Les classes sociales ça existe aussi chez les chiens !

Un chien errant dans une ruelle d’Abidjan

Un chien errant dans une ruelle d’Abidjan

Beaucoup de familles en Côte d’Ivoire possèdent un animal de compagnie. Chat, singe, mangouste et surtout l’indétrônable, l’irremplaçable et l’indéracinable chien qui en fonction de son milieu connaît des fortunes diverses…

Si les chiens d’Abidjan devaient conter leur vie à la Toy Story ou plutôt à la Dog Story, il est clair qu’ils auraient beaucoup de choses à dire ! Une vie de chien sur les bords de la lagune Ebrié n’est pas facile si l’on s’en tient au cliché du chien maigre et galeux qui manque de se faire écraser par une voiture sur le bitume. Pourtant selon que le chien appartient à un propriétaire attentionné, l’animal peut vivre une existence heureuse. Un chien comme disait Mr Bio Deh vétérinaire « est d’une certaine manière le reflet de son maître où de la famille où il vit ». Ainsi dans l’univers des chiens abidjanais trois classes sont visibles : les SDF, la classe moyenne et le club des VID pour Very Important Dog !

Une vie de débrouillard chez les SDF

Le clan surpeuplé des chiens SDF est composé en grande partie de chiens abandonnés ou rejetés. Ils vivent dans la rue, s’y reproduisent et meurent un matin sur le bitume aplatis par un automobiliste un peu distrait ! Le look du chien SDF est connu : maigre et sale, la peau visible, car les poils ont pris congé du cabot. Sans éducation, il aboie pour un oui ou un non, bagarreur à souhait il se nourrit dans les poubelles. Il est couvert de plaies, car il doit jouer de la gueule pour marquer son territoire. Ses ennemis sont les membres de la brigade de répression du service vétérinaire et certains vendeurs de viande grillée. Les premiers ont pour mission de les abattre pour libérer les rues et les seconds les traquent pour leur chair ! Eh oui, à Abidjan certains vendeurs de viande grillée proposent de la viande de chien aux clients. Dans le milieu, on désigne le menu sous le nom « commande spéciale » ou « boîte à pharmacie ».

La classe moyenne

« Mes enfants aiment les chiens, c’est pourquoi il y en a toujours un à la maison. Toute la famille prend soin de lui ou d’elle si c’est une femelle. Elle a tous ses vaccins à jour et elle mange à sa faim ». Ces propos sont ceux de Jérôme Kra comptable qui pouponne avec attention sa chienne. Comme lui, certains Ivoiriens ayant un revenu raisonnable entretiennent leurs animaux de compagnie. Ils veillent à la santé de l’animal pour des questions de sécurité aussi bien pour les membres de la famille que pour les passants. Les chiens de la classe moyenne ont une identité : nom, carte et carnet vétérinaire. Ils vagabondent rarement et sont enchaînés à la demande du maître. Seule la mort sépare Rex, Mimi et les autres Médor et Touki de la famille. Il est hors de question de les abandonner !

Le club des VID : ne devient pas membre qui veut !

Les chiens de luxe appartiennent à la bourgeoisie ivoirienne. Dans ce milieu, on s’exprime en termes de race et l’entretien du chien est une question de budget. Pas moins de 200 000 F CFA par mois en viande fraîche pour trois repas par jour pour un berger allemand, chien de garde d’un homme d’affaires. La bagatelle de15 000 F CFA en soins médicaux pour trois caniches propriété d’une ancienne fonctionnaire d’une grosse banque-ouest africaine. Tout est réglementé chez les chiens de luxe : de la nourriture aux accessoires de bain en passant par le choix du partenaire pour l’accouplement. Ici, les chiens sont gâtés : heure de ballade, conserves, bâtonnets à mâcher… Tout est fait pour que le chien puisse se sentir roi ! Certains s’offusquent de ce luxe superflu pour cabot. « Je trouve inhumain que des personnes engloutissent autant d’argent dans l’entretien d’un chien pendant que des hommes meurent de faim juste à côté d’eux », fait remarquer Abel Tanoh électronicien. « En Côte d’Ivoire on a coutume de dire que chacun accroche son habit là où sa main arrive ! Chacun prend soin de son animal de compagnie en fonction de ses revenus rien d’autre. Ce que vous voyez comme une forte somme n’est peut-être rien aux yeux de ces personnes nanties » affirme Paul Karidiou le vendeur de chiots.

Belle polémique sur les conditions de vie des chiens qui n’émeut en rien les autorités ivoiriennes préoccupées par un autre problème. Chien dans l’opulence ou pas, la préoccupation des autorités chargées de la production animale est de savoir si les chiens sont vaccinés et s’ils ne vagabondent pas. Bien que les chiens soient d’univers différents, la logique du nul n’est au-dessus de la loi semble s’appliquer à tous !

SUY Kahofi

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Suy
Kahofi SUY est journaliste et formateur pour la Fédération Internationale des Journalistes Scientifiques. Il aime bien se définir comme un enfant de la radio. Son expérience s’est faite en grande partie grâce à ce média. Il fait ses premières armes sur les radios de proximité ivoiriennes puis décide de passer à une vitesse supérieure. Après une expérience enrichissante à SUD Fm, la première radio privée du Sénégal, il a passé 5 ans à la West Africa Democracy Radio, la première radio d’information continue pour l’Afrique de l’Ouest. Il découvre fin 2009 l’univers des blogs et de la presse en ligne grâce au Projet Avenue225. Très vite, il prend goût à l’écriture web et rejoint le projet Mondoblog où il anime un blog d’actualité sur la Côte d’Ivoire. NB : Ce que je dis sur ce blog n'engage aucun des médias avec lesquels je collabore.