Ralliement, défection, offensive…le vocabulaire de la crise change

 

En bleu l'ancienne ligne de front, en rouge la ligne de front au 30 mars, en vert la ligne de front du 31 mars

« Que ceux qui veulent nous rejoindre le signifient et que ceux qui veulent regagner Abidjan pour défendre Gbagbo le disent : vous êtes libres de partir ». Voici la phrase que Chérif Ousmane, le com-zone de Bouaké des ex-FAFN a prononcé aux troupes fidèles à Laurent Gbagbo lors de la prise de Tiébissou. Les combats ont été plus violents qu’à Yamoussoukro selon les témoignages recueillis auprès des populations. « Des jeunes miliciens ont tenté de s’opposer aux FRCI et ces derniers n’ont pas eu pitié d’eux : ils ont tué plusieurs et fait des prisonniers » témoigne un habitant de Sosrobougou (quartier de Tiébissou). L’avancée des FRCI et la prise des villes sans résistance jette les bases d’interprétations diverses : pour le camp Ouattara il s’agit de ralliement et pour le camp Gbagbo les troupes opèrent un replie stratégique vers le sud. Les deux camps ont raison : il y a des ralliements aux FRCI mais aussi des éléments qui se reconnaissent toujours en Laurent Gbagbo. « Pour ceux qui partent, le prochain face à face sera moins reluisant » affirme un autre soldat lors de la prise de Bouaflé. Ce replie des forces pro-gbagbo vers Abidjan fait craindre aux habitants de la capitale des affrontements plus violents dans les jours qui viennent. Les Abidjanais s’inquiètent du fait qu’ils pourraient vivre la bataille la plus sanglante de cette offensive.

Sur les pillages et tueries attribués aux FRCI, le Général Gueu Michel, commandant du fuseau ouest des FRCI s’est voulu clair. « Nos jeunes sont en mission avec des instructions très fermes : ils ne s’attaquent ni à l’ONUCI, ni aux populations civiles ». Lors de la prise des villes il y a du cafouillage qui occasionne des vols et autres pillages comme à Yamoussoukro. A ce niveau, les FRCI ne manquent pas de neutraliser les troubles fête lors des opérations de ratissage. L’appel au cessez-le-feu lancé par le camp Gbagbo n’a pas eu d’écho favorable auprès des FRCI et leur premier responsable, Soro Guillaume Ministre de la défense d’Alassane Ouattara qui pilote depuis Bouaké les opérations militaires visant à libérer le pays n’a pas mâché ses mots : « Laurent Gbagbo a quelques heures pour quitter la présidence, je dis bien quelques heures ». Aussi les paysans pourront enfin se libérer des 15% de production de cacao et de café restant sur la grande récolte car cette nuit le port de San-pédro est tombé aux mains des FRCI qui contrôle désormais 2/3 du territoire Ivoirien. Laurent Gbagbo attendu hier pour un discours à la Nation a encore gardé le silence. L’ONU de son côté est passé au vote à l’unanimité d’une nouvelle résolution sur la Côte d’Ivoire accentuant les sanctions sur Laurent Gbagbo et ses principaux conseillés et autorisant l’ONUCI a employer la force pour neutraliser tous ceux qui utilisent des armes lourdes sur les civiles. A ce titre l’ONUCI a déjà empêché des individus d’utiliser des armes lourdes à Abidjan en neutralisant ces derniers.

Suy Kahofi

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Suy
Kahofi SUY est journaliste et formateur pour la Fédération Internationale des Journalistes Scientifiques. Il aime bien se définir comme un enfant de la radio. Son expérience s’est faite en grande partie grâce à ce média. Il fait ses premières armes sur les radios de proximité ivoiriennes puis décide de passer à une vitesse supérieure. Après une expérience enrichissante à SUD Fm, la première radio privée du Sénégal, il a passé 5 ans à la West Africa Democracy Radio, la première radio d’information continue pour l’Afrique de l’Ouest. Il découvre fin 2009 l’univers des blogs et de la presse en ligne grâce au Projet Avenue225. Très vite, il prend goût à l’écriture web et rejoint le projet Mondoblog où il anime un blog d’actualité sur la Côte d’Ivoire. NB : Ce que je dis sur ce blog n'engage aucun des médias avec lesquels je collabore.