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Abidjan…comme Beyrouth !

 

Plusieurs forces contrôlent Abidjan en cette période de crise

Malgré les images rassurantes que diffuse la RTI ou TCI, les débats interminables sur l’issue de la crise, les appels aux jeunes patriotes à prendre d’assaut les rues et les nombreuses interrogations sur la capacité des deux camps à continuer la lutte, la triste réalité de la guerre civile Ivoirienne est présente. Oui on peut le dire la guerre civile est effective en Côte d’Ivoire avec son corolaire de morts, de corps en putréfaction, de violences interminables, de combats sans fin, de pillages et de décomptes macabres. Si les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire ont pris rapidement plusieurs localités du pays sans grandes batailles à l’exception de Guiglo, Tiébissou et Duékoué, la conquête d’Abidjan n’est pas une mince affaire ! Les soldats restés fidèles à Laurent Gbagbo défendent crânement la moindre parcelle de terre qu’ils tiennent encore et tentent de s’organiser. Comme Beyrouth, Abidjan est morcelée en zone sous contrôle des forces pro ou anti Gbagbo ou Ouattara. Ici il n’y a ni brouz, ni phalangistes chrétiens, ni combattants du hezbollah…Les forces en présence sont les FDS (du moins ce qui en reste) fidèles à Laurent Gbagbo appuyés par des milices, le commando invisible et les FRCI fidèles à Alassane Ouattara. Aux tirs de kalachnikov et de RPG7, répondent des salves des chars BTR 80 et T40. Les troupes d’Alassane Ouattara comme les rebelles libyens se rendent compte qu’ils n’ont plus d’armes pour lutter contre leurs adversaires. Traverser un pays et le pacifier avec des fusils d’assaut est une chose mais les utiliser dans une forteresse protégée par des chars est une autre réalité. L’écart en termes de puissance de feu est grand. Les armes crépitent, les canons tonnent et la guerre des médias fait rage !

« Ça va chauffer dans quelques jours »

On ne sait plus qui dirige la Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara a sous son contrôle 95% du territoire, lui reste les 5% qui symbolisent Abidjan et une poche d’irréductible pro-gbagbo dans la région ouest de Tabou. Il faut bien que les hommes d’Alassane Ouattara contrent la DMIR dirigé par le colonel-major Konan Boniface dont les hommes rompus au maniement des armes ne semblent pas vouloir lâcher l’affaire. Cet officier supérieur de l’ethnie baoulé, notamment Akouê de Yamoussoukro qu’on disait prêt à trahir le premier en cas de crise majeure est resté finalement le plus fidèle à Gbagbo. On se bat et le peuple dans tout ça ? Pauvres ivoiriens ! S’ils ne sont pas traumatisés par les prisonniers en libertés, les pillards qui sévissent, ils sont terrés chez eux comme des rats. « Voici quatre jours qu’on ne peut pas sortir : la faim mon frère ! Quand ça se calme on sort un peu pour acheter un peu de pain et puis on rentre » affirme un habitant de la Riviera. Les boulangeries et commerces qui ouvrent sont pris d’assaut par les consommateurs. Les prix flambent : la boule d’attiéké de 500 f est passée à 750 f, le pain de 150 f à 200 voir 250 f, les marchés de quartiers s’animent par hasard… « Il n’y a plus rien et dans les jours qui viennent ça va chauffer ! La faim et la maladie vont faire plus de victimes que les obus et les balles. On vit comme des rats dans nos maisons, dans l’ennui, la peur et les nouvelles alarmantes véhiculées par les médias » affirme ce père de famille. L’heure du sacrifice de la part de nos politiciens vient de sonner : s’ils prétendent vouloir gouverner un pays avec des hommes encore vivants, ils ne doivent pas consacrer une République sur des cadavres avec une Assemblée Nationale au Cimetière.

Suy Kahofi



Ralliement, défection, offensive…le vocabulaire de la crise change

 

En bleu l'ancienne ligne de front, en rouge la ligne de front au 30 mars, en vert la ligne de front du 31 mars

« Que ceux qui veulent nous rejoindre le signifient et que ceux qui veulent regagner Abidjan pour défendre Gbagbo le disent : vous êtes libres de partir ». Voici la phrase que Chérif Ousmane, le com-zone de Bouaké des ex-FAFN a prononcé aux troupes fidèles à Laurent Gbagbo lors de la prise de Tiébissou. Les combats ont été plus violents qu’à Yamoussoukro selon les témoignages recueillis auprès des populations. « Des jeunes miliciens ont tenté de s’opposer aux FRCI et ces derniers n’ont pas eu pitié d’eux : ils ont tué plusieurs et fait des prisonniers » témoigne un habitant de Sosrobougou (quartier de Tiébissou). L’avancée des FRCI et la prise des villes sans résistance jette les bases d’interprétations diverses : pour le camp Ouattara il s’agit de ralliement et pour le camp Gbagbo les troupes opèrent un replie stratégique vers le sud. Les deux camps ont raison : il y a des ralliements aux FRCI mais aussi des éléments qui se reconnaissent toujours en Laurent Gbagbo. « Pour ceux qui partent, le prochain face à face sera moins reluisant » affirme un autre soldat lors de la prise de Bouaflé. Ce replie des forces pro-gbagbo vers Abidjan fait craindre aux habitants de la capitale des affrontements plus violents dans les jours qui viennent. Les Abidjanais s’inquiètent du fait qu’ils pourraient vivre la bataille la plus sanglante de cette offensive.

Sur les pillages et tueries attribués aux FRCI, le Général Gueu Michel, commandant du fuseau ouest des FRCI s’est voulu clair. « Nos jeunes sont en mission avec des instructions très fermes : ils ne s’attaquent ni à l’ONUCI, ni aux populations civiles ». Lors de la prise des villes il y a du cafouillage qui occasionne des vols et autres pillages comme à Yamoussoukro. A ce niveau, les FRCI ne manquent pas de neutraliser les troubles fête lors des opérations de ratissage. L’appel au cessez-le-feu lancé par le camp Gbagbo n’a pas eu d’écho favorable auprès des FRCI et leur premier responsable, Soro Guillaume Ministre de la défense d’Alassane Ouattara qui pilote depuis Bouaké les opérations militaires visant à libérer le pays n’a pas mâché ses mots : « Laurent Gbagbo a quelques heures pour quitter la présidence, je dis bien quelques heures ». Aussi les paysans pourront enfin se libérer des 15% de production de cacao et de café restant sur la grande récolte car cette nuit le port de San-pédro est tombé aux mains des FRCI qui contrôle désormais 2/3 du territoire Ivoirien. Laurent Gbagbo attendu hier pour un discours à la Nation a encore gardé le silence. L’ONU de son côté est passé au vote à l’unanimité d’une nouvelle résolution sur la Côte d’Ivoire accentuant les sanctions sur Laurent Gbagbo et ses principaux conseillés et autorisant l’ONUCI a employer la force pour neutraliser tous ceux qui utilisent des armes lourdes sur les civiles. A ce titre l’ONUCI a déjà empêché des individus d’utiliser des armes lourdes à Abidjan en neutralisant ces derniers.

Suy Kahofi