures notes ? Ces messieurs et dames qui n’hésitent pas à rappeler qu’ils sont docteurs ou professeurs titulaires sont au fond de petits « démons » qui eux aussi ruinent l’avenir de nombreux jeunes. La culture du mérite a bien longtemps cédé la place aux faveurs que chacun doit obtenir par ses propres moyens. L’argent ou une partie de jambe en l’air fera l’affaire ! Le comble certaines UFR et les avantages liées à la gestion de celles-ci sont devenues la propriété de certains enseignants et de leurs familles. Ces enseignants s’assurent qu’à leur départ du campus, seuls leurs enfants ou leurs frères pourront les remplacer. Ne parlons pas des bourses : elles n’existent plus ! Elles ne suffisent pas pour les dirigeants de l’Université à plus forte raison les étudiants les plus méritants. Monsieur Bacongo a-t-il interpellé les enseignants sur ces pratiques ? Lui qui a toujours fait croire aux Ivoiriens que le problème de l’Université s’appelle FESCI aurait dû avoir un tête-à-tête avec les enseignants afin qu’ils se débarrassent de leurs vieilles habitudes avant d’entrer dans les nouveaux bâtiments. Le ministre aurait dû demander également aux enseignants d’arrêter de déserter les campus Ivoiriens pour les gombos dans le reste de l’Afrique !

En système éducatif à redresser !

Le système éducatif des universités Ivoiriennes est à redresser et surtout à aligner sur les modèles les plus modernes à travers le monde. La compétitivité des étudiants Ivoiriens sera fonction de la qualité de l’enseignement qu’ils reçoivent. Les cours doivent être modernisés et adaptés à l’évolution de la société ivoirienne et celle du reste du monde. On ne peut pas enseigner en plein 2012 avec des ouvrages de référence qui datent des années 1970 ! Les bibliothèques, les laboratoires et les salles de TD doivent être rééquipés pour être véritablement utiles aux étudiants. Les qualifications et diplômes obtenus font toujours l’objet de spéculation pour leur retrait. Imaginez-vous un étudiant ivoirien en année de DESS qui a du mal à obtenir son diplôme de licence ou même son bulletin de Deug II ? Des retards inutiles dans l’attribution des diplômes qui retardent les étudiants et ne favorisent en rien la possibilité pour eux de faire des équivalences. Les lourdeurs administratives ! Voici une autre maladie de l’administration universitaire qu’il faut guérir le plus vite possible.

Quelle orientation pour le CROU ?

Le CROU : Centre Régional des Œuvres Universitaires ! L’entité à pour rôle premier la gestion des campus : nourriture, électricité, eau, chambres…tout passe par le CROU sur les campus ! Le CROU si sollicité est malheureusement un des problèmes de l’Université Ivoirienne. Elle gère les œuvres universitaires avec un certain laxisme et s’est fait damer le pion par les syndicats étudiants. A une certaine époque sur le campus on se demandait si le CROU existait encore tant la FESCI faisait la loi. Le CROU attribuait une chambre et la FESCI en délogeait le lendemain l’occupant. Son autorité s’arrêtait à l’entrée des restaurants et lorsque la FESCI l’exige elle se plie à ses désirs. Pire le CROU s’est pris au piège de l’attribution de chambres aux jeunesses des partis politiques. Des quotas de chambres étaient réservés dès la rentrée à la JPDCI, à la JFPI, à la JRDR et j’en passe. Un tour dans les restaurants et s’est la catastrophe. La bouffe servit aux étudiants est digne de celle d’un bagne ! Comment peut-on réfléchir quand on est nourrit au riz et à la sauce mal cuit ? La nouvelle université doit être également une université où l’on mange bien et c’est au gouvernement de monsieur Alassane Ouattara de mettre les moyens à la disposition du CROU. Que les passations de marché pour la restauration des étudiants ne se fassent plus dans la complaisance. Que les chambres ne soient plus attribuées sur la base ethnique ou politique ! Il en va de l’équilibre social et de stabilité même de l’Université.

Que fait-on de l’insécurité, du trafic de drogue et de la prostitution ?

L’une des raisons qui a milité en faveur de la fermeture totale de l’Université était bien entendu l’anarchie qui régnait sur les campus. C’est une réalité, les Universités Ivoiriennes et particulièrement celles d’Abidjan étaient de véritables bordels à ciel ouvert ! Qu’est ce qu’on ne pouvait pas trouver sur le campus ? Les lesbiennes et les pédérastes y avaient élu domicile, les vendeurs de drogue ne se cachaient plus, que dire des chambres du campus transformées en chambre de passage et en hôtel ! Les parkings et les terrains de sport la nuit tombée se transformaient en hôtel à ciel ouvert. On ne se privait plus pour s’accoupler sur les bancs publics ou sur les banquettes des nombreux véhicules stationnés. La FESCI, la toute puissante Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire avait écho de ces pratiques et les autorisaient car elle-même, qui faisait la loi, profitait bien de cette situation. Elle apportait protection aux trafiquants et prostitués du campus. Certains langues affirmaient que les barrons du syndicat avaient certaines de leurs petites amies sur le bitume ! Parlant d’insécurité, la FESCI ne se privait pas de battre à mort ou de violer tous ceux ou toutes celles qui s’opposaient à elle. La machette n’a jamais disparu des campus pire elle a cédé la place aux kalachnikovs et pistolets automatiques. En lieu et place des syndicats qui font la loi, que propose le gouvernement ? Une police universitaire ? OUI c’est possible mais quel sera son visage et de qui sera-t-elle composée ? Il faut y réfléchir sérieusement avant de se lancer dans cette aventure. De grâce si cette idée est retenue que les illettrés d’éléments FRCI qui nous servent aujourd’hui de militaires restent en dehors du campus ! La cohabitation sera très compliquée si c’est le cas.

Que fait-on des syndicalistes et de la politique ?

Il serait utopique pour le gouvernement de Côte d’Ivoire de dire qu’il pourra priver les étudiants de la liberté syndicale. La chose la plus importante est de faire comprendre à ces groupuscules d’étudiants qu’ils ne sont pas les maîtres de l’Université. Il faut bien que le Ministère de l’Enseignement Supérieur définisse très clairement un canevas juridique de l’exercice des activités des syndicats étudiants. Que ces derniers comprennent que la machette n’est pas un mode de dialogue et de résolution des conflits. L’Université n’appartient pas aux syndicats : elle appartient à tous les Ivoiriens et elle est le symbole d’un peuple qui croit son avenir. Un groupe de personnes ne peut donc pas la détruire sur la base de pseudo-revendications. Le syndicalisme OUI mais NON à la politique. Les associations d’étudiants FPI, RDR ou PDCI ne doivent plus exister sur le campus ! Si certains étudiants veulent s’essayer à la politique qu’ils prennent rendez-vous avec leurs mentors au siège des leur partis respectifs. Les manipulations d’étudiants pour des pseudo-causes patriotiques doivent prendre fin afin que cesse pour de bon le cycle de la violence sur les campus.

SUY Kahofi

L’enrôlement biométrique des étudiants Ivoiriens est lancé

L'Université de Cocody en chantier

Voici environ trois mois que les étudiants de Côte d’Ivoire ont été invités à se faire identifier en prélude à la préparation des fichiers d’information pour la réouverture de l’Université prévue le lundi 03 septembre 2012. La première étape du recensement s’est faite en ligne et a permis l’identification de 61.000 étudiants sur les 100.000 ciblés par cette vaste opération. L’objectif des autorités Ivoiriennes est avant tout d’asseoir des statistiques fiables afin que les ressources engagées dans l’enseignement supérieur puissent réellement servir aux étudiants. Placé sous le sceau de la recherche de la bonne gouvernance les procédures d’identification en milieu estudiantin ne vont pas s’achever après la phase en ligne.

Pour avoir un fichier consolidé et débarrassé des étudiants fantômes ou fictifs, le Ministère de l’Enseignement Supérieur vient d’autoriser un enrôlement biométrique supplémentaire. Internet garantissant l’anonymat rien ne prouve que les personnes inscrites sur le site Internet du Ministère de l’Enseignement Supérieur soient réellement des étudiants! Pour plus de sérieux ils devront se déplacer en personne vers les centres d’enrôlement de Morpho Albatros, l’agence retenue suite à un appel d’offres de la direction des marchés publics. « L’un des piliers de la bonne gouvernance repose sur des statistiques fiables qui permettent de planifier en vue d’une gestion efficace, pour rompre avec un passé déshonorant. C’est pour cette raison que nous attachons un prix à cette opération qui, permettra, à terme de maitriser l’effectif des étudiants et de mettre à disposition des universités une base de données fiable et sécurisée » a précisé le directeur de cabinet du ministère de l’Enseignement supérieur, le Pr Edmée Mansilla Abouattier.

Ce vaste projet d’identification biométrique est financé par le Programme Présidentiel d’Urgence (PPU) et sera exécutée pendant un mois dans les scolarités centrales des universités. Du 11 juin au 11 juillet, s’effectuera l’installation et la configuration des serveurs pour le recueil des données biométriques a confirmé Koné Tiémoman, directeur de l’information scientifique et technologique. Après l’identification des étudiants, les données de l’Agence Morpho Albatros seront recoupées avec celles du Ministère pour éviter les doublons. Après cette étape, les étudiants pourront enfin s’inscrire dans leurs Université respectives avec à la clé une carte électronique sécurisée et multi-service. Ils auront également la certitude que leur identité ne pourra pas servir à d’autres personnes. En effet après constat de la Présidence des Universités publiques Ivoiriennes, des milliers de personnes autorisées à s’inscrire chaque année dans les Universités n’avaient plus le droit d’être sur les campus et dans les amphithéâtres.

SUY Kahofi

Il n’y a pas de honte à apprendre et les femmes le savent

 

Les femmes sont les plus nombreuses dans les centres d’alphabétisation

Il m’a été donné de constater que la plupart des auditeurs des centres d’alphabétisation de la capitale Ivoirienne étaient des femmes. La moyennes d’âge de ces apprenantes était pratiquement de 25 à 30 ans avec par endroit des femmes qui avaient déjà passé la quarantaine ! C’est avec une certaine passion et du respect que je les admirais répéter avec joie des syllabes les unes après les autres comme au cours élémentaire première année. Leur courage m’a permis de me poser une question : contrairement aux hommes pourquoi ont-elles décidé de revenir sur les bancs pour apprendre ? Quel sentiment peut bien pousser une femme malgré son âge avancé à accepter de renouer avec la lecture et l’écriture comme une gamine ? J’ai compris à la fin de mon périple que les femmes ont résolument donné un sens à l’expression il n’y a pas d’âge pour apprendre !

Sortir de l’obscurité à tout prix !

L’ambiance est plutôt bonne enfant dans ce centre d’alphabétisation de la coordination de Yopougon I (Abidjan). Dans cette salle de classe d’un autre style la plus jeune apprenante à 17 ans et la plus âgées en a 67 ! C’est vers cette dernière que nous nous tournons en premier : elle est commerçante et mère de huit enfants. Malgré ses charges professionnelles et ménagères elle trouve le temps chaque soir de venir apprendre à lire et écrire. « J’étais très dépendant des autres pour tout ce qui nécessitait la lecture ou l’écriture. Pour remplir un document administratif il fallait que je paye quelqu’un : 100 ou 200 f CFA. C’était difficile parce que vous n’avez plus aucun secret. Aujourd’hui je sais lire, écrire mon nom, remplir certains documents administratifs…Je ne le fais pas encore comme ceux qui ont eu la chance d’aller très jeune à l’école mais je me débrouille assez bien » nous dit Kouassi Claudine tout sourire. La mère de famille pour joindre l’acte à la parole se propose de nous faire une lecture. La voix de la femme âgée se métamorphose comme celle d’une petite en classe de CP. Le rythme de la lecture est lent et Kouassi Claudine suis du doigt chaque mot de son livre qu’elle prononce. Comme elle Patricia qui est aussi une commerçante a décidé de venir apprendre à lire et à parle correctement le français à la suite de nombreuses bourdes lexicales qui lui ont valu des moqueries inoubliable. « J’étais souvent ridicule quand je parlais avec des amies : je faisais trop de fautes. Un jour lors d’une discussion très sérieuse je me suis amusez à dire ‘’mettre de l’eau dans son verre’’ au lien de ‘’mettre de l’eau dans son vin’’ ! Chaque fois que quelqu’un prononçait cet expression je n’attendais que ‘’mettre de l’eau dans son verre’’.  Une camarade qui avait fait l’école s’est terriblement moquée de moi. La nuit dans le secret de ma chambre je me suis jurée que plus personne ne se moquerait de moi à cause de mon niveau de langue ». Patricia retrouve le centre d’alphabétisation avec la rage d’apprendre et cette ambition de combler son retard l’encourage à apprendre plus vite. Pour Akissi Pauline l’obscurité dans laquelle elle vivait devenait insupportable. Elle évitait même de parler en public de peur d’être ridicule. « J’avais peur de parler aux gens car chaque fois que faisais une faute autour de moi il n’y avait que des rires ! En Côte d’Ivoire quand vous faites une erreur en parlant votre entourage se moque de vous pendant plusieurs jours. Même quand un homme m’aimait je le fuyais ou je me montrais désagréable envers lui pour ne pas qu’il se rende compte que je suis une analphabète ! Tout ça c’est du passé » nous dit fièrement Pauline avant de conclure « celles qui hier se moquaient de moi sont admiratifs devant mes progrès et je n’ai plus honte ».

Apprendre ça change la vie !

Dans un centre d’alphabétisation les méthodes utilisées pour l’apprentissage à la lecture et à l’écriture sont différentes de celles du cursus classiques. Il s’agit essentiellement de symboles bien adaptés aux réalités Ivoiriennes. Il y a au total neuf (9) symboles propres aux centres d’alphabétisation et c’est Madame Koffi le chef d’antenne de la coordination d’alphabétisation de Yopougon 1 qui nous fait découvrir l’univers de ces symboles. « Nous avons le pilon débout [ǀ], le pilon penché à droite [/], le pilon penché à gauche [\], le pilon couché [_], les citrons [O], la calebasse ouverte à droite [Ɔ], la calebasse ouverte à gauche [C], la calebasse posée [U] et la calebasse renversée [∩] ». Il y a de véritables avantages à savoir lire et écrire. Quelque soit l’âge, les moniteurs des centres d’alphabétisation ne cessent d’inviter les Ivoiriens à apprendre pour sortir de l’obscurité. Ne pas savoir lire et écrire c’est comme si vous étiez dans le monde mais à l’écart de ce monde : tout est symboles et signes étranges sur des façades, des bouts de papier et dans des gros livres qui n’ont pas de sens. Dodo Mélanie est une autre coordinatrice en alphabétisation et c’est elle qui nous montre de quelle manière les apprenantes des centres arrivent à changer radicalement dans leur vie une fois qu’elles savent lire et écrire. « Lorsque les apprenants arrivent au début de la campagne d’alphabétisation* ils ne savent même pas former une seule lettre mais à la fin c’est un miracle ! Ils savent lire et écrire mais au-delà leurs activités génératrices de revenus changent radicalement au plan organisationnel. Les commerçantes savent désormais faire la différence entre le capital et le bénéfice. Ceux qu’on devaient accompagner partout deviennent autonomes et plus respectés ».

« Il n’y pas de honte à apprendre quelque soit son âge » voici le message que les apprenantes du centre d’alphabétisation m’ont laissé et qu’elles laissent à toutes les personnes qui hésitent à retourner sur les bancs d’une salle de classe !

SUY Kahofi

*la campagne d’alphabétisation est l’équivalent de l’année scolaire