SOROGANG : et si le guide éclairé éduquait sa jeunesse ?

Guillaume Soro doit se passer d'un certain type publicité

Guillaume Soro doit se passer d’un certain type publicité

A l’heure des générations connectées et de la e-réputation, l’homme public doit s’efforcer de soigner son image en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance. Cela est encore plus vrai pour l’homme politique au moment où les masses font preuve d’une certaine maturité démocratique.

Il y a environ une semaine j’ai assisté à une véritable guerre ouverte sur les réseaux sociaux entre un homme politique et un journaliste. Par tweets et posts Facebook interposés, le président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire Guillaume Soro et le patron du quotidien ivoirien l’Intelligent d’Abidjan Wakili Alafe se sont empoignés publiquement. J’ai lu avec un certain amusement et une grande déception les propos violents et en dessous de la ceinture qui ont été échangés. Comme un boxeur acculé dans un coin du ring, Wakili Alafe a eu « le mérite » de tenir tout seul face aux membres de la Sorogang déchaînés comme jamais. Des injures, il y en a eu… des propos orduriers également ! Là où le débat d’idées aurait pu faire l’économie de salves verbales d’un autre âge, deux hommes ont décidé de faire baisser le niveau du débat politique. Celui qui insulte et celui qui répond sont tous deux fautifs…

Analyse politique et injures

Dans son rôle de journaliste et d’analyste politique, Wakili Alafe a tenté de décrypter la dernière sortie médiatique de Guillaume Soro. C’est bien son rôle : sinon à quoi servirait le journaliste dans un monde en quête perpétuelle de liberté d’expression ? Je ne partage pas à titre personnel tous les arguments que Wakili Alafe fait ressortir dans son papier. Mais irais-je l’insulter ? Non ! Pourquoi ? Simplement parce qu’une logique de bonne communication propose que l’on utilise la forme et le fond d’un discours pour le déconstruire. A une analyse politique, on répond par une analyse politique, peu importe le support utilisé. Loin d’épouser cette démarche, le clan Soro va se jeter sans calcul dans la boue en commettant l’erreur de sortir en premier les injures. La riposte si spontanée a-t-elle été orchestrée depuis le cabinet du président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire ? Je ne sais pas. Cependant, l’internaute de passage va noter que loin de s’inscrire dans un débat de gentleman, les échanges vont virer aux injures. Tout y passe. Enfant malade, épouse sans bague au doigt, présumé prostituée dans le lit conjugal, affiliation douteuse, nationalité entre guillemets sans compter les injures touchant à l’intimité de femmes, de mères et de pères de famille qui ne sont pas forcément des acteurs politiques.

Une pluie d’injures…

Une pluie d’injures…

Qui sort perdant ?

Pour tous ceux qui aiment les débats d’idées, le clash Wakili Alafe vs Guillaume Soro aura montré encore une fois que sur les réseaux sociaux, certains sont prêts à pondre des injures sans prendre le temps de parcourir les écrits qui sont sous leurs yeux. Je suis convaincu que tous les partisans de Guillaume Soro qui s’époumonaient sur Facebook n’ont pas tous lu l’analyse de Wakili Alafe. C’est un mouvement de groupe, une attitude de jeunes de quartiers défavorisés dans laquelle certains se sont lancés : « on nous a insulté, on se bat et après on cherche à savoir qui a raison ». Cette logique ne marche pas là où l’intelligence doit s’exprimer. Être partisan de Guillaume Soro ne donne pas le droit à quelqu’un de manquer de respect à un autre peu importe sa frustration. Le président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire est assez grand pour se défendre ! Au demeurant, tout bon observateur reconnaîtra que celui qui sort avec des plumes en moins de ce débat de chiffonniers est Guillaume Soro. Wakili Alafe, le « simple » journaliste a fait son travail et pour se dédouaner s’est fait seppuku pour sortir par la grande porte laissant les autres dans la boue !

Wakili Alafé se lave…

Wakili Alafé se lave…

En tentant de répondre à une analyse politique par des injures pour défendre leur leader, les partisans de Guillaume Soro ont produit l’effet contraire. Ils ont tout simplement réussi à attiser le sentiment de rejet et de haine que certains Ivoiriens ont toujours envers le guide éclairé. N’oublions pas, que si pour ses partisans l’honorable Guillaume Soro est un homme politique respectable, pour une frange non négligeable d’Ivoiriens, il reste le chef rebelle, le leader de la meute qui aura porté le glaive dans le flan de la mère Patrie. Un homme avec une image aussi contrastée auprès du peuple mérite autre chose qu’une bande de partisans excités à sa solde. S’ils le sont, il est du devoir de Guillaume Soro d’éduquer ses jeunes qui se réclament de lui. Les éduquer à participer au débat où son nom est évoqué de façon plus civilisée. Oui c’est possible et c’est même faisable puisque les groupes constitués qui se réclament officiellement de lui sont connus. L’ancien secrétaire général de la FESCI qui avait l’art de formuler en des phrases parfaites les mots d’ordre peut encore le faire. Ce mot d’ordre de discipline sera suivi car « on entre chez le chef avec ses idées et on ressort avec les idées du chef ».

SUY Kahofi

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Suy
Kahofi SUY est journaliste et formateur pour la Fédération Internationale des Journalistes Scientifiques. Il aime bien se définir comme un enfant de la radio. Son expérience s’est faite en grande partie grâce à ce média. Il fait ses premières armes sur les radios de proximité ivoiriennes puis décide de passer à une vitesse supérieure. Après une expérience enrichissante à SUD Fm, la première radio privée du Sénégal, il a passé 5 ans à la West Africa Democracy Radio, la première radio d’information continue pour l’Afrique de l’Ouest. Il découvre fin 2009 l’univers des blogs et de la presse en ligne grâce au Projet Avenue225. Très vite, il prend goût à l’écriture web et rejoint le projet Mondoblog où il anime un blog d’actualité sur la Côte d’Ivoire. NB : Ce que je dis sur ce blog n'engage aucun des médias avec lesquels je collabore.