Horticulture : entre passion du jardinage et difficultés quotidiennes

La passion ne masque pas les difficultés

Cocody-Riviéra, sur près de 6 km reliant le carrefour du Boulevard Mitterrand au carrefour N’Poutto, plusieurs jardins de fleurs bordent la lagune. Ces jardins sont la propriété d’une trentaine d’horticulteurs qui chaque jour se battent pour écouler leurs plantes aux clients venus de toute la capitale ivoirienne. Malgré l’amour pour leur métier, ils sont de plus en plus gagnés par un certain découragement à cause des difficultés qu’ils vivent au quotidien.

Organisation de la filière

La filière horticulture existe dans les grandes académies agronomiques de Côte d’Ivoire. Une formation de 3 à 5 ans permet aux étudiants de pouvoir exercer la profession dans les règles de l’art. Lors de notre enquête, les horticulteurs que nous avons croisés ont reçu leur formation sur le tas aux côtés des anciens du métier. Une chose est sûre, c’est que dans ce métier l’amour de la nature et des plantes est une condition indispensable pour réussir. «Voici 15 ans que je suis dans ce milieu et il faut dire que seule la passion pour cette profession nous maintien accroupi pour les soins de nos plantes», affirme Yaméogo Yacou horticulteur avant de conclure : «la nature elle-même choisi les hommes qui doivent la préserver car tout le monde n’a pas forcément la main pour faire pousser les plantes».

En effet, Yacou précise que certaines personnes peuvent faire pousser des choux, des salades ou des carottes mais ne peuvent pas faire pousser les fleurs car la réalité du potager est différente de celui des fleurs. Les horticulteurs qui ont les moyens sont propriétaires de leurs jardins, les autres sont plutôt des employés. « Je touche la somme de 17.000 f CFA (25,56 €) par mois pour m’occuper du jardin de mon patron » affirme Ibrahim Traoré qui se présente à nous comme un apprenti jardinier. Au fil de l’exercice de cette profession, de nombreux horticulteurs que nous avons croisés ont développé des techniques pour faire pousser des plantes qui n’étaient pas habitué au climat tropical. Leurs connaissances poussées des plantes permettent très facilement aux horticulteurs de dire quel type de fleurs peut être adapté à un jardin ou un sol.

Investissement et rendement

Les lopins de terre utilisés par les horticulteurs pour faire pousser leurs plantes sont les propriétés de la Commune Cocody. Le prix de la location de l’espace est fixé à 45.000 f CFA (67,66 €) par mois. Il faut ensuite se faire livrer de la terre riche en humus par benne en déboursant atour 35.000 f (52,63 €) pour le chargement. Les autres dépenses sont liées à l’achat des grains chez les grossistes libanais ou les revendeurs ambulants, les engrais chimiques et naturels (bouses de chevaux et volailles). « Une fois le jardin est opérationnel, les plantes sont cultivées sous forme de pépinière que les clients achètent. Certains nous payent nos honoraires pour les planter d’autres le font eux-mêmes » explique Kaboré Moumouni. Les Abidjanais apprécient dans l’ensemble les productions des horticulteurs locaux à l’image de Mme Ahounou Victorine cadre dans un organisme International. « Toutes les plantes de mon domicile viennent de ces petits champs que vous voyez là. Avec un peu d’entretien et les conseils de ces jeunes, j’arrive toujours à avoir un beau jardin » souligne-t-elle. Côté prix ce sont les roses qui ouvre le bal avec 3.500 f CFA (5,26 €) la tige, les palmiers à 2000 f (3 €) à partir d’un mètre, l’Essoran à 1000 f (1,50 €), le plant d’Aloes à 1000 f (1,50 €)… Chez les horticulteurs du bord de lagune, le prix d’une plante est fixé en fonction de la difficulté à la faire pousser. En plus du jardin, nos horticulteurs arrondissent leur fin de mois en faisant des travaux d’entretien à domicile pour 15.000 f (22,55 €) par mois. Un bon horticulteur peut facilement se retrouver chaque fin de mois au bas mot avec entre 75.000 (112,78 €) et 100.000 f (150,37 €).

Les difficultés quotidiennes

« Lorsqu’un horticulteur vous parle de recette vous avez l’impression qu’il gagne bien sa vie mais au fond il a juste de quoi louer son lopin de terre et manger » déclare Salgo Moumouni avant de conclure « la grand part de nos recettes mensuelles retournent en dépense et malheur pour vous si vos plantes viennent à sécher, vous pouvez passer des mois entiers sans un seul sou». Le réchauffement climatique et les saisons de plus en plus irrégulières dans la bande intertropicale occasionnent des pertes énormes au niveau des jeunes pousses. Il y a trois ou quatre ans les Ivoiriens achetaient beaucoup les fleurs mais la crise les a sérieusement éloigné des jardins.

Pour tenir, les horticulteurs sont obligés de multiplier les travaux à domicile. « Nous investissons aujourd’hui dans les tondeuses, sécateurs et autres outils d’entretien. C’est lourd comme investissement mais c’est la seul façon pour nous d’espérer boucler le mois avec quelque chose en poche » souligne Kaboré Moumouni. Malgré les difficultés il est hors de question de se laisser gagner par le découragement. Yaméogo Yacou fort de ces 15 ans d’expérience croit dur comme fer en sa profession. « C’est un travail d’avenir sous fond d’écologie et je sais que si en ce moment nous connaissons des difficultés les choses s’arrangement avec le retour de la Côte d’Ivoire sur les chemins de la prospérité ».

SUY Kahofi

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Suy
Kahofi SUY est journaliste et formateur pour la Fédération Internationale des Journalistes Scientifiques. Il aime bien se définir comme un enfant de la radio. Son expérience s’est faite en grande partie grâce à ce média. Il fait ses premières armes sur les radios de proximité ivoiriennes puis décide de passer à une vitesse supérieure. Après une expérience enrichissante à SUD Fm, la première radio privée du Sénégal, il a passé 5 ans à la West Africa Democracy Radio, la première radio d’information continue pour l’Afrique de l’Ouest. Il découvre fin 2009 l’univers des blogs et de la presse en ligne grâce au Projet Avenue225. Très vite, il prend goût à l’écriture web et rejoint le projet Mondoblog où il anime un blog d’actualité sur la Côte d’Ivoire. NB : Ce que je dis sur ce blog n'engage aucun des médias avec lesquels je collabore.