La Côte d’Ivoire vers un guichet unique d’investissement

Les Patrons du CEPICI, de la SNDI et du CNTIG

Ce mardi 30 octobre 2012 la salle de conférence du CEPICI a servit de cadre à la signature d’un protocole d’accord entre les Directeurs Généraux de trois entités du développement Ivoirien. Il s’agit de la SNDI (société nationale de développement informatique) dirigé par M. Soro Nongolougo, du CEPICI (Centre Ivoirien de Promotion des Investissements) représenté par son directeur général Essis Esmel et du CNTIG (Comité National de Télédétection et d’Informations Géographiques) représenté par M. Fonh Gbei, secrétaire général de la structure.  Cet accord-cadre est selon le CEPICI, le fruit d’une synergie d’actions pour la mise en place du Guichet Unique d’Investissement.

La Côte d’Ivoire qui était fière autour des années 1993 de sa position de 3ème puissance économique africaine est descendue aujourd’hui dans les bas-fonds du classement économique continental avec un climat des affaires qui n’est plus réellement attractif. Lourdeurs administratives, corruption, code d’investissement peu adapté aux réalités de la relance économique sont les freins qui empêchent le retour des investisseurs. Dans le cadre du repositionnement de la Côte d’ivoire sur la scène internationale et pour l’amélioration du climat des affaires, le CEPICI, le Centre Ivoirien de Promotion des Investissements, veut se doter d’un Guichet Unique de l’investissement à la fois performant et compétitif. Pour ce faire, le CEPICI s’entoure de partenaires de qualités pour atteindre son objectif premier qui est celui de faciliter les procédures d’investissement en Côte d’Ivoire. Ce guichet qui doit être opérationnel en deux mois aura pour mission de centraliser toutes les procédures de création d’entreprise pour permettre aux opérateurs de gagner en temps et en argent. Ce guichet se veut également un outil de Bonne Gouvernance qui pourra aider dans la lutte contre la corruption qui gangrène aujourd’hui le milieu des affaires. Le Directeur Général du CEPICI Essis Esmel n’a pas caché que la volonté de créer le guichet unique lui a été inspirée par l’Agence de Promotion des Investissements et des Grands Travaux du Sénégal APIX. D’ailleurs grâce au protocole d’accord qui lie le CEPICI à l’APIX depuis le 24 août 2012, Dakar par son expérience pourra aider Abidjan dans la phase opérationnelle de mise à exécution du plan de création du guichet unique. Rappelons que le CEPICI dans le projet de création du guichet unique des investissements est accompagné de deux entreprises Ivoiriennes que sont la SNDI et le CNTG. Mission : créer un guichet ultra moderne et informatisé qui réponde aux normes et besoins du marché.

SUY Kahofi

Sur les pas des agents de vente abidjanais

Agents de vente dans le quartier de Yopougon (Abidjan)

« Je suis titulaire d’une licence en criminologie et je veux me présenter cette année au concours de police. Avec le yoyo à l’Université et un avenir incertain pour les jeunes de ce pays, je n’ai plus cette volonté de poursuivre mes études. C’est juste pour réunir de l’argent pour le concours que j’ai accepté l’offre de cette PME qui s’occupe de la vente de biens de consommation d’origine asiatique ». Comme Francis Aka, nombreux sont ces jeunes ivoiriens qui ont accepté un poste d’agent de vente au sein de ces PME qui se sont spécialisées dans la promotion de divers produits. Ils ont entre 18 et 35 ans, jeunes hommes ou jeunes femmes, ils sont de couches sociales défavorisées et veulent se faire de l’argent pour s’assurer les fins de mois en attendant des jours meilleurs. Plusieurs raisons les poussent donc vers cette profession : certains sont en quête d’argent pour financer leurs concours ou leurs petits projets, d’autres y viennent le temps de trouver un emploi stable et certains la pratique comme activité première. A Abidjan par respect pour ces jeunes gens on les appelle par abus de langage commerciaux ou démarcheurs !

« C’est un travail difficile ! »

La journée des agents de vente démarre par le regroupement matinal. Le responsable de la PME où travaille Francis notre jeune agent de vente réunit son effectif à un carrefour des 220 Logements dans le quartier marchand d’Adjamé. Ici les choses sont bien structurées : il arrive avec la marchandise en voiture et la répartie entre ses vendeurs. Après des conseils d’usage, chacun des agents choisit un axe routier ou un secteur d’un quartier où il peut facilement convaincre un maximum de personnes et vendre plus. Les agents de vente à Abidjan sont des as du nomadisme urbain : ils parcourent des dizaines de kilomètre à pied par jour sous le soleil. Cela impose une bonne condition physique ! « C’est dur mon frère! », lance Pacôme le collègue de Francis. « Si tu n’est pas un homme, tu ne peux pas faire un mois dans les rues ! Nombreux sont ceux qui partent parce qu’ils tombent trop malade. A la fin ce que tu gagnes passe facilement dans les médicaments » conclu le jeune homme. Pacôme n’a pas tord de dire qu’il faut avoir le moral et surtout un physique assez solide pour exercer le métier d’agent de vente. Les vendeurs portes la totalité de leurs marchandises sur le dos. Entre 6 et 8 kilo de charge dans le sac à dos et le reste des articles entre les mains pour les proposer directement aux clients.

Les femmes sont aussi présentes sur le terrain

Pélagie Gueu et sa petite sœur sont bien connues à Abobo-gare pour leurs petits produits qu’elles proposent chaque jour. « Nous les ‘’démarcheurs’’ nous vendons un peu de tout : des postes de radio, des ventilateurs, des brûleurs et foyer pour butane, des lecteurs DVD, des plateaux de cuisine et à cause des coupures d’électricité intempestifs dans certains quartiers d’Abidjan des lampes torches rechargeables ». Pélagie Gueu donnait dans la restauration jusqu’à ce qu’elle perde tout à la suite de ce qu’elle qualifie « de mystérieuse maladie ». Elle espère faire des économies pour ouvrir un nouvel Allokodrome (espace gastronomique aménagé pour vendre des frites de banane). Quant à sa petite sœur Prisca, elle compte continuer cette activité. « Je suis fatigué des jobs de fille de ménage. Nos patronnes nous maltraitent et nous traitent comme leurs esclaves. Ici au moins on me respecte et je m’entends avec mes clients et mes amis ».

Pour ce qui est de la rémunération, les agents de vente sont payés selon un pourcentage sur chaque article vendu. Certaines structures plus solidement implantées proposent un salaire de base et ensuite un pourcentage après vente mais dans majorité des cas les pourcentages oscillent entre 500 f CFA et 1500 f CFA pour celui qui sait vendre. « Pour se faire de l’argent dans ce milieu il faut savoir convaincre. Plus vous arrivez à vendre au prix le plus élevé plus votre bénéfice est important » nous explique Francis Aka.

SUY Kahofi

Quand l’hygiène fait défaut sur les marchés d’Abidjan

Un marché d’Abidjan

Un marché d’Abidjan

Il est 13 h sur le marché de Belleville dans la commune de Treichville, le soleil est au zénith et la chaleur accablante. Les commerçants crient à tue-tête pour venter les qualités de leurs produits. On transpire par ici mais ce n’est pas la chaleur qu’on redoute le plus. L’ennemi de ce 13 h a pour nom « mauvaise odeur ». Et si sa présence est aussi tenace c’est parce que le marché est ceint d’immondices. Difficile de comprendre comment à proximité de ces tas d’ordure, des personnes arrivent à vendre et surtout à se nourrir !

Au-delà du marché de Belleville, nombreux sont les autres marchés d’Abidjan où le mot hygiène semble ne pas exister. Malgré le passage des agents chargés de l’assainissement, les tas d’ordure se voient un peu partout. « Avec les mouches et tout ça c’est difficile pour nous qui vendons le poisson ou la viande. Nous avons beaucoup de pertes à cause des mouches qui viennent laisser leurs asticots dans nos poissons » soutient Dame Kassi Marthe avant de conclure « vous voyez, on ne peut pas vendre le poisson infesté  d’asticots aux clients. Si nous le gardons il risque de détruire le reste de nos produits ». Les commerçants nous assurent qu’ils font tout pour maintenir le marché propre, car en matière de commerce la propreté attire la clientèle. « On ne peut pas vendre dans les ordures ; ça c’est clair ! Le soir le boucher racle sa table, les commerçantes balaient le matin et le soir à la fermeture. Le vrai problème c’est que la municipalité ne vide pas les poubelles » affirme Ousmane Barry, vendeur de garba.

Pour les agents communaux et les entreprises en charge de l’enlèvement des déchets, les commerçants ont de drôles de comportements, pour des gens qui se disent être soucieux de leur cadre de vie. « On nous accuse ? Regardez le marché, nous sommes passés ici ce matin mais regardez vous-même ! Ils jettent les ordures en précisant ‘’la mairie va ramasser’’ » souligne ce chef de service assainissement à Adjamé. Au-delà du non respect de leurs efforts, les techniciens de surface fustigent surtout certaines indélicatesses observées chez les commerçants. « Tenez vous bien monsieur, certains commerçants font leurs besoins dans des grosses boites de conserve ou urinent dans des sachets. Nos hommes les dénichent fréquemment dans les recoins du marché. Imaginez-vous l’odeur ! » souligne Pascal Y. technicien de surface. Pour lui cette situation s’explique par le fait que les commerçants ne veulent pas quitter leurs magasins de peur de perdre des clients. « Regardez ce mur, nous venons de livrer ce magasin il y à peine 1 mois, mais il est déjà tâché par le jus de cola (salive) » soutient S. Ali personnel du service technique de la Mairie d’Attécoubé. Les techniciens de surface insistent sur le fait que les commerçants doivent utiliser les WC publics pour leurs besoins et faciliter la gestion des ordures. « Il y a des poubelles, elles sont là pour recevoir les ordures, elles doivent être utilisées » affirme S. Ali avant de souligner « ce sont des hommes qui enlèvent les ordures et je pense qu’à ce titre il faut les respecter en leur facilitant la tâche ».

SUY Kahofi

Le cacao Ivoirien à l’heure des reformes pour la campagne 2012-2013

Le Gouvernement Ivoirien espère un bon cacao pour la campagne 2012-2013

Des grandes reformes sont annoncées dans la filière café-cacao en Côte d’Ivoire et celles-ci pourraient entrer en vigueur lors de la prochaine campagne. Parmi ces reformes figure l’engagement de l’Etat Ivoirien à fixer un prix garanti aux producteurs conformément au cahier des reformes qu’il a soumis en début d’année aux bailleurs de fond que sont notamment le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale.

La campagne café-cacao 2012-2013 débute pour la grande saison dans un mois, occasion toute trouvée pour le gouvernement Ivoirien à travers le Conseil d’administration du Conseil du café et du cacao de sonner la mobilisation de la masse paysanne et surtout de donner des gages forts concernant le prix stabilisé du binôme café-cacao. La question du prix stabilisé aux paysans figure sur l’agenda des grandes reformes de la filière mais elle n’en n’est pas le seul élément. « Le premier élément c’est la qualité. Cela représente l’une des clés essentielle du succès de la reforme qui a été engagé. Pour y arriver nos parents producteurs doivent renouer avec les bonnes pratiques agricoles. Il n’y aura plus de réfraction bord champ dans le nouveau système et je vous assure que nous allons renforcer le contrôle sur la commercialisation intérieur du binôme café-cacao pour que cette mesure soit respectée » soutien Lambert Kouassi Konan le Président du Conseil d’administration du Conseil du café et du cacao. Au-delà de ce premier point très important, Lambert Kouassi Konan a insisté sur la lutte contre la fuite du cacao Ivoirien vers les pays limitrophes notamment le Ghana. Il s’agit pour le pays d’un véritable problème contre lequel tous les acteurs de la filière doivent lutter. Le café qui est aujourd’hui victime d’un abandon de la part de plusieurs paysans sera aussi au cœur d’un vaste programme de redynamisation.

Toutes ces reformes annoncées sont certes salutaire pour les paysans mais dans l’immédiat d’énormes problèmes plombent les activités des producteurs Ivoiriens. Ces derniers tout soulignant leur entière adhésion à la vaste politique de reforme engagées par le gouvernement Ivoirien, insistent auprès du ministère de l’agriculture pour que ces problèmes qui sont plus urgents soit pris en compte pour faciliter la tâche aux paysans. « L’entretien des pistes rurales, le racket des paysans par les forces de l’ordre, la sécurité des planteurs, le problème des intrants et de la sacherie, le recensement des planteurs et l’appui aux coopérative sont les problèmes que nous vivons au quotidien » affirme Morokro Barthélémy en guise de chapelé de doléances au Conseil du café et du cacao ainsi qu’au Ministère de l’Agriculture. Mamadou Sangafowa Coulibaly le Ministre Ivoirien de l’agriculture conscient que de tels problèmes peuvent saper la qualité et la quantité d’une production lors des prochaines récoltes a tenu rassurer les producteurs. Les services du Ministre de l’Agriculture lors de leurs enquêtes de terrain ont pris en compte toutes ces doléances en vue de leur traitement pour une meilleure récolte lors de la campagne 2012-2013. Le Ministre a annoncé que lors de la prochaine campagne l’objectif du Gouvernement sera de permettre aux paysans de toucher 60% minimum du prix CAF.

60% du prix CAF aux paysans, une annonce qui met de l’espoir dans le cœur des paysans mais tous attendent que cela se traduise en faits concrets.

SUY Kahofi

Abidjan : la petite monnaie se vend !

La petite monnaie se fait rare

Trouver de la petite monnaie sur le marché abidjanais est devenu un véritable casse-tête ! A chaque étale, à chaque boutique ou petit commerce on s’entend toujours répéter la même phrase dans un français très Ivoirien : « y’a pas monnaie » ! Cette phrase à elle seule traduit la pénurie de jetons dans les tiroirs-caisses si bien que Mariam une vendeuse du marché de Belleville à Treichville n’a pas manqué de nous dire que les « jetons sont devenus ‘’caca’’ de chat à Abidjan ! ». Tout porte à croire que les pièces de 5, 10, 25, 50, 100, 200 ou 250 francs CFA ont complètement disparu de la circulation et cela se ressent à tous les niveaux. « Les pièces de monnaie comme celles de 5 f, 10 f ou 25 f sont si rares qu’on se demande si elles existent encore » affirme Mr Yao Clément un enseignant avant de conclure que « l’absence de petite monnaie plombe les échanges ». Vous pouvez trainer votre soif sur plusieurs centaines de mètre simplement parce qu’aucune des petites vendeuses ne peut vous monnayer votre pièce de 500 ou de 250 f ! Dans les transports en commun comme les gbaka (mini-car) ou les wôrô-wôrô (taxis communaux) l’absence de petite monnaie occasionne des disputes entre clients et chauffeurs. Les chauffeurs et apprentis pour se débarrasser des clients leur remettent un billet qu’ils devront partager. « Cela vous met en retard bien sûr car le plus souvent vous n’allez pas dans la même direction que les autres passagers » déclare Koffi Blandine une étudiante.

Cette situation de pénurie de jetons est devenue un filon très juteux pour certains jeunes Ivoiriens qui sont devenus des ‘’commerçants de jetons’’ ou ‘’vendeurs de petite monnaie’’. Vendre ou acheter de la monnaie c’est possible. A titre d’exemple, 1 000 francs CFA en jetons vous coutera 100 FCFA, soit 900 f en jetons remis à l’acheteur (10%). L’offre est en mode ‘’à prendre ou à laisser’’ car les demandeurs se bousculent surtout dans des quartiers comme le Plateau où on a toujours besoin d’une pièce pour une photocopie urgente, l’achat d’une enveloppe pour un dossier administratif ou pour emprunter le dernier bus. « On ne peut pas se plaindre car les affaires vont bien » affirme Karim un jeune revendeur de petite monnaie croisé non loin de la Sorbonne qui souligne que les jours fastes les recettes oscillent entre 3000 et 5.000 f. « Il est vrai que nous avons d’autres activités au Plateau mais la vente de petite monnaie nous permet de nous en sortir » renchéri un autre revendeur qui a requit l’anonymat. Les revendeurs sont fournis en jetons par les commerçants ambulants qui au terme de la journée veulent se séparer d’une partie de leur recette trop lourde à porter. Ce choix qui peut paraître surprenant dans un contexte de pénurie de petite monnaie répond aussi à un souci sécuritaire. « Quand j’ai beaucoup de jetons après la vente je laisse une partie aux revendeurs pour éviter d’attirer le regard des potentiels agresseurs » nous explique Biba une vendeuse d’eau en sachet. Face à la pénurie de jetons certains ont décidé d’employer la méthode de la monnaie en nature. Aux caisses des pharmacies ou des super-marchés le manque de jetons est comblé par des bonbons, des chewing-gums ou même des boites de préservatif ! Bien sûr la caissière, pour vous faire digérer votre petite perte financière vous gratifiera d’un large sourire. Les grandes surfaces ont aussi leurs fournisseurs de petite monnaie : Konan Parfait en est un. « Je suis gérant d’un kiosque de photocopie et à la fermeture j’échange ma monnaie contre des savons dans une pharmacie ». Comme lui, certaines vendeuses d’eau ou de jus en sachet échangent leurs jetons contre des produits cosmétiques ou même de la viande chez les bouchers.

La petite monnaie utile aux échanges quotidiens sur les marchés est le plus souvent absente des tiroirs-caisses. Cette situation incommode les consommateurs et les commerçants mais profite aux vendeurs de petite monnaie qui semblent avoir trouvé une source de revenu à long terme. Certains Ivoiriens dénoncent cette spéculation et estiment que la BECEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) doit presser plus de jetons que de billets de banque car ceux-ci sont plus utilisés dans les transactions.