Il était une fois un 11 avril !

Les séquelles de la crise sont encore visibles

Les séquelles de la crise sont encore visibles en Côte d’Ivoire

Voici deux ans jour pour jour que le régime de la refondation s’écroulait à Abidjan au terme d’une longue et meurtrière crise post-électorale qui a fait 3000 morts.

Laurent Gbagbo ayant perdu les élections présidentielles après le second tour de décembre 2010, avait alors refusé de céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara. Très vite deux camps se sont crées et surtout cristallisés autour des deux protagonistes. Il ne s’agissait pas seulement de pro-gbagbo contre des pro-ouattara avec son corollaire de miliciens, mercenaires et autres dozos* mais il s’agissait pour certains d’une opposition entre des « panafricanistes » et des esclaves de l’occident. Laurent Gbagbo convaincu de sa victoire parce que proclamée par le Conseil Constitutionnel a été suivi dans sa logique par certains intellectuels qui étaient convaincu que comme Kadhafi, l’occident voulait tuer un autre fils de la révolution africaine. Alassane Ouattara victorieux selon la certification des Nations Unies avait eu (et encore aujourd’hui) le soutien de plusieurs Nations dont la France et les Etats Unis. Pendant qu’au sommet de la hiérarchie politique les tractations se faisaient de plus en plus difficiles voir impossibles, le peuple avait commencé à sentir les effets de cette crise qui était la mélodie d’une longue symphonie baptisée « guerre civile ». Plus de liquidité parce que le « Président légitime » selon la certification avait fermé le robinet depuis la BCEAO à Dakar. Inflation à Abidjan et hausse des prix parce que le « Président légitime » selon le Conseil Constitutionnel menaçait de créer sa monnaie. Ni Alassane Ouattara ni Laurent Gbagbo n’ont réellement souffert de cette crise ! OUI aucun d’autre eux n’a souffert comme le peuple de Côte d’Ivoire et en ce 11 avril 2013 c’est a ce peuple que je veux particulièrement penser.

Au-delà de l’interprétation que chaque camp politique fera de cette crise, je reste convaincu que la véritable lecture est celle qu’en fera le peuple. Le FPI de Laurent Gbagbo et la coalition du RHDP continueront chaque jour de ressasser le même discours de la victoire contestée. Mais l’Ivoirien qui n’arrivait plus à manger est celui là qui peut réellement rendre compte de cette crise. Au risque de me répéter, ni les occupants de l’hôtel du Golf nourris chaque jour par un MI-8 de l’ONUCI, ni les occupants du Palais Présidentiel d’Abidjan-Cocody ne pourront réellement vous parler de cette crise. OUI le peuple de Côte d’Ivoire est le seul témoin de ces six mois de combats. C’est à ce peuple que je dédie ce triste anniversaire. Ce peuple qui chaque jour respirait l’odeur des corps en putréfaction, ce peuple qui chaque jour vivait comme si c’était le dernier a attendu patiemment que les choses se tassent pour soupirer. La faim, des parents égorgés devant leurs enfants, les cadavres, les enfants malades, le choléra, la fièvre jaune, les déplacements des populations des zones ouest où femmes et enfants étaient violés et tués : c’était ça la crise Ivoirienne. Loin des images de simple guérilla urbaine rapportées par TF1, CNN ou France 24, un véritable drame s’est joué en Côte d’Ivoire. J’en veux pour preuve les fausses communes qui sont découvertes chaque mois. J’ai de la peine pour toi cher Côte d’Ivoire, car malgré ta souffrance, les politiciens semblent ne pas avoir tiré des leçons de ton douloureux passé, passé portant si proche. Les mêmes discours guerriers sont encore présents ! Aux menaces du FPI, le RDR répond par la fermeté ou l’indifférence. « Ce n’est pas encore fini » disent certains partisans de Laurent Gbagbo, « venez on vous attend » répondent ceux d’Alassane Ouattara. Et pendant que le jeu des menaces signe son retour, le peuple retient son souffle.

Ce 11 avril c’est aussi l’anniversaire du règne de l’impunité, d’une justice bancale et du retour de la violence dans l’ouest du pays. Seul Laurent Gbagbo et ses partisans sont au cachot : les assassins des gendarmes de Bouaké, qui ont pris le soin de boire leur sang courent toujours ! Seul le parti de Laurent Gbagbo est empêché d’organiser des meetings : les autres peuvent danser jusqu’au matin ! Seuls les journaux proches de l’opposition sont muselés : ceux proches du pouvoir peuvent chanter « hosanna » aux nouveaux barrons du pays ! Comment peut-on parler de réconciliation au peuple quand tout est fait pour diviser d’avantage ? Ce 11 avril c’est l’occasion pour moi de rappeler aux politiciens de mon pays qu’il est temps de penser au peuple. La réconciliation dictée dans l’hypocrisie et la promotion des violations des droits de l’homme nous conduiront de nouveau vers des bruits de bottes et de mitraillettes. Le musèlement de l’opposition et les rapports des droits de l’homme jetés à la poubelle nous entraineront de nouveau vers la violence. 11 avril 2011 – 11 avril 2013, voici que deux ans d’hypocrisie politique viennent de passer, il est temps d’asseoir les bases d’une vraie réconciliation.

SUY Kahofi

L’ADPH lance les activités de l’observatoire de la justice transitionnelle

Chaque victime doit avoir accès à la justice

Chaque victime doit avoir accès à la justice

Conformément au chronogramme de ses activités dans le cadre de l’exécution du projet « Accompagnement juridique et judiciaire des victimes de la crise Ivoirienne« , l’APDH a procédé au lancement des activités de l’Observatoire de la Justice Transitionnelle. La salle de conférence de l’Hôtel Manhattan Suite sis à Cocody-Attoban a été le cadre choisi par l’organisation des droits de l’homme pour présenter cet outil de veille et d’éveil pour la promotion d’une justice équitable. L’APDH (Action pour la Protection des Droits de l’Homme) a décidé de faire en sorte que les victimes oubliées de la crise puissent avoir accès à la justice aussi bien au plan national qu’international. Pour y arriver, il est important de mettre en place un mécanisme qui loin de s’opposer aux initiatives existantes va plutôt aider à la promotion d’une justice transversale applicable à tous. La mission finale d’une telle initiative est, selon Eric-Aime SEMIEN le président de l’APDH, « la promotion d’une réconciliation vraie et d’un climat de paix ». La question de la réconciliation n’étant pas un dossier exclusivement consacré à la CDVR (Commission Dialogue Vérité et Réconciliation), la mise sur pied de l’Observatoire de la Justice Transitionnelle vient donner un coup d’accélérateur à un processus clé qui semble gagné par une certaine lenteur. Voici pourquoi Mr BAKO Jean Frutueux a tenu à féliciter l’ONG pour cette initiative. Le Directeur de Cabinet adjoint du Ministre de la Justice, des droits de l’Homme et des Libertés Publiques a souligné toute la disponibilité de la tutelle a accompagné ce projet qui aide à rapprocher les Ivoiriens de la justice mais surtout qui aide à l’instauration d’un climat social apaisé.

Les activités de l’Observatoire sont prévues pour s’étendre sur une période de 12 mois avec une possibilité d’extension selon les besoins. Et pour plus d’efficacité, l’APDH s’est entourée de deux organisations sœurs : il s’agit de la LIDHO (Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme) et du MIDH (Mouvement Ivoirien des Droits Humains). Sur l’esprit de cette main tendue aux autres OSC (organisations de la société civile), l’APDH précise qu’elle n’est pas fortuite. L’organisation sait que le travail de monitoring de la justice transitionnelle est une action de grande envergure qui mérite une synergie des moyens humains et matériels. C’est donc pour être plus efficace qu’elle a fait appelle à deux organisations qui ont plus d’expérience qu’elle dans le domaine. Cette politique d’ouverture est hautement saluée par Mr HOKOU Légré le Président de la LIDHO. Pour lui il s’agit aussi « de montrer que l’OSC peuvent œuvrer main dans la main pour lutter contre l’impunité et ce sentiment de l’application d’une justice des vainqueurs ». Dans l’exécution de ses activités l’Observatoire de la Justice Transitionnelle pourra compter sur le soutien d’importants partenaires que sont l’ONUCI (Division Etat de Droit et Droit de l’Homme), le NED (National Endowment for Democracy) et le Ministère des Affaires Etrangères de France par le canal de l’Ambassade de France en Côte d’Ivoire. Christian OQUET le chef du service d’action et de coopération culturelle a d’ailleurs souligné que la France reste convaincue que c’est seulement dans un climat de paix que la Côte d’Ivoire pourra effectivement se développer. Aussi il encourage les membres de l’Observatoire de la Justice Transitionnelle à un travail de monitoring réussit.

SUY Kahofi

Transport : Bras de fer entre l’armée et les chargeurs sous fond de racket

Les gnamboros sont-ils la ''peste'' du bitume?

Les gnamboros sont-ils la  »peste » du bitume?

Nouveau bras de fer entre les autorités militaires (BASA) et les chargeurs abidjanais appelés communément gnamboro. Ces derniers accusés d’être les perturbateurs du transport inter-urbain à Abidjan refusent de quitter le bitume et dénoncent une grosse manœuvre d’intimidation et de sabotage de leur organisation. Ils estiment être victimes d’un réseau de racket qui gravite autour du Commandant KONE Zakaria. En effet le deuxième responsable du BASA vient de décider d’une mesure d’arrêt des activités de ces individus sur les routes de la capitale Ivoirienne. Une décision saluée en cœur par les chauffeurs de taxi communaux wôrô-wôrô et ceux des mini-cars (gbaka) qui estiment que les gnamboros sont à l’origine de la désorganisation du transport à Abidjan. « Je suis d’accord avec le Commandant KONE Zakaria : que les gnamboros dégagent on n’a pas besoin d’eux ! Ils nous empêchent de travailler, ils brutalisent les chauffeurs et les apprentis pour 100 f ou 200 f. Qu’ils dégagent et nous même nous allons organiser le transport à Abidjan » soutient Coulibaly un chauffeur de gbaka. « Le Président Alassane Ouattara a demandé aux syndicats du transport de s’organiser en six mois chose qu’ils n’ont pas pu faire. C’est à cause d’eux que les gnamboros sont encore là ! Gnamboros, syndicats malhonnêtes…nous ne voulons plus d’eux ! Que la police militaire les chassent de la rue pour qu’on puisse chaque soir rentrer avec une recette plus consistante » déclare pour sa part Ousmane un autre chauffeur.

Au-delà des chauffeurs se sont les propriétaires des taxis communaux et de mini-cars qui sont également satisfaits. Ils estiment qu’une part non-négligeable de leurs recettes finit dans la poche des jeunes chargeurs qui en plus n’ont aucun respect pour les chauffeurs et leurs apprentis car ces derniers sont souvent victimes de violence orchestrée par les gnamboro. José Gnoléba un propriétaire de véhicules de transport en commun ne cache pas sa satisfaction. « Les débarquer serait un grand bien pour le transport en Côte d’Ivoire ! Tenez-vous bien ces jeunes se retrouvent chaque jour avec au bas mot avec 200.000 voir 500.000, une somme que les propriétaires des véhicules n’arrivent même pas à avoir. Nous voulons entrer dans nos fonds et l’Etat doit nous aider ».

Pour quelques membres des syndicats des chargeurs la décision du commandant KONE Zakaria part d’un refus des gnamboros de lui verser un pécule journalier pour lui et ses hommes. Ce pécule représente une forme de racket officialisé que les syndicats des chargeurs ne semblent plus vouloir accepter. Sur les origines du clash, écoutons les explications de K. Oumar interrogé au carrefour de la Riviera 2. « Depuis que KONE Zakaria est arrivé tout ce qu’il demande on lui donne. Chaque soir il est « rationné » ! Si aujourd’hui il nous envoie ses hommes pour nous mater c’est simplement parce que les chargeurs ne veulent plus de ce système de racket. Après la grosse bagarre d’Adjamé ayant entrainé la mort d’un apprenti, le Commandant nous a demandé de venir « causer » avec lui : il nous a dit qu’on allait s’entendre mais personne n’est allé le voir ». Selon Oumar le Commandant ayant essuyé un refus de la part des chargeurs est entré en colère. Un autre chargeur qui a requit l’anonymat confirme cette version des faits et soutient « que le fond du problème c’est cette volonté du Commandant KONE Zakaria de vivre du racket et de faire semblant comme s’il le combattait ! ». Pour Siro, un jeune gnamboro, le Commandant KONE Zakaria au-delà de toute considération doit comprendre tout simplement que de nombreux jeunes Ivoiriens vivent des pièces reçues sur le bitume. Interdire leurs activités serait les replonger dans la délinquance.

SUY Kahofi

Un jour dans l’univers des petits porte-faix d’Abidjan !

Les petits porte-faix d’Abidjan

Les petits porte-faix d’Abidjan

Le travail des enfants est une réalité en Côte d’Ivoire et on en parle généralement dans l’univers de la cacao-culture. Pourtant il existe d’autres domaines d’activité où l’exploitation des enfants semble normale. C’est le cas dans le secteur des porte-faix ou les enfants doivent transporter des charges que les adultes eux-mêmes peinent à soulever !

Abou, Karim, Tioté ou Oumar appartiennent à cette grande famille de petits-porteurs d’Abidjan. On les désigne par le nom de « Tantie Brouette ». Ils ont entre 10 et 17 ans et pour avoir leur pitance alimentaire quotidienne ils doivent porter des charges largement au dessus de leur poids. Équipés d’une simple brouette, c’est péniblement qu’ils font avancer leurs lourdes charges mètre après mètre. Ils doivent accompagner chaque jour des commerçantes ou des ménagères avec leurs courses pour espérer avoir quelques pièces en poche. Certains d’entre eux mènent l’activité pour leur propre compte, d’autres doivent rapporter au père ou à la mère le pécule qui nourrira toute la famille. Karim témoigne :

«Mon père n’aime pas du tout quand je rentre avec une somme insignifiante. Quand je retourne à la maison avec 300 ou 600 f CFA il s’énerve ! Il pense que je viens au marché pour m’amuser or ce n’est pas le cas ».

Pendant que nous échangeons, une commerçante s’approche. Karim sans crier gare s’éloigne de mon micro pour savoir s’il sera choisi pour le transport de quelques sacs de bananes plantains ! Finalement il n’aura pas la chance parce que trop petit ! La commerçante choisira Oumar et Abou pour porter environ… 200 kilogrammes de bananes repartis dans des sacs de 50 kilogrammes. « C’est comme ça » me dit tout triste Karim « souvent tu as la chance et souvent tu n’as rien » ! Pour nos deux amis retenus par la commerçante la tâche ne sera pas facile. A 16 ans à peine, traîner des sacs sur environs 1500 m n’est pas du tout évident. « Ça fatigue, on avance petit à petit » me dit Abou. Pour 100 f CFA le sac nos deux « gladiateurs » se retrouvent avec 400 f pour la « petite » course.

Bien que cette activité de porteur du marché soit pénible elle attire plusieurs gamins à l’image de Diomandé qui depuis un an a quitté l’école dans l’espoir de gagner de l’argent avec sa brouette. Il rêve de réussir et de quitter l’univers des « Tantie Brouette »… mais comment un gamin qui quitte l’école si jeune peut-il espérer le meilleur dans un milieu où le rêve n’existe pratiquement pas ? A cette question Diomandé a une réponse toute faite pour rassurer ou plutôt pour se donner du courage. « Ce qui est sûr avec ce que je gagne j’achète mes vêtements, je mange sans demander à ma maman… » nous dit confiant le gamin.

Si pour Diomandé le rêve est encore flou en ce début de carrière de porte-faix du marché, Sindou D. qui est arrivé dans le milieu il y a environs 5 ans est aujourd’hui propriétaire des brouettes louées par les gamins. Chaque brouette donnée à un enfant lui permet d’empocher 1000 f CFA. « J’ai au moins 50.000 f CFA à la fin de la journée. Je connais pratiquement tous les enfants qui viennent ici louer des brouettes. Ils peuvent partir avec la brouette et revenir payer à la fin de la journée » nous explique le jeune homme. Tous les enfants qui poussent aujourd’hui la brouette sous le soleil d’Abidjan n’auront pas la chance de Sindou D. Faire fortune dans le milieu tient du miracle car le métier de porte-faix n’est une affaire de petits muscles ! Ici, des adultes font porter aux enfants ce qu’ils ne peuvent pas soulever eux-mêmes. Les commerçantes et les ménagères sont les premières à avoir recours aux services des « Tantie Brouette ». Colette nous explique pourquoi elle préfère ces enfants.

« Ils sont moins coûteux que les wôtrô-tiki* ! Ces enfants peuvent accepter des petites sommes comme 200, 100 f même 25 f CFA en fonction des courses. Or, les wôtrô-tiki, si vous ne sortez pas au minimum 500 f, ils ne bougent pas. Le tarif des petits porte-faix nous arrange ».

Ce qui vous arrange madame est condamné par la loi car l’utilisation des enfants de moins de 18 ans pour porter des charges est classé dans la catégorie des travaux dangereux pour les mineurs. Selon Madame Kraidy Sandrine, Directrice de la protection de l’Enfant au Ministère de la famille, de la femme et de l’enfant, les enfants porte-faix sacrifient leurs études au détriment d’un système d’exploitation dont ils sont les victimes. Sur le texte de loi interdisant cette activité, les nouvelles dispositions révisant l’arrêté n°2250 du 14 mars 2005 sont claires. Elles indiquent que l’utilisation des enfants de moins de 18 ans  dans toute activité qui « met leur vie en danger et constitue un frein pour leur épanouissement social, physique et éducatif » est à proscrire. Si pour autant ces textes réaffirment la détermination des autorités Ivoiriennes à lutter contre le travail des enfants, on se demande comment le sort des enfants porte-faix échappe encore au Ministère de la famille, de la femme et de l’enfant ?

wôtrô-tiki*= porte-faix adulte (généralement d’origine malienne ou burkinabé, ils sont de l’ethnie bêlla)

SUY Kahofi

Football pour la paix : un concept pour parler de paix et de désarmement

Les équipes mixtes lors du projet-pilote de Bonoua

Le concept « football pour la paix » a été expérimenté dans la Région des Grands Lacs avec succès. Il s’agit d’utiliser l’art et le sport principalement le football pour contribuer à la promotion de la paix. Après le Burundi, le Rwanda et la République Démocratique du Congo où cette activité a permis de détendre l’atmosphère entre jeunes et populations en conflit, la Côte d’Ivoire a décidé de l’expérimenter pour répondre au besoin du désarmement civil et de la réconciliation. Le RASALAO-CI (le Réseau d’action sur les armes légères en Afrique de l’Ouest, section Côte d’Ivoire) et son partenaire financier le GIZ (organisme de coopération Allemande) ont décidé d’appliquer ce concept à la Côte d’Ivoire. Ces deux entités viennent d’achever la phase pilote d’un projet-jeune pour la réconciliation et le désarmement civil. Il s’agit d’un séminaire de formation sur les armes légères doublé d’une activité sportive et artistique. La phase pratique du projet-pilote a été présentée à la population de Bonoua ce 21 octobre à la Place Popo Carnaval.

La naissance d’un concept unificateur

C’est en Colombie, principalement dans la ville de Medellin que nait le concept du « football pour la paix » sur l’exemple du Street football world (foot de rue). Medellin est l’une des villes au monde où la violence s’impose comme un mode vie avec des jeunes gens de 15 à 20 ans assassinés chaque jour. Autour des années 1994, le Street football donne la chance aux jeunes gens de se confronter sans armes et d’apprendre par le biais du jeu des moyens pacifiques de résolution des conflits. Un autre évènement va booster la mise sur pied du concept en lui-même. En Juillet 1994, le joueur de football Andrés Escobara est abattu d’une balle dans la rue. Le nom d’Andrés Escobara est connu par les amoureux du ballon rond. Il est en effet ce joueur sud-américain auteur d’un auto-goal lors de la coupe du monde aux Etats Unis d’Amérique.  Cet assassinat va pousser Jürgen Griesbeck, alors professeur de sociologie du sport à l’université d’Antioquia dans la ville de Medellin, à développer l’idée du « street football » autour d’une appellation nouvelle. C’est en 1996, que le projet de « Football pour la paix » voit réellement le jour à Medellin. Le concept rassemble sur le même terrain des jeunes d’horizon divers. D’un côté ceux impliqués dans des crimes ou victimes de violences de divers conflits et de l’autre des jeunes colombiens qui mènent une vie tout à fait normale.  Un an après le lancement du projet, il y avait déjà 500 équipes à Medellin et le concept s’imposait au plan national !

Un projet pilote pour la Côte d’Ivoire

Pour le cas précis de la Côte d’Ivoire, la volonté d’expérimenter ce projet nait à la suite d’un voyage de Mme KORA Gouré Bi au Rwanda. La chargée du projet GIZ – COMNAT-ALPC trouve opportun de lancer ce projet en Côte d’Ivoire dans le contexte de sortie de crise. « La cible jeune dans ce projet est importante car les jeunes sont l’avenir de ce pays. Il faut déjà enseigner ces jeunes sur les notions de fair play, de dialogue et de compromis pour qu’ils puissent en faire la promotion dans leurs communautés respectives » affirme Mme KORA. C’est donc tout naturellement que les membres de l’ONG ESEPERANCE Rwanda qui utilise déjà l’art et le sport pour promouvoir la paix ont été invité pour le partage d’expérience. Sur la portée du sport et particulièrement l’utilisation du football pour promouvoir le dialogue et la paix, Victor Emmanuel SEWABANA Secrétaire exécutif de l’ONG soutient « que le football est aujourd’hui un sport qui rassemble les masses et surtout les jeunes. A travers l’utilisation de ce sport toute la population se retrouve et surtout par la promotion du fair play les jeunes arrivent à se faire des amis ». Le concept de « Football pour la paix » est basé sur des valeurs morales et dispose de ses propres règles. « Les équipes mixtes sont composés de 6 joueurs (3 filles et 3 garçons), seules les femmes peuvent scorer, le terrain a une dimension de 20 m, deux règles de fair play sont données avant match par les équipes et il n’y a pas d’arbitre ! Les joueurs doivent apprendre seuls à dire quand il y a une faute etc. » nous explique Mme COULIBALY, secrétaire nationale chargé de l’organisation au RASALAO-CI. En plus de ces règles plutôt originales, il faut prévoir à la fin de chaque match de 10 mn un moment où les deux équipes proposent des sketchs. Pour le projet-pilote, les deux équipes ont présenté des sketchs sur le désarmement et la cohésion sociale au public de Bonoua composé des élus politiques et administratifs de la cité. Un espace de culture générale est aussi prévu pour tester les connaissances des uns et des autres sur les thématiques abordées lors des sketchs.

Quel avenir pour le projet ?

En Côte d’Ivoire, le projet « Football pour la paix » est également conduit avec le soutien de la COMNAT-ALPC, (la Commission Nationale de Lutte contre la Prolifération des Armes Légères et de Petits Calibres). La formation sur le désarmement civil par le sport et l’art est orientée en premier vers les relais communautaires du RASALAO-CI. Leur rôle sera d’organiser dans chacune de leurs communautés des activités artistiques et sportives à même d’asseoir un climat de confiance entre les différentes composantes de la société. KONAN Amenan Mireille et CAMARA Papa respectivement point focal RASALAO-CI à Aboisso et Danané « estiment qu’il faut très vite expérimenter cette nouvelle approche du sport auprès des jeunes. « Football pour la paix » peut être également un moyen de véhiculer tous les messages de sensibilisation à l’endroit des jeunes ». Sensibilisation sur le SIDA, la drogue, les Violences basées sur le genre… »Football pour la paix » peut permettre de véhiculer des messages autour de tous ces sujets. Pour sa part, Karamoko Diakité, le Président du RASALAO-CI soutient que son organisation « n’entend pas s’arrêter à cette phase pilote. Bientôt des équipes du RASALAO-CI sillonneront le pays pour inculquer cette nouvelle méthode de promotion du dialogue aux jeunes ». Les jeunes Ivoiriens ont pris une part active dans la récente crise qui a secoué le pays. C’est donc par eux qu’il faut commencer la sensibilisation pour le dépôt volontaire des armes. La jeunesse de Bonoua, localité qui a accueilli la phase pilote du projet se réjouit de cette initiative et espère une adhésion de toute la jeunesse Ivoirienne. AYEMOU Narcisse Président central des jeunes de Bonoua estime « que le GIZ, la COMNAT-ALPC et le RASALAO-CI viennent de jeter les bases d’un important projet et qu’il est du devoir de chaque groupement de jeune de s’approprier le concept de « Football pour la paix ». Il s’agit d’une opportunité de parler de paix entre jeunes à travers le sport roi qu’est le football ».

SUY Kahofi