Autoroute du nord, autoroute de la mort ?

L’autoroute du nord est devenue le lieu de tous les excès

L’autoroute du nord est devenue le lieu de tous les excès

C’est début décembre que le Président Ivoirien Alassane Ouattara a procédé à l’inauguration de l’autoroute du nord, un ouvrage qui relie désormais Abidjan la capitale économique à Yamoussoukro la capitale politique de la Côte d’Ivoire. Si les automobilistes attendaient la livraison de cette voie de communication avec impatience, c’est tout simplement parce qu’elle divise par deux le temps mis pour effectuer ce trajet il y a encore un mois. Hélas à peine livrée aux usagers que cette route neuve a commencé à devenir un véritable cimetière asphalté ! En moins d’un mois, 70 personnes ont perdu la vie sur cet axe et les dégâts matériels enregistrés s’élèvent à plusieurs millions de franc CFA.

Les raisons de ces nombreux accidents sont liées à deux principaux facteurs : les excès de vitesse et l’état de vétusté des engins. Prévu pour être pratiqué à une vitesse maximale de 110 km/h, la nouvelle autoroute est devenue pour de nombreux amoureux de la vitesse ou ces fous du volant un circuit où chacun vient s’essayer à jouer au Lewis Hamilton ou au Sebastian Vettel ! Résultat de ce zèle : des sorties de route, des tonneaux ou encore des incendies. Les agents de l’OSER, l’Office de Sécurité Routière ont déjà flashé des véhicules à 140 km/h aux principaux points radar, une situation qui démontre toute l’inconscience de certains automobilistes. Quant aux remorques et autres engins utilitaires, la plupart d’entre eux sont de véritables épaves sur roues ! En plus du fait qu’ils ne répondent plus aux normes en vigueur pour circuler sur les routes ivoiriennes, ces véhicules donnent dans l’accès de charge. Le poids des marchandises transportées ne correspond pas aux caractéristiques techniques de la carrosserie. Cette surcharge occasionne des défaillances mécaniques et des accidents graves où les remorques se détachent pour finir leur courses dans les ravins quand ils ne tombent pas, et c’est souvent le cas sur des véhicule plus petits occasionnant des morts et des blessés.

Les victimes de l’autoroute du nord doivent interpeller les chauffeurs et propriétaires de véhicules de transport ou particulier sur la nécessité du respect du code de la route et de la vie humaine. Ni l’appât du gain en cette fin d’année marquée par les nombreux voyages, ni la volonté de se prendre pour un as du volant ne doivent pousser les usagers de la route à risquer leurs vies et celles de leurs concitoyens.

SUY Kahofi

Abidjan envahi par les « microbes » !

Qui sont ces enfants qui tuent à Abidjan ?

Qui sont ces enfants qui tuent à Abidjan ?

La capitale économique ivoirienne dans la tourmente d’un climat d’insécurité doit aujourd’hui faire face à une nouvelle forme de criminalité. Il s’agit du fléau des « microbes » que les services de sécurité tentent de mieux cerner et de combattre.

Le phénomène des « microbes » est né à Abobo au lendemain de la crise postélectorale et continue de gagner en importance. Les « microbes » se sont ces jeunes délinquants rompus à l’art de l’utilisation des armes blanches et des armes légères. Ils ont généralement entre 10 et 17 ans, se promènent par grappe entière et ont un mode opératoire basé sur la rapidité et la brutalité de leurs crimes. Ils encerclent leurs victimes souvent par des stratagèmes propres aux mendiants, font semblant de quémander une piécette ou de quoi manger puis au moment où on s’y attend le moins on se retrouve nez à nez avec une horde de bambins armés de machettes. Il est hélas trop tard pour réagir ! Tous ceux qui ont eu la malchance de se faire agresser par les microbes portent sur leur corps les stigmates de leur mésaventure s’ils sont encore vivants. Les moins chanceux sont morts sous les nombreux coups de machettes qu’ils ont reçus, car les microbes semblent en plus du vol apprécier particulièrement de voir le sang de leurs victimes couler.

Les gangs de « microbes » ont une solide assise dans le quartier d’Abobo, mais leurs mouvements vers les communes avoisinantes inquiètent de nombreux Abidjanais. A l’allure où vont les choses, c’est toute la capitale ivoirienne qui risque d’être contaminée par ces microbes ! Le CCDO, le Centre de coordination des décisions opérationnelles s’est déjà livré à des traques de microbes mais il faut aller plus loin pour découvrir qui sont les parrains de ces jeunes gens. Et surtout comment reçoivent-ils les armes blanches et les armes légères qu’ils utilisent lors de leurs opérations ? Pour la société civile ivoirienne qui a déjà produit des rapports sur ce nouveau fléau d’insécurité si rien n’est fait ces enfants qui tuent aujourd’hui sous le nom de « microbe » seront demain les virus qui perturberont encore plus la quiétude des Ivoiriens.

SUY Kahofi 

La Côte d’Ivoire pays le plus corrompu de l’UEMOA

Corruption : la Côte d’Ivoire, mouton noir de l’UEMOA

Corruption : la Côte d’Ivoire, mouton noir de l’UEMOA

La bonne gouvernance semble ne pas être la tasse de thé des nouvelles autorités Ivoiriennes. Cette expression que le Sieur Alassane Ouattara et ses sbires chantent en cœur dans chacun de leur discours est bien loin d’être une réalité. La corruption gangrène encore et toujours le système socio-économique Ivoirien et les preuves qui le montrent parlent d’elles-mêmes. En effet selon l’indicateur Mo Ibrahim de l’année 2012, l’administration publique ivoirienne est classée parmi les administrations les plus corrompues en Afrique et caracole en tête du classement dans l’espace UEMOA ! Une véritable contradiction d’avec le discours officiel du Chef de l’Etat qui « prétend » lutter contre la corruption.

La Fondation Mo Ibrahim consolide et diffuse chaque année des données sur la bonne gouvernance en Afrique. L’Institution tient compte de plusieurs critères pour évaluer chaque pays. Ainsi avec un score de 28,6 points sur un total de 100, l’administration ivoirienne occupe au plan national, le 32ème rang sur 52 pays classés. Dans l’espace CEDEAO, l’administration Ivoirienne occupe la 11ème place sur les 15 pays concernés et a réalisé un score de 28,6. Dans l’espace UEMOA, l’administration publique a obtenu 28,6 et occupe l’avant dernière place sur 8 pays en lice ! Ce classement n’est pas un constat isolé : d’autres organisations et non des moindre dressent le même bilan au sujet de la corruption en Côte d’Ivoire. Nous citerons à titre indicatif l’ONG Transparency International. Les indicateurs de l’ONG sur la corruption en Côte d’Ivoire sont alarmants. Le pays occupe le 130ème rang sur 176 pays classés dans le monde. Dans l’espace CEDEAO, l’indicateur de Transparency classe la Côte d’Ivoire 12ème sur 15 États avec un total de points de 29 sur 100. Dans l’espace UEMOA, la Côte d’Ivoire est le pays le plus corrompu selon la même étude avec 29 points et un rang déshonorable 8ème sur 8 pays.

Ce triste constat interpelle chaque Ivoirien et en premier le Chef de l’Etat qui dans sa politique de normalisation de la vie publique a décidé de mettre sur pied des structures de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance. Nous citerons le Secrétariat National à la Gouvernance et au Renforcement des Capacités (SNGRC) qui a lancé une campagne de sensibilisation sur les méfaits de la corruption. Celle-ci se matérialise par une campagne d’affichage et des spots diffusés en boucle à télé et à la radio. Visiblement il faut plus pour déraciner un mal qui gangrène le pays depuis plusieurs années et qui s’est accentué avec les dix (10) ans de crise que le pays. Corrompus et corrupteurs doivent comprendre qu’ils font du mal à leur propre pays et contribue à éloigner les potentiels investisseurs d’un système qu’on sait désormais miné par la corruption. L’heure est aussi venue d’appliquer les textes de loi qui pénalisent la corruption en Côte d’Ivoire et ce sans tenir compte du grade, du rang, de la distinction ou du corps auquel appartient « le hors la loi ». La lutte contre la corruption ne doit pas être une histoire de discours politiquement orientés mais plutôt d’actions de sensibilisation doublée d’une forte volonté judiciaire.

Côte d’Ivoire : les chiffres du chômage toujours inquiétants !

Comment créer la richesse avec une jeune sans emploi?

Comment créer la richesse avec une jeunesse sans emploi?

Les résultats de la première enquête emploi en Côte d’Ivoire sont connus. Il ressort de celle-ci qu’une frange importante de la population active n’a pas encore accès à un emploi décent.

9,4 % c’est le chiffre principal de l’enquête emploi-2012, fruit de l’effort de l’AGEPE, l’Agence d’étude et de promotion de l’emploi dirigée par M. N’dri Philipe (directeur général). 9,4 % est taux de chômage moyen en Côte d’Ivoire mais les données changent d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre. C’est le cas par exemple d’Abidjan avec un taux de chômage autour de 19,5 %. Sur le découpage zone rurale-zone urbaine, le chômage plafonne à 15,2 % pour la zone urbaine et 3,8 % en zone rurale. Par sexe, par tranche d’âge et par niveau d’instruction, les chiffres ne sont pas aussi reluisants. En Côte d’Ivoire, les femmes sont les plus touchées par le chômage. A côté d’elles figure les diplômés, car plus le niveau d’étude est élevé, plus les le chômage est important. Les chômeurs de niveau doctorat, BAC +4 à BAC +5 ont un taux de chômage encore plus élevé.

L’enquête au-delà de ces chiffres s’intéresse aussi à la situation salariale de ceux qui sont en activité. Force est de constater que certains ne touchent même pas le SMIG, le Salaire minimum interprofessionnel garanti. Quand on sait que le SMIG est évalué à 36 000 F Cfa, l’enquête révèle que 42,7 % de travailleurs reçoivent un salaire en dessous de la norme. Sur l’application du SMIG à 60 000 F Cfa qui n’est pas encore effectif, le chômage est 58,4%. Sur les autres chiffres de l’enquête, l’AGEPE révèle que le taux d’emploi informel est de 91,2 % avec un taux d’emploi salarié à 18,1 % et le taux d’emploi vulnérable à 70,4 %. Le taux de sous-emploi est plutôt élevé en Côte d’Ivoire et cette situation s’explique par la durée de l’emploi. Ces derniers chiffres démontrent très clairement que la Côte d’Ivoire a un secteur informel très important. Il s’agit donc pour les Ivoiriens de transformer ces offres du secteur informel en emplois plus productifs, en emplois décents.

Un autre taux inquiétant ressort de cette enquête de l’AGEPE : il s’agit du nombre important de chômeurs découragés. Ils sont découragés de chercher du travail parce que convaincus que toutes les portes leur sont fermées soit à cause de la corruption, soit à cause du manque de moyen, d’opportunités ou d’informations. On estime que 40,3 % des chômeurs sont frappés par le syndrome du découragement !

« Oui 40,3 % de personnes fatiguées de chercher du travail c’est beaucoup ! Ce chiffre se justifie par le fait que ces chômeurs ne s’informent pas sur ce qui se passe ou se qui est en train d’être fait en matière d’opportunité d’emploi. Ils ont tendance à rester chez eux et à se résigner au désespoir. Ils estiment être incapables de réagir face à cette adversité » nous indique M. N’Dri Philipe directeur général de l’AGEPE.

L’enquête emploi-2012 n’a pas pour but d’inquiéter les Ivoiriens bien au contraire. Ce travail donne des pistes de recherche sur la question du chômage en Côte d’Ivoire et les moyens pour le résorber. Au-delà il faut dans l’immédiat penser à des stratégies d’information en vue de permettre aux chômeurs découragés de se rapprocher des pôles d’emploi et des structures de promotion de micro-projet. Bien sûr dans ce schéma, les entreprises doivent elles aussi se rapprocher des structures étatiques pour pouvoir présenter leurs offres et les possibilités qu’elles ont d’aider à réduire le taux de chômage en Côte d’Ivoire.

Côte d’Ivoire : quand manger devient un luxe

La grogne se poursuit sur les marché

La grogne se poursuit sur les marchés

Difficile de croire en la politique de lutte contre la cherté de la vie menée par le gouvernement ivoirien. En effet chaque jour qui passe est un nouveau jour de hausse sur les marchés. Une situation que les ménagères supportent de plus en plus mal.

Il est 11 heures à Abidjan et à cette heure tous les marchés de la capitale économique Ivoirienne grouillent de monde. Nous nous faufilons parmi les commerçants et les clients pour être au parfum des dernières hausses des denrées sur le marché. Première escale l’espace tubercule du marché Gouro d’Adjamé. Sur son étalage Konan Amenan propose plusieurs variétés d’igname. A titre d’exemple, le kponan est à 300 francw Cfa et l’assawali à 250 francs Cfa le kilo. La commerçante reconnaît que ces prix sont élevés néanmoins elle prend le soin de nous expliquer pourquoi les prix sont constamment à la hausse.

« Je dois vous dire très clairement que la hausse ne dépend pas de nous. Seuls les grossistes qui viennent nous livrer en camion ont le monopole du prix. Ils font venir les ignames de Bouna et de Bouaké. Ils proposent le kilo à 240 F ou 265 en fonction de la période et des espèces », nous indique Konan Amenan.

On comprend sur la base d’un petit calcul que le bénéfice des commerçantes oscille entre 10 et 35 F Cfa sur chaque kilogramme d’igname vendu ! L’étalage d’igname de Victorine jouxte la grande table de Fadilatou. Une commerçante d’épice dont l’activité principale est le négoce des oignons. Un condiment incontournable qui subit aussi une hausse incontrôlée côté prix.

« Plus que tout autre denrée, le prix de l’oignon subit une véritable fluctuation. Le sac peut coûter 14.000, 15.000 voire 15.500 f CFA. Ce même sac d’oignon il y a quelque temps de cela se vendait entre 8.000 et 10.000 f CFA au plus. Avec les nouveaux prix nous sommes obligés de faire des petits calculs pour faire un petit bénéfice » affirme la vendeuse.

Ce petit calcul dont parle Fadilatou oblige les commerçantes à proposer les oignons à 650 voire 700 F Cfa le kilo. Les autres légumes n’échappent pas à cette fluctuation. Les aubergines, gombos et autres tomates fraîches vendus hier par petits tas à 50 francs sont aujourd’hui vendus au minimum à 100 francs ou même 200 francs sur certains marchés d’Abidjan. Pour faire une bonne sauce et bien nourrir sa famille, les tubercules d’igname et les légumes ne suffisent pas. Il faut bien faire un tour chez le boucher ou la poissonnière. Dans un contexte économique de plus en plus difficile, rares sont les familles qui peuvent s’offrir le luxe d’un repas copieux avec des protéines animales. La raison est toute simple : le prix du kilogramme de viande est trop élevé et ceux qui veulent se rabattre sur le poisson se heurtent aux prix imposés par les grossistes du port. Faisons-nous une idée des prix pratiqués avec Mme Bamba une poissonnière de Wassakara.

« Le carton de poisson chinchard qui était à 19 000 et aujourd’hui monté à 24 000 F, le mâchoiron est passé de 8 000 à 10 000 F, le prix du maquereau est passé de 7 000 à 11 000 F Cfa ! Vous remarquez très bien que la hausse se situe entre 2 000 et 5 000 F selon les espèces de poisson » nous explique madame Bamba.

Il faut donc revendre le poison à 700, 800 ou 1000 F pour réaliser un petit bénéfice. Une véritable souffrance pour les commerçantes.

Cette souffrance des commerçantes est aussi partagée par les mères de famille qui écument chaque jour les marchés de la capitale économique ivoirienne à la recherche de quelques légumes pour nourrir mari et enfants. Le panier de la ménagère n’existe plus, il s’est transformé en sachet de la ménagère ironisent les femmes sur le marché qui ne savent plus à quel saint se vouer.

« Je suis venue avec 2 000 Fau marché depuis 7 heures et à force de comparer le prix des denrées il est 12 h 15 ! Je risque de me retourner sans rien acheter parce que tout est devenu cher. Les mêmes provisions que vous faites lundi à 2 000 F vous les ferez dans une semaine à 2 500 voire 3 000 F. Il est de plus en plus difficile de manger » s’inquiète Madame Yeo Salimanta.

En Côte d’Ivoire de nombreuses familles ne cherchent plus à manger à leur faim. Juste le minimum deux (2) ou une (1) fois par jour pour « rester en vie ». Quand les difficultés frappent, on oublie la qualité pour penser quantité.

« Quand vous regardez une sauce graine de 2013 et celles que nos mères cuisinaient en 1990 ou même avant, vous sentez la différence. Nos sauces sont juste de l’eau portée à ébullition avec quelques légumes. Les Ivoiriens mangent de plus en plus mal et nos autorités semblent ne pas se soucier de notre sort » s’indique Mme Koffi Ange.

La question de la cherté de la vie dans le contexte socio-économique assez difficile qui est celui de la Côte d’Ivoire mérite une attention particulière. Les autorités Ivoiriennes doivent mener la lutte d’une autre manière et accepter d’abandonner leurs bureaux feutrés de la cité administrative du Plateau pour descendre sur les marchés pour toucher du doigt la souffrance des populations.