Côte d’Ivoire : La corruption, un monstre à terrasser !

Panneau de sensibilisation contre la corruption (Abidjan-Cocody)

Panneau de sensibilisation contre la corruption (Abidjan-Cocody)

Le visiteur d’un jour qui découvre la capitale ivoirienne Abidjan sera sans doute frappé par une nouvelle campagne d’affichage qui envahi la ville. Les carrefours stratégiques sont les espaces privilégiés pour sensibiliser les Ivoiriens sur les méfaits de la corruption. Ces panneaux publicitaires qui accompagnent les spots radio et télé font parti des outils de communication que le Gouvernement Ivoirien utilise pour lutter contre la corruption.

Corruption tous coupables, tous victimes ! Voici le slogan de la nouvelle campagne nationale de lutte contre la corruption lancée par les autorités ivoiriennes. Il s’agit d’envoyer des signaux forts aux bailleurs de fond et de faire face à un fléau qui gangrène la Côte d’Ivoire depuis son indépendance. La corruption, un fléau pour la Côte d’Ivoire et c’est peu de le dire tant le mal est omniprésent ! Difficile lorsque vous parcourez les rues d’Abidjan de ne pas trouver un homme ou une femme qui n’a pas été victime de la corruption. Tous les corps de métier sont touchés et les services publics se taillent la part du lion.

Un vol institutionnel

Ministère, Impôt, Trésor Public, Fonction Publique, Police, Douane…tous les services que compte la Côte d’Ivoire rivalisent dans la bêtise quand il s’agit de parler de corruption. Et dans ce schéma, ce sont les populations les plus démunies et les plus vulnérables qui payent le plus lourd tribut.

« Vous avez dit corruption ? Eh bien sur la route c’est notre quotidien ! Chaque matin que vous vous levez, vous êtes sûr de verser de l’argent aux policiers de la commune avant de pouvoir circuler tranquillement avec votre taxi. C’est devenu normal, disons naturel pour un policier de soutirer de l’argent aux chauffeurs. Donc oui, la corruption est notre quotidien » nous explique Diakité Ismaël chauffeur de taxi.

Diakité Ismaël nous explique que de nombreux agents des forces de l’ordre n’hésitent pas à dire haut et fort que « l’argent qu’ils prennent aux chauffeurs nourrit un vaste réseau où chaque haut gradé à sa part du butin ». Ce vol institutionnalisé d’hommes en uniforme sur les routes ivoiriennes n’est que la partie visible d’un iceberg. Bien que nos tentatives pour avoir des entretiens avec des agents du Ministère de la fonction publique soient restées vaines, il est aisé, grâce aux témoignages des fonctionnaires et des aspirants à la fonction publique de nous rendre compte de l’ampleur de la corruption.

« Tous les concours dans ce pays ont une valeur marchande. Si vous avez le bon « circuit » et l’argent qu’il faut vous avez le poste que vous voulez. Les montants varient de la centaine de mille au million ! » nous explique K. Zébéhi Serges un jeune démarcheur que nous avons interrogé devant le siège de la Fonction Publique au Plateau.

Cette manière d’agir est connue de tous les Ivoiriens. Le succès à un concours dépend très peu de vos compétences mais plutôt de la faculté que vous aurez à verser un pot de vin là où il faut. La Côte d’Ivoire est dans cercle vicieux, à l’image d’un serpent qui se mord la queue ! Si le fonctionnaire débourse de l’argent pour un poste comment ne serait-il pas tenté d’escroquer d’autres ivoiriens ? « La question ne se pose même pas car c’est bien ce qui se passe ! » affirme Coulibaly Mohamed un jeune infirmier avant de nous expliquer que « chaque personne qui débourse de l’argent pour entrer à la fonction publique doit rembourser sa dette avant d’abuser de sa position pour escroquer d’autres Ivoiriens ». Coulibaly Mohamed fait bien de parler de dette pour financer les concours et autres recrutements exceptionnels. Ce sont des parents, des amis, des bonnes volontés qui vous prêtent des sous pour corrompre. Il faut pouvoir rembourser l’argent reçu ! Voici pourquoi dans ce pays le policier et le gendarme ne se lassent pas de soutirer de l’argent aux chauffeurs, la sage femme de s’enrichir sur le dos des femmes enceintes, les cadres des ministères de passer des marchés de gré à gré, les agents du trésor d’exiger un pourcentage avant de régler la facture d’un homme d’affaire…

« Nous sommes passés de l’orange au rouge »

Il est vrai que la corruption est un fléau qui existe en Côte d’Ivoire depuis longtemps mais elle a pris du poil de la bête ces dernières années. Malan Ehounou est président de l’ONG Transparency Justice. Observateur averti de la scène sociale Ivoirienne, il nous explique comment en l’espace de 10 ans la Côte d’Ivoire a chuté encore plus dans la corruption.

« Il faut comprendre que la corruption se développe là où il n’y pas de structures étatiques, là où l’Etat est faible, là où les structures sont décomposées. Et donc forcément durant ces dix dernières années et durant la crise post-électorale en particulier, l’Etat paraissant inexistant, la corruption s’est développée » nous explique Malan Ehounou.

Dans une Côte d’Ivoire divisée il y a encore quelques années, les propos de l’acteur de la société civile ivoirienne trouvent tout leur sens. Les mines exploitées illégalement par les ex-com zone au nord, l’argent du café-cacao pillé au sud, les listes présidentielles ou celles de la Première Dame lors des concours pour la fonction publique sont des exemples. Malgré ce sombre tableau, Malan Ehounou reste convaincu que l’espoir est permis. Et cet espoir réside dans l’action du Gouvernement qui doit engager une lutte effectivement contre la corruption. La nouvelle campagne de lutte contre la corruption répond à cette requête. Méïté Sindou Secrétaire national à gouvernance et aux renforcements des capacités, la campagne est basée sur une double stratégie. Les agences en charge de la moralisation de la vie publique du pays auront à mener des études en interne pour que la Côte d’Ivoire puisse s’approprier le phénomène de la corruption.

« Nous avons proposé au Gouvernement la mise en place du dispositif juridique et institutionnel anti-corruption, un dispositif juridique fort. Nous avons proposé également une deuxième loi sur la mise en place d’une Institution, d’une Haute Autorité chargée de la bonne Gouvernance. Donc le processus est en cours pour l’adoption d’un dispositif juridique mais également d’un dispositif de sanction contre la corruption » nous explique Méïté Sindou.

La phase de la répression, c’est précisément à ce niveau que les Ivoiriens attendent de pied ferme le Gouvernement. Qui osera jeter son amis, son parent ou un des ses militants de la première heure en prison ? Oui qui osera le premier s’élever contre le système de la corruption ? « De beaux spots télé et radio, de beaux panneaux d’affichage mais nous attendons du concret dans la répression de la corruption » réclame Konan Clément un enseignant.

SUY Kahofi

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Suy
Kahofi SUY est journaliste et formateur pour la Fédération Internationale des Journalistes Scientifiques. Il aime bien se définir comme un enfant de la radio. Son expérience s’est faite en grande partie grâce à ce média. Il fait ses premières armes sur les radios de proximité ivoiriennes puis décide de passer à une vitesse supérieure. Après une expérience enrichissante à SUD Fm, la première radio privée du Sénégal, il a passé 5 ans à la West Africa Democracy Radio, la première radio d’information continue pour l’Afrique de l’Ouest. Il découvre fin 2009 l’univers des blogs et de la presse en ligne grâce au Projet Avenue225. Très vite, il prend goût à l’écriture web et rejoint le projet Mondoblog où il anime un blog d’actualité sur la Côte d’Ivoire. NB : Ce que je dis sur ce blog n'engage aucun des médias avec lesquels je collabore.